CONCLUSION
L’étude des réformes successives qui ont été réalisées à la Bourse de commerce nous conduit à cette conclusion que de nouveaux aménagements devront être apportés à la jeune organisation. Résultat décevant ? Non: pas ! L’œuvre accomplie sur le: marché réglementé est riche d’enseignements et l’on peut, des luttes et des transactions qui ont permis ce premier aboutissement, tirer une Leçon dont la portée dépasse singulièrement les limites de Finstitution.
Car les antagonismes qui se sont affirmés dans. ses cadres, avec une violence exceptionnelle, correspondaient assez exactement aux grands courants d’opinions et d'intérêts dont les remous incessants bouleversent encore aujourd’hui la conscience nationale.
Pour la génération qui bientôt devra dans la vie collective assurer la relève, il n’est ni programme précis, ni directive impérieuse. À ses enthousiasmes s’opposent le doute et le découragement ; elle voit ses aînés portés, avec leur scepticisme. et leur résignation, vers l’idée de la Révolution inévitable.
Et l’on songe aux entretiens, déjà orientés vers cette idée du bouleversement nécessaire qu’échangeaient les adolescents de 1914... Jallez et Jerphanion,, dans lindignation de leur jeunesse veulent briser les disciplines anciennes. et renverser les idoles. Maïs, depuis lors; ces
rêveries périlleuses ont été prises trop souvent au sérieux pour conserver quelque valeur. Nous connaissons maintenant, pour l’avoir vu en différents pays, le visage de la Révolution, et c’est pourquoi il ne nous paraît plus possible d’en rêver... Les expériences des jeunes d’avant nous ont forgé notre expérience, et pour être nés vingt ans plus tard, nous nous sentons beaucoup plus vieux !
Est-ce à dire que nous nous réfugions dans un conservatisme étroit, que nous nous enfermons dans les privilèges anciens ? Position absurde et intenable : l'exemple” de la Bourse de commerce est assez concluant : les revendications collectives, désormais conscientes, montent de partout avec une force irrésistible, suscitent des organismes d’assaut et font éclater les vieux cadres !
Mais expérience que nous avons relatée nous apporte un autre enseignement : Ces intérêts collectifs ne sont pas fédérés en une force aveugle. Ils acceptent, mieux, ils sollicitent le soutien et la discipline du pouvoir exécutif. C’est à l'Etat — dans sa fonction essentielle qui est — indépendamment de toute forme politique — de défendre l'intérêt public méconnu et de concilier les intérêts généraux opposés, qu’il appartient de réclamer des uns la modération raisonnable, des autres les concessions nécessaires. Or un tel aménagement de la vie sociale fait de la conciliation constante des intérêts divers, suppose d’abord que ces intérêts sont organisés, pour que leurs représentants en puissent avoir une conscience intelligente et synthétique.
L’harmonie sociale ne peut prendre son fondement que dans l’association corporative : le mot remonte du passé, avec l'institution.
Qu’à l’intérieur de chaque corporation une concilia-
DS ES do
tion d’un autre ordre soit indispensable entre les differents emplois, qu’un modus vivendi doive être adopté entre le commissionnaire et ses salariés, c’est l’évidence même, mais ceci appartient à la législation sociale et excède le cadre de notre étude.
Ce qui nous intéresse ici, c’est l’aménagement du faisceau des forces collectives qui constituent l’activité du pays. Cet aménagement, nous l’avons vu, suppose d’abord l’organisation intérieure de chacune des collectivités. Alors, mais alors seulement, peut-être verra-t-on, comme à la Bourse du commerce, se dessiner, non sans tâätonnements, non sans erreurs, mais orientés constamment vers l’équilibre nécessaire, les statuts et les disciplines où dans l’exercice de sa profession, l’homme qui travaille retrouvera l’image harmonieuse et claire de la conscience du pays.
Vu: Vu :
Le Président de thèse, Le Doyen, : ACHILLE MESTRE. G. RIPERT.
Vu ET PERMIS D'IMPRIMEX :
Le Recteur de l’Académie de Paris,