‹ La défense de la légation de France à PékinChapitre 2 sur 8 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

C'est à MM. Pelliot, de Gieter et Picard-Destelan que nous devons de pouvoir présenter les faits relatifs à la Défense de la Légation de France, dans leur ordre chronologique. Nous tenons donc, avant tout, à remercier ces trois volontaires, et à placer leur nom en tête de ce livre. Sans eux, sans M. Pelliot en particulier, qui a bien voulu, sur notre demande, prendre des notes à la hâte, et cela, dans une tranchée ou derrière une barricade, quelles que fussent les circonstances, ces pages ne seraient qu'un amas confus de souvenirs vagues.

Avec ces lignes écrites au crayon sur un morceau de papier taché de boue, et parfois même de sang, nous avons pu, à Pékin même, rédiger notre rapport à M, le contre-amiral CourrejoUes, commandant en chef la division d'Extrême- Orient. Nous avons eu soin de faire disparaître les erreurs qui se seraient inévitablement glissées dans ce rapport, en le comparant aux travaux analogues des chefs de détachement autrichien et allemand.

Plus tard, nous avons .voulu donner plus de développement à ces lignes dont la lecture faisait naître en nous une foule de souvenirs nets et précis. Les lettres des ministres de France et d'Angleterre que nous avons heureusement conservées, et qui sont pour nous des documents précieux à tous les points de vue, nous ont permis enfin de les compléter.

Aujourd'hui, en publiant ces pages,

notre désir est de montrer que, dans ce drame affreux du siège des Légations, chacun a joué son rôle, et que ce n'est que grâce à ce concours de toutes les bonnes volontés et de toutes les intelligences, que nous avons pu échapper à un massacre qui paraissait inévitable.

Nous voudrions, en atténuant au besoin la gloire facile de quelques-uns, mettre en lumière d'autres personnages restés plus obscurs, et apprendre au moins aux mères de famille les noms de ceux qui sont morts en protégeant leur mari et leurs enfants.

Nous tenons enfin à dire quel a été le courage de ces matelots qui, pendant soixante jours, ont pensé : Nous serons délwrés demain, et qui, pendant ces soixante jours, n'ont eu ni une minute de défaillance, ni un instant de découragement ; de ces matelots, dont la conduite a été telle, que nous pouvions écrire à

l'amlrâl CourrejoUes qui avait bien voulu nous en confier le commandement :

Ai^ec euXy amiral^ notre rôle de chef a été des plus faciles, pour ne pas dire des plus insignifiants.

LA

DE FRANCE i PÉKIN

29 mai 1900

Le dEntrecasteaux et le Descartes sont mouillés à Tché-Fou.

Au reçu d'une dépêche du Ministre de France à Pékin, Tamiral CourrejoUes, commandant en chef la division d'Extrême- Orient, donne Tordre au Descartes d'appareiller tout de suite pour Ta-Kou où il débarquera un détachement de 100 marins (50 du d'Entrecasteaux et 50 du Descartes).

L'amiral, en me remettant ses instructions écrites, me recommande de me mettre

en rapport avec les chefs des détachements étrangers que je rencontrerai à Ta-Rou, et de faire route avec eux jusqu'à Tien-Sin, où j'aurai â me mettre à la disposition de notre consul général, Monsieur du Chaylard.

Trois officiers me sont adjoints : Monsieur l'enseigne de vaisseau Henry, du dEntrecasteauXj Monsieur l'enseigne de vaisseau Douguet, et Monsieur l'aspirant Herber, du Descartes.

Les hommes emportent leurs sacs, leur hamac, et chacun 316 cartouches. Nous avons en outre, des vivres pour trois jours.

30 mai

A 2 heures de l'après-midi, 100 Russes, 100 Français et 40 Italiens réunis sous le commandement supérieur du colonel russe de Vogack, embarquent avec armes et bagages sur un chaland ponté mouillé à 7 milles de l'embouchure du Peï-Ho. Trente Cosaques et autant de chevaux occupent depuis le matin le pont avant de ce cha-

land. Les vivres, les armes, les munitions et les hamacs sont déposés dans la cale.

A 3^ 30, remorqués par un vapeur, nous mettons le cap sur l'entrée de la rivière. Le Koreetz^ canonnière russe, nous escorte. Le colonel de Vogack, un enseigne de vaisseau russe, des mécaniciens et des chauffeurs russes, prêts à remplacer en cas de besoin l'équipage chinois ont pris passage sur le remorqueur.

A trois ou quatre milles de l'entrée de la rivière, la vapeur vire de bord et nous ramène au mouillage. Cette manœuvre reste pour nous incompréhensible jusqu'au moment où le colonel nous réunit pour nous dire que, les forts chinois ayant tiré, il ne sait dans quel but, 7 coups de canon à blanc, il préfère attendre la nuit pour franchir la passe. — Nous recevons en conséquence l'ordre d'être prêts à deux heures du matin et de ne laisser personne sur le pont.

Ces coups de canon que nous avions pris pour des saints échangés sur rade devaient être le seul essai d'intimidation des Chinois, et le seul incident de notre voyage jusqu'à Pékin.

lui, lui fait signe de se taire, et lui montre en même temps la crosse d'un revolver qui sort de sa poche. Ces deux éloquents gestes sont compris.

Nous approchons. Soudain, une sonnerie de clairon retentit, puis une seconde et une troisième. Les instruments s'appellent, se répondent; leurs notes assourdies, ouatées de brume, sautent d'un fort à l'autre. Mais le remorqueur vole et notre émotion dure peu ; nous voici à l'embouchure même de la rivière, entre les deux forts qui la défendent et qu'une petite encablure sépare l'un de l'autre. Nous passons; les canons sont derrière nous; encore quelques secondes et nous serons à l'abri de leurs coups. C'est fait! Et maintenant, en haut tout le monde, et en route pour Tien-Sin !

Le Koreetz est resté mouillé près de la barre ; ses pièces n'ont pas eu à répondre à celles des Chinois , et sa mission est terminée.

A 1 heure de l'après-midi nous accostons les quais de Tien-Sin, après avoir, en réalité, trouvé bien long ce défilé de rizières, de champs de sorgho, de plaines

nues et de villages miséreux, agglomérations de huttes faîtes de paille et de boue.

Heureusement il a fait beau et les hommes ont pu rester sur le pont où ils se sont installés les uns pour dormir, les autres pour fumer, rêver ou deviser. Un Russe s'est mis à jouer d'un accordéon auquel sont fixées des petites clochettes que l'artiste agite avec un sentiment fort juste du rythme, ce qui produit un très gracieux effet. Nos matelots si amateurs de cet instrument écoutent avec admiration. Bientôt aussi, devant le joueur, deux Cosaques commencent des danses dont tout l'art me paraît consister à essuyer sur leurs cuisses les tiges de leurs bottes, et à frapper le pont alternativement de la pointe du pied et du talon. Tout cela nous amuse quelques instants, à défaut d'autres distractions. A signaler aussi, comme assez drôle, la mimique d'un de nos marins expliquant à un Cosaque le fonctionnement du Lebel.

Sur les quais nous trouvons notre consul général, Monsieur du Chaylard, dont la première pensée est de nous emmener déjeûner. Nous laissons donc le matériel dans

chaland, et la colonne gagne le quartier s consulats dans l'ordre suivant :

Le colonel de Wogack et son escorte cosaques ;

Une musique chinoise ;

Les Français;

Les Russes ;

Les Italiens.

Les enfants qui se jettent dans nos jambes ur mieux nous voir, et dans celles des isiciens pour mieux les entendre, les jeus filles qui nous escortent à bicyclette, les ilettes fraîches, claires, gaies, que nous 3isons ou qui nous suivent, tout a un tel r de fête, que nous commençons à nous mander ce qu'il y a de vrai dans cette hisire de « Boxeurs ». Nous pouvons croire e nous allons à une revue ; mais il est difile de nous faire admettre que nous cou- Qs au secours de personnes menacées Hre égorgées.

Au consulat général, tout est prêt pour us recevoir, etles matelots en particulier ne inquent de rien. Je ne saurais trop, à ce su- ., insister sur le zèle, l'inépuisable bonté.le vouement et l'amabilité deM. du Chaylard.

Cependant, une dépêche de M. le ministre de France à Pékin arrive au moment même où nous allions nous mettre à table. Les renforts sont attendus là-bas avec impatience. Après entente entre les consuls d'Angleterre, de France et de Russie, il est décidé que nous partirons le soir même, à 4 heures, par train spécial.

Je fais, pendant ce déjeuner, la connaissance des docteurs Dépasse etHouillon, qui m'apprennent en quelques mots ce que sont et ce que veulent les Boxeurs.

J'accepte avec empressement la proposition du docteur Bouillon qui désire nous accompagner jusqu'à Pékin. Il me fait remarquer que l'on ne sait pas du tout ce qui va se passer, et que le détachement français n'a pas de médecin. Enfin, ajoute-t-il, oc je ne serai content que lorsque j'aurai remis nos matelots entre les mains du docteur Matignon, médecin de la Légation de France ».

Je laisse à Tien-Sin, pour garder le consulat général, 25 hommes du Descartes sous les ordres de M. l'enseigne de vaisseau Douguet, et à 3 heures et demie je conduis le reste du détachement à la gare.

Le train qui nous emmène contient :

75 Français,

75 Russes,

75 Anglais,

60 Américains,

40 Italiens,

30 Japonais.

Je fais prendre aux matelots tout ce qu'ils peuvent porter de cartouches sans être gênés, et il est convenu que M. du Chaylard nous enverra demain le matériel laissé dans le chaland : vivres, hamacs, sacs et munitions. — Il est d'ailleurs impossible de faire autrement si nous voulons partir de suite.

Pendant les trois heures que dure le voyage nous n'avons à lutter que contre la chaleur et la poussière; heureusement, Herber que sa jeunesse appelle de droit aux fonctions de chef de gamelle a eu soin de glisser sous les banquettes quelques bouteilles de bière. Heureusement aussi, les officiers russes, non moins prévoyants, sont venus nous rejoindre avec des paniers de Champagne et d'eau gazeuse.

La conversation assez animée a pour

^ujet : les boxeurs et leurs exploits.

Une question se pose : les portes de Pékin sont généralement fermées à sept heures du soir ; le gouvernement chinois donnera-t-il Tordre de les laisser ouvertes pour nous?

Si l'entrée nous est refusée, que ferons-nous sous ces murailles hautes de 17 mètres et épaisses d'autant, sans artillerie, sans échelle ? Et puis, la seule idée de vouloir entrer de force dans Pékin avec notre poignée d'hommes n'est-elle pas une folie?

Beaucoup pensent que si ; mais le colonel de Vogack paraît tellement peu douter du succès qu'il finit par nous persuader que cette idée est toute simple et toute naturelle.

Avec un tel chef on peut en effet, j'en suis persuadé, aller très loin, et faire de grandes choses.

A quelques kilomètres de la capitale, nous apercevons enfin des preuves de l'existence des Boxeurs : la gare de Feng-taï brûlée ou démolie. Heureusement la voie n'est pas détruite; nous franchissons ces ruines et atteignons sans encombre la dernière station, Ma-Kia-Pou, située à une heure de marche de Pékin.

M. Chamot, propriétaire de V ce Hôtel de Pékin r>j vient de suite se mettre à la disposition du colonel de Vogack et offrir ses services de guide et d'interprète.

M""® Chamot est là également ; c'est la première Européenne que nous voyons; tous deux sont à cheval et armés chacun d'une carabine.

Nous apprenons que les portes resteront ouvertes pour nous; mais que l'on nous attendait avec impatience, le danger devenant de plus en plus certain et inquiétant.

Une quinzaine de membres des Légations, tous à cheval, arrivent pendant que les hommes descendent et se rangent sur les quais de la gare.

Bientôt la colonne se met en marche à travers une quadruple ou quintuple haie de faces jaunes. Mais sur tout le parcours, en dehors des murs comme en ville, pas un seul cri, pas la moindre manifestation; et cependant, la foule accourue pour nous voir passer est énorme. On a dit que les Chinois étaient 50 ou 60.00Q, ce chiffre ne me paraît pas exagéré. Nous aurions pu être étouffés

entre ces deux haies, avant d'avoir eu le temps de charger nos fusils.

Enfin, à 8 heures et demie, les matelots trouvaient à la Légation de France un repos mérité. Le matériel, je l'ai dit, était resté à Tien-Sin, et ils durent se contenter pour dormir de quelques bottes de pailles, ce qui ne parut nullement les gêner.

Quant à moi, dès que le ministre de France et M""® Pichon, qui dînaient ce soir-là hors de la Légation, furent de retour, j'allai leur présenter mes respects, et leur demandai ensuite l'autorisation de prendre congé d'eux pour aller, à mon tour, m'étendre sur un matelas.

!•' juin.

Le 1®^, après avoir pris, conformément aux instructions que j'ai reçues de l'amiral CourrejoUes, les ordres du ministre de France, je garde 30 hommes à la Légation, et je partage le reste du détachement en deux groupes : un de 30 commandé par M. Henry et destiné au Pé-t'ang, l'autre de

15, sous les ordres de M. Herber destiné au Nan-t'ang.

Je crois devoir faire remarquer à M. Pichon les inconvénients que présenterait cette division de nos faibles forces en cas d'attaque sérieuse, et il est à peu près convenu entre nous que cette répartition ne sera que provisoire.

La journée est employée à conduire les deux détachements à leur poste. M. du Ghaylard, fidèle à sa promesse, nous envoie par le premier train nos bagages, nos vivres de réserve et nos caisses de munitions.

Comme nous recevons le matin même les nouvelles les plus graves : villages incendiés, voies ferrées détruites, chrétiens massacrés, etc., etc., je charge M. Henry d'organiser de suite la défense du Pé-t'ang en s'inspirant des conseils de M^ Favier.

L'église nous paraît à tous deux occuper une position assez forte, et pouvoir tenir longtemps, même contre des adversaires iien armés, ce qui n'est pas le cas, puisque nous n'avons à craindre, nous dit-on, que quelques centaines de pillards et d'incendiaires .

En plus de ses trente matelots, M. Henry dispose de 400 ou 500 catholiques chinois dont les familles ont été plus ou moins maltraitées par les Boxeurs, et auxquels M^^ Favier a fait donner des lances ou des piques.

— Enfin, je laisse Henry très heureux de la mission qui lui est confiée, et qu'il avait désirée; je suis sûr qu'il apportera dans l'exécution de cette mission tout le zèle et tout le dévouemeijt qu'il est possible d'y apporter.

Au Nan-t'ang, au contraire, la position des 15 hommes me semble, comme à Herber, infiniment plus dangereuse, et je reviens à la Légation, bien décidé à demander au ministre de France le rappel de ce détachement. Il me paraît plus logique de réunir les religieux dépendant de cette église à ceux du Pé-t'ang, et de concentrer nos forces sur deux points seulement, en faisant, c'est le cas de le dire, la part du feu.

Cette proposition est agréée par M. Pichon, qui me promet de la soumettre à M«' Favier.

2, 3 et 4 juin.

Si au Pé-t'ang les matelots sont très confortablement installés, il n'en est pas de même à la Légation de France où, au contraire, rien n'est disposé pour recevoir un détachement. — Aucune disposition ne permet de crocher les hamacs, et les hommes dorment provisoirement sur de la paille, dans les appartements réservés autrefois à l'aumônier de la Légation et attenant à la chapelle.

La cuisine est faite dehors, en plein air, ce qui peut aller jusqu'au jour où, la pluie aidant, la sauce s'allongera plus qu'il ne convient. Le fourneau, d'ailleurs trop petit, venait d'être achevé quand nous sommes arrivés.

Le quartier-maître charpentier Butor bâtit à la hâte les tables indispensables; d'autres sont commandées à un menuisier chinois des environs.

Sur les conseils du docteur Matignon nous transformons une vieille barrique en filtre en la remplissant à demi de charbon

de terre et de brique pilée. — Nous faisons bouillir l'eau. — Une planche reposant sur deux vieilles bailles prend le titre de banc. — Le Gloanec colle sur les murs des morceaux de papier pour indiquer aux hommes leur « poste de couchage » ; il rédige un projet de tableau de « l'emploi du temps » où, sur mes recommandations, la plus large part est laissée à l'instruction du tireur et à la gymnastique. — Le docteur vaccine les hommes.

Mais pendant que nous prenons toutes ces dispositions, que deviennent nos ennemis ? Impossible de le savoir. Impossible de tirer un renseignement précis des nouvelles généralement pessimistes et alarmantes qui nous parviennent sans interruption et de tous les côtés. — Les Boxeurs sont partout, et on ne les voit nulle part.

Hier ils étaient 600, aujourd'hui ils sont 3.000. On les dit tous réunis au nord de Pékin, et ils détruisent des voies ferrées dans le sud. — Le gouvernement chinois arme des troupes pour protéger les Européens; ces troupes font cause commune avec les Boxeurs. — Ce dernier bruit est

démenti, puis confirmé; démenti une seconde fois, et ainsi de suite.

Cependant il n'est pas douteux que les troupes de Tong-Fou-Siang, campées aux portes de la ville, fraternisent avec les rebelles. Le nombre des chrétiens massacrés, des villages brûlés augmente. Les trains de Tien-Sin n'arrivent plus régulièrement à Pékin; on s'attend même à voir couper la ligne télégraphique.

Une nouvelle plus grave encore nous parvient : le personnel du chemin de fer, d'abord réfugié à Pao-ting-Fou, a été attaqué par les Boxeurs pendant qu'il opérait sa retraite sur Tien-Sin. Six Européens sur 30 ont disparu. Le courage de cette petite troupe a été remarquable, et ce n'est que par des prodiges de bravoure et d'endurance que les survivants ont pu échapper à la mort.

En présence de ces faits, je décide de n'accorder, jusqu'à nouvel ordre, aucune permission; pour les corvées extérieures, je recommande de ne jamais laisser sortir un matelot seul.

M. Pichon me donne l'ordre de faire revenir à la Légation de France les 15 hommes du Nan-t'ang. — Il est convenu que le personnel de cet établissement religieux se retirera sur le Pé-t'ang dès qu'il se croira sérieusement menacé.

L'arrivée du détachement de M. Herber porte à 45 le nombre des fusils chargés de défendre la Légation. Pour tirer de ces armes le meilleur parti possible, je ne crois pas prudent d'attendre Tennemi à l'intérieur de la Légation; je préfère former deux sections qui, au premier signal, devront occuper extérieurement les angles nord-est et sud-est 'du pentagone que nous avons à protéger. La rue des Légations au sud, la rue de la Douane à r est, et une petite ruelle au nord pourront être balayées ainsi dans d'excellentes conditions par des feux de salve. Les, deux autres côtés sont gardés par la Légation du Japon et par le personnel de l'cc Hôtel de Pékin ».

Si nous sommes forcés de battre en retraite, le poste sud-est se repliera par la porte principale P, et le poste nord-est par une ouverture que je fais percer dans la muraille nord en O. Le terrain sera disputé pied à pied, en reculant de maison en maison; la dernière résistance aura lieu autour de la chapelle où, dès le début de l'attaque, se réfugieront femmes et enfants.

Telles sont les dispositions que je crois devoir prendre de suite, en attendant qu^une entente ait eu lieu entre tous les chefs de détachement.

La veille se fait, suivant les circonstances, par section, par demi-section, ou par escouade. Dans tous les cas, les hommes de service se tiennent à l'intérieur de la Légation et en face des ouvertures par lesquelles ils devront sortir à la première alerte. J'évite ainsi les rassemblements et surtout les provocations.

Quelques factionnaires sont placés sur des toits d'où ils peuvent observer sans être vus ; particulièrement sur celui de la serre en S, et sur celui de la cave de M. Pichon, en C. (Voir le plan).

Dans Taprès-midi, les Italiens envoient au Pé-t'ang dix de leurs matelots commandés par M. l'enseigne Olivieri.

Les nouvelles de la journée sont d'ail-

Légation de France

Chapelle

Hue

des

L éclations

leurs un peu moins alarmantes ; les Boxeurs se seraient dispersés dans le nord, sur le refus de la cour de les laisser pénétrer en ville. — D'autre part, on nous assure que les communications entre Pékin et Tien- Sin seront bientôt rétablies.

J'ai fait aujourd'hui mes visites officielles aux représentants des différentes puis-

sances. M. Morisse, premier interprète de la Légation de France, a bien voulu m'accompagner et me servir de pilote. — J'ai appris par M. de Giers, ministre de Russie, que le colonel de Vogack était reparti pour Tien-Sin. Je le regrette d'autant plus que je comptais prier le colonel de vouloir bien réunir les chefs de détachement afin de leur permettre de s'entendre sur les mesures générales à prendre. — En rentrant, j'ai prié notre ministre de provoquer cette réunion en en parlant à ses collègues.

A sept heures tout est tellement calme autour de nous que je laisse la direction du personnel à M. Herber pour aller dîner, à cinquante pas de la Légation, chez M. de Gieter, professeur de français à l'Université Impériale. — Je retrouve là deux autres compatriotes non moins charmants et agréables que mon hôte, MM. Feit et Pelliot; tous les quatre nous passons gaîment la soirée à rire des Boxeurs et à faire des projets pour l'avenir.

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