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6 Juin.
Au Pé-t'ang, M. Henry a pris des mesures très sages et très prudentes, en diminuant par de solides barricades le nombre des passages à surveiller; sa défense se trouve ainsi concentrée en deux points. Il entraîne admirablement son personnel, et va jusqu'à faire faire l'exercice aux lanciers chinois. — Aujourd'hui il m'écrit :
« J'ai reçu hier le détachement italien et me suis mis aussitôt en rapport avec son commandant. Je crois qu'avec trente hommes, j'ai très suffisamment de monde, surtout n'ayant plus à m'occuper des sœurs (1).
« Cette nuit j'ai attendu en vain l'attaque. Les Chinois, armés d'instruments divers ont fait le service par bordée, mais tous restant à leur poste de combat. Vous ne pouvez pas vous imaginer le spectacle digne de Salammbô, qu'offrait au clair de
(1) Les Italiens étaient spécialement chargés de défendre la partie occupée par les sœurs .
lune cette horde de Chinois enturbannés de blanc, et armés d'immenses pieux souvent, hélas! veufs de fer ».
Les officiers se sont réunis aujourd'hui à la Légation d'Angleterre, sur la convocation du chef du détachement anglais. M. de Below, premier secrétaire de la Légation d'Allemagne et l'attaché militaire allemand, assistaient à cette conférence.
Le choix fut de suite proposé entre les deux seules solutions possibles : ou bien laisser chaque légation abandonnée à ellemême, ou bien réunir tous nos efforts pour protéger le quadrilatère qui les renferme toutes à l'exception de celle de Belgique.
— C'est cette dernière solution qui fut adoptée. — Il est convenu que le ministre de Belgique se retirera avec son personnel dans la Légation qu'il lui plaira de choisir ; les officiers ont décidé en outre de se réunir demain à trois heures pour discuter les plans de défense proposés.
Nous logeons, Herber et moi, dans le pavillon dit « des Etrangers », qui comprend deux chambres à coucher avec cabinet de toilette, et un salon qui nous
sert aussi de salle à manger. Ce serait bien si c'était propre ; mais d'innombrables générations de Chinois ont empuanti les meubles et les tentures de ce pavillon bien avant qu'il n'abritât des étrangers. Le salon est d'ailleurs atout le monde, sauf à nous; c'est le rendez- vous de tous les Français de Pékin, membres de la Légation et pensionnaires de l'hôtel Chamot; c'est là que sont apportés tous les bruits, tous les cancans, toutes les nouvelles officieuses; c'est là que sont discutées, même par les femmes, les nouvelles officielles.
La situation ne s'améliore pas, au contraire. Les boxeurs pénètrent en ville par groupes de cent environ, et se réunissent dans des pagodes. A l'extérieur ils continuent leurs tristes exploits, et le nombre des chrétiens qui viennent chercher aide et protection au Pé-t'ang ou dans les légations, augmente d'heure en heure.
Le directeur des chemins de fer a dé-
claré, dit-on, à M. du Chaylard que, par ordre du TsoDg-Li-Yamen, aucun train ne serait mis à la disposition des troupes étrangères qui tenteraient de se rendre à Pékin.
La conférence des chefs de détachement a eu lieu aujourd'hui à 3 heures. Tous les officiers étaient à peu près d'accord sur deux points :
1** Réunir toutes les femmes et tous les enfants à la légation d'Angleterre dès que les hostilités seront commencées.
2** Établir un poste très solide à chacun des sommets du quadrilatère qui renferme toutes les légations.
Malheureusement, les détails ne furent pas arrêtés. Les conditions dans lesquelles ces postes seront établis, — les emplacements exacts qu'ils devront occuper, — les itinéraires des patrouilles, — les emplacements des soutiens et des réserves, — les lignes de retraite à garder, — etc., rien de tout cela ne fut décidé, en dépit des efforts du capitaine anglais Strouts dont la courtoisie est parfaite, et de ceux de M. de Below qui, parlant admirablement quatre
langues, essaya de ramener tout le monde à un sujet unique de discussion.
En somme, les officiers se sont séparés, étant, comme avant la réunion, à peu près décidés à ne faire que ce qu'ils croiraient devoir faire pour la défense de leur propre légation.
L'absence d'un chef, d'un supérieur dont l'autorité eût été reconnue et acceptée de tous, s'est fait trop sentir. Espérons qu'il n'en résultera pas de conséquences trop graves.
En ce qui me concerne, je compte participer à la défense des deiix postes qui me paraissent tout naturellement relever de nous : celui qui protégera l'Autriche, et celui qui protégera l'Italie.
8 juin.
La situation est très tendue. Le bruit circule que les boxeurs ont l'intention de nous attaquer la nuit.
Au Pé-t'ang, tout paraît calme ; M.Henry m'écrit ces deux mots :
« Rien de particulier à vous signaler; les hommes sont pleins d'entrain, connaissent bien leurs divers postes de combat, et ne désirent qu'une chose : c'est de voir arriver les boxeurs qui nous font oc poser »
depuis trois nuits.
9 juin.
L'Impératrice est rentrée, dit-on, à Pékin, et a licencié 10.000 (?) soldats chinois armés. Cette nouvelle est peu faite pour nous rassurer; si ces troupes, livrées à ellesmêmes, se réunissent aux boxeurs, ou leur cèdent simplement leurs armes, le danger peut devenir très grand pour les Européens. •
Les rebelles ont allumé cette nuit plusieurs incendies; le stand du champ de courses est brûlé.
Les boxeurs pénètrent de plus en plus dans la capitale ; ils se réunissent pour délibérer, dans des pagodes que les chrétiens chinois nous désignent. Aucun d'eux cependant ne s'aventure dans le quartier des
légations, et nos matelots s^iiûpatîentent, mais conservent leur zèle et leur entrain.
L'habitation de Sir Robert Hart, située dans la rue de la Douane,' entre la légation de France et celle d'Autriche, est mise en état de défense; le personnel des douanes déploie, à cet effet, une très grande activité.
Je reçois dans l'après-midi une lettre de M. Henry. « Nous avons eu cette nuit, me dit-il, plusieurs alertes. A minuit et demi on est venu me prévenir qu'un grand incendie venait d'être allumé dans l'ouest, à quelques centaines de mètres de nous, et un autre dans le sud-ouest, mais plus loin.
Ces incendies ont duré toute la nuit. A deux heures et à trois heures j'ai été réveillé par plusieurs coups de fusil tirés tout près de nous, dans le nord-est; mais rien ne s'en est suivi. Il n'y avait d'ailleurs pas, autour de nous, de rassemblements inquiétants. »
Comme on s'attend toujours à cette attaque annoncée, M. Piry, inspecteur des douanes, envoie, sur ma prière, M"* Piry et ses quatre enfants passer la nuit à la Légation de France.
L'installation provisoire des marins est à peu près terminée; le confortable viendra plus tard si le détachement est maintenu à Pékin, et si les circonstances le permettent. Ce qui existe suffit en cette saison.
10 juin.
Le ministre de France reçoit de Tien-Sin un télégramme lui annonçant le départ pour Pékin des détachements suivants :
Allemands 100
Russes 100
Français 100
Anglais 500
Américains 100
Italiens 40
Autrichiens 25
Japonais 30
A ces troupes attendues il faut ajouter 50 Allemands et 30 Autrichiens qui sont arrivés ici 24 heures après nous. — 1.450 militaires (officiers non compris) seront donc réunis ce soir dans le quartier des Légations.
La nouvelle est accueillie avec une joie d'autant plus grande que le prince Tuan, père de l'héritier présomptif et chef avéré des boxeurs, vient d'être nommé vice-président du Tsong-Li-Yamen.
Quelques heures après l'arrivée de la dépêche de Tien-Sin, le fil est coupé.
Le gouvernement chinois prévient les représentants des puissances qu'il dégage sa responsabilité pour l'avenir en présence de ce fait, que de nouveaux détachements ont été appelés sans son autorisation.
Le train qui doit amener les renforts est attendu à trois heures ; des voitures vont à la gare pour le transport des bagages et des munitions; elles attendent en vain jusqu'à la nuit et plusieurs d'entre elles sont bousculées par les boxeurs. Mais ce retard ne nous étonne point ; nous savons que le train ne peut s'avancer qu'en réparant la voie devant lui. Si les dégâts ne sont pas trop considérables, il arrivera demain matin, où, au plus tard, demain soir.
Une grande animation règne dans la ville chinoise. Il est de plus en plus dangereux de circuler seul et sans arme. Les postes
doublés partout, reçoivent l'ordre d'exercer la plus grande surveillance.
il juin.
La nuit se passe sans incident. Comme la veille, nous envoyons des charrettes à la gare. M. Chamot qui parle admirablement le chinois m'offre de les escorter avec 4 marins armés. Je crois devoir prendre l'avis de M. Pichon en lui faisant remarquer que si les 25 ou 30 voitures doivent être attaquées comme hier, ces quatre hommes seront forcés d'user de leurs armes, ce qui peut les amener à se trouver dans une très mauvaise situation, en présence d'une foule haineuse. Le premier coup de fusil tiré aura, ce n'est pas douteux, de très graves conséquences. Si les troupes arrivent, elles seront assez nombreuses pour assurer ellesmêmes la garde de leurs bagages ; si elles n'arrivent pas, pourquoi exposer sans raison la vie de M, Chamot, et celle de nos marins? Enfin, dans tous les cas, la vue de ces quatre hommes en armes, n'aura-t-elle
pas pour effet de provoquer nos ennemis et de les exciter?
Le Ministre de France décide que les voitures iront seules à la gare, à leurs risques et périls.
M. Sugiyama, chancelier de la Légation du Japon, va, en charrette fermée, au devant des troupes. Il est reconnu, attaqué et assassiné par les soldats de Tong-Fou- Siang, campées à Ma-Kia-Pou. — Dès que les Japonais connaissent l'affreuse nouvelle ils envoient rechercher son corps; mais il ne peut être retrouvé. On nous rapporte que les assassins ont arraché le cœur de leur victime, et l'ont porté à leur général.
Le câble russe de Pékin à Saint-Pétersbourg, via Kiackta, est coupé.
La nuit est venue; les charretiers, qui n'ont pas été inquiétés sont de retour; les portes de la ville sont maintenant closes, et nous sommes sans nouvelle des troupes.
Que va-t-il se passer ? Un silence impressionnant enveloppe le quartier des Légations; les rues, naguère pleines de vie, sont désertes; à peine rencontre-t-on encore, çà et là, quelques mendiants, quelques
loqueteux, quelques espions, peut-être.
Chacun sent qu'un danger le menace, mais nul ne veut y croire.
Rien!
Nous espérons que lord Seymour abandonnera la réparation de la voie s'il rencontre de trop grandes difficultés, et que les troupes viendront à pied. Cependant, si nos ennemis sont bien décidés à nous attaquer, ils le feront, sans aucun doute, avant l'arrivée de ces renforts ; aussi nous tenonsnous prêts à toute heure du jour et de la nuit.
Les Japonais n'ont pas encore obtenu le corps de leur chancelier.
13 juin.
Ce matin, deux Boxeurs revêtus de leurs insignes (ceinture et jarretières rouges) et armés de grands couteaux ont eu l'audaeç^ de traverser le quartier des Légations ; ^x
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ont été arrêtés et conduits près de M. Ketteler, ministre d'Allemagne.
A propos des secours que nous attendons, la même question est sur toutes les lèvres : Que deviennent-ils ? L'impatience augmente.
Les trois chefs de détachement, français, allemand et italien, chacun avec xme quinzaine d'hommes, sont allés, vers 3 heures, fouiller une pagode située à environ 500 mètres dans Test de l'Autriche. Les Boxeurs, sans doute prévenus, ont eu le temps de partir. Nous n'avons trouvé que quelques armes abandonnées : arcs, flèches, lances, sabres et couteaux. Le baron Retteler assistait à cette chasse.
Je crois que l'insuccès de l'expédition a été due au défaut d'entente préalable entre les officiers; il est à craindre qu'il en soit toujours de même quand des troupes de nationalités différentes voudront combiner leurs efforts : le plus ancien n'ose pas parler en chef, et les plus jeunes ne sont pas sûrs d'avoir à obéir. En sautant par-dessus le mur de la cour pour ouvrir la porte à nos marins, j'ai vu s'enfuir une dizaine de Ghi-
nois qu'il nous a été impossible de retrouver dans la suite ; or, ils n'ont pu sortir qu'en usant du moyen que j'avais employé pour entrer. Si l'enceinte avait été cernée, comme il était cowenUy nous les eussions pris.
A 5 heures du soir, des boys nous préviennent qu'une bande de rebelles se dirige sur le quartier des Légations, venant de l'est. J'envoie une demi-section avec Herber à la Légation d'Autriche, et je me porte avec une autre demi-section à la légation d'Italie. La deuxième section reste mi-partie à l'angle nord-est, mi-partie à l'angle sudest de la Légation de France.
En outre, de nombreux volontaires armés de carabines ou de fusils de chasse, et ayant à leur tête M. et M™° Chamot, franchissent les lignes italiennes et françaises dans la rue des Légations, et vont à la rencontre des Boxeurs. A 5 heures et demie ces derniers entrent par la porte Hata-Men, et suivent la rue du même nom, après avoir mis le feu à la mission protestante. Une dizaine de coups de fusil, tirés par les volontaires, met ^^^ fuite ceux qui s'aventurent dans la rue a
Légations; cinq sont tués, parmi lesquels un gamin de quinze ou seize ans, qui présentait sa poitrine aux balles.
Nos ennemis s'éloignent et se dispersent sans insister davantage. Pendant que M"® Chamot tient en respect sept ou huit Chinois avec sa carabine, son mari ferme la porte de Hata-Men et prend la clef.
Ce premier succès, dans lequel nos troupes ne sont pour rien, a, en somme, une portée assez grande : il a prouvé aux Boxeurs qu'ils ne sont pas invulnérables, comme ils se plaisent à le croire; et qu'il ne suffit pas, pour le devenir, de prononcer quelques paroles magiques ou de faire certaines incantations. 11 nous a permis de constater, en outre, que nous n'avons à craindre que des torches, des sabres et des couteaux, mais pas une arme à feu.
Tout en admirant le courage des volontaires, je me vois obligé de les blâmer de ce que je considère comme une imprudence de leur part, et de leur faire remarquer que nos marins sont là pour les protéger, et non pour être protégés par eux. M. Salvaggo- Raggi, ministre d'Italie, et M. Paolini, me
prient de leur dire également de ne plus se mettre, à l'avenir, entre les matelots italiens et l'ennemi.
A 6 heures, j'envoie quatre hommes prendre M™^ Piry et ses enfants, ainsi que M"** et M"^ Bredon. M. Bredon, député inspecteur des douanes, et M. Piry, restent à la douane.
A 8 heures, l'église du Toung-t'ang, au nord de la Légation d'Autriche, et la chapelle protestante du Toung-Tche-Queou, sont en feu. Les incendiaires, torche en main, descendent sur le quartier des Légations par la rue qui prolonge la rue de la Douane.
La mitrailleuse autrichienne balaie cette foule en moins de trois minutes. Nous envoyons une patrouille pour constater l'effet produit, mais, à son grand étonnement, elle ne trouve, dans cette rue naguère envahie, que le cadavre à demi carbonisé et fumant encore, d'une vieille femme, une chrétienne sans doute. Les Boxeurs ont-ils déjà ei^levé morts et blessés ou ont-ils tous échapvv ' aux balles autrichiennes? Les torches assez grand nombre, paraissent avoii> ^^
plantées en terre ; il suffit alors de deux ou trois personnes descendant la rue et les allumant toutes, successivement, pour nous donner de loin, et dans la nuit, Tillusipii d'une foule s'avançant sur nous. Si telle est la clef de l'énigme, la ruse est. bonne et a merveilleusement réussi.
Quoi qu'il en soit, nos ennemis sont véritablement peu dangereux, et, depuis qu'ils ont constaté, à leurs dépens, leur parfaite vulnérabilité, ils ont un profond respect pour les fusils européens auxquels ils tournent les talons à la première injonction.
Espérons qu'il en sera toujours ainsi, du moins jusqu'à l'arrivée de nos troupes.
M. Henry m'informe que ce hier soir, une centaine de Boxeurs se sont arrêtés tout près du Pé-t'ang, et ont continué leur marche, après quelques minutes de halte, sans attaquer y> .
La soirée s'achève sans incident. Montés sur le toit plat des écuries et de la cave, à l'angle nord-est de la Légation, nous regardons brûler autour de nous les temples, les églises, toutes les maisons dont le seul crime est d'avoir abrité des Européens. La
nuit est belle, la température paraît agréable après la grosse chaleur du jour, et nous sommes forcés de re/3onnaître que le spectacle ne manque pas d'attraits. Au ciel paré comme pour un jour de fête, les rieuses étoiles elles-mêmes semblent s'en amuser. Cependant notre pensée s'élance jusqu'au Toung-t'ang pour y chercher, au milieu des flammes, les restes du Père Doré : il n'a pas voulu quitter son église! Quel aura été son sort? Nous pensons aussi que ces pyramides de feu diront aux renforts que le nombre des victimes est assez grand, et qu'ils doivent se hâter.
Nous restons toute la nuit sur notre toit. Le Toung-t'arig brûle jusqu'au matin.
14 juin. I
Si le bruit qui circule est exact, les j
troupes de Tong-Fou-Siang nous attaque- \
ront dans la journée. Nous barricadons les rues principales. Il est décidé que nous, ne laisserons entrer et sortir du quartier d^^^ Légations que les Chinois munis de lais^çv passer. Mais qui a pris cette mesure? r->^ •
rédigera les laisser-passer ? Qui les signera ou les visera ? Autant de points d*interrogation, et, par suite, pas de contrôle possible. Des boys chinois présentent aux barricades |
des cartes de leur maître, cartes sans doute volées, et s'en vont pour ne plus revenir.
Ces mêmes cartes sont remises à d'autres Chinois, espions au besoin, qui viennent, regardent et sortent par une autre issue, en présentant toujours le même papier de plus en plus sale et crasseux.
Les élèves interprètes de la Légation de France apprennent que leur maison qu'ils avaient abandonnée pour venir se réfugier près de nous, a été pillée et incendiée la nuit dernière.
Trois volontaires se mettent à notre disposition et nous proposent de joindre leurs efforts aux nôtres pour sortir du mauvais pas dans lequel nous paraissons engagés ; ce sont MM. Labrousse, capitaine d'infanterie de marine qui rejoignait l'Europe par le transsibérien, et qui se trouve prisonnier dans Pékin ; Pelliot, chargé par le gouvernement de rindo-Ghine d'une mission archéologique, et de Giéter.
Le ministre de France reçoit dans la journée une lettre de M. le capitaine de vaisseau de MaroUes, qui annonce l'arrivée de la colonne de secours à Lang-Fang, à 60 kilomètres de Pékin. 60 kilomètres!
Trois jours de marche ! Peut-être quatre !
Peut-être, qui sait ? davantage encore! Militaires et diplomates s'étonnent un peu de voir l'amiral Seymour s'entêter à réparer la voie, quand les troupes qu'il commande seraient si utiles ici. Quelques optimistes trouvent très naturel que l'amiral tienne à rester en communication avec Tien-Sin; mais les pessimistes, beaucoup plus nombreux, estiment que cette précaution est superflue , étant donné que quarante bâtiments de guerre mouillés à Takou peuvent lancer derrière la colonne les détachements nécessaires pour assurer cette communication. En somme, on s'impatiente; les mécontents sont nombreux et chez la plupart des assiégés le courage est momentanément abattu.
A 7 heures du soir, les Allemands, ^^j^ haut de la muraille, tirent sur des Box^vv-,a rassemblés dans la ville chinoise et
tuent quelques-uns: Panimation est très grande, peu de temps après, de l'autre côté du rempart qui nous protège.
Un peu plus tard, les porteurs de torches recommencent, au nord de la rue de la Douane, la manœuvre d'hier; une demisection se porte à la barricade de la Légation d'Autriche; elle y est d'autant plus nécessaire que le ministre de Belgique a tenu à rester dans sa légation et que M. de Rosthorn, premier secrétaire de la légation d'Autriche et ministre par intérim, lui a fait envoyer une garde de huit Autrichiens.
Dans la ville chinoise, les clameurs, les vociférations augmentent et deviennent véritablement impressionnantes. Une foule énorme, massée au pied de la muraille, c'est-à-dire à moins de 100 mètres de nous, hurle des cris de vengeance : Châ-châl (tue! tue!) Chô-chô! (brûle! brûle!) Par moments, il semble que cette horde de forcenés escalade les cinquante pieds de granit] qui nous abritent. Si la muraille s'ouvrait pour livrer passage à ce flot furieux, nous serions perdus! Ce vacarme épouvantable ne cesse que vers 2 heures du matin.
Apeuprèsàla même heure, la légation de Belgique, menacée, demande des renforts; six Autrichiens et six Français, dont le second maître Le Gloanec, partent sous la conduite d'un officier autrichien. Les incendiaires sont mis en fuite ; deux sont tués et quinze faits prisonniers. Le Gloanec revient avec une légère contusion à l'arcade sourcilière gauche; cette blessure qui provient d'un éclat de pierre ou de bois est sans gravité.
Je vais jusqu'à la légation d'Autriche pour défendre aux Français de quitter la barricade sans mon autorisation. Je considère en effet que ces patrouilles sont très dangereuses, surtout la nuit, non pas tant à cause des Boxeurs qu'à cause des soldats chinois prêts à nous attaquer et avec lesquels nous devons chercher à éviter un conflit. Je m'étonne d'ailleurs que la légation de Belgique ne soit pas abandonnée, comme cela était convenu ; cette légation, située à plus d'un kilomètre de nous et complètement isolée, peut devenir une grosse source d'ennuis si on s'entête à vouloir la sauver. — Bref, j'estii^ç que notre rôle doit se borner à nous défeu^j^^ chez nous et non à aller attaquer, dans a
rues étroites et tortueuses, des ennemis dont nous ne connaissons ni le nombre, ni les intentions, ni les moyens de défense.
Des sorties dans ces conditions, surtout lorsqu'on ne dispose que d'une poignée d'hommes, peuvent facilement tourner en désastres. Gardons-nous surtout de provoquer nos adversaires et de rechercher des combats d'où, même victorieux, nous ne pouvons sortir qu'affaiblis.
Pendant la nuit, les Chinois incendient l'église protestante de l'Evéque dans l'ouest, et le Nan-t'ang. — Heureusement M. Chamot, prévenu par des boys, a pu, aidé de quelques volontaires (pensionnaires de l'hôtel), aller chercher le père d'Adozzio et les frères de notre établissement religieux, et les ramener à l'hôtel.
15 juin.
Des chrétiens chinois, des femmes et des enfants surtout, viennent en très grand nombre chercher un abri dans le quartier des Légations. Le palais du prince Sou
[Sou-Wang'Fou) ^ vaste résidence comprenant un immense parc et plusieurs grandes cours, est mis à la disposition de ces malheureux, presque tous couverts de brûlures ou de blessures horribles. L'un d'eux m'est amené au Pavillon des Etrangers par son père , un vieillard infirme ; c'est un enfant de seize à dix-huit ans qui a reçu quatre coups de sabre : trois sur la tête et un qui lui a tranché le quart du cou. Nous nous demandons comment le pauvre garçon peut vivre encore ! 11 est dans cet état depuis cinq jours , et les vers grouillent dans ses plaies. Le docteur Matignon panse de suite ces affreuses blessures (1).
Les bruits les plus contradictoires continuent à circuler sur l'arrivée des troupes : tout le monde en parle, nul ne sait rien.
L'énervement augmente. Enfin, à 7 heures du soir, le ministre de France me communique une lettre du baron Ketteler : « Sir ce Claude Macdonald, ministre d'Angleterre « a reçu une lettre de l'amiral Seymoux»
(1) Un mois plus tard, je retrouvais ce Ghiv^ dans le Sou- Wang-Fou ; il était complèt^w^^^^ guéri. ^^W^
c( datée du 14, 5 heures matin. L'amiral (( annonce que sa petite colonne est à ((10 milles au delà de Lang-Fang, et qu'il « espère arriver à An-Ting dans la journée (( même. » Aucun incident pendant la nuit; mais plusieurs incendies autour de nous.
16 juin.
Dans la matinée , quelques rares détonations aux barricades. Un incendie considérable se déclare dans l'est de la légation d'Italie. Un missionnaire américain calcule que, pendant les journées du 13, du 14 et du 15 juin, 13 églises, 7 écoles, 7 hôpitaux et 33 maisons ont été pillés et brûlés.
Je reçois de M . Henry la lettre suivante :
(( Hier soir, à 7 heures et demie, nous avons <( été attaqués par les Boxeurs. Deux feux (( de salve et un feu à volonté les ont mis (( en fuite. Ils ont laissé sur le terrain au (( moins 16 morts, et doivent avoir un assez (( grand nombre de blessés, dont le bonze (( qui dirigeait l'attaque. Nous avons pris ce les armes des hommes tombés auprès de
« la porte : c'étaient de^ lances et surtout ce des flèches; pas de fusil. Nous avons at- « tendu une nouvelle attaque toute la nuit, c( mais rien n'est venu. Les hommes couce chant aux postes de combat depuis trois ce jours, et dormant à peine deux ou trois ce heures par nuit, j'ai cessé tout exercice. »
Vers 1 heure de l'après-midi , un formidable incendie éclate dans la ville chinoise , au sud de Tsien-Men ; tout un quartier est en feu. Les Boxeurs ont voulu détruire toutes les boutiques renfermant des objets européens. Les flammes, poussées par un bon vent du sud-est, viennent lécher les murailles de la ville tartare. Nous espérons une fois encore que les troupes de l'amiral Seymour, tant attendues, apercevront cette épaisse colonne de fumée.
Le ministre de Belgique se retire avec son personnel à la légation d'Autriche.
Le corps du chancelier, massacré par les soldats de Tong-Fou-Siang, a été retrouvé et rapporté à la Légation du Japon. Deux Boxeurs ont été arrêtés dans raprès-uii(][; et fusillés.
Un soldat chinois met le feu à une bcx^
tique située près de la^ légation de Russie ; l'incendiaire est tué d'un coup de fusil par M. Rahden. Les Russes arrêtent les flammes et dégagent les abords de leur légation en abattant des maisons.
Dans la ville chinoise, l'incendie s'est encore étendu. Les flammes ont gagné l'immense porte de Tsien-Men; ce monument, haut de plus de 40 mètres, n'est bientôt qu'une gerbe de feu. Du haut de la muraille nous assistons à ce spectacle terrifiant, mais le plus beau que l'on puisse imaginer.
17 juin.
Cette nuit, les Boxeurs ont tenté de surprendre le quartier des Légations , et l'ont attaqué presque en même temps au nordest, au sud-est et au sud-ouest. Quelques coups de fusil ont sufli à les disperser.
Vers 3 heures de l'après-midi, une patrouille, composée d'Allemands , d'Anglais et d'Autrichiens, part pour fouiller le quartier situé au nord du Sou- Wang-Fou, quartier
qui renferme l'usine à gaz appartenant à des Allemands. Cette patrouille se heurte à des soldats de Tong-Fou- Siang , dont la présence dans ces parages n'était pas même soupçonnée, et se replie vivement en arrière. Mais des coups de fusil sont échangés, sans que Ton puisse savoir, naturellement , de quel côté sont partis les premiers. Cinq Chinois, dit-on, sont hors de combat; du côté des Européens, aucun blessé.
C'est la première fois que nous nous trouvons en présence de soldats réguliers.
Quelles seront les conséquences de cette rencontre? Nous sommes toujours sans nouvelles des troupes.
18 juin.
La situation est la même : Chinois et assiégés s'observent avec défiance. En réalité, nous sommes surpris de ne pas être attaqués plus violemment si les renforts amenés par lord Seymour sont , comme tovit le fait supposer, à quelques pas de nou^
Je reçois le matin un mot de M. Het^v.
« Les pertes des Boxeurs dans l'attaque du a 15 ont été plus considérables que je ne c< le pensais ; le mandarin qui a fait ramasser (( les morts dit en avoir compté 47; 27 ce Boxeurs en titre dont un chef, et 20 cu- (( rieux venus sans doute pour aider au « pillage. Nous avons tiré 58 balles. Dece puis les Boxeurs n'osent plus nous attacc quer; néanmoins, toutes les nuits nous ce avons plusieurs alertes et nous conti- (( nuons à coucher aux postes de combat. « Hier soir, on avait annoncé que des Chi- « nois viendraient avec du canon ; bien que « n'y croyant pas beaucoup, j'ai fait ins- (( taller un fort remblai de terre et de ga- (( bions devant l'entrée, et creuser uns « tranchée un peu plus loin en avant, pour (( les hommes. Nos matelots ne sont nulle- « ment fatigués et gardent tout leur ence train. »
P.-S. — M'autorisez-vous, si l'occasion « s'en présentait, à prendre l'offensive pour « aller surprendre les Boxeurs avant qu'ils « n'attaquent? »
Je réponds à Henry pour le féliciter d'abord, et ensuite pour lui dire que les
faibles détachements dont nous disposons ne nous permettent pas de faire des sorties, c'est-à-dire d'attaquer un ennemi infiniment supérieur en nombre et soigneusement abrité dans des maisons entassées les unes sur les autres.
Le personnel de la Douane élève une barricade entre la légation d'Autriche et celle de France.
19 juin.
Vers midi, cinq incendies considérables sont allumés dans l'ouest de la ville tartare ; dans la ville Chinoise, l'ancien bureau télégraphique est en flammes.
Le gouvernement chinois nous informe que, M. du Chaylard ayant, au nom du corps consulaire, menacé de faire occuper les forts de Takou, il considère cet acte comme une déclaration de guerre et donne, en conséquence, 24 heures aux étrangers pour se retirer de Pékin sous la protection des troupes chinoises.
Les ministres, d'abord décidés à partir, demandent au Tsong-Li-Yamen une au-
dience pour demain, à 9 heures du matin, en lui faisant remarquer que le délai qui nous est fixé n'est pas suffisant.
A 5 heures, l'opinion générale est que nous partirons le lendemain ; cependant les sceptiques, et ils sont nombreux surtout parmi ceux qui connaissent bien le caractère chinois, ne se fient qu'à moitié à cette ce protection» qui nous est promise.
Dans tous les cas, chacun se prépare.
Comme les femmes et les enfants ne peuvent pas faire à pied les 120 kilomètres qui nous séparent de Tien-Sin, les gens mariés se mettent en quête de charrettes. Toutes celles que les Chinois ont abandonnées dans le quartier des Légations, avec l'espoir de les reprendre après l'orage, trouvent de suite un nouveau propriétaire. On recherche de la même façon les mules et les chevaux. M. Chamot, armé d'un fusil à l'extrémité duquel il a fixé, en guise de baïonnette, un large et court couteau de cuisine, va, accompagné d'un jeune ingénieur, M. Mathieu, et de quelques coolies, passer une visite minutieuse des écuries de Hsu-Toug, directeur des études du prince impérial et
grand ami des Boxeurs. Nos chasseurs reviennent, poussant devant eux une dizaine de bêtes superbes qui ne demanderont certes pas mieux que de nous conduire à Tien-Sin.
La cour de la Légation de France se trouve encombrée, comme par enchantement, de voitures venues on ne sait d'où.
Il est convenu qu'on n'emportera que le strict nécessaire ; cependant, sur la prière des femmes, de volumineuses malles sont tirées des greniers et des hangars. La coquetterie ne perd jamais ses droits, même dans les circonstances les plus graves : estil possible d'aller à Tien-Sin sans avoir plusieurs toilettes ? Et les boys, pourra-t-on s'en passer? Il est difficile de se faire une idée de l'activité que chacun déploie en ce moment dans le quartier des Légations. Les Chinois, de leur côté, veulent bien ne point nous troubler pendant que s'agitent ces importantes questions.
Pour Herber et moi, pas tant de points d'interrogation! Nos armes, nos carto\jches, et en route 1
M. Pichon me dit qu'il va écrire un s.
à M*"^ Favier. Il est bien évident que nous ne partirons que quand le détachement du Pé-t'ang sera revenu près de nous.
20 juin.
Les ministres se réunissent à 8 heures à la légation de France. Le Tsong-Li-Yamen n'ayant rien répondu à la lettre de la veille, le corps diplomatique décide (autant du moins que nous pouvons le savoir pas des indiscrétions) : 1^ de demander au gouvernement chinois de permettre aux renforts attendus de venir jusqu'au pied des murailles; quand ils seront là, nous sortirons pour aller les rejoindre ;
2° de lui faire remarquer qu'il nous est impossible de partir le soir même, aucune disposition n'ayant encore été arrêtée.
Le ministre d'Allemagne offre à ses collègues d'aller seul s'entendre, à ce sujet, avec les membres du Tsong-Li-Yamen. En vain lui fait-on remarquer qu'il s'expose à un grand danger ; il persiste dans sa décision et part avec M. Cordés, interprète de la légation d'Allemagne. On veut leur don-
ner une escorte ; ils la renvoient, et ne conservent que deux Mâ-Fou [boys à cheval) qui accompagnent les deux chaises à porteurs. — Quelques instants après, ces Mâ- Fou reviennent, rapportant la nouvelle que M. Ketteler a été assassiné par des soldats de Tong-Fou-Siang, et que M. Cordés est grièvement blessé.
M. de Soden, chef du détachement allemand, part de suite avec 20 hommes à la recherche des deux victimes ; il revient une demi-heure après, n'ayant rien trouvé.
AH heures, des missionnaires américains rapportent M. Cordés à la légation; son état est très grave. Il peut néanmoins raconter que le ministre d'Allemagne a reçu une balle derrière la tête, et que lui-même, s' étant levé pour arrêter les porteurs et le protéger, a été atteint d'une balle au basventre. Malgré sa blessure, M. Cordés put échapper aux Chinois qui entouraient les chaises, et s'enfuir, poursuivi par deux soldats. A bout de forces, et décidé à en finir, il s'arrêta et fit face à ses lâches adversaires, quand, à son grand étonnement, ceuxci firent demi-tour et se sauvèrent à toutes
jambes. Le blessé perdit ensuite connaissance et fut heureusement recueilli par des missionnaires.
Les chefs de détachement réunis décident d'envoyer de suite à la légation d'Angleterre les femmes et les enfants. Cette légation est plus grande et moins exposée que toutes les autres. Ordre est donné d'y entasser immédiatement les vivres, les munitions, et tout ce que les magasins européens renferment de conserves, devins, de bière, d'eaux minérales et de liqueurs. Les caves de l'hôtel de Pékin sont également vidées dans celles de la légation d'Angleterre, qui prend l'aspect d'un vaste entrepôt (1).
(1) En même temps, et en moins de 24 heures, M. Ghamot trouvait le moyen de réunir sous sa main des mules, des chevaux et du blé en quantité suffisante pour nourrir pendant deux mois 1.200 Européens et 3.000 chrétiens chinois. Il découvrait des meules et transformait quatre des chambres de l'hôtel en moulins.
Comment a-t-il fait? Gela est encore un problème pour beaucoup, et pour moi en particulier. Mais il est indéniable, que sans lui, les chrétiens chinois seraient morts de faim avant l'arrivée des troupes. Son activité prodigieuse, sa rare intelligence, son courage, son sang-froid et son énergie, lui ont fait surmonter
A 2 heures de l'après-midi, les Autrichiens quittent leur légation et se replient sur la nôtre. Convaincus que le départ pour Tien- Sin ne saurait tarder, ils n'emportent que leurs armes et leurs munitions. Le personnel civil de cette légation ne comprend que M. de Rosthorn, premier secrétaire, ministre par intérim, et M"* de Rosthorn.
Les officiers sont, au contraire, très nombreux; deux d'entre eux, le capitaine de frégate Edouard Thomann von Montalmar, commandant la Zenta, et le lieutenant de vaisseau, Théodore de Winterhalder, du même bâtiment, se trouvent prisonniers dans Pékin, qu'ils étaient venus visiter. Les autres, le lieutenant de vaisseau KoUàr et les aspirants Mayer et Boynebûrg-Lengsfeld, font partie du détachement envoyé au secours de la légation.
toutes les difficultés. — Meunier, boulanger, cuisinier, constructeur de barricades, terrassier, chef des coolies, etc., etc., Ghamot a tout été, tout fait pendant ce siège, et tout, de sa propre initiative, sans prendre l'avis ni les conseils de personne. — Ceux qui recon* naissaient le moins volontiers ses immenses qu^j»., n'hésitaient pas à s'adresser à lui quand ils se v vaient embarrassés. ^^W^
La retraite de l'Autriche entraîne celle du personnel de la Douane qui ne peut logi-
ez
Douane
Autriche
/fue des Légations B
Italie
Barricade «
italienne \
quement et matériellement pas supporter le premier choc d'une attaque. Ce personnel se réfugie à la légation d'Angleterre.
Nous nous empressons dès lors de faire
démolir la barricade construite en 2, pour en élever, avec les mêmes matériaux, une autre en 3, à quelques mètres du poste nord-est de la légation de France. Le second maître Le Gloanec est chargé de ce travail.
A 4 heures, les Autrichiens veulent réoccuper leur légation; leur marche en avant est arrêtée par les coups de fusil des soldats chinois postés dans des maisons. Ils se replient définitivement près de nous, derrière la barricade 3. Dans ce mouvement de retraite le matelot autrichien Petrovac est \
blessé à la cuisse. i
La fusillade continue entre les Chinois j
d'une part, les Autrichiens et les Français de l'autre. Ce sont des soldats réguliers qui sont en face de nous ; nous tirons sur. ceux qui traversent la rue de la Douane ou qui s'approchent de la légation abandonnée.
C'est la première fois que nous entendons siffler les balles ; je recommande aux hommes de bien s'abriter, et de se découvrir \^ moins possible pour tirer. Je leur dotx^vp moi-même l'exemple ; les Autrichiens en {^ autant. Seul le capitaine Labrousse se ^v
mène debout derrière la barricade, offrant comme cible tout le haut de son corps jusqu'à la ceinture. Les deux autres volontaires, Pelliot et de Giéter, sont également près de nous.
A 5 heures, le matelot Julard du d'Entrecasteaux reçoit en plein front une balle qui lui traverse la tête ; le docteur Matignon ne peut que constater sa mort et faire emporter son cadavre.
La mitrailleuse autrichienne est placée au milieu de la barricade; sur son masque blanc plusieurs projectiles s'aplatissent.
A 8 heures, les Chinois essaient d'incendier la légation d'Autriche ; ils sont chassés par les feux croisés des Français et des Autrichiens, des Anglais et des Japonais. La fusillade dure toute la nuit; plusieurs balles venant du nord-ouest et du sud-ouest passent très haut au-dessus de nos têtes. Le quart à la barricade est fait alternativement par les Français et les Autrichiens, à partir de 9 heures.
21 juin.
Même service à la barricade 3, sur la-
quelle nos ennemis, devenus d'ailleurs invisibles, ne cessent de tirer. Cependant, vers 9 heures, des soldats et des Boxeurs s'avancent sur la légation d'Autriche; ils sont nombreux, à en juger par la grande quantité de drapeaux et d'étendards qu'ils déploient. Un feu bien nourri les balaie. Seuls, deux Chinois restent debout au milieu de la rue, comme pour nous défier. Ils sont à environ 350 mètres; plusieurs coups de fasil sont tirés sur eux, malgré la distance, mais sans résultat. Je brûle moi-même deux cartouches avec le même succès, quand je crois comprendre que c'est une ruse nouvelle de nos adversaires qui ont placé là deux mannequins pour nous faire user nos munitions. Je fais cesser le feu, enchanté de trouver une excuse à ma propre maladresse ; mais voici que les deux mannequins, à notre grand étonnement, se mettent en marche, à pas d'ailleurs lents et comptés, et regagnent une des maisons de la rue.
Ces deux Boxeurs auront du moins le droit de se dire invulnérables.
Je reçois une lettre du Pé-t'ang : tout va bien ; ils ne savent rien de ce qui se passe ;
et ne connaissent pas l'invitation gracieuse que nous a faite avant-hier le gouvernement chinois. J'écris à M. Henry pour le mettre brièvement au courant, et lui recommande, ce qui est en vérité bien inutile, de ne pas quitter la cathédrale jusqu'à nouvel ordre.
Plusieurs incendies sont allumés autour de nous. A 3 heures, nous enterrons la première victime, Julard, dans le parc de la légation. M. le ministre de France et un interprète, M. Berteaux, viennent de la légation d'Angleterre pour assister à cette cérémonie.
Un peu plus tard, et brusquement, une très vive fusillade éclate à la barricade d'Italie. Je m'y porte avec un renfort, laissant Herber au poste nord-est. M. Paolini, surpris de me voir arriver, et me demandant presque ce que je viens faire, me dit que les Italiens n'ont pas encore tiré un coup de fusil. Les enragés batailleurs que nous entendons sont très près de nous, à 50 mètres à peine, derrière les maisons; mais il nous est impossible de savoir qui tire et sur qui l'on tire. Nous supposons
enfin que ce sont les troupes du prince King qui chassent les Boxeurs, Mais alors nous ne sommes plus seuls! Où seront désormais nos amis, et où nos ennemis? Pour qui devons-nous réserver nos cartouches?
Le vacarme cesse bientôt sans que le mystère ait pu être éclairci.
La nuit, les Boxeurs parviennent à incendier la légation d'Autriche, A la lueur que cet incendie projette dans la rue de la Douane, nous tirons quelques ombres chinoises qui errent aux environs.
Nous ne savons pas quel est le commandant supérieur de la défense, et cependant, ordres et contre-ordres nous arrivent un peu de tous les côtés. En présence de ce fâcheux état de choses, quelques officiers et moi, nous prions le capitaine de frégate Thomann von Montalmar de vouloir bien prendre ce commandement qui nous paraît devoir lui revenir. Il accepte après avoir consulté les chefs de détachement, et s'adjoint MM. Winterhalder et Labrousse.
S22 juin.
A 5 heures, les Français quittent le quart et le remettent aux Autrichiens. Notre repos ne devait pas être de longue durée :
à 6 heures, une attaque violente est dirigée à la fois sur la barricade 3 et sur celle de ritalie ; cette dernière surtout est fortement menacée. Les Chinois se sont brusquement jetés en avant et ont pris position dans les maisons de la rue de la Douane et de la rue des Légations. Les Autrichiens craignent avec raison de laisser leur mitrailleuse entre les mains de l'ennemi si l'Italie, en cédant, leur coupe la retraite; en conséquence, ils abandonnent la barricade 3 et se replient dans la rue des Légations. Ce mouvement est mis à profit par les Chinois, qui envahissent toute la rue et mettent le feu aux bâtiments de la Douane.
L'attaque paraît être générale, car dans toutes les directions on entend une assez forte fusillade.
Un incendie se déclare tellement près de la barricade italienne, que nous croyons
que c'est elle qui brûle. (Elle est faite avec de très grosses poutres.)
Au même instant, un Américain vient nous prévenir que les Américains ne peuvent plus tenir, et qu'ils vont abandonner leur position. Abandonner leur position, c'est laisser les Chinois envahir la muraille, c'est leur permettre de pénétrer dans la rue des Légations par l'autre extrémité, et, par suite, de prendre entre deux feux le Japon, l'Allemagne, la France, l'Autriche et ritalie; c'est empêcher la jonction de toutes ces légations avec la légation d'Angleterre.
Il se produit un moment de panique facile à comprendre, surtout si l'on songe que tous ces événements se déroulaient en moins de temps qu'il n'en faut pour les relater.
Le matelot autrichien Joseph Bernardin est blessé.
Il est bon d'ajouter, pour achever d'esquisser cette scène, les hurlements des sauvages qui nous poursuivent, et, toivt autour de nous, les colonnes de flamnx^^^ \,
de fumée qui accomplissent elles aussi ^ ^^ . c* avec moins de bruit, leur œuvre six^^ ^"Q^
»iïX\,
Le commandant Thomann attend en vaia la confirmation de cette nouvelle apportée par TAméricain. Cependant, s'il a dit vrai, le temps presse et il faut prendre une décision d'autant plus rapide que tous les Européens se trouvent momentanément massés dans la rue des Légations, c'est-à-dire dans une situation très dangereuse.
Enfin le commandant donne aux troupes autrichiennes, françaises, italiennes, allemandes et japonaises, l'ordre de se replier sur la légation d'Angleterre.
A peine y sont-elles arrivées, que Sir Claude Macdonald leur donne Vordre de repartir pour occuper et défendre le palais du prince Sou. Les hommes n'ont pas même le temps de se décharger de leur musette pleine de munitions.
Les détachements se reforment, tandis que le ministre d'Angleterre fait appeler le colonel Shiba et le commandant Thomann pour leur donner ses instructions. Nous franchissons au pas de course le lit de la rivière de Jade, échappant heureusement aux balles qui passent trop haut, et nous prenons position dans le Sou- Wang-Fou,
où sont réfugiés près de 3.000 chrétiens chinois. Le colonel Shiba indique à chaque chef de détachement la partie qu'il aura à occuper et à défendre; nous commençons, à cet effet, à prendre les dispositions nécessaires, quand chacun de nous reçoit, de son ministre y V ordre de réoccuper sa légation.
Les troupes se reforment aussitôt et partent pour exécuter ce nouvel ordre qui, sans doute, doit être le seul bon,
A 11 heures et demie, les légations sont reprises, sauf celle d'Italie qui est en feu; son personnel retourne au Sou-Wang-Fouet se met à la disposition du colonel Shiba . Quels merveilleux incendiaires que ces Chinois!
Je reçois un mot de M. Pichon m'informant que tous les ministres agissant d'accord ont décidé que Sir Claude Macdonald aurait la direction générale de la défense.
Nous avons laissé à la légation d'Angleterre la mitrailleuse autrichienne, son chef de pièce et un servant.
On emploie des coolies à réunir des caisses et à les remplir de terre pour élever p^x^. dant la^ nuit deux barricades : l'une etx v et l'autre en B. ^
Vil -s-.,
Dans la journée, le docteur Matignon a reçu sur la cuisse une balle morte qui n'amène qu'une légère contusion.
A 5 heures du matin, très vive fusillade ; les coups partent de l'ancienne barricade do ritalie, maintenant occupée par les Chinois. Ces derniers percent des meurtrières dans les murs des maisons voisines de cette barricade. Les Français occupent la barricade de la rue des Légations, et les Autrichiens celle de la rue de la Douane. Nous surveillons en restant abrités ; heureusement l'ennemi tire en général très haut.
M. KoUar est atteint à la jambe par une balle à bout de course ; sa blessure est assez légère pour lui permettre de ne pas interrompre son service. — Les projectiles les plus dangereux ne sont pas, en effet, ceux que lancent devant nous les Chinois, placés à 50 ou 60 mètres; mais bien ceux dont nous ne nous défions pas, et qui, destinés aux Américains ou aux Russes et tirés de l'ouest, franchissent tout le quar-
iÂ*ah.
tier des Légations pour venir mourir autour de nous.
Vers 10 heures, on entend pour la première fois le bruit du canon; ce qui nous surprend tous de façons diverses, mais plutôt désagréablement. Les optimistes pensent que les Chinois, pressés par les troupes internationales, brûlent leurs dernières cartouches, font une dernière tentative pour nous anéantir. Les coups partent du haut de la muraille, de Hata-Men; ils sont mal pointés et les obus, passant par-dessus les Légations, vont tomber au delà des murs de la Ville Impériale.
Nonobstant cette nouvelle distraction, nos ennemis, afin de ne pas trop déranger nos habitudes, allument çà et là quelques incendies.
C'est d'abord la Banque japonaise, dans la rue des Légations, au delà de l'Italie et du même côté. Nous voyons d'ailleurs avec plaisir brûler cette grande maison d'où les Chinois auraient pu nous faire beaucouY) de mal. Ensuite plusieurs petites maisç^^^^ nettes entassées entre la Douane et le vv. .
nord de notre légation. Tout cela est
et flambe comme un paquet d'allumettes. Cet incendie est assez inquiétant; les flammes, poussées par un vent frais de nord-est, viennent caresser les branches des arbres du parc; je donne l'ordre d'abattre ceux de ces arbres qui pourraient communiquer le feu aux écuries. Enfin c'est la maison de Hsu-t'ong, à 30 ou 40 mètres de nos barricades.
Ce rideau de flammes a l'avantage d'éloigner momentanément de nous nos adversaires. Mais des engagements ont lieu un peu partout, et en particulier au Fou.
Les Russes demandent la mitrailleuse autrichienne laissée à l'Angleterre.
Dans l'angle nord-est du quartier des Légations, un incendie détruit le collège du Han-Lin, et sa riche bibliothèque.
La nuit, on aperçoit plusieurs fusées lancées dans la direction du sud et à une assez grande distance ; c'est pour nous la voile qu'aperçoit à l'horizon un navire en détresse. Cette fois, nous les aurons nos troupes, ces fameuses « droupes », comme dit M. KoUar! Du moins, nul n'en doute; aussi, avec quel ravissement nous regardons
monter dans le ciel ces serpents de feu I Dans le parc, les arbres sont tombés sous la scie édentée du quartier-maître charpentier Butor; maintenant que la délivrance est proche, je regrette de les avoir fait abattre.
24 juin.
A 8 heures, les Américains qui occupaient la muraille du côté de Tsien-Men, révacuent et demandent des renforts; 15 Allemands, 10 Français et 10 Autrichiens vont avec eux repousser les Chinois jusqu'à Tsien-Men; ils en tuent un grand nombre et ramassent plusieurs fusils. — Il importe de conserver à tout prix la partie de la muraille comprise entre les deux limites est et ouest du quartier des Légations.
Un peu plus tard, les Italiens et les Japonais sont très vivement attaqués au Fou et je reçois Tordre de leur envoyer ^0 hommes. 10 Français et 10 Autriclxx^^ conduits par M* Mayer vont se naeu^^ h la disposition du colonel Shiba. ^
Il ne reste plus alors que 27 hommes à la légation de France : 24 Français et 3 Autrichiens; si ces demandes de secours se renouvelaient souvent, nous pourrions peut-être, à un moment donné, nous trouver fort embarrassés,
A 11 heures, les deux détachements envoyés aux Américains et aux Japonais sont de retour. Le matelot français Quéméneur a eu, au Fou, la cuisse traversée par une balle.
Les Américains ont repris position sur la muraille, par le travers de leur légation. Ils occupent une barricade, en face de Tsien-Men. Nous décidons d'envoyer 5 Allemands, 5 Français et 5 Autrichiens occuper la même muraille, à la hauteur de la rue de la Douane, et y construire une barricade en face de Hata-Men.
Je reçois dans la matinée une lettre de M. le ministre de France qui me recommande de porter secours aux Allemands, aux Japonais et aux Italiens en cas de nécessité. Il me fait remarquer que la tâche de la garnison franco-autrichienne ne doit pas se borner à la défense de notre léga-
tion ; mais qu'elle doit aussi concourir à la défense de tous les points menacés. Enfin, il me signale comme devant être particulièrement protégés : la muraille entre Tsien-Men et Hata-Men, et le parc du Prince Sou, d'où l'ennemi menacerait fortement l'Angleterre.
De notre côté, nous pensons ici qu'il est non moins nécessaire de conserver le plus longtemps possible la légation de France, attendu que sa perte entraînera très probablement celle de l'Allemagne et du Japon, ainsi que la perte de l'hôtel Chamot (inutile de citer la légation d'Espagne qui n'est même plus habitée); attendu encore que les projectiles lancés sur ces légations sont autant de projectiles détournés de l'Angleterre qui se trouve ainsi abritée par une ceinture de postes avancés.
De nombreux soldats chinois passent derrière la barricade d'Italie et traversent la rue des Légations du nord au sud. Bientôt les Allemands qui patrouillent le pied d.e la muraille demandent du secours; Uovi^ envoyons six hommes. Ils surprennent ^ Boxeurs dans une maison située à qupkA ^
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cent mètres de la rue de la Douane, et en tuent une vingtaine. Nos matelots rapportent dix ou douze fusils et plusieurs cartouches.
Les canons de Hata-Men tirent toujours, mais ne nous font aucun mal.
A 1 heure et demie, les Chinois de Tsien-Men s'avancent sur les Américains qui battent en retraite et descendent de la muraille; les Européens qui occupent la barricade de Hata-Men, ne voulant pas s'exposer à être pris entre deux feux, descendent à leur tour.
Sur tous les points à la fois, l'attaque devient plus violente. Nos adversaires qui ont pris position dans toutes les ruines qui nous entourent mitraillent nos barricades en demeurant invisibles. A peine voit-ou çà et là quelques casaques bleues et rouges ; je charge les meilleurs tireurs d'arrêter les plus audacieux; je prends moi-même un fusil, et m'efforce de restreindre le plus possible le nombre des tireurs. Les Français sont spécialement chargés de défendre la barricade de la rue des Légations, et les Autrichiens celle de la rue de la Douane.
Naturellement le nombre des défenseurs est augmenté ou diminué suivant les circonstances ; mais la barricade est toujours commandée soit par M. Labrousse, soit par M, Herber, soit par moi. D'ailleurs la tactique de nos ennemis consiste à tirer le plus possible de coups de fusil sur la barricade même, sans doute dans le but de nous effrayer; le seul but qu'ils atteignent est de transformer nos caisses de terre en passoire. De notre côté, nous ne pouvons tirer qnie le moins possible, étant donné que nous n'avons pas, comme eux, des cartouches en nombre illimité.
Le colonel Shiba nous fait demander un renfort ; nous envoyons 3 Français et 2 Autrichiens,
M. Pichon m'écrit (!'', 30} : de tenir aussi longtemps que possible à la légation de France, et, s'il le faut absolument, de nous replier sur le Fou, en défendant les positions intermédiaires.
La mitrailleuse autrichienne la disposition des Allemands.
Les ministres ayant décidé de cuper les barricades de la mui
les fortifier, les Américains retournent à celle de Tsien-Men, et les Allemands à celle de Hata-Men. Heureusement, nos lâches et défiants adversaires n'ont pas osé s'approcher et s'emparer de ces positions abandonnées qui ne leur disaient rien de plus que le « bloc enfariné » au rat de la fable.
A 5 heures du soir, cinq Français et cinq Autrichiens vont avec M. Boyneburg renforcer les Allemands sur la muraille, et continuer les travaux de défense. M. Chamot se charge de procurer les coolies nécessaires. Labrousse monte également sur la muraille pour se rendre compte de l'état des travaux et pour les faire activer.
A la barricade de la rue des Légations notre situation devient très difficile : les balles pleuvent des ruines de l'Italie et de celles de la maison de Hsu-t'ong ; les coups dirigés sur les Autrichiens de la rue de la Douane et tirés du nord de cette rue, menacent notre flanc; enfin les projectiles destinés aux Russes ou aux Américains viennent tomber autour* de nous ; nous devons donc chercher à nous protéger de trois côtés. Aussi, d'accord avec le commandant Tho-
mann, nous décidons de construire un blockhaus devant la grande porte d'entrée.
M. Ghamot dispose fort heureusement d'un nombre considérable de briques qui étaient destinées à l'agrandissement de son hôtel. Il offre de nous les faire apporter de suite par des coolies.
A 6 heures 30 les Américains abandonnent le poste de Tsien-Men sur la muraille ; de l'autre côté, le poste de Hata-Men est immédiatement abandonné. Cependant je laisse au pied de la rampe, à l'extrémité de la rue de la Douane, un poste de cinq hommes chargé de protéger le flanc droit de notre barricade. M, Labrousse me demande de faire construire par ces hommes, aidés de quelques boys, une barricade a^ pied de la muraille. L'idée est excellente et les travaux sont commencés.
On nous apprend que les Anglais ont fait une sortie et tenté de prendre un canon ; ils ont échoué ; le capitaine Halliday a été blessé.
A 7 heures, les Japonais i demandent quelques hommes. J Français dont le nommé Corseli
mené une demi-heure après le crâne fracassé. Sa blessure est horrible; il meurt sans avoir repris connaissance, mais après avoir vécu près d'une heure encore. Ce pauvre garçon qui était marié et père d'un petit enfant de quelques mois, était mon ordonnance à bord du d' Entrecasteaux et il avait tenu à m'accompagner à Pékin. Fusilier breveté et e^jcellent tireur, il était toujours désigné quand il y avait lieu de brûler quelques cartouches. Brave sans fanfaronnade ni forfanterie, toujours calme, on pouvait le citer comme modèle. 11 quittait les barricades aux heures des repas pour venir nous servir dans ce pavillon des Étrangers^ si bien nommé maintenant qu'il est à tout le monde; il venait parfois nous annoncer les plus graves nouvelles du même ton qu'il eût pris pour nous dire : « Le capitaine est servi ».
A 9 heures, la muraille est réoccupée des deux côtés. 6 Autrichiens et 4 Français partent à iO heures pour renforcer les Allemands.
Les Chinois tirent toute la nuit, évidemment au hasard, puisque nous restons der-
rière nos barricades. Pour achever de nous intimider, ils joignent aux bruits des détonations celui des tam-tam et des gongs.
25 juin.
Le matin, le ministre de France me demande d'envoyer quelques-uns des fusils pris aux Chinois au colonel Shiba pour armer des volontaires japonais bons tireurs. Je fais porter huit fusils et des cartouches.
Pendant la nuit, les chefs de détachement ont reçu de Sir Claude Macdonald l'ordre de se réunir à 9 heures ce matin, sur la muraille, à la barricade américaine. Le ministre d'Angleterre souffrant se fait excuser; c'est donc le commandant Thomann qui préside. Nous constatons que la position des Américains est très forte et qu'elle peut être renforcée encore et devenir presque imprenable. Rien de plus facile; les matériaux sont sous la main, puisque la barricade est faite avec les énormes blocs de pierre dont' la muraille est pavée ; il suffit de déchangj, f ces pierres et de les entasser les un^o ^ les autres. Il est décidé qu'une batj.- xe
semblable sera élevée du côté de Hata-Men par les Allemands, les Français et les Autrichiens, et que ces deux véritables fortins seront gardés le plus longtemps possible, j
dans l'intérêt de la défense générale.
Pendant que nous discutons, un canon de Tsien-Men nous envoie plusieurs obus qui passent au-dessus de nos têtes et vont éclater à plus de iOO mètres derrière nous. Un soldat américain, placé en vigie, surveille ce canon ; au cri qu'il pousse quand il aperçoit la fumée, chacun se baisse et s'abrite derrière la montagne de pierres. Néanmoins, quand le tir sera rectifié, ce voisin pourra devenir gênant; aussi convient-on de faire monter sur la muraille le 37 millimètres des Italiens pour le faire taire.
La rampe par laquelle on gagne le sommet de la muraille est battue par les balles chinoises ; il faudra se protéger par un mur en zigzag.
Ail heures, 10 Italiens vont conduire leur canon à la barricade américaine; ils sont remplacés au Fou par 10 Autrichiens, dont l'un, Joseph Dettan, est tué peu après son arrivée.
De toutes les maisons qui se trouvaient à l'est de la rue de la Douane et au nord de l'Italie, il ne reste plus maintenant que des ruines où sont cachés des soldats et des Boxeurs en très grand nombre. Vers 2 heures, ils commencent sur nous un feu très vif. — Nous essayons à plusieurs reprises, mais sans jamais y parvenir, de compter le nombre de coups qu'ils tirent en une minute. — Heureusement, c'est toujours dans les mêmes conditions, c'est-àdire sans viser un point nettement déterminé ; ils inondent de balles nos murs et nos retranchements, et c'est tout. Il faut qu'ils aient une quantité prodigieuse de cartouches. Aucun d'eux ne se montre.
Nous espérons pouvoir atteindre nos ennemis du haut d'un toit; et, dans ce but, M. de Gieter, Le Gloanec et moi, nous montons sur celui de la maison où habitaient M. et M"' Mûrisse, en nous servant, àdéfaut d'échelle, d'un platane qui a eu l'heureuse idée de pousser près du mur. La place est excellente, et, pendant plus d'une heure, nous pouvons à notre aise trouer les casaques dpa soldats de Tong-Fou-Siang, qui, ne g
= sovi^-
çonnant pas la présence d'un fusil à pareille altitude, se découvrent jusqu'aux seins. A 50 ou 60 mètres, c'est plus qu'il n'en faut. C'est surtout au moment où ils sortent des ruines de la légation d'Italie, pour traverser une petite ruelle, que nous les saluons. Je suis convaincu que M. de Gieter se souviendra longtemps, comme moi, de cet original tiré.
— Mais voici que des balles sifflent au-dessus de nos têtes et écrètent même l'arête du toit derrière laquelle nous nous abritons pous recharger notre arme ; Le Gloanec a sa casquette traversée; nous sommes vus et il faut nous défier, surtout des Chinois placés plus loin, sur notre droite, de l'autre côté de la rue des Légations. D'ailleurs l'ennemi, sans doute prévenu, se fait de plus en plus rare, et bientôt nous descendons de notre toit.
L'attaque diminue de violence, et nous profitons de cette petite accalmie pour enterrer à la hâte, et dans la même fosse, Corselin et Dettan, le matelot autrichien tué le matin.
Profitant d'un vent favorable, nous mettons nous-mêmes le feu aux maisons qui
forment l'angle nord-est de la rue des Légations et de la rue de la Douane. II est bon de raser de suite tout ce qui arrête notre vue, nous empêche de nous servir de nos armes, et peut abriter nos adversaires.
A 4 heures, je reçois l'ordre écrit d'envoyer vingt hommes de la garnison francoautrichienne à la légation d'Angleterre où ils resteront en permanence. D'accord avec M. de Rosthom et avec le commandant Thomann, je réponds que nous sommes attaqués avec une telle violence, qu'il m'est absolument impossible de détacher vingt hommes. J'ajoute que la légation de France est la clef de la défense générale, et que, dans ces conditions, nous serions plus disposés à demander des renforts qu'à en envoyer aux autres points menacés.
Enfin je fais remarquer que notre détachement, Autrichiens compris, est loin d'être le plus fort, et que nous participons déjà cependant à la défense du Foi de la muraille. D'autre part, si cuter malgré tout l'ordre re^ vingt Français, en maintenant i
à leur poste ceux qui sont sur la muraille et au Fou, il restera pour défendre la légation de France, c'est-à-dire ce lambeau de terrain où dorment ceux qui, déjà, ont été tués en la défendant, une majorité d' Autrichiens, chose qu'il m'est impossible d'admettre .
A la même heure, nous entendons très distinctement le bruit d'une canonnade lointaine. Il n'y a plus à en douter, nos troupes arrivent ! Comment expliquer autrement cette lutte qui a lieu, c'est indéniable, en dehors de la ville, à 5 ou 6 kilomètres dans le sud. — L'espoir est encore plus grand quand on nous prévient qu'un édit impérial, écrit en gros caractères, vient d'être affiché sur le pont de Jade, et que, par cet édit, l'Impératrice ordonne aux troupes chinoises de ne plus tirer sur les Européens.
Les conclusions de ces deux faits vont grand train : l'édit est provoqué par l'arrivée des troupes; — l'Impératrice, effrayée des conséquences du lâche attentat dont nous sommes les victimes, cherche à dégager sa responsabilité; — demain, au plus
tard, nous serons délivrés; — nous demanderons d'abord les têtea de Tuan et de Tong-Fou-Siang ; — on se répète les deux bonnes nouvelles, on se félicite, on se serre les mains.
Mais pourquoi ces feux de salve sur la muraille, et que nous veulent encore ces Chinois ? — Sans doute ils ne connaissent pas l'ordre de leur souveraine. Ils s'avancent des deux côtés, et marchent sur les barricades de Hata-Men et de Tsien-Men; quelques coups de fusil les dispersent, et, là-haut comme ici, le silence se fait.
Les 10 Français qui étaient allés remplacer au Fou les 10 Autrichiens nous sont renvoyés par le colonel Shiba, — Nous profitons du calme et de la nuit pour travailler aux barricades. Nous élevons en particulier, dans la rue des Légations, une deuxième barricade parallèle à la première, afin de nous abriter des balles et fragments d'obus qui viennent de Tsien-Men. et des oostps chinois de l'ouest. A i petites alertes qui nous pre un instant nos tr nous dit-on, construis
barricade à Tautre extrémité de la rue des Légations, au delà de la Russie.
Le matelot Quémeneur, blessé à la cuisse le 24 meurt dans la nuit à la légation d'Angleterre où il avait été transporté.
26 Juin.
Le matin, les chefs des détachements autrichien, français et allemand décident de faire occuper la barricade de Hata-Men alternativement par 10 de leurs hommes; de façon à obtenir l'unité de commandement impossible à réaliser avec un poste composé de militaires de trois nationalités différentes.
Un nouveau volontaire, un ingénieur du Crédit Lyonnais, M. Bartholin, vient grossir nos rangs et combler le vide fait par la mort de Quémeneur.
La matinée est assez calme. Les troupes chinoises paraissent avoir abandonné leurs positions; on ne voit et on n'entend plus rien. Un grand nombre de soldats remontent dans le nord, chargés de colis provenant
des ruines de la Douane et de la légation d'Autriche. Ordre est donné de ne pa3 tirer; nous sommes, au fond, trop heureux de les voir se retirer. Quand cet exode paraît terminé, M. de Rosthorn, M. Winterhalder et quelques matelots autrichiens vont jusqu'aux ruines de leur légation ; ils ne rencontrent aucun fusil ennemi, et reviennent après avoir constaté que tout était pillé et brûlé.
Dans la rue de la Douane, près de notre barricade, une maison assez importante n'a pas été entièrement détruite par les flammes; j'y fais mettre le feu.
Pas un coup de fusil 1 Pas un cri de châ~châ! Quel contraste avec le vacarme des jours derniers! Nos ennemis renoncent décidément à nous occire, et nous nous reprenons plus que jamais à espérer. Néanmoins nous sommes étonnés de ne recevoir
moindre renseignement ! Chamot a fait descendre dans la ville chinoise, au moyen d'une corde, un garçon d*écurie auquel il promet 5.000 taëls (1) s'il revient porteur d'une lettre de sa sœur qui habite Tien-Sin.
Les coups de canon dans le Sud, enten^ dus encore la nuit dernière, donnent lieu à mille conjectures, qui toutes n'aboutissent qu'à augmenter notre énervement. Si ce sont les Chinois qui se battent entre eux, il faut espérer que leurs dissensions nous sauveront. Plus généralement on croit à une grande bataille entre les Célestes et les Européens, aux environs de Tong-Tcheou.
En attendant une solution qui ne saurait tarder, les matelots autrichiens et français prennent un peu de repos. Ils ont été jusqu'alors admirables de courage et d'entrain ; mais si cette lutte se prolongeait, il serait à craindre qu'une trop grande tension d'esprit n'amenât chez eux une lassitude physique et morale. Il est heureux que la saison leur permette de dormir n'importe où, mais le plus souvent dehors. Ils sont aussi
(1) 20.000 francs.
bien nourris que possible, étant donné les circonstances, grâce à M. Chamot qui a pour eux autant de sollicitude qu'il en aurait pour ses enfants. Pour eux, il trouve toujours, comme par hasard, une barrique de vin que l'on a oublié de transporter à l'Angleterre, et un sac de riz laissé dans ses greniers. Cependant il devient bien rare partout, le riz; on se plaint un peu dans toutes les légations de ne pas en avoir.
Plus rares encore les légumes; et j'en connais qui vendraient bien autre chose que leur droit d'aînesse pour un plat de pommes de terre. Les liquides font moins défaut; en outre des réserves de Chamot, nous disposons de la cave entière de M. Pichon qui, en partant, nous a laissé, avec mission de ^e pas les abandonner aux Chinois, des centaines de bouteilles d'excellents vins. En dépit de la surveillance faite autour de cette cave, je soupçonne mes chapardeurs de matelots d'avoir déjà mis à l'abri de l'attouchem mains ennemies bon noi teilles. Quant aux officiers ils ont eu soin de faire po
deuxième ligne de retraite, deux ou trois cents bouteilles de Champagne, comme i/i rCen ont pas en Angleterre^ c'est le cas de le dire.
W^^ Pichon nous a abandonné ses provisions de conserves avec la même générosité ; mais ceci tente moins nos marins ; ils n'ont que faire des boîtes de truffes et de champignons. Oh I ces truffes! Sous le prétexte de ne pas les laisser aux Chinois, nous en mettons partout : avec du cheval comme entrée, avec de la mule comme rôti, avec du beurre comme dessert!
Nous mangeons tous, officiers et volontaires, dans la salle à manger de M. d'Authouard, premier secrétaire de la légation, qui, bien avant qu'il fût question d'une attaque des Boxeurs, était allé passer une permission au Japon. Tous ceux qui le connaissent disent combien il doit regretter de ne pas être près de nous en ce moment, et sont certains qu'il doit faire tout ce qu'il est possible pour regagner Pékin — (1).
Nous sommes servis par ses boys, et nos
(1) M. d'Authouard suivit la colonne de secours, et fut un des premiers Français à rentrer dans Pékin.
mets sont préparés par son cuisinier. Je dois ajouter qne, dans sa cave, qui ne manqua pas d'être fouillée, nous trouvâmes des richesses non moins considérables que dans celle de M. Pichon.
Je profite du calme pour aller jusqu'à la légation d'Angleterre ; le ministre de France me demande s'il n'est pas possible d'y envoyer 10 hommes. Je lui expose qu'il y a déjà 10 Français sur la muraille et 5 au" Fou, et qu'il ne resterait alors que 17 marins à la légation de France. Je m'étonne que ces renforts soient demandés à nous, alors que les Russes, par exemple, beaucoup plus nombreux, ne sont certainement pas plus attaqués que les Français. A peine suis-je de retour, que je reçois l'ordre écrit d'envoyer les 10 hommes. ■ — Je réponds qne cela m'est absolument impossible.
La canonnade recommence l'après-midi ; une vingtaine d'obus passent au-dessus de notre légation, rasant 1"= +'^'*=
A 2 heures, nous en' M. Pichon et M. Bertea rémonie. Nous n'avons temps nous manque po
davres sont recouverts de chaux. Notre cimetière est dans un coin du parc, près d'une grotte artificielle faite de blocs de pierre jetés les uns sur les autres ; là dorment déjà 4 de nos camarades, dont 2 dans la même fosse. Ceux-ci resteront unis après leur mort comme ils Font été pendant ce siège :
Autrichiens et Français s'entendent en effet admirablement, et rivalisent de courage et de zèle.
Vers 4 heures, des Chinois, venant du nord, se dirigent vers Hata-Men. Ne seraient-ils partis ce matin que pour aller mettre leur butin en lieu sûr ? Leur nombre s'accroît de plus en plus ; ils se massent entre la rue de la Douane et celle de Hata- Men. De la barricade, nous hésitons à tirer sur ceux qui traversent la rue des Légations, en raison de leur attitude inoffensive du matin, et surtout à cause de l'Edit Impérial du 25; mais leurs mouvements deviennent de plus en plus suspects, et, à 5 heures, nous ouvrons le feu sur ceux qui s'approchent un peu trop de nos retranchements. A ce moment,^Sir Claude Macdonald fait demander 5 hommes au commandant Thomann
qui répond qu'il ne peut pas se démunir de personnel.
Dans la rue des Légations, le feu devient très vif. Tous les hommes sont à leur poste de combat. Les Chinoia tirent encore au hasard; mais ils jettent sur nous une telle quantité de plomb que des accidents sont à redouter.
Soudain, M. de Gieter, qui est à côté de nous, à la barricade, dans la position du tireur à genou, s'aiîaisse en poussant une plainte sourde. — Nous nous empressons, M. Pelliot et moi, de le relever. Il a reçu dans le dos une balle venant de Tsien-Men ; le'projectile, heureusement sans vitesse, a glissé sur l'omoplate en remontant le long du cou, sans sortir. On transporte à la Légation d'Angleterre le blessé qui n'a d'ailleurs pas perdu connaissance.
La deuxième barricade, parallèle à la première, et destinée à 'nous abriter des coups venant de l'ouest, n'est pas achevée; c'est
ment en face de ce gigantesque point d'interrogation, l'ennemi va-t-il se décider enfin à s'avancer sur nous ? — Nos adversaires sont extrêmement nombreux, et à 50 mètres à peine; s'ils voulaient enlever notre misérable barrière de caisses et de sacs de terre, la lutte serait terminée de suite, à leur avantage. Gomment peuventils hésiter?
Gomme je crains, à un moment donné, de voir l'ennemi gagner le pied de la muraille et nous tourner par la droite, je prie M. Labrousse d'aller lui-môme surveiller le petit poste qui se trouve au bas de la rampe. Il emmène quelques coolies, et fait construire là un petit blockhaus.
A 8 heures, on ramène le corps du matelot autrichien Marcus Badurina qui a été tué sur la muraille.
M"° de Rosfhorn quitte la Légation d'Angleterre et vient nous demander de rester à la Légation de France, près de nous, c'est-à-dire près de son mari.
Sir Glande Macdonald fait demander si un des nombreux officiers autrichiens ne pourrait pas aller remplacer sur la mu-
raille les officiers russes et américains fatigués. M. Winterhalder y va; il a cependant reçu dans la journée même quelques éclats de brique dans l'œil; sa blessure est peu grave, mais très douloureuse.
A 10 heures, nouvelle demande de renforts de 5 hommes pour l'Angleterre; il nous est impossible d'y donner satisfaction.
Toutes ces demandes nous sont apportées par un jeune volontaire, M. Fliche, élève interprète de la Légation de France, qui, depuis le commencement des opérations, s'est mis à la disposition de Sir Claude Macdonald, dont il est devenu, en quelque sorte, l'aide de camp. — Que les balles pleuvent ou ne pleuvent pas, que les obus éclatent ou n'éclatent pas, Fliche va toujours, avec le même calme et le même sang-froid, porter les ordres aux
matin. — Nous répondons à peine. Un fusil est cassé par une balle.
27 juin.
A 4 heures, les détonations deviennent plus rares ; nous en profitons pour achever la deuxième barricade dans la rue des Légations.
Les Chinois, embusqués dans les maisons ouvertes par Fincendie, abrités derrière les pans de mur, sont à quelques pas de nous. A 10 heures, ils recommencent leur fusillade de la veille et de la nuit. Il semble que leur intention est de démolir nos murs à coups de fusil ! Je laisse Herber à la barricade de la rue des Légations et je me porte à celle de la rue de la Douane, occupée par quelques Autrichiens. Dans cette rue, à i5 mètres à peine de nous, nos ennemis élèvent une barricade sans qu'il soit possible de s'y opposer. Leur procédé très simple consiste à rester cachés derrière les ruines, sur le bord du chemin, et à jeter, de là, tout ce qui leur
tombe sous la main : tables, chaises, pierres, briques, etc., etc. J'en tue un qui a l'imprudence de traverser la rue en portant sur son dos une table qu'il avait sans doute l'intention de placer contre le mur de notre légation. J'envoie Le Gloanec sur le toit de la maison Morisse ; il ne peut inquiéter ceux qui travaillent dans la rue, le toit n'est pas assez haut-, mais il tire sur quelques Chinois qui se montrent au delà des premières maisons.
Je reçois, à iO h. 45, un mot de Monsieur le Ministre de France qui me recommande de ne croire à un bruit d'évacuation d'une
sur le parc. Ces travaux ont été exécutés par les coolies de M. Ghamot, et sous sa direction.
A 11 heures, la colère de nos ennemis tombe, et un calme relatif succède au bruit de tout à l'heure. Le Gloanec descend de son toit et me rend compte que les Chinois se retirent. Nous profitons de ce moment de répit pour aller déjeuner. Notre table, cette fois, est présidée par M""** de Rosthorn. La présence au milieu de nous de cette jeune femme qui vient elle-même nous donner l'exemple de la gaîté et de l'entrain relève notre courage; nous pensons à l'avenir avec plus de confiance.
Nous rions de la lâcheté de nos adversaires en reconnaissant que, si nous avions eu devant nous 4 ou 500 nègres au lieu de ces 4 ou 5.000 Célestes, nous n'aurions plus le plaisir de déguster les meilleurs crus de Bourgogne en mangeant du cheval et des truffes. C'est l'heure des hypothèses, et chacun fait la sienne. M""® de Rosthorn en faisant avancer une seconde colonne de renfort de 10 kilomètres par jour, ce n'est pas beaucoup 1 et en comptant sur ses
doigts, nous démontre, à tous, que les troupes internationales doivent arriver demain à Tong-Cheou — Alors, boy! «ne bouteille de Champagne I II ne faut pas en laisser à ces méchantes troupes qui se sont tant fait attendre !
Hélas I un matelot vient arrêter brusquement tous ces éclats de rire : Le Gloanec est tué ! Il était aimé de tous, et tous, vou- 1
lantle voir une dernière fois, abandonnent î
la table. Le sergent d'armes Le Coquen •
me raconte qu'il a voulu remonter sur le i
toit, avant même d'avoir fini de déjeuner, j
tellement il prisait ce poste d'observation. {
A peine y était-il, qu'une balle le frappait '
à la tête, et que son corps retombait lourdement sur les dalles de la cour. Il est là, ; devant nous, au pied du platane qui nous , sert d'échelle; le projectile est entré dans i l'œil et a traversé tout le crâne ; la mort a dû être instantanée. Devant ces restes !
inanimés, j'éprouve un gros serrement de i
parlions ensemble de la Bretagne où nous avons laissé, l'un et l'autre, tant de personnes chères. 11 a là-bas deux fillettes qui grandissent sous le même ciel, et à côté de la mienne; mais leurs rires frais et gracieux d'enfants insouciants voleront longtemps encore de vague en vague avant qu'elles n'apprennent le malheur qui les frappe, et surtout qu'elles n'en comprennent toute l'étendue.
Mais les Chinois se sont rapprochés et nous entourent de tous les côtés ; l'attaque recommence, il faut retourner aux barricades. Les boîtes à mitraille de Tsien-Men sèment leurs balles rondes sur les légations de France et d'Allemagne. Le poste, placé au sud de la rue de la Douane, serré de trop près, se replie sur nous; les Chinois envahissent alors tout le terrain compris entre cette rue et l'Allemagne. Ils avaient, comme toujours, la torche à la main; aussi les maisons qui forment l'angle sud-ouest du croisement des deux rues sont bientôt en feu. Ces incendies sont^ par conséquent, en face du grand portique et à 20 mètres de nous.
Ce n'est pas tout : à l'abri de la barricade qu'ils ont construite, nos ennemis font une brèche dans le mur de la rue de la Douane, qu'ils démolissent à coups de pioche. Enfin, de ruiiie en ruine, ils ont gagné le sommet de l'angle nord-est entre les deux barricades; ils sont à 5 mètres de nous, et nous lancent des pierres par-dessus les pans de mur 1
A la barricade de la rue de la Légation, la situation est réellement intenable : incendie, canon, des balles de quatre côtés, des pierres, et enûn le soleil de Pékin, à.
midi, au mois de juin! Impossible, en outre, de voir la tête d'un Chinois ! Pelliot me fait remarquer qu'une paire de jumelles serait plus utile qu'un fusil Lebel. Le Coquen reçoit une balle dans l'aine ; sans sa cartouchière il était tué; la blessure, sans être grave, est très sérieuse; onTemporte presque évanoui. C'est à ce moment que M. Fliche vient jusqu'à la barricade me demander A^ la part de Sir Claude Macdonald, des !■&-«-* forts pour le Fou. J'accueille cette d^xn le comme les précédentes. ^
Enfin, à 3 heures et demie, fati^. .
dépourvus de munitions, nos adversaires s'arrêtent et se retirent même au delà du premier plan de ruines. Nous nous empressons d'enterrer Le Gloanec. La cérémonie est à peine commencée que balles et éclats d'obus recommencent à pleuvoir et à hacher les arbres du parc. Je m'attends à voir tomber quelqu'un dans la fosse. Très simple et très courte d'ailleurs, cette triste cérémonie, comme l'exigent les circonstances. Le corps est recouvert d'un pavillon français ; deux Autrichiens et deux Français le transportent du hall des Abeilles au cimetière; le père d'Adozzio récite une prière, et notre pauvre ami est descendu dans la tombe. Avec une branche d'arbuste trempée dans l'eau claire, nous faisons le dernier signe d'adieu au brave, et nous retournons aux barricades.
Le prêtre et les coolies font disparaître tout ce qui pourrait indiquer aux Chinois qu'il y a là un mort. Qui sait, en effet, s'ils ne fouleront pas ce terrain ce soir?
Après l'enterrement, je reçois une lettre de la légation d'Angleterre : a Nous devrions ce envoyer en permanence 20 hommes au « Sou- Wang-Fou ». Nous refusons en ré-
pétant les raisons déjà données. Mais, à 4 heures, M. Pichon vient à la légation de France. Use rend compte de notre situation, voit les marins autrichiens et français qu'il félicite et qu'il encourage; il convient que nous ne pouvons pas, sans danger de perdre la légation, nous démunir de personnel. Je lui fais voir qu'en particulier, du côté est, nous ne sommes séparés de nos ennemis que par l'épaisseur d'un mur. Nous croyons devoir faire remarquer au ministre de France que le détachement franco-autrichien, primitivement fort de 68 hommes (45 + 23) (1), est réduit, par suite des pertes, à 61 (6 morts et 1 blessé) ; que sur ces 61 matelots, 5 sont en permanence au Fou, et 10 assurent le service sur la muraille ; ce qui porte, en définitive, à 46 le nombre des militaires chargés de défendre un des postes les plus attaqués du quartier des Légations, et un des points qu'il importe le plus de conserver dans l'intérêt général. Bref, nous serioivS presque tentés de conclure en demaixAr^^t
(1) Deux Autrichiens accompagnent la mitv.
qu'un renfort de 20 hommes fût mis à notre disposition d'une façon permanente. M. Pichon retourne à la légation d'Angleterre en nous promettant de transmettre ces observations à qui de droit.
Je sais bien que l'on peut objecter, d'autre part, qu'à la légation d'Angleterre sont réfugiés les femmes et les enfants; mais dans cette même légation sont également réunis les maris de ces femmes, les pères de ces enfants, et tous ceux , qui, n'ayant ni femme ni enfant, ont cru devoir y aller quand même. Pour prendre part à cette lutte que nous avons à soutenir, il n'est pas indispensable d'avoir un fusil de guerre entre les mains ; un fusil de chasse suffit pour aveugler et mettre hors d'état de nuire un adversaire qui se montre le plus souvent à moins de 50 mètres.
Le calme vient avec la nuit. Dès que l'obscurité nous le permet, nous travaillons au blockhaus de la grande porte ; les Chinois apportent les matériaux, les officiers et les volontaires les disposent. Comment rester inactif quand une jeune femme donne l'exemple ? M™® de Rosthorn remue en effet.
pendant plusieurs heures, ces lourdes et rugueuses briques; elle ne cesse que quand ses mains, peu habituées à ce sport, la font par trop souffrir.
démarches qui seront entreprises dans ce but. On voulait, je crois, tout simplement mon avis, car aucune tentative n'est faite ni auprès de M. Rosthorn, ni auprès du commandant Thomann. On me demande alors 10 Français; je propose d'envoyer les 10 qui font le service sur la muraille, en faisant remarquer toutefois le danger qu'il y aurait à affaiblir ce point important. Gomme je m'y attendais, ma proposition est repoussée, et les choses en restent là.
A mon retour, après entente avec les officiers autrichiens, il est convenu que nous laisserons en permanence 5 Français et 5 Autrichiens au Fou ; mais que nous repousserons désormais toute demande de renfort.
A 1 heure, l'attaque reprend à peu près dans les mêmes conditions que la veille, mais, cette fois, sans incendie ni canon. Le petit poste du pied de la muraille est obligé de se replier dans la crainte de voir sa retraite coupée. Dès lors, à la barricade de la rue des Légations, nous recevons sur nos flancs des feux plus nourris et mieux dirigés que jamais. Tout autour de nous les balles crépitent. Nos ennemis doivent être extrême-
barricade de la rue de la Douane, avec 2 Français, et nous nous joignons aux Autrichiens commandés à ce moment par l'aspirant Boyneburg-Lengsfeld. Il nous est impossible d'empêcher les Chinois de construire, en face de nos écuries, une seconde barricade entièrement en bois. Leur intention ^évidente est de mettre le feu à cet amas de bois qui le communiquera aux écuries.
M. de Rosthorn a l'heureuse idée d'essayer de brûler cette barricade, sans laisser à nos ennemis le temps de la pousser jusqu'au mur, et lui-môme, monté sur le toit des écuries, lance sur le monceau de vieilles caisses des poignées de paille trempées dans le pétrole et enflammées. C'est M°" de Rosthorn qui prépare et lui fait passer ces torches improvisées. De la barricade de la rue de la Douane, nous empêchons les Chinois de les retirer trop tôt. M. Boyneburg reçoit au front une balle qui lui laboure le sommet de la tête; le sang empêche de se rendre compte de la gravité de la blessure ; on l'emporte évanoui à la légation d'Angleterre.
mand Welde a presque promis de sauver Boyneburg; quant à M"* de Rosthorn, elle peut venir le soir même à table , mais son mari est obligé de l'aider à manger, car ses pansements l'empêchent de se servir de ses mains. L'héroïne du jour est fêtée et félicitée comme elle le mérite.
La soirée est à peu près calme ; aussi , le bon vin aidant, notre précieuse gaîté réapparaît. M. Bouillard va même jusqu'à nous chanter un couplet assez folichon d'une chanson berrichonne qu'il ne sait malheureusement pas entièrement ; nous le regrettons tous.
Nous réoccupons et fortifions encore la barricade de la rue des Légations.
29 juin.
Le timonier breveté Dupret e^t exempt de service; il a une entorse. Je fais prévenir les Allemands qu'il me devient impossible de garder le pied de la muraille et que je rappelle le petit poste delà rue de la Douane. Il est convenu qu'ils occuperont une autre
sud-est du mur de la légation , brèche qui nous permettra d'aller directement, et sans danger, aux deux barricades. Nous mettons de suite des coolies à faire ce travail.
L'attaque reprend à 1 heure. M. Herber me demande de monter sur le toit Morisse ; je lui fais observer que, de ce toit, il est impossible de voir la rue de la Douane ; il insiste, et je le laisse malheureusement aller. Une demi-heure après, il est tué à la môme place, et dans les mêmes conditions que Le Gloanec. Ne voulant pas croire à cette affreuse nouvelle , je quitte la barricade; mais quand j'arrive, le docteur Matignon qui lave les plaies me fait signe que tout est fini. Autour du corps quelques matelots pleurent ; je n'ai pas de plus bel éloge à faire de ce jeune officier, qui était adoré et respecté de tous.
Les deux parties, nord et sud, de la rue de la Douane sont envahies par les Chinois qui se rapprochent sensiblement; je fais rentrer les hommes de la barricade de la rue des Légations. Cette retraite entraîne forcément celle des défenseurs de la deuxième barricade, menacés d'être enveloppés. L'at-
taqne est bientôt d'une violence inouïe.
dans les écuries et placent sous les toits de longs morceaux de bois dont Textrémité porte de Tétoupe enflammée; mais aucun d'eux ne laisse paraître sa tête.
M"® Berteaux envoie à M""® de Rosthorn 70 sacs que les dames ont faits à la légation d'Angleterre. Des coolies les remplissent de terre et nous les apportent.
Nous apprenons qu'au Fou, les Chinois, ont réussi à s'introduire par une brèche et à mettre le feu à plusieurs maisons.
A 4 heures, nos deux écuries nord sont en flammes; les premières colonnes de fumée ont été saluées par les cris de joie de ces forcenés et par leurs « Châ-châchâ ». Ils sont là certainement plusieurs milliers, et le danger n'a jamais été aussi grand.
Je demande des renforts à Sir Claude Macdonald qui nous fait envoyer 5 Anglais, 5 Allemands et 3 Japonais.
Les précautions sont prises pour empêcher l'incendie de gagner les maisons Mûrisse et Saussine. C'est à qui des matelots non occupés aux meurtrières, et des volontaires, déploiera le plus de zèle et d'activité.
La tftche est d'autant plus difiicile que nous
d'aujourd'hui. Notre position devient de plus en plus critique; le péril augmente et le nombre de nos matelots diminue. En conséquence, nous décidons, le commandant Thomann et moi, de retirer nos marins de la muraille qui ne sera plus occupée désormais que par les Allemands.
Nous informons Sir Claude Macdonald de cette décision.
La nuit, la pluie tombe, mais n'empêche pas les Chinois de revenir et de tirer de nombreux coups de fusil. Je fais élever, entre la maison Morisse et la rue de la Douane, une barricade perpendiculaire à cette rue, au sud de la brèche du sud (brèche faite par les Chinois). Je tiens à achever ce travail pour pouvoir prendre entre deux feux croisés à 90^ les ennemis qui tenteraient d'envahir la légation par les ouvertures créées dans le mur.
A 2 heures du matin, on les entend démolir le mur de la cave de M. Pichon.
30 juin.
Le matin, les Japonais qui, jusqu'à pré-
sent, ont occupé une barricade dans la ruelle nord, uous préviennent que leurs forces ne leur permettent plus d'assurer la
auraient escaladé la muraille cette nuit, et pris position, sans bruit, dans un bastion non loin de la barricade de Hata-Men.
Ce qui est certain, c'est que les Allemands n'occupent plus cette barricade.
Les Américains, prévenus, descendent de la leur.
En même temps que ces deux graves nouvelles nous sont confirmées, le quartiermaître Pesqueur, qui a son poste de combat dans la maison Saussine, vient m'avertir qu'un canon, placé très près de nous, démolit le pignon est du hall des Abeilles.
A peine suis-je arrivé sur les lieux qu'un obus frappe effectivement la partie supérieure de ce pignon qui s'abat. Immédiatement après, le pignon sud de la maison Sausçine est atteint à son tour et un des éclats broie la figure de M. Wagner, qui arrive près de moi, sans doute pour me demander quelque chose ou m'apporter un renseignement, car il a commencé une phrase dont je n'ai entendu que les deux premiers mots : « Commandant, je... » La mort de ce pauvre garçon, qui était venu depuis trois jours à peine se mettre cou-
français Domallain et Le Berre sont blessés.
Le bombardement des maisons Morisse et Saussine et du « Hall des Abeilles » continue.
Le commandant Thomann me fait alors remarquer que deux épaisseurs de mur suffisent pour être à l'abri de ces canons, et que nous pouvons, en conséquence, rester dans la maison Filipini. Cette observation est très juste, et je reconnais que j'ai, en effet, manqué de présence d'esprit et de sang-froid. A ceux qui , dans les mêmes circonstances, avec les mêmes responsabilités, n'eussent pas commis la même faute, de me jeter la première pierre.
Néanmoins, je propose d'attendre que la muraille soit réoccupée pour entrer dans la maison Filipini qui peut être bombardée du haut de cette muraille par les canons chinois.
A 10 heures, on nous prévient que les Américains sont remontés à leur barricade ; aussitôt je conduis les marins dans la maison Filipini; les Autrichiens retournent à leur blockhaus.
Des incendies sont allumés dans les maisons situées en face du portique.
La nuit est plus calme ; du moins le canon se tait. Je fais réoccuper la maison Saussine ; quant à la maison Morisse, il est impossible d'y retourner ; les murs sont ouverts partout et le toit s'est effondré.
Les Chinois élèvent une haute barricade en bois, dans la rue des Légations, entre celle que nous avons abandonnée et celle de l'Italie ; nous supposons que c'est afin de pouvoir passer librement d'un côté de la rue à l'autre. Il pleut.
2 juillet.
La pluie continue, aussi les coups de fusil sont-ils rares. La religion défend, dit-on, à ces fils du Ciel d'assister à un phénomène qu'ils considèrent comme un accouplement de leur père et de la Terre. Cette raîpon, jointe à la peur d'être mouillé, fait que nous jouissons d'un peu de repos dont nos matelots ne se plaignent pas. Quelques balles arrivent encore sur les sacs qui garnissent nos fenêtres ; Geffroy est légèrement blessé.
Toute la journée, en revanche, les canons ne cessent de lancer leurs obus un peu dans
portés dans le Sud Afrique par le Terrible, aujourd'hui en rade de Takou, et qui auraient servi pour Ladysmith. Sir Claude, sachant que le transport de ces signaux représente à peu près les mêmes difficultés que celui d'un canon, en conclut, comme de ses autres informations , que c'est un gros corps d'armée qui avance. Il était hier, à 10 heures et demie du soir, d'après ses évaluations, à 48 heures au maximum de Pékin, dans la direction du sud-est, et peut être attendu au plus tard, dans la journée d'après demain.
Naturellement nous rapprochons ces faits d'autres auxquels nous n'avions prêté tout d'abord aucune attention : les mouvements de nos ennemis, le calme de la journée, les coups de canon tirés au loin, etc., etc. Et puis, le ministre d'Angleterre est réellement trop affirmatif pour qu'il nous soit permis de douter. D'ailleurs, il faut bien que ces troupes finissent par arriver ! Nous ne pouvons pas admettre que l'Europe, l'Amérique et le Japon nous laissent massacrer sans faire un pas pour nous sauver ! Il ne faut pas un mois pour amener un corps d'armée
nous, de barricade en barricade; ils ont été obligés d'abandonner leur première ligne de défense.
Le ministre de France vient nous voir, et la conversation roule naturellement sur les signaux dits oc de Ladysmith » . Comme on me demande mon avis, je réponds que, ne connaissant pas même les signaux employés par l'armée française, je n'ai pas la prétention de parler de ceux de l'armée anglaise ; mais que, cependant, sauf nouveaux progrès de la science depuis que nous sommes prisonniers, pour produire ces pinceaux de lumière électrique, il faut un approvisionnement de combustible, un moteur, une dynamo et un projecteur, ce qui représente bien des impedimenta pour atteindre un but que je n'entrevois pas très bien. Comment alors expliquer ces signaux, puisque les personnes qui connaissent bien Pékin affirment qu'il n'y a aucune usine électrique dans la ville chinoise, ni dans les environs? D'après M. Chamot, les palais impériaux seuls possèdent un matériel complet d'électricité.
Les Chinois occupent définitivement l'espace compris entre l'Allemagne et la rue
coup de zèle et de dévouement par le docteur allemand Velde. — L'état de Boyneburg s'améliore, mais nous ne sommes pas encore sans inquiétude sur les suites de cette blessure. — Hérisson est bien; de Gieter, beaucoup mieux ; il est furieux d'avoir été atteint dans le dos, et trouve sa blessure peu noble. Gela prouvera, lui disje, que nous n'exagérons pas en disant que les balles pleuvaient de tous les côtés.
L'après-midi, nous recevons plusieurs visites : M. Pichon, M. Berteaux et M. Cologan, ministre d'Espagne, qui vient presque tous les jours nous voir. Je partage avec lui le tabac que veut bien me procurer Dupret, le timonier breveté qui est devenu mon ordonnance après la mort de Corselin.
Nos matelots sont assez débrouillards pour ne manquer de rien, et Chamot est leur providence.
A part quelques fusillades très vives, mais de courte durée, la nuit est calme.
5 juillet.
A midi, les Chinois commencent à bom-
deux portes de communication est venu mourir sur le tapis.
Ce bombardement ne cesse que vers 5 heures; à ce moment, un autre canon envoie deux projectiles dans la petite écurie située à droite du portique en entrant.
Le matelot Bargain est légèrement blessé.
Dans une circulaire qui fait le tour des légations, Sir Claude Macdonald demande les noms des officiers « volontaires » qui pourraient faire le service sur la muraille à la barricade américaine. Le capitaine Labrousse est désigné sur sa demande.
Pendant la nuit, quelques fusillades au pied de la muraille et à l'angle nord-est de la Légation. Ail heures, les Chinois attaquent plus vivement l'Allemagne qui demande un renfort ; nous envoyons trois Français et deux Autrichiens. L'ennemi est repoussé.
6 juillet.
Très forte canonnade du côté du Fou ; à la légation de France, quelques rares coups de fusil. Vers 2 heures de l'après-midi, le
nous arrivons sans incident à la barricade de la rue de la Douane. Par les meurtrières nous étudions pendant quelques minutes les environs, mais rien! Je laisse deux hommes à ce poste et nous gagnons en rampant la barricade de la rue des Légations. Pesqueur va surveiller l'autre partie de la rue de la Douane, sur notre droite. Là il peut, en restant couché, être abrité par quelques planches et quelques poutres jetées au hasard en travers de la rue par les Chinois eux-mêmes. Mais l'éveil est donné! Les premiers coups de fusil partent de notre gauche, suivis aussitôt par d'autres tirés de toutes les ruines qui nous entourent. Il faut nous effacer le plus possible, tout en conservant là faculté de pouvoir, le cas échéant, décharger utilement notre fusil.
C'est à ce moment que nous nous apercevons que toutes les positions du tireur ne sont pas décrites dans la théorie. Pesqueur nous avertit tout bas que la barricade ennemie qui est à 15 mètres devant lui est garnie de Chinois ; en même temps il nous fait signe de rentrer. Les coups de fusil deviennent de plus en plus nombreux ; il est évident que
mais quand je passe enfin à mon tour, j'ai la satisfaction de retrouver tous mes marins sains et saufs. C'est certainement une chance miraculeuse qu'aucun de nous n'ait été touché. M. Winterhalder nous dit combien il était inquiet, et quelle est sa joie de nous voir à l'abri. De mon côté, si je suis tout honteux d'avoir été obligé de montrer mes talons à ces sauvages, j'ai du moins la grande consolation de n'avoir perdu personne.
Peu de temps après cette escapade, qui eût pu nous coûter si cher, un volontaire russe, complètement ivre, vient en titubant se promener dans la rue des Légations. II s'avance sur nous, et passe devant le blockhaus. M. Winterhalder lui crie en quatre langues de s'arrêter, de se baisser, et de venir s'abriter près de nous. C'est en vain.
Le malheureux continue ses zigzags et arrive à la barricade que les Chinois criblent toujours de projectiles. Il enjambe la première ligne de caisses de terre, et nous espérons encore qu'il se cachera entre cette ligne et la seconde; mais non! il reste debout et décharge son fusil en l'air. Une
sugoro-Ando est tué, et deux hommes sont blessés.
La canonnade cesse; les coups de fusil diminuent également pour devenir très rares pendant la nuit. Nous n'avons jamais cependant le calme complet qu'il nous faudrait pour pouvoir faire reposer un peu nos courageux matelots.
7 juiUet.
Vers minuit, on aperçoit encore les fameux signaux électriques, qu'un mystère de plus en plus épais enveloppe. Hélas! le délai de 48 heures fixé par Sir Claude Macdonald est passé depuis plus de 48 autres heures, et nous attendons toujours !
On entend aussi très distinctement des coups de canon qui paraissent être tirés dans le sud et à une distance que la moyenne des évaluations porte à 10 kilomètres. A l'abri de ces immenses et épaisses murailles, les échos sont sans doute trompeurs; il peut y avoir doute sur la distance et sur la direction ; mais il ne saurait y en avoir
leurs armes et leurs munitions. J'ai toutes les peines du monde à empêcher M. Picard- Destelan de se mettre devant la brèche ; il a promis un sabre de Chinois à je ne sais quelle miss, — le saurais-je d'ailleurs, que je ne le dirais point, — et il veut à tout prix avoir un sabre.
A 1 heure, grosse attaque, et fusillade très vive dans toute la rue de la Douane • Tous les postes de combat sont occupés par les matelots et par les volontaires. Notre pauvre mur, tout ébréché par le canon devient d'heure en heure une protection de plus en plus faible. Au moyen de torches fixées à des hampes de 7 à 8 mètres de longueur, les Chinois réussissent à mettre le feu aux cuisines de la maison Saussine.
Quelques-uns des hommes laissent leur fusil pour éteindre ce commencement d'incendie, tandis que d'autres empêchent les ennemis d'entrer. Ceux-ci tirent plus que jamais dans l'espoir de nous faire abandonner notre poste. Ils défilent, àun moment donné, devant la brèche qui se trouve juste en face de la fenêtre que nous gardons, Bartholin et moi ; tous deux, pendant plus
Les Autrichiens sont également très attaqués, et le portique est le point de mire des canonniers chinois. Là, les obus pleuvent. Un de leurs marins, Bacic, reçoit plusieurs éclats dans le dos ; ses blessures sont nombreuses, mais peu graves.
Un obus traverse aussi le mur de la chapelle. Plusieurs fusées incendiaires sont lancées dans les maisons détruites par le canon.
La lutte ne cesse que vers minuit.
Dans une lettre que je reçois à 8 heures du soir, M. le ministre de France adresse ses félicitations aux deux détachements, et me prie d'être auprès de M. et de M™" de Rosthorn, rinterprète de ses sympathies profondes. Cette lettre est lue à tous nos marins, et traduite aux Autrichiens. Les volontaires prennent leur part de ces compliments si mérités.
On nous raconte que les Chinois ont dressé, dans la ville impériale, contre le mur, un échafaudage sur lequel ils ont hissé deux canons, au-dessus du canal.
Pour assurer malgré cette menace la communication entre les deux rives, c'est-à-
Nous demandons des sacs à la légation d'Angleterre, où presque toutes les dames ont, du matin au soir, une aiguille à la main. On emploie, pour confectionner ces sacs, les tissus les plus divers ; ceux qui nous arrivent maintenant sont en soie; au Fou, les Japonais en ont en fourrures !
Nous organisons aussi la partie nord de notre ligne de défense, c'est-à-dire les murs et les fenêtres des cuisines Saussine et Pichon, le mur de la maison des boys, et enfin celui qui entoure le parc à cochons. (Voir le plan.) Je fais venir des coolies, et je prie M. Pelliot, qui parle le chinois, de leur faire démolir ou enlever tout ce qui pourrait gêner le tir. Le but à atteindre est de pouvoir surveiller sur toute sa longueur, le mur de la rue de la Douane, qui n'est plus qu'un gigantesque lambeau de dentelle.
Nous élevons une forte barricade entre le pignon sud de la maison Morisse et le grand portique, afin d'assurer la continuité de notre ligne de défense, et de nous permettre de rester en contact avec les Autrichiens chargés de protéger le blockhaus.
Je
Bartholin y ont aussi leur poste de combat, près de moi. AU heures, un premier coup de canon est dirigé sur cette maison ; le toit est effleuré. Le commandant Thomann vient au même moment me rejoindre dans la petite cour (1); nous nous réfugions à l'intérieur, près des hommes. Je donne Tordre à six d'entre eux d'aller se réfugier dans le Salon Bleu (aile est des appartements du ministre), et nous restons avec cinq marins et le quartier-maître Pesqueur devant les meurtrières.
Un deuxième obus enlève la partie supérieure du pignon sud et blesse légèrement Saliou; un troisième, tiré par un autre canon, fait une brèche dans le pignon nord, et blesse le canonnier auxiliaire Légat. Je considère alors comme une imprudence de rester plus longtemps, d'autant plus que l'ennemi est parfaitement invisible, et que nous ne pouvons rien faire contre cette canonnade. Je fais partir tout le monde. En sortant, nous rencontrons le capitaine Labrousse, qui surveille la partie nord de notre
(1) Entre les maisons Morisse et Saussine.
Laissons donc nos adversaires jeter leurs munitions, et gardons les nôtres pour d'excellentes occasions.
J'ai d'ailleurs, pour faire observer ces recommandations, des auxiliaires précieux dans quelques-uns des volontaires qui sont venus si courageusement nous offrir leurs services. Je ne saurais trop insister, en particulier, sur le remarquable sang-froid, le calme extraordinaire que savent conserver, en toutes circonstances, Picard-Destelan, Bartholin et Véroudart. Mais, que Ton me comprenne bien ! Je serais désolé que Ton donnât à la distinction que je fais en faveur de ces trois volontaires une portée que je n'ai point voulu lui donner ; les autres ne sont ni moins braves, ni moins utiles qu'eux; mais plus entreprenants, plus emballes (ils me pardonneront le mot) ; je crains toujours de les voir aller trop « de l'avant ».
On nous demande de l'Angleterre quelques hommes pour le Fou ; il nous est impossible d'accueillir favorablement cette demande.
Jusqu'à présent, nous n'avions eu devant nous que des troupes de Tong-Fou-Siang ;
.<rv-
leurs compliments de condoléance ; ils ont la touchante pensée de déposer sur le cercueil une couronne de verdure. Le ministre de France, qui n'a malheureusement pas été prévenu du changement d'heure, arrive quelques minutes trop tard, accompagné de M. Berteaux; tous deux vont jusqu'à la tombe qu'ils couvrent de fleurs.
Gomme le calme continue, et que nous nous attendons à une nouvelle attaque, nousfaisons, d'accordavec M. Winterhalder, quelques nouveaux travaux de défense :
1** Une brèche faisant communiquer l'appartement du concierge avec l'écurie située à l'est du portique ; dans les murs de cette écurie nous perçons ensuite des meurtrières qui commandent les brèches sud du mur de la rue de la Douane.
2*" Ouverture d'une porte dans le mur nord de la légation, porte qui avait été barricadée dès le début des hostilités et par laquelle on communiquera directement maintenant à la barricade de la ruelle Nord.
Le soir, à 6 heures nous réoccupons la maison Saussine, et nous reprenons nos
de minuscules tasses chinoises. Les Japonais comptent que leurs troupes arriveront du 12 au 15 ; voici sur quel calcul ils se basent :
Le courrier portant la nouvelle de l'assassinat du chancelier est arrivé à TieD-
Sin le 15 juin 15
Cettenouvelleaété connueàTokiole 16. 16 Le gouvernement donne l'ordre de mobiliser une division le 17 17
9 jours pour la mobilisation et l'embarquement 26
4 jours pour le voyage 30
3 jours pour le débarquement 3
2 jours pour remonter à Tien-Sin. . . 5
8 jours de Tien-Sin à Pékin 13
Le raisonnement nous paraît très logique, inattaquable môme, et, tout en dégustant une deuxième tasse de thé, nous concluons comme eux que, dans 4 ou 5 jours au plus, nous verrons fuir comme une volée de moineaux tous les Chinois qui nous entourent.
Nous visitons le Fou ; les travaux de défense exécutés sous la direction du colonel Shiba sont vraiment remarquables; mais
A 9 heures, M. Véroudart m'amène trois prisonniers faits dans les maisons chinoises situées aux environs de la barricade de la ruelle nord. Les chrétiens qui les conduisent les attachent par la natte à des arbustes, devant le pavillon des Etrangers. Il nous faut d'abord empêcher le cuisinier de Chamot de leur ouvrir le ventre avec le couteau qui vient de lui servir à abattre un cheval.
Je prie ensuite Véroudart de les interroger séparément. Ils avouent être envoyés par les soldats de Tong-Fou-Siang pour espionner et incendier; en échange des services rendus, il leur est permis de piller les maisons avant d'y mettre le feu, et le butin leur reste. Les renseignements, vrais ou faux, qu'ils nous donnent, sont à peu près les mêmes :
1^ L'Impératrice est toujours à Pékin.
2*" Il y a 8.500 Chinois environ autour du Fou et de la légation de France.
3^ Des disputes se sont élevées entre boxeurs et soldats, ces derniers reprochant aux invulnérables de ne jamais oser s'avancer et de n'être bons, finalement, qu'à piller.
bâtiment est-elle dirigée ? Est-ce sur la maison Saussine ? est-ce sur le Salon Bleu? Ce dernier bâtiment, moins ébranlé, moins détruit par le canon, résistera mieux à une explosion ; cette considération m'amène à retirer de la maison Saussine les hommes qui s'y trouvent, et à en mettre les deux tiers dans le Salon Bleu. — Je laisse sous le Hall des Abeilles deux postes de deux hommes, commandés l'un par Pesqueur, l'autre par Saliou. Ces deux postes ont pour mission de surveiller les passages compris entre le Hall, la maison Morisse au sud, et le Salon Bleu au nord. — Pesqueur et Saliou ont en outre l'ordre de faire toutes les heures, jour et nuit, une ronde dans la maison Saussine; enfin il est entendu que, pendant les attaques, les 4 hommes réoccuperont cette maison qu'il importe de ne pas abandonner.
Dans le Salon Bleu où sont placés les autres marins, les dispositions suivantes sont prises :
i^ Percement de meurtrières dans le mur parallèle à celui de la Douane ;
2"^ Démolition des murs de la cuisine
apparent que celui d'exciter nos ennemis qui, furieux, commencent une fusillade qui dure jusqu'à minuit. Peu à peu leur colère tombe, et le calme renaît; nous renvoyons à la légation d'Angleterre le canon italien.
10 juillet.
5 heures du matin, coups de canon et coups de fusil sur toute la ligne ; nous nous abritons et surveillons les brèches.
M. Véroudart fait, dans les mômes conditions que la veille, trois nouveaux prisonniers qui sont exécutés comme les premiers, après nous avoir affirmé qu'il n'était pas question de troupes européennes, en ville, et que, d'autre part, le Pé-t'ang était toujours attaqué. Nous nous réjouissons du moins d'apprendre que nos malheureux camarades tiennent bon, eux aussi.
Toute la journée, le Fou est très attaqué ; plusieurs des projectiles qui lui sont destinés passent par-dessus le mur nord de notre légation et éclatent au-dessus de nos têtes :
Le soir, Tennemi nous laisse un peu de repos, et nous recevons la visite de quelques hôtes de la légation d'Angleterre. — Et ces renforts ? Ces signaux électriques ? Cette canonnade lointaine? Nous en reparlons une fois de plus, et la conversation est assez animée. On essaie d'expliquer de mille manières ces désillusions, ces espérances déçues. Tout le monde est à peu près d'accord pour convenir que, s'il n'y avait pas eu quelque part faute ou négligence , les troupes seraient ici. Depuis 30 jours, le monde entier est sans nouvelle de nous ; il faut que la diplomatie ait des dessous bien mystérieux pour que les Russes ou les Japonais ne trouvent pas en 30 jours assez de temps pour amener iO.OOO hommes sous les murs de Pékin! Si les puissances, avant de nous secourir, doivent convenir d'envoyer le même nombre de bataillons, le même nombre d'escadrons, le même nombre de batteries, etc., nous attendrons longtemps encore notre délivrance.
Pelliot montent pour regarder ; ils sont très nombreux ; on ne voit guère que les têtes ; les plus éloignés sont à 150 ou 200 mètres.
Bientôt, sans signal, tous s^agitent, déposent leur pipe ou leur tasse de thé, prennent les armes et les chargent. Il n'est pas douteux qu'une attaque se prépare. Nous descendons en toute hâte pour prévenir partout, et recommander aux matelots d'être prêts.
Je me rends avec Pesqueur et les factionnaires du Hall dans la maison Saussine.
L'attaque a lieu en effet, mais toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire sans tentative d'assaut. De notre côté, les meilleurs tireurs abattent les têtes des imprudents qui regardent par les brèches ou par-dessus les barricades.
De nombreux coups de fusil également sur le blockhaus où le matelot autrichien Paul Triscoli est assez grièvement blessé.
Un canon envoie de Tsien-Men plusieurs obus sur la légation d'Allemagne et sur le Fou. Le secrétaire de la légation du Japon est blessé au pied par un éclat.
Dans l'après-midi, les Chinois ralentissent assez leur feu pour nous permettre de dimi-
volontaires, officiers et matelots; on est toujours sûr de la trouver partout où Ton a besoin d'elle. Mais M°® de Rosthorn veille surtout sur nos malades ; elle sait trouver du lait condensé pour préparer elle-même les bouillies ou les boissons ordonnées par le D*" Matignon aux dysentériques. — Merveilleuse maîtresse de maison, elle empêche le gaspillage de nos dernières boîtes de conserves réservées aux blessés, — Enfin elle semble être la fée qui nous protégera jusqu'à la fin de la lutte.
Nous trouvons aussi chez nos camarades allemands des compagnons pleins d'entrain, toujours prêts à rire, à s'amuser et à nous persuader que tout cela finira bientôt par notre délivrance et par la ruine de la Chine. Pleins de tact et de délicatesse, aimables autant qu'il est possible de l'être, c'est une joie pour nous de les posséder quelques instants quand les circonstances le permettent.
M. Pichon vient voir sa maison qu'il a peine à reconnaître.La salle à manger surtout a été très éprouvée ; le toit est tombé, brisant dans sa chute des meubles admirables; sur les murs, ouverts en plusieurs endroits,
Macdonald m'ayant écrit qu'il désirait faire questionner nos prisonniers par une personne qui connaît admirablement la langue et le caractère chinois et qui a été pendant de longues années le secrétaire de Li-Hung-Tchang, je fais conduire ce soldat à la légation d'Angleterre.
Cependant, à la longue, ces coups de canon et de fusil ont haché les maisons que nous occupons; il n'est pas douteux que notre ligne de défense s'afTaiblit de plus en plus, et nous entrevoyons le moment où nous serons obligés de nous retirer derrière le mur qui nous sépare de rhôtel Ghamot. Ce mur est épais et occupe toute la largeur de la légation ; sa hauteur a permis de percer deux rangées de meurtrières et d y appuyer un échafaudage pour les tireurs de la rangée supérieure. Là, fortement appuyés à gauche sur le Fou, et à droite sur l'Allemagne, notre position sera évidemment meilleure que celle que nous occupons en ce moment.
Un ingénieur, M. Bartholin, vient me proposer de faire exécuter par des coolies une tranchée à peu près parallèle à ce mur,
Dans la cave de M. Pichon, les Chinois construisent une barricade en bois. M. Pelliot, aidé de deux matelots, met le feu à cette barricade; en même temps, ils font basculer avec une gaffe la hampe d'un étendard que nos ennemis ont appuyé sur le mur de la rue de la Douane; Tétendard tombe dans notre légation, et tous trois reviennent, le portant triomphalement. Ils ont Tair tellement heureux, que je n'ai pas le courage de leur dire que ce pavillon pourrait nous coûter cher; mais je fais part de mes craintes à M. Winterhalder. Nous devons, à mon avis, nous garder d'irriter nos adversaires, et surtout de troubler le repos qu'ils veulent bien nous accorder; repos pendant lequel nos troupes avancent, tandis que les existences que nous avons mission de protéger ne courent aucun danger ; repos enfin dont nos hommes ont tant besoin.
Bientôt un feu extrêmement violent commence dans l'angle nord-est, à l'endroit même où le drapeau a été enlevé. Je quitte la maison Saussine qui n'est pas attaquée, pour aller voir ce qui se passe au nord. La maison des boys et le parc à cochons sont
Les Autrichiens, abrités dans les écuries, près du portique, ne sont pas atteints. Immédiatement après chaque coup, nous nous précipitons, M. Winterhalder et moi, pour essayer d'atteindre les servants; nous nous retirons dès que nous voyons pointer la pièce. M. Winterhalder, excellent tireur, vise même Tintérieur de Tâme dans Tintention de produire une avarie et d'immobiliser la pièce. Je fais, sans aucun succès, la même tentative.
En même temps que nous, le Fou est très fortement attaqué.
Sur la muraille, les Chinois, venant de Hata-Men, se sont avancés jusqu'à la hauteur de l'Allemagne, et se disposent à mettre leurs canons en batterie pour bombarder cette légation.
Soirée et nuit à peu près calmes. Les Autrichiens réparent les dégâts causés par le canon.
13 juiUet.
La même fusillade que la veille recommence dans le coin nord-est; le matelot
moi. Instinctivement je place les bras audessus de ma tête pour me protéger des débris de toutes sortes qui retombent. Enseveli jusqu'à la ceinture, je fais tous mes efforts pour me dégager, quand une deuxième explosion se produit , me soulève de nouveau et me délivre. La poussière et la fumée sont tellement épaisses qu'il m'est impossible de distinguer les objets à un pas devant moi. Je ne m'oriente que grâce aux cris poussés par les Chinois qui , cette fois, semblent s'avancer; je sais que, pour sortir de la maison, il faut leur tourner le dos, et je le fais sans la moindre hésitation. Pendant quelques secondes qui me paraissent un siècle , je recherche à tâtons des ouvertures cependant bien connues, mais sensiblement déformées et déplacées. Je ne vois, ne rencontre et n'entends aucun de mes camarades; des paroles ou des plaintes seraient d'ailleurs étouffées par les hurlements de joie de ces sauvages qui poussent plus que jamais leurs impressionnants « châchâ-châ » , à une distance de nous qui n'est certainement pas supérieure à 10 mètres.
Je sors enfin de ces décombres et retrouve,
de flammes. Je parcours les différents postes, recherchant toujours Pesqueur et Bougeardf et interrogeant tout le monde. Les hommes qui occupent les meurtrières du nord (maison des boys et parc à cochons) , viennent se mettre à Tabri, derrière Fangle nord-ouest des appartements du Ministre.
Mais le feu se communique au Salon Bleu, puis aux cuisines , à la salle à manger et au salon de M. Pichon. La chaleur rend bientôt toutes nos positions intenables. J'éprouve en outre une grande gêne à ne plus savoir où est exactement mon personnel , et surtout à le savoir réparti en tant de points différents. Enfin, d'oi\ nous sommes, aveuglés par l'incendie, nous ne pouvons absolument rien faire et il nous est impossible de tirer un coup de fusil. Je donne en conséquence à tous les hommes l'ordre d'aller se réfugier dans la tranchée a Bartholin i> qui a été terminée le matin même. Là seulement, je peux faire un appel et acquérir la douloureuse certitude que Pesqueur et Bougeard sont restés sous les décombres.
Le docteur Matignon panse mies plaies qui n'ont rien d'inquiétant, dans la tranchée
— Je retrouve là le milieu gai qu'il me fallait, pour chasser de ma pensée les images de mes pauvres matelots tués par l'explosion. On me plaisante sur la vilaine farce qu'ont voulu me jouer les Chinois un vendredi 13, et le jour de ma fête.
Nous avons dû abandonner les appartements de M. d'Anthouard aux matelots français qui y prendront leurs repas et qui y dormiront. Les officiers et les volontaires iront manger à l'hôtel Chamot et se reposeront soit dans la maison de M- Berteaux, soit dans celle du docteur Matignon, qui offre l'hospitalité à tous ceux que peut abriter son petit appartement.
M. Labrousse et moi nous n'avons pas cessé, depuis le commencement des hostilités, de coucher soit derrière les barricades, soit à côté des meurtrières, près des hommes de veille.
Ce soir, je fais suspendre une toile de hamac entre deux arbres du parc, derrière la tranchée. M. de Rosthorn s'installe une couchette semblable à la mienne et près de moi.
A 11 heures, la fusillade recommence et dure toute la nuit.
blesser personne. Nous creusons un peu plus la tranchée ; nous garnissons le remblai de sacs de terre; M. Feit fait venir des briques et fait une véritable barricade en avant de cette tranchée.
M. de Below et les officiers allemands viennent, à Toccasion de notre fête nationale, nous voir et nous porter leurs compliments.
Le soir, je dîne à la légation d'Allemagne, qui, plus heureuse que la nôtre, n'a pas encore été détruite par les explosions et les coups de canon. Je peux au moins me croire, pendant quelques instants, dans un des meilleurs restaurants des boulevards de Paris. La gaîté est d'autant plus grande que les événements ont l'air de vouloir prendre une autre tournure. Voici, en effet, la nouvelle intéressante du jour :
Un chrétien chinois du Nan-t'ang, envoyé à Tien-Sin, il y a une huitaine de jours, n'a pas pu franchir les lignes ennemies, et a été arrêté par les Chinois. Ceuxci l'ont d'abord battu, puis torturé, puis l'ont enfin envoyé à leur général. Bref, ce chrétien nous est revenu porteur d'une
vions pas aujourd'hui ce qu'ils valent, ces Boxeurs; et même ce que valent les réguliers chinois!
Si tous ces discours nous laissent assez sceptiques, nous nous réjouissons du moins de savoir que des pourparlers sont enfin commencés entre le corps diplomatique et les membres du gouvernement chinois.
Ces pourparlers peuvent être longs, et si, comme cela est probable, ils n'amènent aucun résultat, ils auront l'avantage de nous faire gagner du temps, et de permettre à nos troupes, — une première fois refoulées par les Boxeurs, — de revenir à la charge.
M°"® de Rosthorn, que l'exiguïté de nos logements a contrainte à chercher asile ailleurs, est maintenant l'hôtesse des Allemands ; c'est elle qui préside ce soir cette charmante réunion.
Cette nuit, M. Lab rousse est de service sur la muraille ; il est très aimé des Russes et des Américains ; il fait d'ailleurs, par son courage, l'admiration de tous, Français et étrangers.
« Décret impérial du 21 juin.
« Depuis la création de la dynastie, les Européens venus en Chine ont toujours été traités avec bonté. Sous les règnes de Tao-Roang et de Sien-Foung, il leur fut permis de faire du commerce; ils demandèrent même de propager leur religion, requête que le Trône leur accorda ce volontiers ». Tout d'abord, ils se soumettaient facilement au ce contrôle » chinois; mais, pendant ces 20 dernières années, ils ont profité de notre tolérance pour empiéter sur notre territoire, pour oppresser le peuple chinois et exploiter les richesses de la Chine.
<c Chaque concession, faite par nous, a augmenté la violence de leur cupidité; ils ont oppressé les citoyens paisibles, ils ont insulté les dieux et les saints, excitant parmi le peuple la plus brûlante indignation; de là, les incendies des chapelles et le massacre des chrétiens par les braves patriotes.
« Le Trône, soucieux d'éviter la guerre,
esprit, et tous ont assemblé, sans même en avoir été avertis, des centaines de milliers de soldats patriotes (Yi. Ping) J (Boxeurs), et même des enfants portant des lances pour le service du pays. Les étrangers s'appuient sur des moyens perfides; notre espoir à nous est dans la justice ' céleste. Ils usent de violence et nous d'humanité. »
Le décret conclut en promettant de ..
fortes récompenses à ceux qui se distinr gueront dans les combats. Nous sommes forcés de reconnaître que dans ce document dont je me suis efforcé de respecter la traduction donnée par un missionnaire, il y a beaucoup de grandes vérités à côté de quelques exagérations.
Il est bon de citer en même temps un Edit Impérial publié dans la même Gazette^ 4 jours avant, c'est-à-dire le 17 juin.
<c Dernièrement le peuple et les chrétiens ont trouvé moyen de se quereller, et, des deux côtés, ont eu lieu des échanges de mauvaises paroles. Des vagabonds ont pris, de là, occasion de piller et d'incendier les maisons. Tous les ministres étrangers doivent
■XJI^
du Times, qui se promenait avec lui, est blessé à la cuisse.
Deuxième lettre du prince King : « c'était, dit-il, dans l'intérêt des ministres, qu'il leur avait conseillé de se réfugier au Tsong-Li-Yamen ».
Un chrétien envoyé en ville revient annonçant qu'une grande bataille a été livrée près de Tien-Sin, entre nos troupes et celles des Chinois; le général Nieh, vaincu, se serait coupé la gorge. On prétend aussi que Li-Yong-Tchang est nommé gouverneur du Petchili.
Il fait extrêmement chaud ; dans la tranchée, nous sommes presque tous en bras de chemise. L'ennemi nous laisse à peu près tranquilles; quelques balles viennent nous rappeler qu'il est inutile de regarder par-dessus nos sacs de terre. Malgré mes ordres, Saliou passe entre la maison d'Anthouard et l'extrémité de droite de la tranchée, dans un angle où plusieurs projectiles sont venus s'écraser; je lui fais donner une heure de peloton. C'est la première punition que je donne : je ne sais si Saliou exigera qu'elle soit inscrite sur son livret.
mais il tient à les garder pour les malades.
Cependant, il vient parfois me chercher dans la tranchée, quand les Chinois sont assez sages, et me prie d'aller m'entendra avec lui au sujet de nos règlements de comptes (nourriture des matelots) ; je sais maintenant ce que cela veut dire ; je suis sûr de trouver trois ou quatre couverts mis sur une table de l'une des chambres de l'hôtel, et, sur cette table, une surprise toujours agréable. Pendant ce lunch il est question de tout, sauf de nos comptes. J'ai eu ainsi, pendant que j'étais souffrant, du riz au lait! Quel brave cœur !
17 juillet.
U ordre de cesser le feu est donné aux troupes chinoises!!
Immédiatement, nous donnons le même ordre aux marins et aux volontaires.
Calme.
Les ennemis quittent leurs retranchements, et viennent causer aux barricades avec nos interprètes. Nous recommandons
faire autour de lui les Chinois se pressant pour le voir. On l'emmène.
Après un quart d'heure d'attente, nous rentrons au pavillon des Etrangers assez inquiets ; un Chinois du même camp vient bientôt nous rejoindre, et sans plus de cérémonie, s'installe dans un de nos fauteuils. M. deRosthorn, furieux, lui arrache le siège en lui demandant depuis quand des coolies osaient s'asseoir devant des mandarins debout. En même temps sa mainlevée est plus que menaçante ; mais Winterhalder et mai lui faisons remarquer, avec empressement, que tant que Pelliot ne sera pas revenu parmi nous, il sera peut-être prudent de traiter ce coolie en mandarin de première classe. Je prie poliment le Chinois d'être assez bon pour vouloir bien porter à VEurope'en qui est parti, un morceau de papier sur lequel j'ai écrit ces simples mots : ce Vous donne l'ordre de revenir immédiatement. »
C'est bien la première fois que j'emploie de pareils termes avec un volontaire, voire même avec un matelot ; mais, en réalité, nous sommes mortellement inquiets.
Deux heures après, un autre soldat re-
lui pardonnons ses emballements en raison de sa jeunesse et de sa bravoure. Mais c'est égal, je l'aurais volontiers privé de dessert ce soir, si nous en avions eu nousmêmes. Il ne nous est môme pas possible d'immoler autre chose qu'une vieille mule, pour fêter le retour de cet enfant prodigue, prodigue de courage et d'insouciance.
Il a été, un peu malgré lui, dit-il, conduit près du général Jong-Lou, qui l'a longuement interrogé sur nos moyens de défense, nos ressources, nos vivres, nos munitions, etc. ; après quoi, on lui a donné une escorte chargée de le ramener au camp
français, et de le protéger contre les
Boxeurs.
A la suite de cet incident, je recommande aux hommes de ne pas se fier aux amabilités des Chinois, et de me prévenir de tous leurs mouvements afin d'éviter les surprises ou les trahisons.
La chaleur est insupportable ; mais nous sommes surtout incommodés par les mouches, les moustiques et les puces ; le parc encore vert est un paradis pour toutes ces petites bêtes que les flammes ont chassées
nistre d'Amérique, parvient à en faire passer une qui réveillera peut-être le vieux monde en même temps que le nouveau.
Un prompt secours peut seul empêcher un massacre général, telle est la dernière phrase de ce télégramme que nos ennemis ont la complaisance d'envoyer à Washington. Peut-on être plus aimable?
Les Japonais reçoivent un courrier de Tien-Sin. « 33.500 hommes, dont 24.000 Japonais , 4.000 Russes, 2.000 Anglais, 1.500 Français, 1.500 Américains et 500 Allemands quitteront Tein-Sin vers le 18, et marcheront sur Pékin. » Ainsi donc, il a fallu 35 jours pour amener ces 24.000 Japonais du Japon, et ces 4.000 Russes de Port- Arthur ! Décidément il se passe là-bas quelque chose d'étrange! Enfin, voilà un renseignement précis, mais qui n'amène, somme toute, aucune joie ; nous étions certes plus heureux le jour où nous avons appris que la colonne Seymour était à 60 kilomètres de nous.
Des soldats réguliers, sans armes, viennent aux barricades nous offrir des œufs, des fruits, des melons, en petite quantité, il
puissances pour l'aider à sortir d*une 5/tuation difficile. -— Il me semble que c'était plutôt aux assiégés à envoyer cette dépêche !
Le matin, nous avons envoyé un chrétien chinois réclamer les corps de Pesqueur et de Bougeard au général Ma dont les troupes sont devant nous ; mais le malheureux n'est pas encore revenu à 8 heures du soir! Sa femme vient demander si on a de ses nouvelles.
Dans l'après-midi, je vais avec Picard- Destelan et M* et M™® Saussine, qui sont venus voir notre légation, jusqu'aux barricades chinoises. Les soldats nous laissent approcher, et brusquement l'un d'eux tire dans notre direction un coup de fusil qui, heureusement, n'atteint personne. Nous revenons nous placer à l'abri de nos murs.
20 juillet.
Le calme continue. Cependant nous entendons encore, dans la direction du Pét'ang, le bruit d'une canonnade. Nos camarades se défendent encore ; d'ailleurs tous
défensive, qu'une détente se produit. On ne croit plus à une nouvelle attaque ; dans tous les cas, nous voyons dans ces offres des Chinois les résultats des représentations de nos gouvernements, et nous sommes persuadés que des forces imposantes s'avancent sur Pékin et appuient ces représentations. Nous devons toujours craindre, néanmoins, la dernière tentative que feront nos ennemis le jour où ces forces seront aux portes de la ville.
Un nouveau volontaire vient à la légation, M. Debrus.
Ce soir, vers 9 heures, je venais de m'étendre dans mon hamac, et je commençais à sommeiller, quand j'entends M. de Rosthorn qui m'appelle. Assez anxieux, et sans être retardé par ma toilette, je cours à la brèche du mur de l'hôtel d'où était partie la voix, me demandant quelle fâcheuse nouvelle m'attend encore. « C'est, me dit le « ministre d'Autriche, une nouvelle boisson « que nous venons d'inventer, il faut que « vous veniez la goûter I » Effectivement, je retrouve, réunis dans la grande salle de l'hôtel, tous les officiers et tous les membres
21 juiUet.
Çà et là quelques coups de fusil ; les soldats ne viennent plus à nos barricades. Que se passe-t-il?
Le Yamen renvoie la dépêche du ministre de France et refuse de l'expédier.
Sir Robert Hart, inspecteur général des douanes chinoises, reçoit deux lettres du prince King : l'une est pour lui demander de ses nouvelles; la seconde, le moyen que doit employer la Chine pour faire parvenir aux commissaires des douanes les instructions de leur inspecteur.
De Giéter, complètement guéri, revient prendre un fusil à la légation de France.
Le Chinois envoyé à la recherche des corps a été tué ; ce n'est pas douteux.
22 juillet.
Sir Claude Macdonald ayant demandé de la glace au Yamen, celui-ci répond que les Boxeurs ont refusé de la laisser passer.
Dans la légation de France, les Chinois
A 9 heures, pluie torrentielle, fâcheux contretemps qui pourrait bien retarder la marche des troupes.
23 juiUet.
Toujours des coups de fusil isolés. Nos adversaires élèvent une barricade entre la maison Filipini et le portique. De la chapelle les Autrichiens essaient en vain de les empêcher d'exécuter ce travail.
Jong-Lou répond à M. Pichon que les corps de nos marins n'ont pas été retrouvés, et qu'il ne sait rien du chrétien en question.
D'après l'espion du colonel japonais, les renforts seraient à Yang-Tsoun, c'est-àdire à 30 kilomètres de Tien-Sin.
24 juiUet.
L'espion (nous l'appellerons ainsi désormais) informe le colonel Shiba que nos ennemis ont reçu de grands renforts qui sont entrés en ville aujourd'hui à la première heure; il précise : 4.800 hommes du
25 juiUet.
A peu près calme. Le Tsong-Li-Yamen envoie à Sir Claude Macdonald trois lettres : dans la première le gouvernement chinois demande au ministre d'Angleterre des nouvelles de sa santé ; dans la deuxième il l'informe que l'empereur consent à laisser passer les dépêches, mais à la condition que les ministres télégraphieront en termes modérés et pacifiques ; enfin, dans la troisième les Chinois insistent pour nous décider à quitter Pékin.
Dans la légation de France, nos ennemis travaillent toujours ; ils font une mine, ce n'est pas douteux ; mais auront-ils le temps d'arriver jusqu'à nous avant l'arrivée des troupes ?
L'espion fait avancer encore ces troupes d'une vingtaine de kilomètres.
26 juillet.
« Nuit tranquille ; nous avons pu dormir un
raient diriger de ce côté. Les travaux sont commencés de suite par des coolies, sous la direction de MM. Chamot et Mathieu.
En outre, sur les indications précises fournies par Chamot qui connaît Pékin, comme s'il l'avait bâti, nous entreprenons un autre travail dont le but est d'empêcher de faire sauter la chapelle et les maisons voisines, en se servant de l'égout collecteur qui suit la rue des Légations à 3 ou 4 mètres du mur de notre légation, et qui, passant à côté des caves de l'hôtel, va rejoindre la rivière de Jade. A cet effet, une autre équipe de coolies commence une tranchée qui, partant de la chapelle, passera sous notre mur, et ira couper l'égout; de là nous pourrons entendre venir les Chinois. Ces travaux seront dirigés par M. Bouillard, ingénieur des chemins de fer.
Il est convenu en outre que Chamot fera un travail semblable en partant de sa cave ; il propose d'ailleurs de curer l'égout jusqu'à la rivière et de nous en servir pour battre en retraite en cas de besoin.
Le soir, Sir Claude Macdonald reçoit deux lettres : une par laquelle l'Impératrice annonce renvoi de vivres {melons, aubergines^ farine et glace) ; l'autre par laquelle on nous invite, la paix étant faite, à laisser sortir les chrétiens chinois.
Le Pé-t'ang est toujours attaqué. La cour, en donnant l'ordre de ne plus tirer sur les légations, aurait-elle laissé cette proie en pâture aux Boxeurs. Nous sommes cependant bien heureux d'entendre le bruit de cette canonnade qui nous rassure sur le sort de nos pauvres camarades. Nous préférons, à un doute affreux, cette certitude d'un danger. J'ai dit que les Chinois avaient refusé de porter des lettres à M*"^ Favier ou à Henry ; plusieurs tentatives ont été faites encore, mais toujours sans résultat ; ils veulent bien partir pour Tien-Sin qui est à 120 kilomètres, mais pour le Pé-t'ang qui est à une lieue, non.
d'heure . Un des coolies qui travaille à la tranchée contremine est tué.
Un courrier est parvenu à franchir les lignes ennemies et apporte de Tien-Sin une dépêche du consul d'Angleterre; malheureusement, il nous est presque impossible de tirer un renseignement bien précis de cette dépêche. La voici, telle du moins qu'elle fut affichée à la légation d'Angleterre, sur le pavillon où sont placardées toutes les nouvelles.
Tien-Sin, 22*»» July.
(( Your Letter of the 4*\ 24.000 troops landed; 19.000 are hère. The russians are at Pei-tsang. Plenty of troops on the way.
If you can keep in food. General Gazelée expected Takou to-morrow. Almost of the ladies left Tien-Sin. »
« G ARLES. y>
Je crois que jamais dépêche ne fut plus discutée ni interprétée de plus de manières.
Le « on the way » surtout nous laissait perplexes. Sur le chemin de quoi ? de la Chine ?
arrivent par là, ils seront assez stupéfaits de se trouver nez à nez avec quelques matelots décidés à leur faire faire demi-tour, sans décomposer.
L'espion raconte au colonel que nos troupes sont à Ma-t'eou.
Le missionnaire qui était allé dans le camp chinois est revenu. Jong-Lou lui aurait demandé, entre autres choses, comment il se faisait que nous n'étions pas tous morts, étant donné le nombre prodigieux de balles et de projectiles tirés par les Chinois; il avoue avoir répondu que nos ennemis tiraient en général beaucoup trop haut.
Un Chinois qui travaille à la contre-mine est blessé.
La femme du boy envoyé près de Ma vient toujours trouver M. de Rosthorn qui essaie de la consoler; mais! hélas, nous ne nous faisons aucune illusion sur le sort de ce malheureux.
30 juiUet.
Forte canonnade du côté du Pé-t'ang.
vérité. — Il faut en conclure aussi que demain, ou dans 48 heures au maximum, les canons enfonceront les portes de la ville.
Les précieux renseignements qu'il nous fournit lui sont d'ailleurs généreusement payés.
Sir Claude Macdonald répond au Yamen qu'il est impossible d'envisager la question du départ et de la discuter, avant d'avoir des explications sur la reprise partielle des hostilités (attaques sur nous, sur le Pé-t'ang, construction de barricades, de tranchées, etc.)
Sir Robert Hart reçoit une dépêche chiffrée et une lettre du Yamen qui lui demande de télégraphier au nom de tous les ministres pour rassurer les gouvernements. Il est probable que ceux-ci, enfin inquiets sur le sort de leurs nationaux et désirant au moins savoir s'ils sont morts ou vivants, pressent de demandes les Chinois, qui préfèrent alors s'adresser à Sir Robert Hart, grand mandarin, et leur ami, dans l'espoir qu'il voilera un peu la vérité.
propose de nous donner des indications sur une mine que les Chinois ont l'intention de faire sous nos nouvelles positions. Je ne laisse qu'à regret circuler ce peu sympathique Céleste au milieu de nos retranchements; il ne nous apprend rien et se rend compte des travaux que nous faisons pour nous protéger.
1"^ août.
La fameuse attaque annoncée a dû être remise ; car nous n'avons reçu que quelques coups de fusil qui nous ont tenus éveillés toute la nuit.
L'espion apporte la nouvelle que nos troupes, attaquées à Tong-Tcheou, ont été refoulées et obligées de battre en retraite jusqu'à Mâ-téou. Cette nouvelle , qui vient brusquement détruire toutes nos espérances et reculer indéfiniment la date de notre délivrance, est accueillie avec un profond scepticisme. Tout le monde commence à se défier de ce rusé Chinois qui pourrait bien profiter des circonstances et faire manœuvrer nos troupes de façon à accumuler le
porte trois lettres : une du consul japonais au ministre japonais, une d'un général au colonel Shiba, et enfin une troisième d'un correspondant du Times au docteur Morrisson, correspondant du même journal.
Ces trois lettres, datées du 26 juillet, disent à peu près la même chose : « Les troupes de secours partiront de Tien-Sin dans 2 ou 3 jours. »
Ainsi donc ces troupes que nous voulions croire à Tong-Tcheou, ne sont même pas encore en route ! C'est à peine si nous osons communiquer cette décourageante nouvelle à nos matelots dont le courage et la patience ont été si admirables. Mais ce soldat de Tong-Fou-Siang s'est-il assez amusé de nous !
Enfin! six jours pour venir jusqu'à Pékin, cela fait encore une grande semaine à attendre; nous n'en sommes plus à une semaine près.
2 août.
La situation reste la même. Coups de fusil un peu plus nombreux que la veille.
3 août.
Toujours des coups de fusil un peu partout; mais, Tattaque ne paraît plus comme autrefois, décidée et conduite par des chefs. Il semble que ces derniers se sont retirés ou n'agissent plus sur leurs soldats, soit que leur autorité soit méconnue, soit que leur volonté soit indécise.
Sir Claude Macdonald reçoit une lettre du gouvernement chinois qui lui transmet en outre une dépêche de Lord Salisbury. Le Tsong-Li-Yamen informe les ministres que leurs dépêches seront désormais transmises, et, en même temps, il les presse de partir pour Tien-Sin, en ajoutant que le grand conseil a chargé Jong-Lou de prendre toutes les mesures nécessaires à l'effet d'assurer notre protection.
Des numéros de la Gazette de Pékin nous apprennent que deux ministres xénophiles du Tsong-Li-Yamen, Hsu, président de l'Université impériale, et Yuan, président du collège des Douanes, ont été décapités par ordre impérial le 28 juillet.
5 août.
La situation est toujours la même.
M. Salvaggo-Raggi, ministre d'Italie, reçoit une lettre du gouvernement chinois lui annonçant la mort de Sa Majesté le roi Humbert V.
Dans l'après-midi, les Chinois se montrent franchement au-dessus de leurs barricades, et font à nos matelots des signes d'amitié.
Nous donnons l'ordre d'observer la plus grande prudence et de rester derrière nos abris, sans tirer.
6 août.
Très vive fusillade qui commence à 2 heures du matin et ne cesse qu'au lever du soleil. Nous avons entendu toute la nuit des trompettes chinoises dans le nord et dans le nord-est.
Dans la journée, le Tsong-Li-Yamen informe les ministres que leurs dépêches ont été expédiées ; mais qu'il a été douloureu-
de les envoyer, que nous avions fait, la nuit dernière, une attaque sauvage contre leurs troupes. Il ajoute que si de pareils faits se reproduisent, les Chinois se verront obligés de nous attaquer également, et qu'il peut en résulter les désordres les plus graves.
La vérité est qu'une barricade chinoise s'étant écroulée un peu au nord du Fou, les soldats de Tong-Fou-Siang, brusquement réveillés, ont cru à une attaque ou à une explosion, et se sont mis à décharger leurs armes au hasard dans la direction d'où était parti le bruit. Cet incident a été le signal d'une fusillade générale.
7 août.
Coups de feu dans toutes les d:
— Coups de canon très éloignés.
Le Tsong-Li-Yamen annonce à S Macdonald la mort du duc d'Ed:
Vftrs minuit In fnnillniln <lAv!Ant t
dons des feux de salve dans la ville chinoise ! Ceci est par trop fort ! Nos troupes seraient-elles déjà de l'autre côté de la muraille? — Non, c'est impossible. — Mais alors, par qui et sur qui ces salves? — Un mystère de plus à ajouter à tant d'autres.
Nous finissons par croire que ce sont les réguliers qui chassent de Pékin les Boxeurs dans lesquels ils n'ont trouvé que de lâches pillards.
8 août.
Les attaques continuent sans ordre, sans suite, sans persévérance. — Plus que jamais nous tenons nos hommes abrités; comme nous serions heureux de pouvoir ramener à bord du <£ Entrecasteaux et du Descartes^ ceux qui ont eu la chance d'échapper jusqu'à aujourd'hui aux balles ennemies! Les renforts, nous ne pouvons en douter maintenant, sont en route; ce qu'il faut donc, c'est gagner du temps, et cela, à tout prix.
Un coolie nous rapporte qu'autour de
Le Tsong-Li-Yamen annonce aux ministres que Li-Hung-Tchang a reçu pleins pouvoirs pour négocier avec les cabinets étrangers. Sir Claude Macdonald ayant demandé des explications au sujet de la fusillade de la nuit dernière, a Prince Ring et autres » répondent que ces coups de fusil ne sont pas plus dangereux que les sons de cloches ou de trompettes, et que tout cela mérite à peine un sourire (sic).
Dans la journée, le matelot Philippe a la poitrine traversée par une balle; il meurt quelques heures après.
10 août.
A 3 heures, arrivée d'un courrier japonais, annonçant que les troupes entreront à Pékin le 13 ou le 14.
Sir Claude Macdonald demande au Yamen quels sont les motifs qui ont amené l'attaque de la nuit précédente; on lui répond que les soldats coupables ont été arrêtés et décapités.
11 août.
Les Chinois tirent toute la journée sur nos retranchements. Le soir, à 11 heures, attaque sur toute la ligne. Des ruines où sont barricadés nos ennemis, et qui furent le salon et le bureau du ministre de France, les balles pleuvent sur la tranchée, crépitent sur les briques, éventrent les sacs de terre. — Les arbres du parc sont hachés. — Je parcours notre retranchement pour m'assurer que les hommes sont prêts à repousser l'assaut que nous redoutons. — Je
taiig. Bravo! nos amîs tîennent encore!
Un coolie nous annonce que des blessés et des troupes débandées rentrent en ville.
D'après lui, Tlmpératrice serait toujours à Pékin. De la muraille on voit des groupes très importants de Chinois se diriger vers le sud.
A 4 heures, le Yamen communique aux ministres des dépêches de leur gouvernement, et demande en même temps une entrevue. Le corps diplomatique accorde cette entrevue et la fixe à demain, à 11 heures du matin.
A 8 heures, nous allons, M. Labrousse et moi, sur le seuil de la porte de la salle à manger (maison d'Anthouard), et nous regardons le parc que les herbes ont envahi depuis que personne ne le foule. Labrousse me fait remarquer que de l'endroit où nous sommes un factionnaire verrait très bien l'ennemi s'avancer, et pourrait prévenir de suite si cet ennemi tente un assaut. Sa phrase n'est pas achevée qu'une balle le frappe au front, entre les deux yeux. 11 tombe en arrière, sans pousser un seul cri; la mort a été foudroyante. Je commence à
marines me prient de vous transmettre leurs compliments de condoléance, a Croyez-moi, etc.
« Sir Claude Macdonald. »
« Je viens d'apprendre la mort de M. Labrousse, et je m'empresse de vous dire combien cette triste nouvelle nous a éprouvés. Je vous prie, en mon nom et en celui des membres de ma légation, d'agréer l'assurance de nos condoléances les plus sincères, et de notre vive compassion.
« Croyez, cher capitaine, etc.
« De Below. »
13 août.
La fusillade a duré toute la nuit; mais pas un des Chinois ne s'est avancé dans le parc.
A 9 heures du matin, nous enterrons le capitaine Labrousse, à la légation d'Angleterre.
Le corps diplomatique attend en vain les membres du Tsong-Li-Yamen qui, finale-
14 août.
De minuit à 2 heures, repos.
A 2 heures, reprise de la fusillade. Nous entendons, en même temps, des coups de canon dans le sud et dans le sud-est de Pékin ; plus rapprochés que ceux que nous avons entendus jusqu'à ce jour, ils paraissent être tirés sur les murailles de la ville ou sur les portes.
Le matin et l'après-midi, calme absolu ; pas môme le moindre bruit chez nos ennemis dont nous entendons quelquefois les querelles ou les discussions ! Se seraientils retirés?
Brusquement, à 4 heures, un boy apporte à la légation de France une nouvelle à laquelle personne ne croit tout d'abord : a Des Européens {sic) à face noire arrivent par le canal impérial et entrent dans la légation d'Angleterre ! » Des volontaires courent jusqu'au pont de la rue des Légations et reviennent aussitôt : le fait est exact ! les sikhs arrivent! Ils les ont vus! ils leur ont serré la main!
toutes ces positions abandonnées. Ainsi, quand les Français arriveront, ils nous trouveront sur des ruines il est vrai, mais dans la légation de France.
16 août
Les troupes françaises arrivent à 6 heures du matin. Ces troupes se joignent à 600 Russes et à 600 sikhs pour marcher sur le Pé-t'ang et le délivrer; mais ce programme est changé pour des raisons qui ne parviennent pas à ma connaissance, et, après deux heures d'attente, on convient de bombarder avant les palais impériaux, du haut de la muraille.
A peine ce bombardement est-il commencé que le général américain nous fait prier de cesser le feu parce que nous tirons sur ses troupes qui occupent déjà les palais impériaux. Nous descendons de la muraille, mais il est trop tard pour aller au Pé-t'ang; nous irons demain.
Le père d'Adozzio, impatient, monte sur un âne et part, accompagné d'un boy, pour
lions la mort de mon pauvre camarade Henry et celle de 4 de ses hommes.
Nous avons dû, avant de nous engager dans la grande rue de Choun-Tche-Men qui devait nous conduire au Pé-t'ang, chasser les Chinois qui occupaient sur la muraille la porte du même nom; mais ils ont disparu en abandonnant tout, au premier coup de canon tiré sur cette porte. — Nous n'avons eu qu'à tirer quelques coups de fusil pour activer leur course déjà très rapide.
En quelques mots, M^*" Favier nous met au courant de ce qui s'est passé, et nous dit quelle a été la mort héroïque de Henry; il ne trouve pas de mots assez élogieux pour qualifier sa conduite pendant toute cette défense qui fut son œuvre et dont il était l'âme.
Mais la colonne continue sa marche dans la ville impériale, et je rassemble mes matelots pour rejoindre la compagnie d'infanterie de marine qui est en tête — M. Picard-Destelan nous accompagne. — Les Russes et les Japonais patrouillent toutes les rues autour de nous. — Quelques-uns d'entre eux sont blessés assez grièvement;
Nous arrêtons ici ces notes dont la forme, nous le savons, n'est pas ce qu'elle pourrait ôtre, et ce que nous voudrions qu'elle fût ; mais nous avons voulu préciser des faits, sans chercher, et pour cause, à faire œuvre littéraire. Des plumes plus habiles que la nôtre pourront peindre avec de brillantes couleurs ces différentes scènes du siège; mais sur une esquisse peut-être moins solide.
Dix jours après la délivrance du Pé-t'ang, c'est-à-dire le 27 août, tous les marins, y compris les blessés, embarquaient à Tong- Tcheou sur des jonques réquisitionnées par les Japonais.
Après un voyage de 72 heures sur le Pei- Ho dont les eaux boueuses charriaient des débris de toutes sortes et d'innombrables cadavres de Chinois, nous arrivions à Tien- Sin.
Là nous devions avoir encore la douleur de perdre un matelot. Le Ber, qui, tombé accidentellement dans le fleuve, en passant sur le pont de barques, fut sans doute en-