PERTES DES ALLEMANDS AU COMBAT DE CHATILLON
(19 septembre 1870).
RliGIMENTS
OFFICIERS
5« corps prussien.
Régiment de grenadiers du Roi n° 7 . . . Régiment d'infanterie n" 47 (Basse-Silésie'
¥ régiment de dragons
5« d° d'artillerie de campagne . . .
Totaux. . . .
TOTAL pour le S» corps . . .
50 chevaux hors de combat au 5" corps.
3^ corps bavarois.
G"^ régiment d'infanterie .
8" bataillon de chasseurs 14'-' régiment d'infanterie . 15« d" d"
3"= bataillon de chasseurs.
5« régiment d'infanterie .
G" bataillon de chasseurs.
\" régiment d'infanterie .
40 d" d'artillerie . .
TOTAU.X. . . .
TOT.VL pour le 2» corps bavarois. .
TOTAL, des pertes
5" corps. .
2" bavarois
TROUPE
•'iG
Observations sur Malffré les nuelqucs défaillances partielles qui se sont
lo combat '^ , , . , , 1 r>.i ^ -,1
de chàtiilun. produites au début de la journée, le combat de Lhalillon n'a rien que de très-honorable pour la majorité des jeunes troupes qui y ont été engagées.
Le 19* de marche a lutté longtemps devant Petit- Bicètre contre des forces supérieures embusquées dans les bois ; les officiers de ce régiment ont chèrement payé leur dévouement; 11 d'entre eux sont restés sur le terrain.
Le 7* bataillon de mobiles de la Seine , entraîné par son chef, M. de Vernou-Bonneuil, a enlevé brillamment la ferme de la Tuilerie du Pavé-Blanc. . . Forcé d'abandonner cette position, il a retraité avec assez d'ordre et de fermeté pour mériter les éloges particuliers du général Renault (1),
Le 15" régiment de marche, avec une compagnie et demie de chasseurs, a tenu tête dans Plessis-Picquet aux diverses attaques de l'ennemi; un instant ce régiment s'est trouvé compromis, par la retraite d'une partie de la division d'Hugues et de la division de Maussion : complètement isolé, abandonné à ses propres forces, il est cependant parvenu, dirigé par son chef énergique le lieutenant-colonel Bonnet , à couvrir notre liane gauche, et il n'a cédé le terrain que sur l'ordre du général en chef.
L'artillerie surtout a fait preuve de solidité; de 7 heures du matin à 4 heures du soir, elle a vaillamment soutenu le combat et n'a pas tiré moins de 11,000 coups
(1) Ce mûmc jour, 19 septembre, était la date fixée pour l'élection dos oflicicrs de garde mobile , conformément au décret du 17 septembre. L'ironie du sort avait voulu que celle date fût un jour do combat , et que l'élection pût avoir lieu sous le feu mémo île l'ennemi , comme le demandait M. Picard. Lo 7"^ bataillon de la êeino , qui était un bataillon bien connnandé, qui venait do se conduire bravement, renomma tous ses officiers. Nous verrons plus loin que d'autres bataillons, n'ayant pus la mûme énergie, s'eniprcssôrcut de dépo£»or une partie de leurs chefs.
de canon. Elle a souvent eu l'avantage; à plusieurs reprises elle est même parvenue à réduire au silence l'artillerie ennemie.
Le général Boissonnet, qui dirigeait nos batteries, a montré la bravoure et l'énergie qu'il devait déployer dans toutes les affaires de Paris. Le lieutenant-colonel Villiers, à la tète de la réserve d'artillerie du 14* corps , s'est également fait remarquer par un sang-froid et une ténacité au-dessus de tout éloge.
En somme, malgré la panique de 2 ou 3,000 hommes n'ayant du soldat que le nom et l'habit, malgré la défection de la l"* division qui dégarnit notre flanc droit, malgré le malentendu qui fit porter en arrière la 3" division et découvrit momentanément notre gauche, la position de Ghàlillon fut conservée. II a fallu qu'une fatalité nouvelle vînt se joindre aux fatalités premières de toute cette journée; il a fallu que l'eau manquât par suite d'une circonstance imprévue, pour que le général en chef se décidât à abandonner ces hauteurs, d'une si grande importance.
La retraite a été toute volontaire, et, contrairement à ce que l'on a dit et écrit , elle s'est effectuée dans le plus grand ordre et avec le plus grand calme ; l'ennemi, qui par deux fois avait été repoussé et contraint à taire son feu, songeait tellement peu à nous poursuivre, que ce n'est que quelque temps après qu'il a occupé la redoute de Ghàlillon (1).
Les Allemands, à la vérité, se trouvaient ainsi maîtres de tout le plateau qui domine à la fois la route do Versailles et les murs de Paris. Mais comment a-t-on pu dire que
(1) Les Allemands ont attribué la prise de la redoute à Y impctuositô bavaroise... Quand les Bavarois se sont élancés iwpétucusciucnt, il y avait déjà plusieurs heures qu'il n'y avait plus un seul soldat français dans l'ouvrage.
sans le combat de Gliàtillon ils ne l'auraient pas occupé ?
Nous avons vu que le Gouverneur ne se croyant pas en mesure tic tenir des positions aussi avancées , ne songeait qu'à défendre les remparts, et voulait faire rentrer toutes les troupes derrière les forts.
Le plateau do Gliàtillon abandonné... l'ennemi n'eût pas manqué de l'occuper immédiatement; son importance lui était connue au moins aussi bien qu'à nous.
A la suite de ce combat, des exagérations, des excitations de toute sorte se répandirent dans la ville. On avait vu des fuyards, on en concluait que toute l'armée avait fui. Gomme en ces temps de malheur on est toujours prêt à crier à la trahison, il n'y eut pas dans la presse, sur les places publiques, d'injures suffisantes pour qualifier les soldats et les chefs qui avaient pris part à l'action du 19 septembre.
Laissant de côté les déclamations d'une presse ignorante et les grossièretés d'une démagogie en délire, nous allons seulement examiner, d'une manière très-succincte, si ce combat, cela a été dit, a eu pendant le reste du siétrc une funeste influence sur le sort de nos armes.
Loin d'avoir affaibli la défense de Paris, nous sommes convaincu que la journée de Ghàtillon l'a rendue plus facile et plus efficace.
Après les désastres de nos armées, l'ennemi était loin de s'attendre à trouver une troupe et surtout une artillerie capables de lui résister avec une pareille énergie pendant toute une journée.
Les Allemands furent d'autant plus surpris que, maigre leur supériorité numérique, ils firent des pertes sérieuses: ils perdirent -400 hommes, nous 700 liomnies, et cependant ils engagèrent le 5' corps et le !2* corps bavarois contre notre seul 14' corps, composé de jeunes troupes à peine encadrées. Ils curent ainsi la preuve que s'ils
voulaient tenter une attaque de vive force contre les forts ou l'enceinte, ils trouveraient une très-vive résistance et que très-probablement ils échoueraient.
Loin d'enhardir l'ennemi, le combat du 19 septembre le rendit donc circonspect et hésitant.
A l'appui de notre opinion nous citerons le passage d'une lettre que M. de Ghaudordy écrivait à M. Jules Favre à la date du 25 septembre :
« Il paraît certain que les Allemands ont
« beaucoup souffert devant Issy (combat de Ghàtillon), « qu'ils ne s'attendaient pas à la défense de Paris et « qu'ils en sont troublés. »
Aurions-nous pu faire plus ?
Oui , très-certainement , avec des renforts envoyés en temps opportun.
Et cela aurait eu lieu, si le Gouverneur, conformément à sa dépêche de midi 40 minutes, était venu sur le plateau.
Voyant la position conservée, la possibilité et la nécessité de s'y maintenir, il aurait, nous n'en doutons pas, fait avancer les troupes de la division Blanchard, qui, rappelées précipitamment de Vincennes , avaient reçu l'ordre de garnir le rempart de la Bièvre à la Seine.
Mais nous avons vu comment, au sortir de Paris, le général Trochu , trompé par les renseignements du général de Gaussade, abandonna l'idée de venir sur lo plateau de Ghàtillon qu'il croyait évacué.
Plus tard encore , vers 2 heures , le général Vinoy , commandant du 13' corps , installait son quartier général à la gare Montparnasse ; si, à ce moment, il avait eu l'inspiration d'envoyer un de ses aides de camp sur le plateau de Ghàtillon, il eût appris que le général Ducrot tenait toujours la position principale et qu'il était sé-
66 DÉFENSE DE PAIUS.
rieusement menacé sur ses lïancs déc^arnis ; il n'eût certainement pas hésité, alors, à lui apporter le concours de la division Blanchard, composée en partie de vieilles troupes, laissant à la division de Caussade le soin de garder les remparts sur lesquels elle était déjà établie. De lapossibiiité On a dit qu'après le combat de Ghàlillon, l'ennemi de"v'ivt twce aurait pu prolitcr du trouble que les fuyards du matin
contre l'enceiiile i, - i i i •
après avaient lete dans 1 armée et dans la population pour
Id journée du 19 "^ i i i
septembre, tenter de pénétrer dans la place. Nous ne croyons pas qu'une entreprise semblable aurait eu de grandes chances de succès. Et cependant cette hypothèse n'était pas sans préoccuper sérieusement le Gouverneur, ainsi que tous ceux, nous n'hésitons pas à le dire, qui jouaient alors un rôle dans la défense. Cette inquiétude, à la vérité sans fondement, prenait naissance dans l'extrême pénurie et la faiblesse des ressources du moment.
L'armée régulière était restreinte, et, à quelques exceptions près, peu solide; la garde mobile, supérieure 'en nombre à la troupe de hgne, était loin de la valoir comme qualité ; quant à la garde nationale, c'était une masse d'hommes sans instruction, sans discipline, sans cadres véritables, dans les rangs de laquelle s'agitaient déjà les ambitieux de bas étage et les fauteurs de désordre qui devaient faire le 31 octobre et le 18 mars.
Néanmoins, ces troupes insuffisantes n'annihilaient pas entièrement les obstacles très-sérieux que la défense pouvait opposer à un coup de main; l'excellence des forces fixes compensait la mauvaise qualité des forcesmobiles ,
Ainsi sur tout le front Sud, l'ennemi était forcé de passer entre des forts se flanquant réciproquement à une distance de 1,500 à 2,000 mètres; ses colonnes eussent été désorganisées et détruites avant de venir se heurter contre la ligne de rempart gardée par la division
Blanchard, où se trouvaient deux vieux régiments, 85* et 42%
Tenter l'assaut du côté du Point-du-Jour, était également bien périlleux, le fort d'Issy et le Mont-Valérien croisant leurs feux sur ce point.
Cependant les Allemands auraient pu faire une fausse attaque au sud, et une attaque sérieuse vers Asnières ou vers Joinville.
Dans le premier cas, après avoir effectué le passage de la Seine à Bezons et à Argenteuil, ils auraient de nouveau franchi de nuit la Seine à Asnières; couverts par les nombreuses habitations deClichy-la-Garenne et le remblai du chemin de fer, ils se seraient avancés jusqu'au pied du saillant, situé entre Batignolles et Montmartre... Restait, à la vérité, l'escalade, opération toujours bien risquée.
Du côté de Joinville, malgré le pont détruit, il était facile à l'ennemi, les redoutes de Gravelle et de la Faisanderie n'étant pas armées, de passer la Marne sur un point quelconque delà presqu'île de Saint-Maur...
Mais alors, ses colonnes d'attaque se fussent trouvées resserrées entre la Marne et les pentes du plateau de Vincennes, occupé par la division d'Exea. — Quoique peu solides encore, nos jeunes troupes seraient parvenues probablement à repousser l'ennemi, grâce à l'avantage de la position.
Partout ailleurs, Saint-Denis et les forts couvraient suffisamment la ville.
Dans tous les cas, ces assauts pouvaient amener des échecs et l'ennemi ne voulait rien risquer. . . Il redoutait la moindre défaite, surtout au point de vue de l'effet désastreux qu'elle produirait sur le moral des troupes. Il pensait, non sans raison, qu'un insuccès sous les murs de Paris compromettrait gravement les avantages de la campagne si péniblement obtenus... Cet insuccès, grossi
par la presse française et étrangère, pouvait changer la face des clioses en relevant l'énergie de toute la nation envahie et en étant la confiance aux armées alliées qui s'avançaient au cœur de la France, non sans une certaine appréhension. — Tout ce que les Allemands ont publié jusqu'cà ce jour, sur le siège de Paris, établit cette préoccupation constante de leur état-major.