LES TROUPES SE CONCENTRENT DANS PARIS
Nos essais malheureux d'offensive dans les journées des 17 et 19 septembre par les 13' et 14* corps, semblèrent (1) donner raison à ceux qui, avec le Gouverneur de Paris, pensaient que nos jeunes troupes n'étaient, ni matériellement ni moralement, à même de tenir en rase campagne : à Mesly, à Chàtillon, l'ennemi était de Hanc, en flagrant délit de mouvement, mouvement d'autant plus compromettant qu'il opérait le passage de la Seine
(1) Nous disons semblèrent, car il est bien évident que, si le Gouvoi^ neur avait voulu nous donner le 13* corps , composé des meilleures troupes, et comprenant, spécialement, une brigade de vieux régiments, s'il avait ainsi consenti, pour nous servir de son expression , « meltro tous ses œufs dans le même panier, afin do frapper un coup décisif, nous aurions vu couronner de succès notre tonlalivo contre lo'ï lclt"s de colonnes prussiennes.
DÉFENSE DE PAHIS. 71
sur plusieurs points, et cependant, malgré ces avantages incontestables, nous n'avions pas réussi à le repousser, à fortiori ne pourrions-nous l'entamer une fois qu'il serait de front, concentré et dans de bonnes positions.
Le général Trochu, plus décidé que jamais à défendre uniquement l'enceinte et les forts, donna l'ordre à toutes ^
les troupes établies en dehors de la fortification de rentrer dans Paris le soir même du 19 septembre (1).
Il n'y eut d'exception que pour la division d'Exea, l'^du 13* corps, qui devait rester sur le plateau de Vincennes.
Tous les ouvrages commencés furent abandonnés ; on fit sauter tous les ponts qui subsistaient encore : Billancourt, Sèvres, Saint-Cloud, Asnières, Glichy, Saint-Ouen; on ne conserva que le pont de Neuilly, considéré comme indispensable pour établir les communications avec le Mont-Valérien, ainsi que le pont du chemin de fer d'Asnières.
C'est donc à partir de ce jour, 20 septembre, que l'on position des peut considérer la ville de Paris comme entrant dans la le 20 sept'embrft période de l'investissement complet.
Le 14' corps est réuni au Champ-de-Mars et dans les avenues voisines.
La division deMaud'huy (du 13* corps) occupe le boulevard de la Gare et le boulevard extérieur jusqu'à la porte d'Enfer.
(1) Dans ce mouvement rétrograde, il se passa un fait qui montre assez bien le désarroi général : Au milieu de la journée de Châtillon le commandant du génie Lévy avait été rejoint par quelques centaines de zouaves (3e b°"), commandés par le capitaine Jacquet. Dans la soirée, n'ayant aucune nouvelle, ne recevant aucun ordre, cet officier télégraphia au Gouvernement, pour demander ce qu'il devait faire ; s'il devait rentrer ou rester. Après quelques phrases échangées, on lui répondit : «Tu n'es qu'un Prussien.» Ne pouvant se faire reconnaître, n'ayant pas de vivres, peu de munitions, se sentant isolé avec un bataillon de zouaves et quelques mobiles, le commandant Lévy se décida à évacuer le château de Meudon. A 8 heures du soir on se mit en marche, et la colonne rentra sans encombre à Paris.
Les assiégés
et
les assiégeants
prennent
des mesures
défensive::.
La division Blanchard (13* corps), après avoir reçu du Gouverneur l'ordre de rendre les différents postes du rempart à la garde nationale, se retire plus en arrière, et s'installe dans les terrains vagues qui avoisinent les fortifications.
L'artillerie de réserve du 13* corps bivouaque sur les diverses avenues aboutissant à la place Breteuil.
Le Gouverneur, toujours à l'idée de voir l'ennemi tenter une attaque de vive force, ou commencer les opérations d'un siège en règle, ordonne que les mesures de défense soient prises en vue de cette double éventualité. ■
Cependant, comme nous l'avons déjà dit, rien n'était plus éloigné de la pensée de nos adversaires; une attaque de vive force n'était ni dans leurs moyens, ni dans leur idée ; ils connaissaient trop bien Paris pour affronter les difficultés d'une attaque de ce genre. Quant à un siège en règle, le manque de matériel le rendait impossible pour longtemps encore.
Ils comptaient beaucoup sur la faiblesse, l'inexpérience du Gouvernement et sur les désordres intérieurs qui devaient en être la conséquence ; résolus à attendre, suivant l'expression bien connue de M. de Bismark, le moment psychologique, ils pensaient que ce moment ne saurait tarder, car, avec le monde entier, ils n'entrevoyaient point la possibilité d'une résistance sérieuse et de longue durée de la part de la population parisienne.
Dès le premier jour, l'ennemi ne se préoccupa donc que d'une chose, retourner contre nous, en les complétant, tous les travaux que nous avions faits dans les environs de Paris, redoutes, tranchées, abatis, dépavage de routes, etc.
Ainsi, tandis que les assiégeants mettaient en état de défense tous les villages et villas des environs de Paris,
les assiégés, de leur côté, armaient les remparts, créaient des abris, inondaient les glacis de chausses-trappes, d'abatis.. .
Les deux adversaires, également trompés sur leurs intentions réciproques, ne songeaient qu'à la défensive : Français et Allemands s'observaient, se fortifiaient et semblaient attendre les événements.
Profitons de ce moment de répit pour exposer la situation de Paris, envisager toutes ses ressources naturelles et artificielles; voir, en un mot, quelle était sa force de résistance lors de l'investissement.
Cette force de résistance n'a été que l'ensemble ou la résultante de plusieurs forces composantes que nous allons successivement examiner.
Nous verrons que malheureusement toutes ces composantes, pour conserver notre figure empruntée à la mé canique, ont été loin d'agir parallèlement; beaucoup furent mal dirigées, mal employées; quelques-unes furent négatives, et celles-ci, comme celles-là, diminuèrent d'autant l'efficacité de la défense.
Dans cette partie de notre travail, nous ferons l'exa.men détaillé des ressources de la capitale ; nous verrons en quoi consistait le personnel de la défense, que nous diviserons en plusieurs catégories : troupe de ligne et marins, garde nationale mobile, garde nationale, corps francs.
Puis nous dresserons l'état général de notre matériel, canons, fusils, poudre, projectiles; nous verrons quelles étaient les ressources de l'artillerie de terre, quel contingent nous a apporté l'artillerie de marine ; quelle utilité nous avons tirée des divers engins qui ont joué un certain rôle dans la défense.
Ensuite nous donnerons une idée des approvisionne-
ri DÉKKNSE DK PARIS.
ments existant dans Paris au moment de l'investissement, subsistances, vivres-viande, habillement, équipement....
Nous parlerons du service hospitalier et de son fonctionnement pendant le siège, des ressources de toute sorte fournies par l'Assistance publique.
Nous dirons aussi un mot des moyens qui furent employés pour communiquer avec l'extérieur.
Enfin, nous donnerons quelques détails sur les fortifications de Paris, sur les ouvrages extérieurs commencés avant l'investissement ; nous ferons connaître de quelle manière était réparti le commandement dans la capitale, et quelles étaient les attributions des divers services.