I. — Infanterie
Après les journées de Février, où la garde nationale Loi avait renversé le Gouvernement, après les journées de
du 12 août 1870 , ..,,■■ i .- i -l i
sur la Juin, où la moitié de la garde nationale avait voulu
garde nationale. , i i- • i
renverser la société, l'Empire s était cru oblige de prendre à l'égnrd de cette institution, plus propre à détruire qu'à défendre, de sages et justes mesures de précaution. Les 60,000 hommes qui la composaient étaient choisis, tous les ofiiciers étaient nommés par le gouvernement.
On conservait la garde nationale comme souvenir, comme tradition, mais jamais on n'eut l'idée de lui demander un service qui ressemblât à un service de guerre ; tout consistait pour elle à fournir chaque jour deuîi postes, l'un àl'Hôtel-de-Ville, l'autre à la place Vendôme.
L'initiative de la loi du 12 août 1870, modifiant l'étal de choses, appartient à M. Jules Favre. Son Exposé de motifs était conçu en ces termes :
« Ce serait un crime de refuser à chaque citoyen « une arme pour défendre son foyer. » Quelques jours avant la guerre, le même avocat avait demandé qu'au bulletin de vote correspondît ïarme « avec laquelle le « citoyen peut défendre à la fois et sa patrie et ses « droits civiques. »
Le Corps législatif, entendant toujours vanter la levée en masse, les bataillons de volontaires, le grand souffle de 92, avait fini, comme le reste du pays, par y croire: et puis, à tant de choses fausses, il semblait se mêler, comme cela arrive souvent, un peu de vrai : à Paris, en 181 i, disait-on, si la population avait été armée, elle donnait quelques heures de résistance de plus... l'Empereur arrivait ; sa seule présence, paralysant l'attaque, redoublant l'énergie de la défense, aurait pu changer la face des choses (1),
(1) Ce fait , tant de fois invoqué par les admirateurs et propagateurs (les levées en masse, n'était pas compris ainsi par Napoléon I'-'"'. Dans ses Mémoires, parlant de la résistance de Paris en 1814, il a simplement regretté que celte ville ne fût pas forliliée : « Si Paris, a-t-il dit, eût été ■<■ encore une place forte en 1814 et en 1815, capable de résister scu- « lemcnt huit jours, quelle influence cela n'aurait-il pas eu sur les évé- « nements du Monde ! . . . jj Ennemi-né de tout ce qui était désordonné et révolutionnaire. Napoléon a constamment été hostile à l'armement des foules. Dans le Moniteur du 12 thermidor an xi (31 juillet ISOf)), il écrit, à propos des prétendues levées en masse de l'Angleterre : a. Savez-vous « ce que c'est qu'une levée en masse? Croyez-vous que la multitude ne « soit pas la même dans tous les temps?... Les levées en masse furent « toujours les précurseurs et le foyer des discordes civiles... »
Le Corps législatif, sous le coup de tous ces souvenirs, se laissa entraîner par le courant, et vota à l'unanimité la loi du 12 août sur la garde nationale. Cette loi portait le nombre des bataillons de 51 à 60. Chaque bataillon devait être fort de 1,500 hommes, et armé de fusils à tir rapide. Les 9 nouveaux bataillons, ayant nommé leurs oflîciers à l'élection, les officiers des 51 autres donnèrent leur démission.
Ainsi, au moment où se présentait l'éventualité du siège, on faisait une refonte complète et générale de la garde nationale. Prise en flagrant délit de réorganisation, cette troupe était donc dans les plus mauvaises conditions pour servir efficacement.
Après la révolution du 4 septembre, des transformations nouvelles eurent lieu, de nombreuses créations furent faites ; mais, loin de contribuer à consolider la garde nationale, elles servirent à la rendre encore plus faible et plus vaine.
Création Une circulaire du ministre de l'intérieur en date du
(le (j(t bataillons i p • i -.n
nouveaux. Q septembre prescrivit la formalion de bO bataillons nouveaux, comprenant un effectif de 1,500 hommes répartis en 8 compagnies. Les officiers devant être élus , le Gouvernement, pour gagner du temps, décida que l'on se conformerait à l'esprit plutôt qu'à la lettre de la loi du 3 juin 1850.
Mode Le recrutement devait se faire par arrondissement,
chacun des 22 arrondissements de la Senie formant un nombre de bataillons proportionnel au chiffre des électeurs inscrits.
Dans chacun de ces arrondissements, une commission de 16 citoyens, sous la présidence du maire, était chargée d'établir « sans s'astreindre ii nucnnc formalilô ^) la liste des gardes devant composer les bataillons nouveaux. Ces commissions, qui devaient choisir d'une ma-
nière si large, étaient, par leur essence, nature, origine, peu faites pour inspirer confiance... du reste, la plupart se formèrent elles-mêmes et s'imposèrent plutôt aux maires que ceux-ci ne les imposèrent à leurs administrés (1)... Enfin, les maires eux-mêmes, présidents de ces commissions, laissaient fort à désirer, la plupart du moins... tous étaient ennemis du régime déchu, mais tous n'étaient pas amis de l'ordre... do plus, une énorme quantité de travaux urgents , considérables , difficiles , leur avaient été imposés en quelques jours et occupaient tous leurs instants.
« La circulaire du ministre de l'intérieur, dit M. Cha- Armement
de la
« per, fut dés le premier jour une lettre morte; quicon- garde nationale « que voulut entrer dans la garde nationale, fût-il étran- « ger, fût-il repris de justice, y entra (2).
« On n'appliqua le décret, ni pour les effectifs des ba- « taillons, ni pour leur nombre ; il y eut des bataillons « qui contenaient 350 hommes (le 239"), tandis que « d'autres en avaient 2,G00 (le 116" par exemple), et « au lieu de 120 bataillons, on en eut bien vile 260. »
En vain le ministre de la guerre voulut-il présenter des objections, faire des réserves, les membres du Gouvernement le forcèrent à vider les arsenaux pour armer toute cette multitude. Il ne fallait pas, disaient les chefs de l'exécutif, que dans le cas où l'ennemi tenterait l'assaut, il pût rencontrer une population sans défense.
Plus de 300,000 hommes avaient ainsi été enrôlés dans la garde nationale; et, dans ce nombre, d'après le général Trochu, « on comptait 30,000 repris do justice », ne demandant, naturellement, que le vol, le pillage, et
(1) Ces commissions furent l'origine des commissions cxécnlivcs qui firent le 18 Mars.
(2) Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défeuso nalionalc.
Univërtî^
«'Bt/OTH£CA
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100 DÉFENSE DE l'AIUS.
G,000 sectaires, aux ordres des Flourens, des Blanqui, des Dcloscluzo.
iicuué d'anuei UiiB telle lïiasse d'hommes n'était pas nécessaire pour
toute la
popuiaiion. défendre Paris. A l'armée de ligne et a la garde mobile, il suffisait d'ajouter un certain nombre de batiiil- Ions composés d'éléments choisis, de personnes honorables, présentant toutes les garanties nécessaires; cela aurait entièrement suffi à maintenir Tordre et à faire le service des remparts.
On aurait certainement obtenu de ces hommes bien encadrés, bien surveillés, ce qu'on a fini par obtenir de certains bataillons de mobiles qui, dans le principe, n'étaient ni mieux instruits, ni mieux disciplinés.
Du reste, ce n'était pas seulement avec des canons, des fusils que Ton devait défendre Paris... Il y avait de nombreux travaux à entreprendre : embrasures, rampes, traverses, poudrières, casemates, etc.... sans compter les grands ouvrages extérieurs, les redoutes, les batteries fixes, les tranchées, etc. Pour tout cela il fallait des milliers de bras... Où pouvait-on mieux les trouver que dans cette immense population parisienne ? — On n'aurait pas été ainsi à la merci des masses, et on serait venu en aide aux indigents.
Au lieu de cela, dès le 5 septembre, nous voyons tous les ateliers des ouvrages du dehors et du dedans dégarnis; on est oblitré de faire venir à grands frais des ouvriers de province, pour continuer les travaux de défense.
Pendant ce temps les ouvriers parisiens déclament et demandent des armes; la foule est véritablement maitresse, le gouvernement nouveau n'a pas la force d'imposer ses volontés ni de faire exécuter ses arrêts (1).
(1) Celui du G scplcmbre, eiUro aulrcs.
Les difficultés étaient grandes, nous n'en disconvenons pas, et nous savons combien d'entraves ont été apportées aux décisions du Gouvernement par certains maires, par la majeure partie des commissions d'arrondissement. Cependant, nous croyons qu'il était possible de ne pas armer tout le monde, et puisque l'on ne s'en tenait pas aux électeurs inscrits, au moins fallait -il éliminer les repris de justice.
Si l'on voyait dans les rangs de la garde nationale Armement toutes les variétés intimes de cette innombrable population de i.i
garde nationale.
parisienne le magistrat côtoyant le repris de justice... le professeur à côté du dernier des manœuvres.., les armes présentaient une diversité qui n'était pas moins étrange... Sans compter les fusils de chasse elles armes de luxe, certains bataillons avaient 5 à 6 modèles de fusils, français ou étrangers: fusils à canons lisses ou rayés, fusils et carabines à tabatière, mousquetons de cavalerie, de gendarmerie, Minier, Remington, Snider, chassepots, etc.. Il fallait apprendre le maniement de toutes ces armes, dont le nom même était inconnu à la majorité des officiers,.. (1).
Quant aux uniformes, ils étaient aussi divers que possible... On voyait briller toutes les fantaisies de la forme et de la couleur; mais ce qui frappait le plus, c'était le nombre de galons et la multitude de décorations de toutes sortes. Cette profusion d'insignes avait le grave inconvénient de faire disparaître tout respect hiérarchique : les soldats et les mobiles, qui ne voyaient là que des galons d'emprunt, ne saluaient pas ceux qui en étaient porteurs... Peu à peu, habitués à ne plus honorer les insignes de leurs. chefs, ils finirent par ne plus
(1) Par un singulier privilège, les bataillons les plus mal composés politiquement étaient les mieux armés...
trop lionorcr le chef mémo, et le salut militaire qui est le critcrium de la discipline d'une armée, disparut presque complètement.
iDexécution Si uuc importante loi de recrutement n'avait pas élc du 10 août 1S7,) violée en faveur de la garde nationale , cette institution, dont les imperfections et lesdéfauts tenaient, hâtons-nous de le dire, non aux hommes qui en faisaient partie, mais à son origine surannée et démodée, cette institution, disonsnous, aurait peu produit à la vérité... elle eût été, au point de vue de la défense, une force plus apparente que réelle, une force sans importance, mais elle n'eût pas été une force négative. Malheureusement il n'en a pas été ainsi.
La loi du 10 août 1870 disait : « Tous los hommes, mariés, ou veufs sans enfants, ayant 25 ans accomplis, et moins de 35 ans, qui ont satisfait à la loi du recrutement et qui ne figurent pas sur les contrôles de la garde mobile, sont appelés sous les drapeaux pour la durée do la guerre... »
Le 12 septembre, un décret du Gouvernement de la Défense nationale, signé Gam.betta, prescrivait l'incorporation des hommes, désignés par cette loi, dans la garde nationale...
(c Gomme gardes nationaux, disaient les membres du Gouvernement, ils sont défenseurs du pays aussi bien que s'ils étaient soldats... »
La garde nationale annihilait ainsi, en les absorbant, 50 à 60, 000 hommes... C'était une armée qu'elle dérobait à la défense... Que devait être cette défense? Examinons tout d'abord notre situation à la lin de septembre. Rûie de Paris. Après avoir redouté une attaque de vive force, nous acquîmes la certitude que l'ennemi ne songeait qu'à nous investir et à nous réduire par la famine. I
Le rôle de Paris était donc de résister le plus long^
DEFENSl^: DE PARIS. 103
temps possible, de manière à immobiliser sous ses murs une force ennemie considérable, et à permettre à nos armées de province de se constituer. Les circonstances étaient exceptionnelles : toutes nos armées se trouvant prises ou bloquées, nous devions chercher à créer dans Paris non-seulement une force capable de résister, mais encore une armée susceptible de tenir la campagne, le jour où les armées de province seraient organisées et en état d'inquiéter sérieusement le blocus de la ville, soit en marchant directement contre l'armée d'investissement, soit en menaçant ses communications. Pour cela il nous fallait des soldats, beaucoup de soldats...
Or, nous avons déjcà vu que les ressources de la capitale en troupes de ligne, ne dépassaient pas 75 à 80,0U0 hommes ; si l'on y eût ajouté les 50 ou 60,000 hommes de 25 à 35 ans que donnait la loi du 10 août, nous aurions possédé une force de ligne respectable do 140 à 150,000 hommes. Nous aurions pu, en leur adjoignant des régiments de garde mobile, créer ainsi deux armées sérieuses, agissant, soit séparément sur deux points de l'enceinte, soit réunies ; dans ce dernier cas, l'une d'elles eût servi de réserve à l'autre, et, après un premier effort sur un point, nous aurions pu continuer dans la même direction. Au lieu de cela, c'étaient constamment les mêmes hommes qui devaient supporter toutes les fatigues, braver tous les dangers... les forces humaines, morales et physiques ont des limites...
Qu'on n'objecte pas qu'il eût été difficile d'encadrer ces 50 à 60,000 soldats de 25 à 35 ans; il y avait dan.> Paris une foule d'anciens officiers, d'ingénieurs... qui auraient fait d'excellents officiers auxihaires , et ces bons éléments se trouvèrent noyés dans la garde nationale, où ils ne purent rendre que très-peu de services, malgré leur bonne volonté, malgré leur patriotisme.
104 DKFKNSK DE PARIS.
Ce qu'a éiô Voyons maintenant quel fut le rôle de la garde na-
gardo nationale tioualo pendant le siéoe.
pendant
lo siège. Tout d'abord nous nous plaisons à reconnaître le dé-
vouement, l'ardeur qui animaient la majorilé des habitants de Paris ; une véritable fièvre régnait sur toute la cité. Partout, le jour, la nuit même on faisait l'exercice. « Souvent, dit le général Trochu, lo soir, à la lueur du gaz, j'ai vu des compagnies s'exercer, dans la cour du Louvre, sous la direction d'hommes qui mirent un dévouement sans bornes à cette œuvre de préparation. »
« Mais, dit M. Chaper, les manœuvres militaires ne « suffisaient pas à leur donner la science du tir, l'habi- « tude de la marche, de la veille, de la souffrance, la « résistance à la fatigue, à la vie de campagne, et sur- 8 tout la discipline. Cependant on leur répétait sur tous K les tons qu'ils étaient des soldats et d'excellents sol- « dats (1). — Ils l'ont cru, et ils ont demandé brave- « ment à se battre, s'estimant au moins les égaux de « leurs ennemis en valeur et en nombre.
« Ils étaient égaux et supérieurs en nombre, mais « bien inférieurs en savoir, en pratique, en valeur mi- « li taire. C'est là ce qu'on n'a pas osé leur dire. Peut- « cire bien, d'ailleurs, ne l' auraient-ils pas cru !
« Aussi, quand la lutte, ajournée en vain, fut devenue « nécessaire et qu'elle eut amené les échecs faciles à « prévoir, la garde nationale s'en prit-elle à ceux qui « ne lui avaient jamais donné que des louanges. Con-
(1) a. Les officiers de la garde nationale inspirent à tous une entière confiance, disait le liéveil... Nul doute que les soldats de la Jibcrté no montrent sur le champ do bataille une intolligcuco bien supérieure à celle des troupes régulières. » — « Tous les journaux, dit le général Trochu, répétaient à l'envi que la garde nationale était la première troupe du monde; qu'elle était parfaitement en état de forcer les troupes prussiennes ; que la trahison seule refusait d'employer ces hicomparablos légions. »
« vaincue qu'elle avait fait tout ce qui était nécessaire « pour triompher, elle chercha au-dessus d'elle les « causes de sa défaite, et elle accusa de l'avoir trahie « ceux qui étaient seulement coupables de l'avoir « flattée. »
La garde nationale fut généralement employée, pen- services rendu? dant le siège, à faire le service du rempart. garde nationale
^ '■ au point de vue
Lorsque la crainte d'une attaque do vive force eut et^oiïensif disparu, l'armée de ligne s'établit d'abord en avant de l'enceinte, puis en avant des forts, gagnant chaque joui*, soit par des attaques, soit par des travaux de tranchées, des positions plus avancées.
Dès lors la défense de la fortification ne consistant plus véritablement qu'en un service de surveillance ordinaire, il n'était pas nécessaire d'avoir des postes aussi nombreux et d'un effectif aussi considérable que si l'on eût été directement en présence de l'ennemi; cependant tous les postes furent maintenus et chaque jour plus de 50,000 hommes montaient la garde.
Le service ne pouvait être sérieux : les heures d'oisiveté étaient nombreuses : beaucoup de gardes nationaux prirent des habitudes de paresse et d'ivrognerie (i).
A.U point de vue de la défensive sur nos dernières lignes, la garde nationale a été de quelque utilité, puisqu'on gardant le rempart, elle nous laissait pour l'extérieurlalibre disposition détentes nos troupes de l'armée active. Mais, au point de vue offensif, nous allons le voir, elle nous a presque toujours gêné, rarement aidé. Pour qu'une troupe soit bonne, il ne suffit pas que les soldats aient une certaine dose de courage individuel, il
(1) Souvent les factionnaires s'arrogeaient les droits les plus exorbilanls; ils arri'laient tout le monde : terrassiers, artilleurs, sapeurs du génie, ingénieurs, officiers de tous grades, y compris les généraux et amiraux commandant les secteurs.
Décret
ortlonnant la
création
de compagnies
de
volontaires.
Organisation de compagnies des guerre.
faut encore que ces soldats soient bien commandés, afin d'obtenir une soumission de tous les instants et dans toutes les circonstances. Or cette obéissance passive est incompatible avec l'élection des officiers, avec les hal^itudes de discussion, comme cela existait dans la garde nationale.
La fin de septembre et le commencement d'octobre avaient été employés à habiller, équiper, armer tous les hommes de la garde nationale, en même temps qu'à leur donner les premiers éléments de l'instruction militaire. Dans le courant d'octobre, on songea à créer une organisation pouvant permettre à cette troupe de concourir aux petites opérations journalières exécutées par l'armée.
Le décret du 16 octobre ordonna la formation, dans chaque bataillon, d'une compagnie de mobilisés volontaires, d'un effectif de 150 hommes; quatre de ces compagnies, réunies sous les ordres d'un commandant, conr^tituaient un bataillon de guerre ; ces nouveaux bataillons devaient être placés sous les ordres des généraux des divisions actives de l'armée.
Mais le nombre des enrôlements n'atteignit qu'un chiffre fort minime : sur 344,000 hommes en armes, il y eut G, 500 engagements, et le Gouvernement renonça à faire exécuter son décret.
Plus tard, — « pour satisfaire, par des dispositions nouvelles, aux nécessités des opérations militaires, cl répondre aux vœux unanimement exprimés par la garde nationale » (tels furent les considérants), un nouveau décret du 8 novembre porta que les quatre premières compagnies de chaque bataillon seraient dites compnf/nics de guerre.
Ces compagnies, exposait le Gouvernement, seront formées par les hommes valides des catégories ci-des-
Gous, en suivant l'ordre des catégories, et en ne prejiant dans l'une d'elles, que lorsque la catégorie précédente aura été épuisée :
1° Volontaires de tout âge ;
2° Célibataires ou veufs sans enfants, de 20 à 35 ans;
3° Célibataires ou veufs sans enfants, de 35 à 45 ans;
4° Hommes mariés ou pères de famille, de 20 à 35 ans ;
5" Hommes mariés ou pères de famille, de 35 à 45 ans.
Comme la composition n'était pas identique dans chaque bataillon, il en résultait que, dans les uns, un homme marié était appelé à faire partie des compagnies de guerre, tandis que dans les bataillons voisins, ou avait pu recruter ces compagnies avec les trois premières catégories, c'est-à-dire avec les hommes non mariés ; de là, des récriminations et des plaintes sans nombre (1).
C'est du 20 au 25 novembre que les premiers bataillons de mobilisés furent envoyés à l'extérieur et placés sous le commandement des chefs militaires de la région où ils se trouvaient. Nous ne pouvons nous rappeler sans tristesse le désordre qui régnait dans les rangs de cette troupe. Nous ne parlerons que pour mémoire du fameux bataillon de Belleville, qui dut être licencié pour avoir abandonné son poste devant l'ennemi, aux tranchées de Maisons-Alfort, et dont la conduite fut llétrie parles ordres du jourdu général Clément Thomas. A vrai dire, certains bataillons se firent remarquer par une meilleure contenance devant l'ennemi; mais ils ne valaient guère mieux, au point de vue de la discipline. Dans les cantonnements, au bivouac, à la tranchée, leurs habitudes déréglées, leur langage, leur tenue, étaient du plus pernicieux exemple pour nos soldats et nos mobiles.
(1) Voir, pour plus amples rcnseignemenls, le chapitre Garde nationale du Rapport de M. Chaper sur le siège de Paris.
Afin d'éviter la contagion, le général Ducrot avait demandé que, chaque jour, un certain nombre de bataillons mobilisés fussent envoyés à l'extérieur, exclusivement pour faire le service des avant-postes pendant vingtquatre heures; le lendemain, ils eussent été relevés par d'autres bataillons mobilisés; de cette façon, ils auraient soulagé nos troupes, qui, loin de leur contact, n'auraient plus eu, au milieu d'elles, ce ferment de désobéissance et d'insubordination. Malheureusement, la proposition du général ne fut pas acceptée, et l'on continua à laisser les bataillons de la garde nationale au milieu de nos soldats.
Encore, ces bataillons d'un si pernicieux exemple n'apportèrent-ils pas, dans leur service des avant-postes, le soulagement qui eût été si nécessaire à nos hommes de la ligne et de la mobile, épuisés par la garde de tranchée. En effet, si l'on mettait en première ligne un bataillon mobilisé, appuyé à droite et à gauche par des soldats plus solides, il fallait en deuxième ligne, et à peu de distance, des troupes régulières, prêtes à se porter en avant. — Or, chaque nuit, dans les tranchées do première ligne, les gardes nationaux commençaient le feu, généralement sans motif, et la fusillade durait jusqu'à épuisement complet des munitions. La deuxième ligne ne savait pas si l'alerte avait ou non sa raison d'être ; tout le monde était sur pied, tenu en éveil, et nos hommes ne reposaient jamais.