DES WAGONS PORTE-CANONS BLINDES
Au mois d'octobre, pendant qu'on poussait activement la construction du train blindé, armé de mitrailleuses, le comité de défense fut saisi de la question de l'emploi des wagons blindés pour jiorter des canons de gros calibre.
M. Solacroup, directeur des travaux de la compagnie (}i\ chemin de fer d'Oi-léans, et M. Dehunu)y, ingénieur
de cette même compagnie, vinrent, présentés par le Gouverneur de Paris, exposer au Comité la pensée qu'ils avaient" eue, qu'on pourrait utilement employer sur la ligne du chemin de fer d'Orléans, pour attaquer Choisy-le-Roi , deux canons de gros calibre portés sur une plate-forme reposant sur deux trucs marchant côte à côte sur les deux voies de la route. Cette plate-forme devait porter à l'avant un masque solide pour abriter dans cette direction les deux canons et leurs servants. Pour attaquer Ghoisy, cet appareil devait se placer dans une partie de la voie ferrée, qui est en déblai , de façon à être à l'abri des coups latéraux. Il devait être amené à son poste de combat au moyen de chevaux qui l'eussent poussé devant eux, agissant sur des brancards appliqués à l'arrière.
Le Comité de défense reconnut qu'il serait bien difficile de faire marcher sur les deux voies les deux trucs portant la plate-forme, mais il accepta l'idée, et chargea l'un de ses membres, M. Dupuy de Lôme, inspecteur général du génie maritime en retraite, de dresser les plans des wagons cuirassés pour canons, et de faire exécuter immédiatement ces plans appropriés à un service plus général, sur les voies ferrées autour de Paris.
M. le général d'artillerie de marine Frébault , égale- . ment membre du Comité , eut la mission de faire fabriquer des affûts spéciaux combinés pour le service de ces wagons.
Enfin, M. le vice-amiral La Pioncière-Le Noury dut organiser le personnel d'officiers de marine et de matelots canonniers qui auraient à faire fonctionner cette artillerie.
On construisit primitivement deux wagons , armés chacun d'un canon de 0"'14 se chargeant par la culasse
el ayant un champ de tir de 30 degrés de chaque côté do l'axe de la voie. Ces wagons furent d'abord mis en mouvement par trois chevaux attelés en arrière de manière à pousser au lieu de tirer. Toutefois le poids considérable rendait la mise en marche très-difficile.
Plus tard, M. Dupuy de Lôme fit construire deux nouveaux wagons armés chacun d'un canon de O^IG se chargeant par la culasse, et pouvant tirer dans toutes les directions.
Dans ce but, la caisse cuirassée du wagon se composait de deux parties superposées; la partie inférieure enveloppait les trucs, les essieux et les roues, et descendait même pour protéger ces derniers aussi bas que possible ; puis, la partie supérieure de la caisse cuirassée contenant le canon, tournait autour d'un pivot central au-dessus de la caisse fixe du dessous. Deux servants suffisaient pour faire pivoter cette caisse supérieure.
Avec cette disposition, le canon avait sa volée dans une embrasure étroite et haute, qui ne permettait que le pointage vertical; le pointage horizontal dans une direction quelconque était obtenu par le mouvement même de la caisse à pivot.
lAicomobiie La mauceuvre de ces derniers wagons était impossible
cuirassée.
avec des chevaux ; d un autre côte , en cuirassant une locomotive, M. Dupuy de Lôme craignait d'obtenir un poids incompatible avec la résistance des rails ; aussi proposa-t-il une locomobile spéciale dont le plan fut approuvé.
On monta la locomobile sur deux trucs; son arbre fut mis en communication, au moyen de deux chaînes articulées, avec les essieux des roues des trucs; on enveloppa le tout avec une caisse do bois cuirassée comme les wagons porte-canon ; au-dessus de la cuirasse de la chaudière, on ajouta un plafonil horizontal cuirassé
n'ayant d'autre ouverture que le passage de la cheminée. La face arrière de la locomobile resta ouverte.
En moins d'un mois, deux wagons porte-canon de chaque système et la locomobile cuirassée furent exécutés, sous la direction de M. Dupuy de Lôme, par MM. Solacroup et Delannoy, de la 'compagnie d'Orléans, et par M. Glaparède, constructeur-mécanicien à Saint- Denis.
Chaque wagon, portant un canon de 0"'14, fut armé par treize marins ; les autres , portant chacun un canon de 0™16, et à caisse tournante, eurent dix-huit marins.