JOURNÉE DU 18 SEPTEMBRE
Le 18 septembre au matin, pour donner satisfaction aux demandes du général Ducrot, le Gouverneur de Paris donne l'ordre au lieutenant-colonel Méric, commandant le régiment de zouaves de marche, de se rendre de Montretout (1) à Meudon, dans le but de défendre le château et les positions voisines. A 10 heures, les zouaves arrivent au château de Meudon, occupé seulement par une compagnie d'infanterie, deux compagnies de mobiles et un détachement de gendarmes, sous les ordres du commandant du génie Lévy.
Le lieutenant-colonel Méric place immédiatement ses grand' gardes :
1° 600 hommes à la Gapsulerie de Meudon ; cette grand'garde détache un poste de 100 hommes au rondpoint de la Belle-Étoile ; en outre, elle fournit des travailleurs pour continuer la redoute commencée près de la Gapsulerie.
2° 100 hommes à l'Étoile-de-la-Patte-d'Oie, surveillant les pentes vers Ghaville et Vélizy ;
3° 170 hommes à Dame-Rose avec un petit poste à la
Le régiment de
zouaves
va occuper
Meudon
et les positions voisines.
(1) Ce régiment avait été envoyé à Montretout le 17 au matin pour fournir des avant-postes de ce côté et aider à la construction de la redoute.
Ub:Vi:NSR DE PARIS.
Reconnaissance
du ca;iitaine de Louvencuurt
vers Saint-Germain.
lieconnaissance
lin capitaine
Fa ver ,
vers l'alaiseau.
ferme dite Pointe-de- Verrières ; cette grand'garde surveille le terrain entre Yélizy et Villacoublay ;
4° 100 hommes à la ferme de Trivaux.
À midi et demi, toutes ces grand'gardes sont à leurs emplacements .
Ce même jour, 18 septembre, deux reconnaissaiiccs s'exécutent : l'une vers la Bièvre, commandée par le capitaine Faverot ; l'autre vers Bougival et Saint-Germain, sous les ordres du capitaine de Louvencourt, également officier d'ordonnance du général Ducrot. Cette dernière ne rencontre pas l'ennemi ; il n'est pas encore en vue de ce côté.
Le capitaine Faverot, qui a passé, avec ses deux pelotons de guides, la nuit du 17 au 18 à Petit-Bicétre, reçoit, avant le jour, deux nouveaux pelotons du même corps. Pendant que les deux premiers forment soutien, l'un à Petit-Bicétre, l'autre à l'Hôtel-Dieu sur la route de Versailles, les deux nouveaux pelotons, dès 6 heures du matin, se dirigent : celui de droite, vers le plateau de Toussus et du Trou-Salé; celui de gauche, dans les environs de Palaiseau et de Longjumeau ; ils doivent marcher, ainsi que nous l'avons dit plus haut, jusqu'à ce qu'ils aient rencontré l'ennemi.
A quelque distance de Palaiseau, les éclaireurs du peloton de gauche ayant échangé des coups de fusil avec plusieurs cavaliers allemands, le capitaine Faverot fait arrêter sa reconnaissance ; puis, jugeant qu'il a affaire à l'avant-garde d'une grosse colonne, il se retire par la roule de Bièvre, traverse le village d'igny et se jette dans le bois de Verrières. De l'extrémité du plateau qui s'avance en pointe au-dessus d'Amblainvilliers, il découvre, derrière l'avant-garde prussienne, une colonne de quatre escadrons, marchant dans la direction do Versailles. . .,
Un peu auparavant le capitaine Faverot, craignant que son peloton de droite, qui opérait vers Toussus, ne fût coupé et pris, lui avait ordonné de se retirer sur Paris par Versailles et Sèvres. Ce peloton, commandé par le sous-lieutenant Sébille, parvint à échapper à la poursuite des hussards prussiens, sans perdre un seul homme.
En même temps, le capitaine Faverot envoyait à toute bride un cavalier au peloton de l'Hôtel-Dieu, pour lui prescrire de rejoindre celui qui était au Petit-Bicétre ; tous ses éclaireurs se retirèrent également vers ce point, en cherchant à entraîner à leur suite, sur le plateau de Chàtillon, les cavaliers allemands. Puis, de sa personne, cet officier vint informer le général Ducrot du mouvement de l'ennemi.
Au reçu de ces nouvelles, le général en chef ordonna au général de Bernis (1), dont la brigade était campée près du fort de Montrouge, d'exécuter avec sa brigade et une batterie d'artillerie, une forte reconnaissance dans la direction de Verrières.
Le capitaine Faverot, chargé de porter l'ordre, devait guider la reconnaissance, dont le but était de tenter un coup de main contre les troupes signalées qui nous prêtaient le flanc.
Pour parer à toute éventualité, le général en chef Le is* régiment
^ :. de marche
porte en avant le 15® de marche , de la division Caus- p^end position à
* l'Iessis-ricquet.
sade, sous les ordres du lieutenant-colonel Bonnet; ce régiment occupe solidement le village de Plessis-Picquet, pendant que deux compagnies de chasseurs à pied s'établissent en grand'garde au Moulin-Plessis, sur le bord du plateau. La 1" division (de Caussade) prend position à la lisière du bois dé Meudon, échelonnée
(1) La brigade de Bernis, composée d'un régiment de marche do cuirassiers et du régiment de marche mixte, venait d'être mise à la disposition du général commandant les 13« et 14* corps.
de Bernis.
16 DEFENSE DE l'AHlS.
depuis. la ferme de Trivaux jusqu'au-dessus deClamart; ses avant-postes se relient à gauche avec ceux du 7* bataillon de la Seine, qui occupe le bord du plateau à droite de la redoute de Ghàtillon; la 2* division (d'Hugues) s'établit sur la gauche de la redoute.
Le général Ducrot monte à cheval, et, escorté par un peloton de cavalerie, il va visiter les défenses de Plessis-Picquet et du Moulin-Plessis.
f8 septembre. Daus le même temps, la brigade de Bernis s'était mise "deTa°brigaar eu mouvemeut. Partie à 11 heures et demie, elle s'était dirigée vers Plessis-Picquet, pendant que ses patrouilles exploraient les environs de la Groix-de- Berni sans rencontrer l'ennemi. Au milieu de Plessis- Picquet, elle avait tourné à gauche pour déboucher sur le plateau par le chemin qui sépare les deux grands parcs au sud du village , puis elle s'était massée à l'abri du mur de l'un de ces parcs , de manière à être masquée aux vues de l'ennemi.
Ses dispositions prises, le général de Bernis envoie un escadron en éclaireurs vers le bois de Verrières et Petit-Bicétre ; il espère que le? cavaliers ennemis donneront la chasse à nos fourrageurs et qu'il pourra avec ses régiments les charger en flanc.
Mais rien ne s'étant montré, notre brigade de cavalerie, formée en colonne serrée, se porte en avant pour appuyer l'escadron d'éclaireurs : arrivé à Petit-Bicétre, cet escadron (composé de chasseurs de la garde) s'était trouvé en présence d'un groupe de dragons prussiens ; il les avait immédiatement chargés dans le chemin qui conduit à Bièvre, mais arrêté par une vive fusillade partie de l'Abbaye-au-Bois, il avait dû rétrograder sur Petit-Bicétre (1).
(1) C'était le niomciil uii la (luinlo d'avanl-gardo du »)'' corps vcuail
Le général de Bernis continue à s'avancer vers Villacoublay, des patrouilles envoyées dans diverses directions explorent tout le plateau jusqu'à Mont-Clain.
Ne voyant plus rien, et jugeant sa reconnaissance terminée, le général fait faire demi-tour à sa colonne qui reprend le chemin de Ghâtillon.
De son côté, le général Ducrot, traversant le plateau de Ch^itillon, s'était rendu à la tour du Moulin-Plessis, d'où l'on découvre toutes les pentes de Sceaux et de Chatenay ; mais le pays, très-boisé de ce côté, l'empêcha d'apercevoir les colonnes ennemies cheminant par la vallée de la Bièvre. Le général longea ensuite le bord du plateau, en prenant le chemin de Petit-Bicètre; à hauteur de la mare des Noyers, il fut accueilli par une fusillade partie de la lisière du bois de Verrières. Changeant alors de direction, il descendit dans Plessis- Picquet, et, après avoir examiné les dispositions prises pour la défense de ce village, remonta sur le plateau entre la pointe de Ghâtillon et la pointe de Trivaux, où il rencontra la brigade de Bernis, revenant lentement de sa reconnaissance.
A ce moment même on aperçut un groupe ennemi qui s'élançait sur la ferme dite Pointe-de-Trivaux. Le général fait faire demi-tour à la brigade, la déploie, et deux pièces d'artillerie se portent en avant. Nos obus obligent les Prussiens à abandonner la ferme, et à se replier vers la garenne de Villacoublay,
La brigade de cavalerie reprend sa marche sur Ghâtillon; arrivée près de la redoute à 4 heures et dcmij environ, elle s'établit pour la nuit entre cet ouvrage et le cimetière.
d'arriver ii l'Abbayc-au-Boi*; le gros de l'avant-gardc clail près de Bievre.
18 DEFENSE DE l'A RIS.
En même temps la division Gaussade portait sa grand'garde jusqu'à la ferme de Trivaux.
18 septembre. Pendant (|ue la reconnaissance du général de Bernis
Kscarmouche . ^ - -n ' i o • • t
de Dame-uosc. revenait vers Clialillon , une ecnaullouree s engageait à la ferme de Dame -Rose, sur la lisière du bois de Meudon.
L'avant-garde du 5"^ corps prussien (1), venue par la vallée de la Biôvre, était arrivée vers midi et demi à l'Abbaye-au-Bois ; elle se disposait à placer ses grand'gardes, lorsque les détachements envoyés vers Petit- Bicétre reçurent quelques coups de feu de nos tirailleurs qui, après avoir fouillé le bois de Verrières, se retiraient du côté de Trivaux.
Le colonel von Flotow, commandant cette avantgarde, fait avancer deux bataillons du régiment n° 47 vers Petit-Bicétre, tandis que le bataillon de fusiliers du même régiment, gravit les pentes de gauche et
(1) Voir aux pièces justiflcatlves , n<* VIII. (Composition du 5* corps prussien.)
Le 18 septembre , à 7 heures du malin , la 2* division de cavalerie prussienne s'était mise en route pour aller prendre position sur le plateau de Saclay et explorer la vallée de la Bièvre. En même temps, tout le 5e corps prussien avait passé la Seine, sauf la 17® brigade, ijui attendait, à Valenton, l'arrivée de la tête de colonne du 6" corps. (\'oir croquis n<» 6.)
La 18" brigade, réunie aux environs d'Orly, forma une colonne sous les ordres du général major von Sandrart (commandant la 9* division) et suivit la route de Paray, Wissous, Massy.
Son avant-garde se composait du régiment d'infanterie n°47, du 1<"'" escadron du 4* régiment de dragons et de la moitié du S*", ainsi que de la 1" batterie légère, sous les ordres du colonel von Flotow.
La 10^ division, avec toute la réserve d'artillerie, forma une deuxièmo colonne qui suivit la route d'Athis, Morangis, Longjumeau, Palaiseau, et s'établit en cantonnement dans cette dernière ville.
Après l'arrivée de la tête de colonne du 6« corps ii Valonton, le colonel von Hothmer quitta ce point, traversa le pont derrière la 10'' division cl suivit le général von Sandrart, par Paray et Wissous, jusqu'à Mas>y. (Voir Opérations du Ci" corps prussien , par Slielor von Ucj dokumpf, capitaine à l'élal-major du 5» corps.)
marche sur Yillacoublay ; un demi-escadron envoyé du côté de Mont-Glain couvre le flanc gauche.
Le 2* bataillon prussien se porte sur le bois de la Garenne ; nos quelques tirailleurs qui s'y trouvaient se replient par Pointe-de-Verrières sur Dame- Rose. .. . La grand'garde des zouaves établie dans cette ferme (1) ayant tiré sur la compagnie prussienne qui poursuit les nôtres, le colonel von Flotow ordonne d'enlever Dame- Rose. Le 1" bataillon du régiment n° 47 reste en réserve à Petit-Bicétre, le 2^ bataillon envoie deux compagnies par Pointe-de-Verrières jusqu'au bois de Meudon pour tourner Dame-Rose par la droite, pendant que le bataillon de fusiliers, venant de Villacoublay, l'attaque de front ....
Les zouaves ne résistent que très-faiblement. . . Vers 3 heures , les Prussiens entrent dans la ferme et font une soixantaine de prisonniers.
Quelques coups de feu seulement ont dû être tirés par nos soldats, car l'ennemi n'eut que quatre blessés. Ce fait explique pourquoi la reconnaissance de cavalerie qui revenait vers la redoute de Châlillon n'a rien entendu.
Les tirailleurs prussiens que nous avions vus s'élancer sur la Pointe-de-Trivaux , et que nos obus avaient chassés, appartenaient à un demi-peloton que le 1" bataillon du AT régiment prussien, établi à Petit-Bicètre, avait envoyé contre cette ferme, pour couvrir le flanc droit des troupes engagées vers Dame-Rose.
Vers 4 heures, le colonel von FloLow rallia tout son régiment à Petit-Bicétre ; ses sentinelles s'avancèrent seulement jusqu'à la Garenne de Villacoublay et au Pavé-
(1) Celte grand'garde appartenait au régiment de zouaves posté au château de Meudoa.
20 DÉFENSE DE PAIUS.
Blanc ; la compagnie qui occupait la ferme de Tiivaux, put donc, vers 5 heures, faire une reconnaissanco jusqu'au delà de la Poinle-de-Trivaux sans rencontrer l'ennemi.
Rentré à Ghàtillon, le général Ducrot trouva une lettre du Gouverneur, courue en ces termes :
« Paris, le 18 septembre 1870.
« Mon cher Général,
« Vous savez qu'il, ne m'a été possible de réaliser qu'en partie les différentes demandes que vous m'avez adressées hier au soir. Cependant vous avez dû voir arriver, ce matin, entre Bicètrc et Ivry, la division de Maud'huy, que je mettais avec son canon à votre disposition, et à laquelle vous avez dû donner direction. Je vous ai également expédié (route de Chcvrcuse, entre Montrouge et Vanves) un renfort important de munitions d'artillerie. Mais à votre droite, j'ai dû remplacer les six. bataillons de mobiles que vous me demandiez par un régiment de marche de 2,000 zouaves qui était à Montretout, où il ne reste plus, conséquemmcnt, que GOO à 800 hommes.
« Enfin, je n'ai pas pu vous envoyer non plus les deux bataillons de mobiles que vous souhaitiez pour occuper le bois de Plessis-Picquet.
« Votre droite est faible ; mais j'estime que, pour aujourd'hui, vous avez peu à craindre de ce côté. Tout le mouvement de l'ennemi, qui a passé h\ Seine à Villeneuve-Saint-Georges et ft Choisy-le-lloi, le porte vers les hauteurs que vous occupez, ou, parallèlement à ces hauteurs, vers Versailles, qui sera un de ses principaux points de concentration. D'autres troupes prussiennes viennent à Versailles par le Nord-Ouest; mais elles ne peuvent passer la Seine qu'à Mantes, et elles n'arriveront que plus tard au point de concentration.
« J'aurais donc souhaité que rcnnemi vous allaquAt aujourd'hui même. D'une part, je ne le crois pas en force supérieure, et dans la position où vous êtes (bien que nous ne puissions pas tirer parti du fort des llautcs-Brnyèivs et du Mouliu-Saquet) avec ■^0,000 hommes d'infanterie environ, plus de 100 pièces et l'appui des forts, vous êtes en mesure.
a Si l'ennemi s'allongeait devant vos positions, cheminant vers
-ÎS
hnp.£ec!niei,Piris pv
Versailles , vous pourriez tàter son flanc , mais avec la plus grande circonspection, car en sortant de la position défensive où vous êtes et perdant l'appui des forts, vous perdriez du même coup une part notable de vos avantages. Vous jugerez, d'après cette donnée qui m'est fournie, que l'ennemi avait, cette nuit, le plus gros de sa masse posté à deux ou trois kilomètres en avant de Villejuif.
« Si vous n'êtes pas attaqué aujourd'hui et si vous ne pouvez pas attaquer, il faut penser ù la journée de demain et aux jours suivants, car vous avez aujourd'hui un maximum de facilités et d'équilibre que le temps réduira infailliblement.
« Deux cas se présenteront alors :
« Ou nous nous entêterons à garder la position que vous tenez ; mais alors je devrai penser à assurer votre dioite et j'aurai l'obligation de faire passer le reste du 13^ corps à Meudon et Montretout, abandonnant à sa destinée Vincennes, que je regarde comme très-hasardé. Nous aurions alors pi'ès de 60,000 hommes en ligne, de Bagneux à Montretout, et tous nos œufs seraient, comme on dit, dans le même panier. En outre, nos positions de Clamart à Montretout seraient infailliblement percées, à un jour donné, par des colonnes clieminant dans les bois et par les routes de Chaville et Saint-Cloud. Il ne me paraît donc pas que nous puissions prétendre à tenir indéfiniment dans une position contre laquelle l'ennemi, quand il lui conviendrait, pourrait conduire, après sa concentration à Versailles, des masses considérables ;
« Ou nous nous déciderons à céder les hauteurs, et alors, nous devrons convenir des termes dans lesquels il faudra effectuer sur Paris cette retraite, qui devra être étudiée à l'avance avec précision, en raison des difficultés que présente l'étroitesse des issues.
« J'ai voulu mettre ces réflexions sous vos yeux , afin d'appeler les vôtres sur la situation d'avenir que nous ferait l'ennemi, s'il ne veut pas nous attaquer ou se laisser attaquer aujourd'hui.
« Je vous prie d'en dire votre sentiment à l'officier très-sûr qui vous portera cette lettre.
'< Votre bien affectionné,
« Sif/nô : Général Tnocnu.
« Je dois ajouter à cet exposé que la route de Choisy-le-Roi à Versailles, n° 186, et les routes qui y aboutissent, ainsi que toutes les voies de quelque importance qui traversent les bois
de Meudon, ont été dépavées et obstruées. Aujourd'hui et demain, on va procéder de la même manière pour les routes qui vont de Versailles à Paris, à Saint-Cloud, Montrctout, etc. Cela ne pourra empêcher l'ennemi de menacer d'atteindre notre droite, mais son entreprise sera retardée. »
Le général « gi l'ennemi s'allongeait devant vos positions,
Ducrul se décide «=• '^
"(k' mm^ cheminant sur Versailles, vous pourriez tâter son flanc, '''iwinemies^^ mais avec la plus grande circonspection .... » disait
en marche sur -, /->,
Versailles. le Gouvemeur.
Le général Ducrot ne fut pas de cet avis; d'après lui, il fallait agir tout de suite vigoureusement ou s'abstenir.
Car, si l'on attendait que les deux grandes colonnes ennemies venant par le Nord et par l'Est eussent fait leur jonction au sud de Paris, le général pensait que la résistance ne serait plus possible sur les hauteurs de la rive gauche : en effet, cheminant par les bois entre Meudon et Montretout, les masses allemandes émergeraient bientôt sur le plateau de Ghâtillon, d'où une puissante artillerie ne tarderait pas à nous balayer.
En attaquant immédiatement au contraire : notre bonne position, nos 100 pièces d'artillerie, nous permettaient d'espérer un avantage contre un adversaire en flagrant délit de mouvement; pourvu, toutefois, que les 30,000 hommes de troupes dont nous pouvions disposer fussent passables. L'avant-garde de l'ennemi n'était pas nombreuse, ses colonnes étaient morcelées depuis Choisyle-Roi jusqu'à Vélizy, peut-être môme toutes ses forces n'avaient-elles pas entièrement franchi la Seine vers le sud .... à coup sûr, pas une de ses colonnes venant par le nord de Paris n'avait encore traversé le fleuve ; la reconnaissance du capitaine Louvencourt l'établissait surabondamment.
Toutes ces réllexions se présentaient à l'esprit du général et le préoccupaient (raulanl ])]us vivonuMit, iju'à
Frœschwiller et à Sedan, il avait vu que nous avions été écrasés, parce que nous nous étions tenus constamment sur la défensive, laissant à l'ennemi les moyens et le temps d'exécuter toutes ses combinaisons stratégiques et tactiques.
> Cette fois nos adversaires n'étaient pas concentrés, ils étaient en pleine opération ; si nous tombions brusquement sur leur flanc droit, nous avions chance de les rompre, peut-être même de les refouler jusqu'à la Seine; il ne fallait donc pas laisser échapper une telle occasion.
Bien décidé à prendre l'offensive, le général Ducrot réunit, dans la soirée, tous ses divisionnaires, et leur donne ses instructions pour le lendemain :
La première division, sous les ordres du général de ordre de bataïue
pour le combat
Caussade, formera la droite de notre ligne de bataille; du 19 septembre elle devra, en longeant les bois, se porter sur la droite de Villacoublay, appuyée dans ce mouvement, à l'extrême droite par les zouaves, qui, de Meudon, marcheront sur la ferme de Dame-Rose.
La deuxième division , sous les ordres du général d'Hugues, formera la gauche ; elle suivra la route de Chàtillon à Versailles, sa gauche couverte par les troupes établies au Moulin-Plessis et dans le parc de Plessis- Picquet.
Au centre marchera la brigade de cavalerie de Bernis suivie de l'artillerie.
Cette brigade comprenant : le 2® régiment de marche de cuirassiers (4 escadrons), le régiment de gendarmerie (6 escadrons) (1), le régiment de marche de cavalerie mixte (4 escadrons) , sera formée en six colonnes, les deux extrêmes de 4 escadrons, les autres de
(1) Le régiment, de gendarmerie à cheval avait été adjoint à la brigade de Bernis dans la journée même du 18 septembre.
2 escadrons serrés en masse ; toute la brigade s'avancera ainsi, de manière à relier entre la route de Petil- Bicètre et le bois de Meudon, les deux divisions d'infanterie. Derrière chaque colonne marchera un groupe de deux batteries.
On conservera cet ordre jusqu'à la rencontre de l'ennemi. Aussitôt sa présence signalée, l'artillerie, passant dans les intervalles des escadrons, se déploiera sur le plateau.
Ces 68 bouches à feu, appuyées en arrière par la cavalerie, sur leurs flancs par les deux divisions d'Hugues et de Caussade, couvriront de projectiles le front des bataillons prussiens (1).
L'objectif de la 1'* division sera Villacoublay, Dame- Rose, et , plus tard, Vélizy ; l'objectif de la 2* sera Petit-Bicétre, le bois de Verrières.
Ces points occupés, l'artillerie, conversant à gauche, viendra border les crêtes du ravin de la Bièvre; enfilant foute la vallée, elle canonnera les colonnes ennemies qui chemineront entre les deux versants.
Pendant ce temps, la 3* division du 14° corps établie à Bagneux, gardera le débouché de la vallée de la Bièvre ; elle détachera un bataillon à Fontenay-aux-Roses, et un régiment sur le plateau de Chàtillon, pour tenir la redoute et ses abords.
Le 15* régiment de marche, résistant énergiquement dans Plessis-Picquet, couvrira notre liane gauche.
Ce plan était simple, d'une exécution facile. On ne pouvait demander davantage à des troupes si jeunes. Hélas ! elles étaient malheureusement plus novices encore que le commandant en chef ne le supposait.
(i) Los 12 ballories ne complaioiil que t>8 pièces, parce que les 2 ballerips à cheval du commanflnnt Villatr ii'avaicnl quo 4 pièces chaouiir,
La division de Maussion, remplacée la veille à Ville- Mouvement juif, à Moulin-Saquet et aux Hautes-Bruyères, par la de Maussion
T • • 1 nr 1,1 14-1 - • ^^ derniers pr6-
division de Maud huv du 18* corps, était venue occuper paratifs
" ^ avant le combat.
Bagneux, ainsi que l'éperon situé en avant. Le 19 septembre, à 4 heures du matin, elle devait, pendant que les deux premières divisions du 14" corps marcheraient à l'ennemi, détacher l'un de ses régiments, le 26" de marche, à la redoute de Ghàtiilon.
Le 2* bataillon serait placé dans l'ouvrage ; le 1" bataillon, à droite dans les tranchées dominant Clamart ; le 3", à gauche, dans des tranchées ou derrière des haies, jusqu'au Télégraphe.
Dans la nuit, 8 pièces de douze furent établies dans la redoute , vis-à-vis des embrasures imparfaites que les travailleurs s'empressaient d'achever.
Ces 8 pièces étaient :
6 pièces de la batterie Buloz (17* du 2" régiment) ;
2 pièces de la batterie Lesage (18* du 3* régiment) ;
Les 4 autres pièces de cette dernière batterie furent placées derrière de petits retranchements construits à la hâte au bord de l'éperon sud du plateau, près de l'ancien Télégraphe ; croisant leurs feux avec les batteries de l'éperon de Bagneux, elles devaient battre les routes de Sceaux à Chatenay et à Plessis , fouiller les bois d'Aulnay, de Robinson et les coteaux environnants.
Toutes ces pièces étaient en position avant le jour, et les servants travaillèrent avec ardeur à rendre les retranchements capables de les abriter.
La réserve d'artillerie campait aux abords de la redoute de Chàtillon ; la cavalerie était également sur le plateau, à droite de l'ouvrage.
La nuit du 19 se passa sans incident. Vers une heure du malin, le général Ducrot ayant reçu avis que les zouaves manquaient de cartouches, il en fit demander au
fort de Vanves, et prévint le colonel de ce régiment, M. Méric, qu'il recevrait son complément de munitions à la ferme de Trivaux, point de jonction des zouaves avec la 1" division.