‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 2)Chapitre 56 sur 93 · COMBAT DE VILLEJUIF · texte numérisé non relu

COMBAT DE VILLEJUIF

(23 septembre.)

A 3 heures du matin , un bataillon prussien venant un bataillon

' '^ . prussien

de L'Hay, pour réoccuper les positions momentanément vient s^e^h^urter abandonnées la veille , se dirige sur Villejuif. A l'en- '"^vuiefuff.''" trée se trouvait une barricade occupée par la section du lieutenant Perrot. Cet officier ordonne le silence, recommande le calme à ses hommes et laisse arriver les Prussiens... tout à coup il fait un feu de peloton à bout portant. Los premiers groupes ennemis sont foudroyés.

218 DEFKNSE DE PARIS.

Le bataillon, bousculé par les fuyards, tourbillonne et se sauve à la débandade. Une vingtaine d'hommes morts ou blessés, dont un officier; des fusils, des casques (50 fusils, 50 casques), restent entre nos mains.

Cette écbauffourée rend les Prussiens circonspects, et les reconnaissances envoyées du côté du Moulin-Saquot évitent de s'engager; après s'être assurées que l'ouvrage est occupé par nos troupes, elles se retirent, poursuivies jusque dans leurs lignes par les obus du fort d'Ivry. Prise dGs Vcrs 5 houres 1/2 du matin, le colonel Miquel de Riu

Hautus-Bruyères i p tt t-> n

reprend l'oifensive contre les Hautes-Bruyères. Sa colonne se compose du 9* de marche et de deux sections d'artillerie, sous les ordres du capitaine Foncin (l""" section de la 3' batterie du 2% lieutenant Magnien, et une section de la 4^ batterie du 2% adjudant Reyjal). Occupation de La Fodoute dos Hautos-Bruyères n'étant pas occupée,

la redoulo. r- • m . i .

(7 h. du matin.] nous y outrons sans coup lerir. iout dans cet ouvrage était à l'état d'ébauche, les parapets inachevés, les embrasures à peine indiquées . . . Cependant l'infanterie s'y installe et la section d'artillerie Reyjal prend position sur la face droite qui regarde L'Hay; la section Magnien ^ur la face gauche, du côté de Chevilly. Nos pièces sont à peine établies que déjà une batterie prussienne, placée derrière un épaulement en avant de L'Hay, nous envoie des obus. Nos quatre pièces des Hautes-Bruyères répondent, mais les embrasures inachevées laissent pénétrer les projectiles ; en un instant, les deux pièces de la section Reyjal sont démontées et mises hors de service. La section Magnien continue seule à riposter; luttant non-seulement contre la batterie de L'Hay, mais encore contre une autre, établie en avant de Chevilly... Le tir de l'ennemi est tellement précis que ses projectiles enfilant les embrasures, tombent juste au centre de l'ouvrage, les obus sifflant et ricochant dans toutes les dircc-

DÉFENSE DE PARIS. 2i9

lions mettent le feu aux baraques de l'intérieur. Nos

jeunes fantassins , appuyés , serrés au parapet , étaient

inquiets... Cette lutte inégale de 2 pièces contre 2 batte-

pes devenant inutile, le capitaine Foncin fait cesser le feu, ,

;et les batteries prussiennes se taisent aussitôt.'

Pendant ce temps, les 2' et 3" sections de la 3' batte- ^^^^^nliferm ' rie du 2' (capitaine Houeix), prenaient position, avant le dans^'i?'reduuto jour, au Moulin-Saquet ; sur l'indication du général Mouiin*^-saquet. Biaise, ces 4 pièces sont placées : 1 sur le flanc gauche de l'ouvrage, 2 sur le front, 1 sur le flanc droit.

Les parapets inachevés sont occupés par les soldats du 11° de marche, qui, au milieu de ces terres nouvellement remuées, cherchent en se rasant, en se couchant, à se défder de la mousqueterie de Vitry, dont la majeure partie est encore au pouvoir de l'ennemi. Un poste prussien, établi dans l'une des premières maisons, à 400 mètres de la redoute, inquiète particulièrement nos hommes ; la brume du matin empoche nos artilleurs de distinguer d'une manière exacte l'emplacement de ce poste; mais au petit jour, deux coups de canon bien ajustés par la pièce de gauche font évacuer la maison ; quelques obus à balles ont raison des derniers tirailleurs postés dans les jardins , et l'ennemi ne se montre plus qu'en dehors d'un rayon de 1,000 mètres.

A ce moment les autres troupes de la division arrivaient aux positions assignées. Le 42° de marche était à l'entrée de Vitry, dans le faubourg de Bacchus, avec une section de la 4" batterie du 2", lieutenant Darolles; le 10° de marche occupait Villejuif; une section de la 4° batterie du 2°, lieutenant Colson, était à la barricade, en avant de ce village; la 4° batterie du 9° (mitrailleuses), capitaine Dufour, se trouvait entre Villejuif et les Hautes- Bruyères, près du cimetière.

Comme nous entrons en ligne, les Prussiens font mue d-artiiierie

eu avant

2n0 DÉFENSE DE PARIS,

do viiioiiiif. nvnnccp une nouvelle batleric... Bientôt leur artillerie se

8 heures.)

range en bataille, suivant une ligne courbe dont les deux extrémités sont en avant de L'IIay et de la ferme de la Saussaye. La canonnade s'engage : toutes nos batteries prennent part à l'action. Pendant que les pièces des Hautes-Bruyères, puissamment aidées par le fort de Montrouge, luttent contre la batterie de L'Hay, nos mitrailleuses forcent la batterie de Chevilly à prendre une position en arrière, hors de leur portée; en même temps la section de la barricade de Villejuif et les 4 pièces du Moulin-Saquet concentrent leurs feux sur la batterie de la Saussaye et l'obligent à rétrograder.

L'artillerie ennemie occupe alors en arrière une nouvelle ligne à hauteur de la route de L'Hay-Chevilly- Thiais.

Sur ces entrefaites une batterie de 12 de la marine (batterie de réserve), capitaine Caris, s'établit, à découvert, en arrière des Hautes-Bruyères, et prend part au combat ; elle ne tarde pas à attirer sur elle tout le feu des batteries ennemies: 30 hommes sont tués ou blessés, 14 chevaux hors de combat; cependant elle soutient énergiquement la lutte et rend coup pour coup jusque vers 10 ou 11 heures.

Pendant que se livrait ce combat d'artillerie, notre infanterie prenait ses dispositions en cas d'attaque gêné ■ raie; le 1" bataillon du 10° de marche se portait à la Maison-Blanche, un peu en arrière et ta droite des Hautes-Bruyères, de manière à relier le 9" de marche avec Arcueil, où étaient installées deux compagnies de chasseurs et trois compagnies d'infanterie de marine. Mais aucun mouvement offensif ne se dessine ; peu à peu l'ennemi modère la violence de son tir, et vers une heure de l'après-midi le feu cesse sur toute la ligne.

Dans cette journée où nos troupes conservèrent toutes

leurs positions , nos perles furent de 70 hommes tues ou blessés; l'artillerie seule souffrit réellement.

L'ennemi eut 4 officiers et 73 hommes tués ou blessés (1).

Ce combat de Villejuif fut en réalité un duel d'artil- observations lerie. Sauf l'attaque du bataillon prussien sur Villejuif, '^ vnlejuiV''^ à 3 heures du matin , il n'y eut, sur tout le front, aucun engagement d'infanterie ; c'est à peine si quelques tirailleurs ennemis se montrèrent dans les pépinières en avant de L'Hay et do Chevilly.

Quant à nos conscrits, d'abord un peu blottis dans les tranchées, ils finirent par relever la tète en voyant les faibles pertes qu'occasionnait cette violente canonnade, et tous maintenant se sentaient capables de recevoir l'ennemi derrière leurs abris.

Notre artillerie, masquée par des épaulements et des parapets, soutint honorablement le combatjusqu'àla fin; la batterie do marine étant à découvert eut seule beaucoup à souffrir; si elle parvint à rester en position, ce fut grcàce à son éloignement (2,300 mètres environ) et à sa proximité des Hautes-Bruyères, qui, tout en la défilant de la batterie de L'Hay, l'aidait puissamment de son feu contre la batterie de Chevilly.

Ce combat, qui nous avait peu coûté, eut une assez

(1) Aprôs Chûlillon, on s'élait exagéré la défaite; après Villejuif, on s'exagéra la victoire. — Le 19 septembre au soir, on n'entendait à Paris que ces mots : « Nous sommes perdus; les Prussiens sont vainqueurs; ils vont entrer dans Paris. . . » Le 23 septembre au soir, on ne parlait qiie de grande victoire; il n'était rien moins question que de 25,000 Prussiens faits prisonniers, sans compter les tués et les blessés, qui étaient innombrables.... Quelque temps après, les imaginations un peu refroidies, un journal écrivait encore : « Le carnage que l'on a fait ce jour-là a été tellement épouvantable, qu'un gvnêral (':") disait : « Ence core une journée comme celle de Villejuif, et l'armée prussienne est « disloquée ! »

Organisation

délensive

du plateau de

vaiejuif.

grande importance, car il nous rendait maîtres de lout le plateau qui domine la route de Ghoisy-le-Roi à Versailles par la Belle -Épine. Nous obligions ainsi l'ennemi à reculer sa ligne de communication et à faire un grand détour, au moins pour ses transports de jour; de plus, il se trouvait menacé dans ses positions de Clioisy-le-Roi par IMoulin-Saquet. Enfin, la redoute des Hautes-Bruyères commandait non-seulement la vallée de la Biévre , mais encore elle flanquait admirablement les forts de Montrouge et de Vanves, et voyait un peu à revers le plateau de Ghâtillon.

Dans la journée même du 23 septembre, dès que la canonnade eut cessé, le général commandant le 13* corps prescrivit de commencer les travaux nécessaires pour remettre les ouvrages en état de défense.

La brigade Biaise fut chargée d'achever la redoute du Moulin-Saquet, et de construire un terrassement qui permît de circuler à couvert, de cet ouvrage au village de Villejuif, dont on compléta la défense en crénelant le cimetière et les jardins.

La brigade Dumoulin chargée de la garde du plateau des Hautes-Bruyères, continua l'ouvrage commencé, et le relia par des tranchées au village de Villejuif; afin de mettre cà profit la position dominante de tout ce terrain, qui nous donnait un soHde point d'appui pour nous jeter sur les lignes allemandes, on construisit derrière ces tranchées des épaulements capables de recevoir de l'artillerie.

La division de Maud'huy demeura déllnitivement sur ce plateau, s'étendant depuis les Hautes-Bruyères jusqu'à Vitry.

Deux réserves furent établies, l'une en arrière de Villejuif, l'autre près d'une carrière à droite des Hautes- Bruyères; cette dernière était si)écialcmcnt chargée do

surveiller tout mouvement tournant par la vallée de la Bièvre.

Le même jour, 23 septembre, la division Blanchard La division

" ' ^ ' Blanchard prend

sortait également de Paris; elle ne rencontra pas l'en- ^„ ^;!,'i'^|.°"dçg nenii et occupa tout le front couvert par les forts d'Issy, ^^ MMUDuge. de Vanves et de Montrouge. e'td'tssy.^

La brigade de Susbielle (13" et U'' de marche) fut placée ^'^ '^^^^^^'"-^ à Issy et au bas de Vanves. Le 1" bataillon (28") du 13^ de marche avec deux compagnies de chasseurs à pied, gardait le parc d'Issy et couvrait les Moulineaux.

Le 2" bataillon (32^) occupait l'intervalle entre le parc d'Issy et la Seine.

Le 3^ bataillon (49") défendait l'intervalle entre le fort d'Issy et la chaussée du chemin de fer de Versailles.

Le 14" de marche avait sa droite appuyée au chemin de fer, sa gauche à la route d'Orléans.

La brigade Guilhem (35' et 42") s'établit au Grand- Vanves et à Montrouge; le 35" eut une grand'-garde à la croix d'Arcueil, face à la grange Ory occupée par l'ennemi. Le.42' était près du lycée de Vanves.

Pour renforcer le 13* corps et aguerrir un peu nos mobiles, le Gouvernement envoya le régiment de la Côted'Or à la division Blanchard, celui de la Vendée à la division de Maud'huy.

Le régiment de la Vendée (35* mobiles), arrivé derrière le fort de Bicêtre pendant que se livrait le combat de Villejuif, fut cantonné à Ivry; il mit ce village en état de défense afin de s'opposer à toute tentative de l'ennemi par la plaine de Port-à-l' Anglais.

La journée du 25 septembre est employée à com- «s septembre. pléter, à exécuter certains travaux du côté d'Issy. Le commandant du 13" corps, voulant être à même de canonner les coteaux de Meudon qui contournent la boucle de la Seine, fait établir des épaulements de bat-

tcrie à l'extrémité du parc d'Issy. Plusieurs arbres de ce parc gênant les vues du fort sont abattus : on rase également les taillis touffus de l'ile de Billancourt, qui pouvaient favoriser l'approche des tirailleurs ennemis. ->ii septembre. Par suito de la division des attributions de certains eniro services et d'une susceptibilité mal entendue, ce déboi-

Icî services

du gcnio sèment occasionna des conllits entre le génie territorial

.'t do rarlillene. ^

et le commandant du 13" corps. — Le général du génie Javain, chargé du service du génie territorial, ayant été informé de la volonté du général Vinoy de faire raser les arbres de l'île de Billancourt, ne crut pas devoir exécuter immédiatement ce travail ; ou du moins pensant, sans doute, que le besoin, n'était pas immédiat, il mit dans cette exécution une lenteur telle que le commandant du 13° corps passa outre et fit faire le déboisement par le commandant du génie de son corps d'armée. — Le général Javain se plaignit amèrement de ce que l'on avait empiété sur ses attributions.

Déjà un différend analogue avait eu lieu avec le service de l'artillerie (1).

Le 10 septembre, le général Vinoy, en plaçant la division Blanchard sur les remparts, face à Chàtillon, s'aperçut que les bastions n'avaient pas d'embrasures... Afm d'utiliser ses pièces de 12 de réserve dans le cas où l'ennemi tenterait une attaque do vive force, il donna l'ordre au général commandant l'artillerie du 13° corps de faire percer six embrasures au bastion 75. Averti, le I général Bentzman, chargé du service de l'artillerie ter-

ritoriale, fut vivement froissé; il en référa au Gouverneur et réclama l'indépendance absolue du service territorial de l'artillerie vis-à-vis des commandants de troupes.

Le Gouverneur lui donna raison, et jusqu'à la lin

(1) Voir aux pièces jusliflcativos, n» X.YVII, la lollre du gtinùral Tiochu, du 27 soplenibp''

du siège, les services de l'artillerie et du génie furent complètement distincts du commandement des troupes ; il en résulta des lenteurs, des confusions, qui ne furent pas sans avoir souvent une mauvaise influence sur les opérations.

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