‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 2)Chapitre 57 sur 93 · COMBAT DE CHEVILLY · texte numérisé non relu

COMBAT DE CHEVILLY

(30 septembre.)

Le général commandant le 13* corps, informé que la 2s septembre garde de Ghoisy-le-Roi était confiée à des hommes de la landwehr, résolut de détruire le pont de bateaux établi un peu en amont et d'obliger ainsi les Prussiens à reculer leur ligne d'investissement.

Voulant employer seulement quelques bataillons et agir d'une manière inopinée, il avait demandé au Gouverneur l'autorisation d'exécuter cette opération le lendemain 29. Mais après un examen attentif, le général Trochu pensant que cette affaire demandait un plus grand déploiement de forces, prescrivit un ajournement de vingt-quatre heures, afin de mieux assurer la préparation.

Le 29 septembre, le général commandant le 13" corps 29 septembre. réunit en conseil de guerre ses trois divisionnaires , les généraux de Maud'huy, Blanchard, d'Exea, ainsi que le général commandant la réserve d'artillerie du corps d'armée, général d'Ubexi, et leur donne connaissance de l'ordre du Gouverneur pour la journée du lendemain (1).

Get ordre , aussi détaillé que possible , ne laissait au commandant du 13*^ corps que quelques dispositions à prendre. Mais l'action qui, dans la pensée de ce dernier, devait être une simple affaire d'avant-poste, un

■,1) Voir au.x pièces jubliUcalivcs, a" XXVIII.

DKFKNSE DE PARIS.

Dispositions prises

coup de main, devenait une opération considérable, tant par le nombre de troupes enL;-agées que par rétendue du front d'action qui s'étendait de Montmesly à Bagneux.

Pendant que le conseil de guerre se tenait chez le général Vinoy, le Gouverneur se rendait aux forts d'Ivry, de Bicétre , et donnait ses ordres pour le lendemain. On connut son arrivée, la nouvelle d'une sortie se répandit ; l'ennemi fut bientôt informé, et le soir même nos grand'gardes signalaient le renforcement de sa première ligne.

i" Colonne de droite : général Dumoulin; 1" brigade iioui-'ieTombat (9", 10") de la division de Maud'huy; 2 compagnies de

du

30 septembre, cliasseurs des 8* et 15® bataillons ; 4'' batterie du 2® régiment d'artillerie. Objectif L'Hay.

Cette colonne ayant pour réserve deux bataillons de mobiles du Loiret {S^ et 4*), doit être soutenue par la 15® batterie d'artillerie de marine, placée dans les Hautes- Bruyères, sous les ordres du commandant Dorât (1).

2° Deux colonnes du centre : général Guilhem ; 1" brigade (35®, 42®) de la division Blanchard, 1®"" bataillon des mobiles de la Côte-d'Or, 3® batterie du 2® régiment d'artillerie. Le 35® a pour objectif Chevilly, le 42® la Belle- Épine; le bataillon de la Côle-d'Or forme réserve.

En cas de retraite , ces deux colonnes doivent être soutenues par la batterie de mitrailleuses (4® du 9*) établie derrière un petit épaulement à droite du cimetière de Villejuif. i

3° Colonne de gauche : général Biaise, 2® brigade

(I) Lors de la niarelie du 13^ corps sur Méiiicrcs, le chef d'escadron Dorai conimandait les deux batteries de réserve, S" cl A" du 12"; au moment du désastre de Sedan , la 13" batterie fut laissée par ordre à Mézières, la A" seule rétrograda sur Laon, puis sur Paris. Pour remplacer la S» ballcric du 12", la lo" batterie d'arlillerio de nuu'ine fut mise sous les ordres du commandant Dorât.

(11% 12®) de la division de Maud'huy, 4' batterie du (j% et 4* batterie du 12^ Objectifs : Thiais et Ghoisy-le-Roi.

Cette brigade doit être appuyée par la 3^ batterie du 13% dont les pièces arment le bastion du Moulin-Saquet, et par la 4"= du 13% établie entre Moulin-Saquet et Villejuif.

En réserve, derrière Villejuif, la brigade Daudel, de la division d'Exea, le régiment de mobiles de la Vendée, le 9^ régiment de chasseurs à cheval et l'escadron de spahis (140 hommes) sous les ordres du général Cousin.

La compagnie du génie de la division de Maud'huy est divisée en trois fractions : un détachement de 20 hommes, commandé par le lieutenant Ribaucourt, marche avec la brigade Dumoulin ; un détachement de 20 hommes, commandé par le lieutenant Petit, est adjoint à la brigade Guilhem. La partie principale de la compagnie, commandée par le capitaine Pinenc, ainsi qu'une section de la compagnie du génie attachée au quartier général du 13* corps, commandée parle capitaine Granade , est réunie à la brigade Biaise, sous la direc- * tion du commandant Mengin.

Sur la rive droite de la Seine, la brigade Mattat, Rngade Mattat. (division d'Exea), et la brigade de cavalerie de Bernis (1), (division Champeron), formant l'extrême gauche de la ligne de bataille, doivent opérer contre la ferme de Notre-Dame-des-Mèches, de manière à maintenir l'ennemi du côté du carrefour Pompadour.

A l'extrême droite, la brio-ade de Susbielle, de la di- , il'''?^4° ,

^ o 'de Susbielle.

vision Blanchard , doit exécuter une démonstration sur Clamart afin d'empêcher les forces allemandes du plateau de Chàtillon de tomber sur le flanc de nos co-

(1) A la brigade de Bernis avait été joint le 1"' chasseurs ù cheval, de la brigade Cousin.

lonnes et d'envoyer des secours aux positions attaquées.

Les forts de Charenton, d'Ivry ont l'ordre de lircr sur Choisy-le-Roi, Thiais; les forts de Montrouge, de Bicétrc, la redoute des Hautes-Bruyères sur L'IIay et Chcvilly.

En résumé , 20,000 hommes environ , formant le corps de bataille principal , étaient divisés en trois colonnes distinctes, ayant trois points d'attaque désignés : à gauche, Thiais, Choisy-le-Roi, objectif du général Biaise ; au centre, Chevilly et Belle-Épine, objectif du général Guilhem; à droite, L'Hay, objectif du général Dumoulin. Ce corps de bataille était soutenu par des diversions latérales sur Créteil et Clamart.

A 4 heures du matin, les généraux commandant les colonnes reçoivent les dernières instructions du général en chef; à 5 heures, toutes les troupes sont massées entre Moulin-Saquet et les Hautes-Bruyères.

Après une demi-heure de canonnade « montre en main, » comme l'avait prescrit le Gouverneur, les colonnes s'ébranlent ; la brigade Dumoulin, à droite, marche sur L'Hay ; la brigade Biaise, à gauche, sur Thiais et Choisy-le-Roi ; la brigade Guilhem, au centre, s'avance sur Chevilly.

Attaque du Le 35% à droite, pousse sur Chevilly ; les 1" bataillon de Chevilly (commandant Martineaud) et 3" bataillon (commandant le 35e de ligne. Jq j^ Murc) déployés, forment une ligne de bataille couverte par de nombreux tirailleurs ; le 2' bataillon (commandant Algan), en colonne par peloton à 300 mètres derrière l'intervalle des deux autres, sert de soutien.

Les deux bataillons du 42" (1), déployés, s'avancent à

(1) Le 3e bataillon de ce régiment était resté dans les positions do Montrouge.

Combat de Chevillv,(So Septembre 1870)

FositioTL de^ la, brigacie GuiHvem.. vers 8 . çLity vialiru

hauteur du 35*, appuyant leur gauche à la route de Fontainebleau; le 1" bataillon de la Côte-d'Or marche derrière eux en seconde ligne.

La S" batterie du 2" d'artillerie (capitaine Houeix), placée d'abord entre les deux régiments, laisse les caissons derrière un plant d'arbres, et marche avec ses pièces sur la route de Fontainebleau, à hauteur de la lierne de bataille.

Sur cette même route s'avance, à la tète de sa bri- , , P"se

de la ferme de

gade, le général Guilhem, mêlé aux tirailleurs. ^^ saussaye.

Le 42% après avoir rapidement enlevé la ferme de la iSaussaye, poursuit son mouvement sur Chevilly : tout à coup, à cent mètres environ de ce village, il est accueilli par un feu roulant partant des murs ; cette grêle de balles ne déconcerte pas nos tirailleurs, ils continuent leur marche sans répondre...

A droite, l'offensive un moment ralentie, se poursuit également avec résolution. Le 1" bataillon du 35% ayant trop appuyé à droite, se trouve arrêté par la mousqueterie de L'Hay et des tirailleurs embusqués derrière les talus du chemin de Chevilly à L'Hay. . . Le 3*" bataillon de ce même régiment, arrivé à 3 ou 400 mètres de Chevilly, reçoit une fusillade si violente qu'il semble aussi ne plus pouvoir avancer : les hommes se couchent dans les pépinières... mais au bout de cinq à six minutes, irrités de recevoir des balles sans en rendre, ils se lèvent d'eux-mêmes, et, dans un élan énergique, se jettent en avant tête baissée... Au même instant le colonel de La Marieuse lance le 2* bataillon tenu en réserve... Ces deux bataillons, 3* et 2", se précipitent comme un ouragan sur Chevilly... Ils emportent la première barricade, les premières maisons et font prisonniers quelques Prussiens qui n'ont pas fui assez vite. — Effrayé par ce choc irrésistible, l'ennemi abandonne sa première

2G0 DÉFENSE DE rAIUS.

ligne de défense et se réfugie au centre de Ghevilly, évacuant môme le parc B où il était solidement retranché.

Situation ^ 7 heures 1/2, pendant crue le 1" bataillon du 35% à

<iii 3,v de ligne /'Il '

•i 7 heures !/•>. 500 môtres sur la droite, faisait le coup de feu avec les défenseurs de L'Hay et les tirailleurs abrités dans le chemin creux conduisant à ce village, les 2° et 3" bataillons de ce régiment, maitres de l'entrée de Ghevilly, se tenaient dans le groupe de maisons A et derrière la première barricade, Marche Sur la ffauclie , le 42* continue toujours sa marche

du 42« de ligne. ^ ' ''

en avant, malgré la vive fusillade de l'ennemi ; dès que ses tirailleurs ont bordé le chemin de Ghevilly à Tliiais, le général Guilhem donne l'ordre au capitaine Houeix d'amener quatre pièces à la jonction de ce chpmin avec la route de Fontainebleau (i), et d'ouvrir le feu sur Ghevilly, principalement sur le grand parc qui s'étend au sud-est.

Ces quatre pièces, lancées au grand trot, prennent position et commencent le feu ta 500 mètres (2).

La l""^ section (lieutenant Magnien) a ses deux pièces sur la route légèrement encaissée de Ghoisy-le-Roi ; la 2* section (adjudant Semaire) établie sur la route de Fontainebleau, s'abrite derrière de petits épaulements élevés par les Prussiens.

A peine la canonnade de cette batterie a-t-elle commencé, que le général Guilhem, ne voulant pas laisser plus longtemps ses hommes à découvert, se précipite sur le village à la tète du 1" bataillon du 42" (commandant Gharpentier) et du 1" bataillon des mobiles de la Gôte-d'Or (commandant Titard) ; mais le vigoureux élan

(1) Point coté M sur la carte d'élal-iiiajor.

(2; La îje section est restùo derrière la Saussaye.

(le cette petite colonne vient se briser contre des murs d'où part une terrible fusillade ; le général Guilhem est blessé des premiers, et nos deux bataillons, un peu en désordre^ se rabattent vers la route de Fontainebleau.

Pendant ce temps , le 2^ bataillon du 42" (commandant Landrut) a atteint la route de Chevilly, aux abords du Réservoir; l'une de ses compagnies faisant face à gauche s'engage avec les défenseurs de Tliiais, pour venir en aide à la brigade Biaise, prononçant alors son attaque.

Ainsi , au moment où le 35" pénétrait dans les premières maisons de Chevilly , le 42", moins heureux, se trouvait, après une attaque infructueuse, groupé prés du carrefour et du Réservoir; Là, ce régiment était exposé à droite et à gauche aux feux de Chevilly et de Thiais, en avant à la mousqueterie d'un poste prussien établi derrière un mur, sur la gauche de la route de Fontainebleau, à 3 ou 400 mètres du carrefour. (Le 1" bataillon, pris d'écharpe par ce poste, quand il avait prononcé son mouvement contre Chevilly , avait beaucoup souffert). — Heureusement la route de Choisy ayant un petit talus, les hommes purent assez bien se défiler , le Réservoir servit également d'abri ; et le 42", malgré tous ces feux croisés, parvint à se maintenir dans cette position sans perdre beaucoup de monde.

La batterie Houeix, presque à découvert, directement exposée à la mousqueterie et aux coups de l'artilleriô prussienne étabhe à la Belle-Épine, essuyait, au contraire, des pertes sérieuses ; cependant nos canonniers faisaient bonne contenance , et tiraient à coups redoublés sur le grand parc de Chevilly; malheureusement le mur de cet enclos , caché par une haie d'épines qui borde le fossé extérieur, ne pouvait être atteint par

-2Ô-2 DÉFENSE DE DAUIS.

nos obus. Dirigé sur le cculrc du village, noire l'eu eût certainement produit plus d'clTct , mais on ne savait pas au juste où était parvenu le 35" de ligne et on craignait de l'atteindre.

'" ^^d^ns''""*^ Les 2" et 3" bataillons de ce régiment, après avoir cheviiiy. enlevé les premiers obstacles de Ghevilly, s'arrêtent pour reprendre haleine... Pendant que les commandants de La I\Iure et Algan cherchent un moyen de pénétrer au centre du village, le capitaine adjudant-major Metzinger franchit la barricade avec quelques hommes et s'engage dans la rue jusqu'au tournant près de l'église ; il ne peut aller au delà : des coups de feux, partant de toutes les maisons voisines, l'obligent à se replier.

Revenu à la barricade, le capitaine Meizinger prévient le commandant Algan que des forces considérables sont accumulées au centre de Ghevilly; puis il va rendre compte à son colonel, M. de La Mariouse, que le parc B est évacué, et qu'en y pratiquant une brèche on pourrait tourner l'ennemi par la droite. Malheureusement on n'a pas d'outils ; pendant qu'on en attend, le chef de bataillon de La Mure cherche à contourner le parc avec quelques compagnies ; le l*"" bataillon doit venir le renforcer.

Arrivé à l'angle G du parc, le commandant de La Mure est arrêté par un feu roulant venant de différents points entre L'Hay et Ghevilly, points que l'on croyait abandonnés par l'ennemi. Mais, la brigade Dumoulin, après avoir occupé un instant les premières maisons de L'Hay, était alors en pleine retraite, laissant le flanc droit du 35" complètement à découvert.

De son côté, le commandant Algan reprenant à nouveau la tentative du capitaine Metzinger, franchit la barricade à la tète de 110 hommes de bonne volonté, dont 2 capitaines, 2 sous-lieutenants, et pousse jusqu'à l'é-

gîise : ce réduit de l'ennemi est inabordable, les balles arrive/it de toutes parts, plusieurs de nos hommes tombent, nous sommes obligés de nous jeter à gauche vers le pâté de maisons A ; le commandant Algan réunit son monde dans une sorte de grande ferme dont il organise rapidement la défense.

Cependant le bataillon du commandant de La Mure continuait à faire le coup de feu à l'angle C du parc, attendant toujours des outils pour faire brèche dans la muraille ; le l'^'" bataillon venait de le rejoindre et le régiment se trouvait presque tout entier réuni entre l'angle G du parc et la barricade (1).

Ces péripéties diverses ont donné aux Allemands le ^° ^"""blt '^^^ temps de se reconnaître, de recevoir des renforts : se glissant le long des murs, ils réoccupent, à notre insu, les maisons et le parc B. Tout à coup, les créneaux, les barricades, les fenêtres, se garnissent de fusils... et le 35% massé, reçoit un feu de salve à bout portant... Surpris, ébranlés, nos soldats reculent, abandonnant les morts, les blessés... A quelque distance du village, les restes de notre malheureux 35" font face en tête ; ils veulent riposter, mais la violence de la mousqueterie est telle qu'il est impossible de lutter à découvert, nos hommes reculent encore et ce n'est qu'à un kilomètre de Ghevilly que le colonel peut rallier son régiment.

L, • , / , .. , , /~ii Ml 1 Défense héroïque

ennemi ayant reoccupe entièrement Ghevilly, le du

, , . , , . , , , commandant

commandant Algan se trouvait complètement cerne dans Aigan

. . dans Cbevilly.

la ferme A. Déjà le capitaine Rameau, avec quelques hommes, a voulu s'élancer de ce bâtiment pour chercher du secours. . . lui et les braves qui l'accompagnaient ont été frappés à mort... tous les débouchés, toutes les

(1) Le rcslc du 2" bataillon (commandant Algan), 6lall venu rejoindre les 1" el 3<! bataillons.

2Gi DEFENSE DE PARIS.

issues sont gardées, il ne faut pas songer à percer, on n'a plus qu'à vendre sa vie. . . Celte centaine de soldats lutte avec le courage du désespoir... Chaque homme en vaut dix: par les portes, par les fenêtres, par les créneaux, ils font un l'eu terrible ; les abords de la ferme sont jonchés de cadavres et de blessés. . .

Cependant le nombre des Prussiens ne cesse de s'accroître ; dans la rue, dans les maisons, devant, derrière, l'ennemi est partout... Notre poignée d'hommes diminue rapidement, la moitié est hors de combat. . . les munitions s'épuisent... Notre tir devenant moins vif, les Prussiens s'approchent de la ferme... y mettent le feu : à un signal donné, brisant les portes, ils se précipitent dans la cour en poussant leurs hurrahs... nos soldats font une décharge, s'élancent à la baïonnette et les rejettent hors du bâtiment... mais l'incendie n'a pu être éteint... un des locaux de la ferme est en feu... les quinze hommes qui l'occupaient avec le sous-lieutenant Bozonnat, grièvement blessé, en sont chassés par les llammes ; les autres défenseurs ont brûlé leurs dernières cartouches; épuisés, anéantis, à bout de forces, ils cèdent, ils se rendent. . . A la tète de ces braves étaient : Algan, chef de bataillon, Rameau, capitaine, tué, Nolard, capitaine, Thomas, sous-lieutenant, Bozonnat, sous-lieutenant, blessé.

Pendant que cette lutte acharnée se poursuivait à l'entrée du village, le 42* de hgne et les mobiles de la Cùted'Or, rejoints par quelques mobiles de la Vendée (i), conservaient toujours leur position aux abords du carrefour. Entendant le fracas de la fusillade dans Chevilly, ils avaient voulu à plusieurs reprises porter secours aux combattants de la ferme; mais dès qu'ils parvenaient

(1) Lo régiment se tenait en réserve derrière lo Moulia-d'Argcnl.

à franchir la route de Fontainebleau, ils étaient balayés par la mousqueterio qui les rejetait de l'autre côté.

La batterie Houeix souffrait de plus en plus. Toute Position critiqua

^ ^ de la

l'artillerie prussienne réunie à la Belle-Epine concentrait batterie Houeix

■•■ i au carrefour

son feu sur elle ; heureusement la plupart des obus s'en- ^"gW^^lis'!^^ fonçant dans les terres labourées, y éclataient sans avoir d'effets meurtriers ; cependant, sur IG servants, 7 étaient déjà hors de combat, dont 2 tués, et 5 blessés grièvement; sur les 9 restants, 3 avaient été atteints légèrement, et le capitaine était contusionné par un éclat d'obus. La situation allait toujours s'aggravant : la mousqueterie du poste prussien qui venait d'être renforcé augmentait d'intensité, les coups de feu étaient de plus en plus serrés du côté de Thiais, enfin, d'un moment à l'autre les forces accumulées dans Chevilly pouvaient venir envelopper la batterie. La position, des plus critiques, devint intenable après le départ du 35^ : le capitaine Houeix donne l'ordre de la retraite ; heureusement il a encore ses 8 conducteurs ; défilés derrière un pli de terrain, aucun n'a été atteint. Trois pièces sont emmenées sans trop de difficulté; reste la 4^ . . il n'y a plus d'attelage, tout a été tué ou blessé. . . On parvient à trouver un cheval qui, bien qu'atteint d'un éclat d'obus, peut marcher encore ; on l'attelle tout sanglant, les canonniers se mettent au timon, poussent aux roues... on fait ainsi plus de 200 pas, sous la direction du lieutenant Magnien, jusqu'à ce que le capitaine Houeix ait amené les chevaux de la section restée à la Saussaye.

Le 42*', voyant le mouvement rétrograde du 35% s'était jeté dans les pépinières, entre la Saussaye et Chevilly, pour protéger la retraite ; mais de tous les créneaux du village part un feu si intense, qu'il est également obligé de reculer. Ce brave régiment se retire dans le plus

Retraite

du

420 de ligna.

grand ordre; tous les cent pas il s'arrête... fait face en tète ; donnant ainsi aux hommes légèrement blessés le temps de rejoindre.

La batterie Houeix, après s'être promptement réorganisée derrière la ferme de la Saussaye, va prendre position sur le rond-point de la route de Villejuif à L'Hay et porte ses coups sur le côté de Chevilly d'où vient celte fusillade qui cause tant de ravages dans les rangs du 42^ L'effet de ce tir, bien dirigé, ne tarde pas à se produire; les feux d'infanterie prussienne diminuent... bientôt ils s'éteignent complètement.

A l'entrée de Chevilly, du côté de L'Hay, on voit encore des troupes aller, venir et semblant s'apprêter à faire un mouvement tournant vers la Saussaye, pour couper la retraite au 42% l'artillerie concentre son feu sur ces groupes, qui, au bout de quelques instants, se dispersent dans la direction de l'Hay.

Les 35" et 42^ ainsi protégés viennent prendre position, le 42'' dans les tranchées qui relient Villejuif aux Hautes-Bruyères, le So" près de cette redoute.

Pendant ce mouvement de retraite, la brigade de cavalerie du général Cousin s'était portée en avant, entre Villejuif et la Saussaye; mais bientôt en butte aux coups des batteries prussiennes établies entre Chevilly et L'Hay, elle est contrainte de se retirer.

Le capitaine Houeix, soutenant la lutte toujours avec la même opiniâtreté, était en train de contre-battre cette artillerie, quand il reçut l'ordre de rentrer dans nos lignes. Passant en arrière de Villejuif, il rejoignit la brigade Biaise au Moulin-Saquet.

Le 35" de ligne éprouva dans ce combat des pertes considérables ; 24 officiers, 750 hommes tués, blessés ou disparus.

Le 42" avait également souffert, mais dans des pro-

portions moindres ; -4 officiers et 174 hommes tués, blessés ou disparus.

Le 1'''' bataillon de la Gùte-d'Or avait eu 5 ofticiers et 53 mobiles hors de combat.

Le brave général Guilhem, commandant la brigade, avait été frappé mortellement en enlevant ses soldats,

A la gauche de la ligne de bataille, l'action n'avait jg Sl^ct de pas ete moins vive qu au centre. par la

La brigade Biaise (l'P et 12" de marche) avait pour '"'' ° objectifs le village de Thiais, puis Ghoisy-le-Roi, dont on devait détruire le pont servant aux communications allemandes. Après une canonnade du fort d'Ivry contre le village de Thiais, la brigade se met en mouvement ; les deux régiments ont chacun deux bataillons en première ligne et un en deuxième ; ceux de la première ligne sont formés en colonnes de division ; ceux de la seconde, en colonne par division à demi-distance. Au centre marchent deux batteries de 12 de la réserve du 13' corps, la 4* du -6% capitaine Salle, et la 4" du 12", capitaine Salin, sous les ordres du commandant Delcros.

En arrière, une batterie de 12, la 3" du 13", capitaine Torterue de Sazilly, arme le Moulin-Saquet ; une autre batterie de 12, la 4" du 13", capitaine Vernoy, s'établit à 50 mètres en avant de la tranchée reliant Moulin-Saquet à Villejuif ; ces deux batteries doivent contre-battre l'artillerie ennemie et au besoin soutenir la retraite de nos troupes.

A la suite de la brigade, marche le détachement du génie sous les ordres du commandant Mengin. Ce détachement est muni des engins nécessaires pour la destruction du pont de Ghoisy.

D'après les dispositions arrêtées le 39 au soir, entre le général Biaise et les deux chefs de corps, l'artillerie

ïlG8 DKFENSE DE PARIS.

ayant fouille le village de Thiais, le 11" de marche devait passer entre Thiais et Ghevilly en longeant la route de Fontainebleau. Dès que les tirailleurs auraient dépassé les murs des jardins, les têtes de colonne du 12," de marche se jetteraient dans les rues du village, un bataillon passant par la gauche, entre Thiais et Choisy-le-Roi, de^Sfs ^^^'^ tirailleurs repoussent facilement l'avant-poste en-

nemi du Moulin-d'Argent-Blanc; mais arrivés à 500 mètres environ de Thiais, ils sont accueillis par des feux croisés partant des murs, des jardins, des bouquets de bois qui se trouvent sur les pentes de Choisy-le-Roi ; une batterie postée derrière un épaulement en avant de Thiais nous couvre également de ses projectiles. Notre infanterie s'arrête et déploie de nouveaux tirailleurs qui hnisscnt par réduire l'artillerie ennemie au silence, en mettant presque tous les servants hors de combat.

Pendant ce temps, la 4" batterie du G" d'artillerie, capitaine Salle, conduite par le commandant Dclcros, va prendre position à quelque distance au delà du Moulin-d'Argent-Blanc, sur le plateau dont les pentes s'inclinent légèrement vers le village ; dès qu'elle commence à tirer, nos bataillons se portent vivement en avant ; mais l'infanterie ennemie, devenue très-nombreuse, les enveloppe de ses feux ; des murs, des jardins, des maisons, pleut une grêle de balles.

Les tirailleurs du iV de marche, directement en butte aux coups de l'ennemi, obliquent à gauche et cherchent à gagner les pentes pour se dcHler; en se repliant, ils viennent se jeter au milieu des tirailleurs du 1-" do marche. Un moment de trouble, de confusion se produit, et le mouvement en avant se trouve encore suspendu.

Combat de Thiais , ( 3o S eplembr e 18 j o )

FosHion de la brixjade Blou<ie vers 8 . du niaiiji

Penàant ce temps, la batterie de Thiais, mise hors de combat par nos tirailleurs, s'est remontée en hommes, en chevaux; rentrant en action, elle prend pour objectif la batterie du capitaine Salle qui riposte vigoureusement. . . Mais la lutte est inégale, nos pièces se trouvent à 1,400 mètres, sur un terrain découvert en pente vers l'ennemi, tandis'que celles de nos adversaires se tiennent abritées derrière un épaulement. Bientôt notre batterie a plusieurs hommes et un certain nombre de chevaux blessés, une roue de caisson est brisée; le commandant Delcros a son cheval tué ; lui-même est fortement contusionné. La situation devenait difficile : la batterie se retire et va s'établir sur le sommet du mamelon du Moulin-d'Argent, à gauche de la 4^ batterie du 22^

Là, ces deux batteries, défilées par les déclivités du terrain et par des bouquets de bois, recommencent le combat contre les pièces de Thiais, qui, devant ce feu vigoureux, sont bientôt obligées de se taire.

En ce moment, le i'' bataillon (90) du 12' de marche. Le ne et le ta» conduit par le lieutenant-colonel Lespieau, se jette sur sc'^prérS'Lt Thiais : battant la charge, il entraîne plusieurs fractions viiiage'de Thiais. et tirailleurs du ll^ prise~d'une

T , ,, 1 •. 1 batterie ennemie

L élan subit de cette attaque refoule partout l'ennemi ; quittant à la hâte l'épaulement qu'il occupait au nord de Thiais, il nous abandonne une batterie entière... Nos soldats embusqués sur le talus extérieur de l'ouvrao-e font le coup de feu avec les Prussiens postés dans les maisons et derrière les murs.

Le 12' de marche n'ayant pas d'attelages ne peut faire enlever la batterie ennemie ; néanmoins il ne veut pas abandonner sa prise, il tient ferme et continue la lutte. Mais vers la droite, le 11*= de marche, en opérant son mouvement tournant sur Thiais, est arrêté par le feu du

210 DKFENSE DE l'AlUS,

cimetière. Placé en pointe en dehors du village, cet enclos, devenu une véritable forteresse, arrête tous les efforts de ce régiment. Le 12* de marche, immobilise, pour ainsi dire, par la force de la défense qu'il a devant' lui, isolé, en butte à tous les coups, se trouve vivement pressé... et, devant un vigoureux retour offensif de r.ctraitc dos lie l'ennemi, il se voit obligé de battre en retraite, abandon- .le marche. j-,ant Ics pièccs prussieunes dont il n'a pu, faute d'outils,'

démonter les culasses. '

Dans celte retraite faite en terrain découvert nous perdons du monde , sans qu'il se produise cependant beaucoup de désordre. A 5 ou 600 mètres les bataillons des 11* et 12* de marche s'arrêtent, font face en tcte et prennent position, les hommes s'embusquent derrière les broussailles, les bouquets de bois et continuent à soutenir le combat. ■

La nouvelle de l'échec de la brigade Guilhem devant Chevilly n'arrête pas la lutte, qui ne cesse que sur l'ordre du général en chef.

Abandonnant lentement le terrain, nos troupes effectuent leur retraite avec ordre, sans être inquiétées par l'ennemi, tenu en respect par nos deux batteries du Moulin-d'Argent-Blanc, où se tenaient prêts à soutenir le mouvement les deux bataillons de la Vendée (1).

Arrivée au Moulin-Saquet, la brigade Biaise prend position derrière l'ouvrage.

Dans ce combat, le 11° de marche avait eu 6 officiers et 115 hommes tués ou blessés; le 12° de marche, 12 officiers et 2G0 hommes ; le régiment de mobiles de la Vendée, 1 officier et 4 hommes.

(1) Le 3" bataillon de ce i-i''giment , reliant le ■!!<• de marche nvee lo 42" de ligne, avait pris part au combat entre lo réservoir ol le cimelicro de Tliials.

Sur la droite, la brigade Dumoulin (9^ et iO'' do Attaque de i;Hay marche), chargée de l'attaque du village de LTIay, se brig-t» i)umouiin. masse dès 5 heures du matin, à gauche de la redoute des Hautes-Bruyères, près d'un chemin bordé d'arbres qui conduit de Villejuif à L'Hay.

La 4* batterie du 2^ capitaine Foncin, est entre les deux régiments, la 15" batterie d'artillerie de marine (capitaine Caris) arme les Hautes-Bruyères, la 4" batterie du 9^ (mitrailleuses), capitaine Dufour, s'établit derrière un épaulement à droite du cimetière de Villejuif, prête à venir en rade aussi bien à la brigade Dumoulin qu'à la brigade Guilhem.

A 5 heures 1/2, moment où le canon des forts cesse de se faire entendre, la brigade se porte en avant. Le 9® régiment forme tète de colonne avec deux bataillons, le 3" (59^) et le 1" {oi'): le 2' bataillon (54") reste chargé de garder la redoute des Hautes-Bruyères.

Les 2 compagnies de chasseurs de la division marchent avec la première ligne par les pentes qui dominent la Bièvre.

Le 10* régiment en réserve forme seconde ligne.

Ces régiments sont en colonnes de division par bataillon déployé ; le 9^ est couvert par un rideau de tirailleurs s'étendant de la Bièvre au delà de la route de Villejuif à L'Hay.

• La batterie Foncin prend position sur les deux côtés de la route à 3 ou 400 mètres au delà de la redoute ; la demi-batterie de droite, sous les ordres du lieutenant Colson, adroite, la demi-batterie de gauche, commandée parle lieutenant Darolles, à gauche, les deux demi-batteries étant séparées par un intervalle d'environ 50 mètres. Immédiatement ces pièces ouvrent le feu contre le village de L'Hay ; bientôt dépassées par la première ligne de

notre infanterie, elles allongent leur tir et cherchent à

gêner l'arrivée des renforts ennemis en envoyant des

obus dans la partie du village vis-à-vis Bourg-la-Reine.

Le 9« de marche Après avoir repoussé les avant-postes prussiens, nos

chasseurs à pied lirailleurs sout accuoillis par une fusillade des plus vives

enlèvent ititt ti-i i

les premières venant do tous Ics murs de L May. L élan de nos jeunes

maisons de L'Hay

soldats n'en est pas arrêté; ils contniuent à gagner du terrain et bientôt le 9° régiment, avec les chasseurs à pied, enlèvent les premières maisons du village, ainsi que la barricade établie au débouché du chemin de Cachan. En même temps, 4 compagnies sont lancées sur la gauche, entre ce chemin de Cachan et celui des Bruyères ; plusieurs obstacles se présentent : la levée de la Vanne est rapidement franchie; derrière se trouve un autre escarpement, il est escaladé avec autant d'entrain . . . mais tout à coup nous arrive du cimetière un feu roulant à bout portant qui jette à terre nombre de nos hommes et force le reste à reculer rapidement. Position Pendant cette attaque le 10* régiment, qui forme se-

du lOe de marche , ■,. ^ . , , i i- i i -ii i

au moment coude liguc, est amve a peu de distance du village de prise de L'Hay. L'Hay. Le coloncl Mimerel abrite son 1" bataillon (69*) derrière des bouquets de bois qui bordenl; le chemin de L'Hay à Cachan. L'ennemi, établi de l'autre côté de la Bièvre, a plusieurs groupes embusqués derrière des haies, des tas de bois, des épaulements qui prennent nos

hommes de flanc et à revers Pour faire cesser ce

feu, le colonel Mimerel détache deux compagnies de son 1" bataillon : l'une, la 5" (capitaine Martin) doit engager l'action de front avec les Prussiens postés sur la rive gauche de la Bièvre, l'autre (sous-lieutenant Abadie) passera la Bièvre, tournera les obstacles et forcera l'ennemi à les abandonner.

Pendant ce temps, le reste du régiment prend position, le 2' bataillon (70') à hauteur du 1", entre le

Coiiibat de l'Hav ( 3o Septeinbre 1870

Position d& la br-i^acte^ J?u.mviilin.

lui peu avant 7.^ du^ rruitin.

chemin de Cachan et celui des Bruyères, le 3^ bataillon (7'P) entre ce dernier chemin et la route de Villejuif.

Les compagnies de gauche du 9^ de marche ayant été repoussées, le 10* de marche tente un nouvel effort.

Les compagnies Février et Puig, du 1*" bataillon, Duparc et Perennès, du 2% se précipitent sur les défenses entre le chemin de Cachan et celui des Bruyères. La levée de la Vanne est franchie, le deuxième escarpement enlevé, les premières maisons sont occupées ; mais alors nous sommes exposés à ce feu terrible du cimetière qui a déjà si maltraité les compagnies du 9*; sur notre flanc gauche, nos hommes sont décimés, la compagnie Puig surtout est cruellement éprouvée... Maintenus énergiquement par leurs officiers, les soldats tiennent ferme ; s'embusquant derrière quelques maisons isolées, ils attendent que les sapeurs du génie aient fini une tranchée qu'ils creusent à la hâte...

Sur la gauche, malgré les efforts du commandant Cristiani de Ravaran , le 3' bataillon du 10' (Tl") ne gagne pas de terrain; de ce côté, les longs murs du parc de L'Hay, garnis de défenseurs, opposent une barrière infranchissable; seule, la compagnie du capitaine Schombourger parvient, en se défilant, en se rasant, à s'approcher de l'entrée du village, comme les autres compagnies du 10^ enlevaient les premiers obstacles.

Mais à ce moment, le 9" de marche, après avoir longtemps lutté dans les premières maisons de L'Hay, est obligé de rétrograder devant les nombreux renforts de l'ennemi accourant par le chemin et la route de Bourgla-Reine. Toutes les troupes engagées sont forcées de suivre le mouvement, et à 7 heures et demie, la brigade Dumoulin bat en retraite, exposée aux feux violents et continus de L'Hay ; cruellement éprouvée, elle ne s'ar-

Le tOe de marche

attaque

la partie gauchf

de THay.

Retraite de la brigade

Dumoulin. 7 h. et demie.

réte et ne se reforme qu'à trois cents mètres des Hautes- Bruyères.

Le rianc droit de la brigade Guillicm se trouvait ainsi tout à fait découvert, à riaslaut môme où le général en chef ordonnait au colonel du 35° de ligne de tourner par la droite, avec ses 1" et 3* bataillons , les défenses de Chevilly. Ce mouvement n'était plus possible; nos bataillons, exposés aux feux croisés de Chevilly et de L'Hay, pouvaient être massacrés ou pris, ordre est^donné ^^ général Viuoy, informé du mouvement de retraite *"de m^rch°e"'" do uotro aile droite, si compromettant pour la brigade

de nouveau sur ,, , . - i t^ ^• ^ i •

L'Hay. Guilhem , ordonne au gênerai Dumouim de marcher a nouveau sur L'Hay, afm de dégager le flanc droit du 35** de ligne et de contenir les troupes ennemies qui arrivaient par la route de Bourg -la-Reine.

La brigade Dumoulin se reporte en avant; mais nos jeunes soldats s'arrêtent à quelque distance des murs de L'Hay dont le feu est toujours des plus intenses. Fortement impressionnés par les pertes énormes faites à la première attaque, ils hésitent, se pelotonnent et refusent de pousser au delà. — Tous les efforts des officiers restent impuissants ; beaucoup payent de leur vie leur dévouement; en vain les commandants Benedetti (51") et Aubry (59") du 9% se précipitent en avant; ils se font tuer sans parvenir à entraîner leurs troupes.

En même temps l'artillerie de 12 (15" batterie de la marine) , établie aux Hautes-Bruyères , tire à outrance contre les murs du village, mais sans grands résultats ; ses obus ne font que des trous, là où des brèches seraient nécessaires; la seconde attaque de la brigade Dumoulin sur L'Hay demeure donc complètement impuissante. Quelques-uns de nos tirailleurs ai^partcnant au 3' bataillon Çl'V) du 10* de marche, parviennent cependant à approcher de la gauche du village ; mais accueillis par

une grêle de balles , ils sont obligés de se replier rapidement.

Pendant ces événements , à l'extrême droite, la compagnie du sous-lieutenant Abadie, du 10® de marche, avait réussi à passer la Bièvre et à débusquer les Prussiens ; mais nos troupes ne pouvant plus avancer, ce résultat était sans importance.

La brigade Guilhem, après s'être emparée des pre- ordre gtii<rai

de retraite î) li.

mières maisons de Ghevilly, avait été, nous l'avons vu, forcée de battre en retraite. Sur la gauche, la brigade Biaise rencontrait une résistance acharnée à Thiais et n'avait pas mieux réussi que la brigade Dumoulin devant L'Hay; nous n'avions en réserve que la brigade Daudel , de la division d'Exea ; encore le Gouverneur avait-il prescrit de ne pas l'engager... On ne pouvait dès lors songer à pousser l'action plus loin, et, vers 9 heures, le général commandant le 13'' corps ordonna la retraite.

Le 2" bataillon (54") du 9* régiment, resté jusque-là aux Hautes-Bruyères , se porte en avant pour protéger le mouvement ; il se forme en bataille à hauteur de îa ferme de la Saussaye , de manière à couvrir le flanc gauche de la brigade Dumoulin. Les deux bataillons du Loiret (3* et 4*), tenus également en réserve, occupent les Hautes-Bruyères ainsi que la tranchée qui relie cette redoute à Villejuif. Dirigées par le général Dumoulin, nos colonnes se replient sans désordre, sans confusion, soutenues par le feu des Hautes-Bruyères, Bicétre et Montrouge.

Dans ce combat de L'Hay la brigade Dumoulin avait fait des pertes cruelles :

Le 9" de marche avait 7 officiers tués , dont 2 chefs de bataillon, Benedetli et Aubry, 7 ofliciers blessén, parmi lesquels le lieutenant-colonel Miquel de Riu ,

ilG DÉFENSE DE PARIS.

commandant le régiment, et 430 hommes tués ou blessés;

Le 10* 'de marche avait 4 officiers et 201 hommes hors de combat ;

Les deux compagnies de chasseurs 20 hommes tués ou blessés.

Vertes totaïus Nos pcrtcs totalcs dc la journée devant les villages "^Vhévmyt de Ghevilly, Tliiais et L'Hay s'élevaient à :

Thiais, L'Hay.

19 officiers tués , parmi lesquels le général

Guilhem , 50 officiers blessés , 5 officiers disparus , 2,046 homme de troupe tués, blessés ou disparus.

Total : 2,120 officiers et soldats hors de combat.

C'était le cinquième des troupes engagées , dont l'eifectif s'élevait à 11,000 hommes environ.

L'ennemi avait fait des pertes bien inférieures aux nôtres ; elles s'élevaient à :

6 officiers tués , 14 officiers blessés, 369 hommes tués , blessés ou disparus.

Total. . . 389 officiers et soldats hors de combat.

Observations Nos portcs étaient cinq fois plus fortes que celles de les com"bats de l'enneiTii ; la nature même du combat explique cette dis-

Chovilly, . ^^ . ,. ' , .,1

T iais, L'Hay. proportiou. Nous avious attaquc quatre villages ; nos troupes avaient presque toujours marché à découvert contre des murailles crénelées , étagées de feux , dans lesquelles aucune brèche n'avait pu être pratiquée.

Noire artillerie s'était bien montrée, mais la disposition lopographique des lieux avait rendu son tir inefficace, au moins contre les villiigcs. Devant L'IIay, quelle

que fût la position choisie par la batterie Foncin , elle avait toujours devant elle des vignes, des arbustes, des haies qui, sur ce terrain plat, suffisaient à cacher aux pointeurs les murs des jardins et des maisons.

Devant Chevilly, la batterie Houeix avait fait des prodiges pour chercher à renverser le mur du parc; mais, ce mur, défilé par un léger mouvement de terrain, masqué par une haie, était complètement invisible.

Sur le front de Chevilly, le 35" de ligne aurait pu faire des brèches pour tourner le réduit de la place de l'Église : le manque d'outils avait tout arrêté.

Devant Thiais, la batterie Salie s'était établie assez près; de là, elle aurait probablement réussi à renverser les murs du parc qui forment saillant, mais la position devint bientôt intenable ; en butte, sur un terrain complètement découvert, au feu des pièces de Thiais, à la mousqueterie venant du village et des pentes de Choisyle-Roi, cette batterie fut obligée de s'étabhr plus en arrière, à 15 ou 1600 mètres; or, à pareille distance le tir n'était plus assez assuré pour faire promptement de grandes brèches.

L'infanterie s'était bravement comportée. Le 35* et le 42^ de ligne avaient été héroïques. Le 35'' avait soutenu une lutte des plus acharnées contre des forces supérieures: 24 officiers et 759 hommes mis hors de combat, plus du tiers de l'effectif, montrent au prix de quels sacrifices ce brave régiment avait soutenu l'honneur de la vieille armée.

Toutes les autres troupes engagées, troupes de ligne, mobiles, qui voyaient sérieusement le feu pour la première fois, avaient eu de l'entrain, de la vigueur; elles s'emparèrent des premières maisons de L'Hay, de Thiais et de Choisy-le-Roi ; mais il ne faut pas être

sur])ns si toutes ne clôployèreiit pas la même fermeté que les anciens soldais du 35" et du 42" de ligne.

Bien que le but de la reconnaissance n'ait pas été atteint complètement , le combat de Ghevilly-Thiais- L'Hay,. appelé par les Allemands « la première grande sortie des Parisiens, » n'en est pas moins glorieux pour toutes les troupes qui y prirent parL

L'ennemi, qui nous avait oppose dans cette journée une partie du 6" corps prussien et du 2° corps bavarois, sembla vouloir le reconnaitre en rendant des honneurs particuliers au général Guilhem, personnifiant ainsi dans ce chef tombé le respect que lui avait inspiré la conduite de nos troupes.

Blessé devant Ghevilly, et transporté au petit village de Rungis, le général Guilhem n'avait survécu qu'une heure à ses blessures.

r*endant la suspension d'armes pour enterrer les morts, l'ennemi, après avoir rendu les honneurs militaires au corps du brave général, nous fit remettre sou cercueil couvert de verdure et de Heurs.

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