CHAPITRE V
OPÉRATIONS DES 2^ ET 3* DIVISIONS DU 13" CORPS ( Du i'^'' au 21 octobre ).
Afin de prévenir une nouvelle attaque contre Tliiais, Ghevilly, L'Hay, Choisy-le-Roi, abordés par nous lo 30 septembre, les Prussiens créèrent des obstacles multiples autour de ces villages.
Le 1" octobre, ils firent sauter la ferme de la Saussaye, qui, peu défendable, nous facilitait, une fois entre nos mains, l'attaque de Ghevilly; ils creusèrent une longue tranchée reliant L'Hay, Ghevilly, Thiais, de manière à former une ligne continue depuis la Bièvre jusqu'à la Seine ; présentant des saillants, des rentrants, cette ligne avait pour points d'appui et de résistance les divers villages désignés ci-dessus, dont les défenses étaient extrêmement soHdes.
De notre côté, les travaux commencés sur le plateau de Villejuif se poursuivaient activement, sous la direction du commandant du génie Mengin (1). La redoute des Hautes-Bruyères fut bientôt en état et armée de 6 pièces de 12 fournies par la réserve d'artillerie dû 13* corps ; en arrière, des chemins encaissés furent disposés, aménagés comme postes-abris pour les réserves; une tranchée armée d'une batterie de 6 mitrailleuses relia les Hautes-Bruyères à Villejuif; solidement organisé, ce village, dont une forte barricade défendait la Grande-Rue, communiqua au Moulin-Saquet par une ligne de défense formée de murs crénelés et de tranchées.
(1) Cet officier supcricur était iillaché à la division de MauJ'luiy.
Ni
Dans cette redoute de Moulin-Saquet, les travaux, bien que poussés avec activité, ne purent, vu leur importance, être terminés aussi promptement qu'on l'aurait voulu ; il y avait, entre autres, plusieurs traverses à construire pour défiler les défenseurs des coups du plateau du Moulin-d' Argent, qui était un peu plus élevé. Moins bien armé que les Hautes-Bruyères, le Moulin-Saquet n'avait que 4 pièces de 12.
Une série d'ouvrages considérables furent encore entrepris de ce côté par le général du génie Tripier (1). Frappé des pertes éprouvées par nos troupes le 30 septembre , en marchant à découvert contre les villages de L'Hay, Chevilly, Thiais, etc., cet officier général résolut d'employer le système d'ouvrages de contre-approche si admirablement utilisé par les Russes à Sébastopol ; ayant jugé par lui-même pendant ce siège mémorable des résultats obtenus, il voulut exécuter en avant de nos positions des travaux analogues qui nous permettraient de marcher à l'ennemi en nous défilant au moyen de parallèles et de tranchées successives.
Approuvé parle Gouverneur (2), le général Tripier s'entendit immédiatement avec le commandant du 13" corps, pour l'exécution des ouvrages depuis Vitry jusqu'au fort de Montrouge. Mais avant de les commencer, il fallait gagner un peu de terrain dans la vallée de la Bièvre, se rendre maîtres de différents points, tels que Gachan, maison Plichon ou Millaud (3).
L'occupation de Gachan est confiée au colonel de La occupation do Marieuse, du 35" de ligne, qui, depuis la mort du général (7 octobre.)
(1) Le s^néral Tripier, appartenant au cadre de réserve, s'était trouvé enferme dans Paris.
(2) Voir aux pièces justificatives, n° XXIX.
(3) Cette maison se trouve à la jonction des routes d'Orléans et de Bagneux.
02i DÉFENSE DE PARIS.
Guillicm, commandait provisoirement la brigade 35''-i2\ Le 7 octobre, au matin, ces deux régiments se portent sur Caclian, les avant-postes ennemis n'opposent aucune résistance et se retirent du village que nous mettons immédiatement en état de défense; cependant on construit une tranchée pour relier la redoute des Hautes- Bruyères à l'aqueduc d'Arcueil ; poursuivie les jours suivants, cette tranchée fut poussée jusqu'à la Grange- Ory, grande fabrique située sur la route d'Orléans, et ({ue nous avions déjà fortifiée.
EnièTement L'eulèvement de la maison Plichon ou maison Millaud
de la
'"ou°iiiEd.°" ^^^ confié aux mobiles de la Gôte-d'Or, soutenus par (10 ociobre'.) 1^ brigade de La Marieuse.
Le 10 octobre, à la tombée de la nuit, le régiment de la Gôte-d'Or s'avance en colonne jusqu'à la Grange- Ory ; là il attend que le fort de Montrouge ait suffisamment battu son objectif... quelques obus ayant atteint la maison Plichon, les mobiles marchent rapidement sur elle et le poste prussien qui l'occupait se retire sans chercher à résister. Aussitôt les murs sont cré- • nelés ; en même temps on creuse une tranchée, reliant cette habitation au remblai du chemin de fer de Sceaux à Gachan, un autre boyau est poussé jusqu'à une carrière située à peu de distance sur la droite. Dès le lendemain, tous ces travaux sont assez avancés pour permettre de soutenir vigoureusement une attaque; mais rien ne se présente, et ce poste, que nous avons toujours conservé, est solidement organisé, ainsi que tous les autres points, sous la direction du commandant du génie Guyot (1).
Bien qu'il n'y ait eu que quelques coups de fusil
(1) Cet officier apparlcnail à la division d'Exca; il avait 616 momcutuiioment délachc pour l'exùculion do ces travaux.
échangés, cette affaire bien conduite, vigoureusement exécutée, donna aux mobiles de la Côte-d'Or un certain renom dont ils se montrèrent constamment dignes.
Pendant que s'exécutait cette opération, le général Le Gouverneur commandant le 13" corps reçut du Gouverneur une Ion- à une'^ attaque gue lettre (1), l'informant que, par suite de renseigne- pour le u oct'jre ments venus de sources diverses, il était amené à croire que l'ennemi faisait des rassemblements de troupes considérables sur le front Sud de Paris et qu'il se préparait à une attaque.
On approchait du 14 octobre, anniversaire de la bataille d'Iéna , il était permis de penser que les Allemands choisiraient ce jour-là pour faire une tentative sérieuse. Afin de parer à toute éventualité, le général Trochu indiquait au général commandant le 13" corps toutes les dispositions à prendre et lui annonçait l'envoi d'une division du 14" corps (division de Caussade) et de plusieurs batteries d'artillerie pour renforcer ses positions.
Il lui prescrivait, en même temps, de pousser les travaux de défense avec la plus grande activité sur tout son iront.