COMBATS DE BAGNEUX-CHÂTILLON
(13 octobre).
D'après de nouveaux et derniers avis, le général Trochu fut amené à croire que le mouvement de concentration opéré les jours précédents du côté de Choisy-le-Roi et sur tout le front Sud avait pour objet de dissimuler l'envoi en province d'une partie des troupes assiégeantes et de cacher l'affaiblissement momeniané
Ordre d'exécuter une recun naissance
olïensive sur ChâtilloQ
(1) Voir aux pièces jnslificatives, n" XXX.
320 DKFENSE DE PARIS.
de la ligne do blocus. Mais n'ayant rien de positif, et voulant être complètement éclairé sur les forces, les positions, les ressources de l'ennemi, il ordonna, dans la nuit du 12 au 13 octobre, au général Vinoy, de pousser une reconnaissance offensive sur Chàtillon (1).
Le général Blancbard, commandant la 3" division, dont le quartier général était au lycée de Vanves, ne put être prévenu qu'à deux heures du matin, et les deux commandants de brigade de La Marieuse et de Susbielle ne furent informés qu'à quatre heures.
A la pointe du jour, le général Vinoy se rend au fort de Montrouge, où il arrête, avec le général Blanchard, les dispositions d'attaque.
Dispositions A droite, le lieutenant-colonel Pottier, commandant le
d'attaque.
13" de marche, doit s'avancer sur Fleury et Clamart avec une compagnie de chasseurs, les l^' et 2' bataillons du 13% 5 compagnies de gardiens de la paix, une batterie d'artillerie, une section du génie.
Au centre, le général de Susbielle, avecle 14* démarche le 3" bataillon du 13* et une compagnie de chasseurs, a pour objectif Chàtillon. Ces troupes ont comme réserve le 42^ de ligne et le 3* bataillon de l'Aube, établis au Petit-Vanvos
A gauche, le colonel de La Mariouse se portera sur Bagneux avec le régiment des mobiles do la Côtc-d'Or et le 1" bataillon des mobiles de l'Aube; le 35* de ligne, placé derrière la Grange-Ory avec un détachement do 40 sapeurs du génie, sert de soutien.
La brigade de La Gliarrière, de la division de Caus-sade, doit prendre position entre Bagneux et la maison Millaud, pour contenir les troupes établies à Bourg-la- Pieine.
La brigade Dumoulin, venue des Hautes-Bruyères,
(1) Voir aux pièces juslificativos, n° XXXI.
restera en réserve derrière le fort de Montrouge, prèle à j)orter des renforts aux diverses parties de la ligne.
Enfin, le régiment de mobiles de la Vendée forme extrême réserve.
C'était un ensemble de 25,000 hommes avec plus de 80 pièces d'artillerie, ayant pour objectifs principaux Ghàtillon et Bagneux ; les attaques dérivées sur Fleury et Clamart à droite, à gauche, du côté de Bourg-la- Reine, n'étaient que des diversions pour surveiller les mouvements de l'ennemi, et, au besoin, les contenir,
A 9 heures du malin, le signal de l'attaque est donné par deux coups de canon tirés du fort de Vanves.
Le fort de Montrouge couvre de ses boulets les premières maisons de Bagneux ; les obstacles en partie renversés, nos mobiles s'élancent de la maison Millaud au pas de course; ceux de la Gôte-d'Or, 3^ bataillon en tète, marchent vers l'entrée de Bagneux, ceux de l'Aube se dirigent vers les maisons de gauche de ce village.
Ils parcourent intrépidement plus d'un kilomètre, sous la fusillade de Bagneux et de Fontenay, qui les prend de front et de flanc. Mais nos jeunes mobiles profitant de tous les couverts du terrain : carrières, haies, fossés, arrivent sans grandes pertes à la lisière de Bagneux; ils s'emparent de quelques maisons, de la première barricade, et engagent avec l'ennemi un feu trèsvif.
Le 35^ de ligne, massé derrière la Grange-Ory, se rapproche, attendant le moment de se jeter dans la mêlée.
A droite de ce régiment prennent position les deux batteries, 4" du 12% 4"^ du 13", qui ouvrent le feu sur Ghàtillon et les maisons situées entre ce village et Bagneux.
Le 3* bataillon de la Gôte-d'Or (commandant d'Ando-
Colonne de gauche.
Combat de Bagneux.
larre), bienlùl appuyé par le 2* (commandant Dicroll), enlôve de nouvelles barricades dans Bagneux; mais les Prussiens dont le nombre s'accroît rapidement, opposent une énergique résistance ; nos mobiles avancent lentement, péniblement et perdent beaucoup de monde; le 2" bataillon du 35" de ligne (commandant, capitaine Bernard) reçoit l'ordre d'appuyer leur attaque.
Ce bataillon, accompagné du détachement du génie (lieutenant Montes), sans se laisser émouvoir par le feu de flanc des premières maisons de Châtillon et lefeudi-. rect d'une barricade de Bagneux, se porte résolument sur la partie droite de ce dernier village ; mais il se trouve arrêté par des jardins entourés de murs, les portes solidement barricadées résistent aux efforts de nos hommes... heureusement, cette fois nous avons des outils, les sapeurs brisent les portes à coups de hache, et tout le bataillon se jette dans ces enclos, où il est presque complètement à couvert des feux de l'ennemi, grâce à une longue muraille, qui, bordant le chemin de Fontenay-aux-Roses, nous défile de Châtillon ; les clôtures parallèles sont percées ou renversées, et le bataillon, sans faire des pertes sensibles, gagne les maisons de l'intérieur de Bagneux.
A la vue des braves soldats de la ligne, surgissant inopinément au milieu du village, les mobiles retrouvent leur ardeur, ils vont de l'avant et enlèvent de nouveaux obstacles.
Cependant un certain nombre de tirailleurs ennemis, postés dans des maisons, résistent énergiquement et nous tuent du monde ; le capitaine Bernard, commandant le 2* bataillon du 35", demande des hommes de bonne volonté pour aller les déloger; un grand nombre s'offrent; mais déjà quelques soldats intrépides se sont élancés ; rasant les murs, ils parviennent jusqu'aux maisons oc-
cupées, dont ils enfoncent les portes : le soldat Le Gouil, avec deux de ses camarades, pénètre dans l'une d'elles, y trouve une dizaine de Prussiens et les fait prisonniers.
Le soldat Gletty entre seul dans une maison : trois Bavarois se dressent devant lui, il fonce sur eux à la baïonnette et les force à mettre bas les armes, les autres tirailleurs se sauvent au plus vite et rien ne s'oppose plus à la marche du 2* bataillon du 35% qui, le capitaine adjudant-major Proal en tête, débouche sur la place de l'Église, pendant que les mobiles du colonel de Grancey y pénètrent par la grande rue.
A la gauche, l'attaque des mobiles de l'Aube avait également réussi ; mais le succès était chèrement acheté ; leur brave commandant, le comte de Dampierre, avait été mortellement frappé, en enlevant la dernière barricade.
Bagneux en notre pouvoir, nous nous y établissons occupation de solidement : toutes les issues, toutes les rues sont barricadées, deux batteries pénètrent jusqu'à la place de l'Eglise, prêtes à balayer les débouchés.
Pendant que l'on prend rapidement ces premières mesures, la fusillade continue avec les groupes ennemis, qui, chassés du village, se sont répandus dans les jardins, les maisons isolées entre Bagneux et Châtillon. Pour en finir avec celte résistance opiniâtre, des pièces de 4 braquées dans des ouvertures pratiquées aux murs tirent vigoureusement sur ces maisons.
En même temps, ordre est donné au lieutenant-colonel Le Cerf (du 35') de se porter en avant avec les 1" et 3* bataillons, de déloger les tirailleurs de leurs abris, et de se réunir au capitaine Bernard sur la route de Bagneux à Châtillon.
Le lieutenant-colonel du 35% précédé de deux compa-
3']0 DKKRNSE DE PAHIS.
g-nios on tirailleurs, se met en marche, mais, arrêté pnr des diflicullcs de terrain : des haies, des mui's successifs, etc.. pris de flanc par la fusillade des premières maisons de Ghâtillon, il est contraint de se rabattre sur la droite de Bagneux.
Répartition Co viUage so trouve alors occupé par 3 bataillons do
des troupes.
mobiles de la Côte-d'Or, un bataillon des mobiles de l'Aube et les 3 bataillons du 35*; ces troupes sont soutenues en arrière par la brigade Dumoulin (9'' et 10* de marche).
Deux bataillons du 9* (1" et 2*) se sont avancés jusqu'aux premières maisons de Bagneux; le 3* est en soutien près de l'artillerie.
Le 10* s'est également porté en avant; son 1" bataillon (commandant Allard) a pénétré en partie dans le village, où il aide le 35* à faire prisonniers les Bavarois cachés dans les maisons et les caves ; une portion du 2* bataillon va occuper le grand parc ; le 3* bataillon reste en soutien de batterie derrière Bagneux. La brigade de La Gharrière est venue prendre position entre Bagneux et la route de Sceaux, face à Bourg-la-Beine.
Malgré des tentatives réitérées, nous ne parvenons pas à sortir de Bagneux; dans le haut du village les mobiles sont arrêtés par les feux des parcs entre Bagneux et Ghâtillon ; sur la droite, le 35*, dès qu'il veut déboucher, est rejeté en arrière par la mousqueterie de Ghâtillon. Il était impossible de rion tenter avant la prise de ce dernier village qui nous prenait de flanc et à revers; dès lors nos troupes tout en se maintenant dans les positions conquises, se bornent à échanger des coups de fusil avec les tirailleurs ennemis, poslés dans les maisons et enclos couvrant tout le terrain entre Ghâtillon et Fontenay-aux-Roses.
Dans ce comljat de Bagneux, le 35" do ligne ot les mo-
biles avaient fait une centaine de Bavarois prisonniers, dont deux officiers blessés.
A l'extrême droite, le lieutenant-colonel Pottier, avec colonne
de droite.
les deux bataillons du 12^ et 500 c-ardiens de la paix, ^ -
'-' '■ Attaque
s'empare de Clamart sans coup férir, puis refoulant les '^^ ciamart avant-postes ennemis jusque sur les pentes du plateau de Chàtillon, il détache vers sa droite le 2^ bataillon du 13* de marche (commandant Besson) pour contenir les forces allemandes du côté de Meudon. — Arrivé à Fleury, ce bataillon envoie des reconnaissances dans les bois environnants : l'ennemi n'est aperçu que sur la terrasse du château de Meudon.
Les carrefours, les maisons du haut Clamart, occupés avec le concours des gardiens de la paix, ne tardent pas à être attaqués par de nombreux tirailleurs embusqués dans les bois. Notre artillerie entre en action : deux pièces sur la route de Clamart à Chàtillon, deux sur la route de Clamart à Fleury, battent les crêtes (1). Ainsi soutenus, nos soldats gagnent du terrain, repoussent l'ennemi jusque sur le plateau de Chàtillon et parviennent à se maintenir sur les pentes à 800 mètres environ an delà de Clamart; là ils se relient à une compagnie du 3* bataillon de leur régiment (13'') qui opérait sur Chàtillon avec la colonne du centre sous les ordres du général de Susbielle.
Cependant, le détachement du génie adjoint à la colonne du colonel Pottier ne reste pas inactif; dirigé par le sergent-major de la compagnie, il met Clamart en état de défense, ouvre des passages dans les barricades, et pratique un chemin de retraite à travers les murs et les clôtures.
(1) Les deux aulrcs pièces sont en réserve sur le iihtloau de Clamart.
Colonnes du contre.
Combat ; Chàtillon.
Attaque de Cliàiillon.
Au centre le général do Susbielle avait formé deux colonnes pour attaquer Chàtillon.
La première, forte des 2" et 3" bataillons du 14" de marche, sous les ordres du lieutenant-colonel Vanche, commandant ce régiment, a pour objectif la gauche du village du côté de Bagneux.
La deuxième, comprenant une compagnie du 18* bataillon de chasseurs à pied, capitaine Palach, le 3° bataillon (49") du 13" de marche, commandant de Poulpiquet, le 1" bataillon (55") du 14" de marche, commandant Mowat-Bedfort, une batterie d'artillerie, capitaine Paret, une section du génie, capitaine de La Taille, doit enlever la partie centrale de Chàtillon; cette colonne est sous les ordres directs du général de Susbielle qui prend les dispositions suivantes :
En tète, deux pièces d'artillerie masquées par une maison, sont étabHes sur la droite de la route à hauteur du fort de Vanves ; derrière, la compagnie de chasseurs à pied, puis la moitié du 3" bataillon du 13" de marche et la section du génie.
En seconde ligne, le second demi-bataillon du 13" et le reste de la batterie... Ces dernières pièces doivent préparer ou appuyer les mouvements du l"' bataillon du 14" de marche si l'on trouve jour à le lancer à droite ou à gauche quand la tête de colonne aura engagé l'action.
A 9 heures, au signal convenu, le général de Susbielle fait ouvrir le feu, par les deux pièces de l'avant-garde, sur les premières maisons de Chàtillon ; presque aussitôt l'ennemi les abandonne ; lancés en avant, les chasseurs s'en emparent ; mais ils sont arrêtés par une barricade A élevée à l'intersection do la rue principale avec une autre rue vouant de l'ouest.
-t'/ie'/ni/t siiiix iHir le de'Utc/iemcul de supeiiiv^ du citpifauif lie lu ïciille ,a l cill<iciue de
La possession des premières maisons permet au général de Susbielle de faire avancer deux pièces sous la conduite de l'adjudant Jouvenel. Plusieurs obus sont lancés sur la barricade qui riposte vigoureusement; des feux de mitraille partant de la terrasse d'une maison située sur le flanc du coteau augmentent encore la force et la résistance de cet obstacle. . . plusieurs de nos chevaux d'artillerie sont tués ou blessés; celui de l'adjudant Jouvenel tombe frappé à mort, et, dans sa chute, blesse ce sous-officier... nos artilleurs n'en continuent pas moins énergiquement le feu; leurs projectiles, habilement dirigés, finissent par jeter le désordre parmi les défenseurs de la barricade dont la mousqueterie se ralentit peu à peu... les chasseurs, le bataillon du 13", se précipitent au pas de course et enlèvent l'obstacle en partie abandonné. Nos deux pièces allongent leur tir et envoient par dessus la barricade des obus dans le village.
Mais à mesure que l'on avançait, les difficultés devenaient plus grandes, plus nombreuses. La grande rue était non-seulement enfilée par des mitrailleuses placées sur la hauteur, mais encore par le feu d'une deuxième barricade B établie en avant d'une rue conduisant à l'église.
Sur la droite dans une rue adjacente, s'élevait encore une autre barricade P qui nous prenait de flanc ; avant de songer à gagner du terrain et à pousser plus loin, il était de toute nécessité de s'emparer de ce dernier obstacle; le général de Susbielle s'étant avancé pour l'examiner et chercher les moyens de le tourner, reçoit un coup de feu à la jambe gauche ; cette blessure, heureusement sans gravité, ne l'empêche pas de diriger nos jeunes soldats qui, à la vue de leur général blessé, redoublent d'ardeur : trois compagnies du 13* de marche,
ani 1)i«:ki-:nsio de i-auis.
oulèveiit au ])as de course la LarricailocL s'y établissent. Malgré cet avantage nous n'avançons que lentement; l'ennemi, embusqué dans les maisons voisines, nous fusille à bout portant, les balles nous arrivent de toutes parts, des murs crénelés, des fenêtres, des toits, des soupiraux... Il est impossible de pousser plus loin et d'attaquer directement la barricade de la grande rue. Les sapeurs du Lo général de Susbielle fait appel aux sapeurs du cheminent o-cnie : déjà leur chef, le brave capitaine de La Taille, a
à travers le'i ^ " '■
maisons percé des créneaux dans une haute maison G située sur
de ChatiUoa. '■
le côté droit de la rue, espérant de là fusiller les défenseurs de la deuxième barricade B ; mais s'étant aperçu que les vues n'étaient pas suffisantes, il se jette sur la gauche pour la tourner. Après avoir cheminé à travers des clôtures de jardins, de vergers, il arrive à la rue de la Fontaine, il lui est impossible de la traverser; plusieurs maisons sont occupées par l'ennemi, les défenses de l'Eglise l'enfilent dans toute son étendue, une grêle de balles la sillonne de toutes parts... (1) Alors le capitaine de La Taille et ses sapeurs poursuivent leur marche d'habitation en habitation, ils trouent les murs, brisent les cloisons, et se prolongent sur le côté gauche de la rue de la Fontaine en se taillant à coups de pioche une sorte de galerie. Trois compagnies du 42" de ligne, sous les ordres du commandant Charpentier, marchent pas à pas derrière les sapeurs; trois compagnies du 14* de marche, servant de réserve, les remplacent à mesure qu'elles avancent. Tout en gagnant du terrain on fait le coup de feu par les portes, les fenêtres, avec les Allemands, qui, de l'autre côté de la rue, nous suivent parallèlement de maison en maison...
(1) Un instant quelques hommes parviennent à pénétrer de l'autre côté de la rue en D, maia ils ne peuvent s'y maintenir.
' Dans celte lutte pied à pied, l'ennemi, qui occupait aussi les habitations à travers lesquelles nous cheminions, perd du monde; nombre de ses tués et de ses blessés encombrent les chambres, que nous enlevons une à une ; plusieurs Bavarois, cachés dans les caves, se rendent ou tombent sous nos coups.
Sur la gauche, le lieutenant-colonel Vanche, du 14® de marche, devait attaquer la partie gauche de Ghàtillon ; il disposait du S*' bataillon {GT)., capitaine Noël, et du 3*" bataillon (100*'), commandant Swiney, de son régiment.
Parti de Montrouge, il suit le chemin conduisant entre Ghàtillon et Bagneux ; trois compagnies du 2^ bataillon, déployées en tirailleurs, marchent en avant; le 3^ bataillon, formant réserve, s'abrite derrière un pli de terrain à hauteur des forts de Vanves et de Montrouge.
Arrivés à petite portée, les tirailleurs sont accueilhs par un feu soutenu, venant des premières maisons, du clocher et d'un mur crénelé qui se développe vers Bagneux. Bien qu'un peu abrités par les vignes, nos soldats commencent à souffrir; plusieurs sont tués ou blessés ; voulant éviter des pertes inutiles, le général de Susbielle brusque l'attaque et ordonne de se porter en avant.
Le brave colonel Vanche marche résolument à la tète de ses hommes; à peine a-t-il fait quelques pas qu'il tombe grièvement blessé. Le commandant Swiney lui succède.
Un peu ébranlés par la perte de leur chef, nos soldats hésitent, s'arrêtent; mais bientôt, renforcés par des compagnies du 3® bataillon, il reviennent à la charge, enlèvent les enclos, les jardins et quelques maisons du côté de l'église. Là encore il faut faire successivement le siège de chaque habitation, opération d'autant plus diflicile que l*ennemi, dont le réduit se trouve sur la place de
Attaque de Ghàtillon.
Colonne de gauche.
l'Église, à peu de distance, envoie à tous moments de nouveaux renlbrts.
A gauche comme au centre, nous étions donc arrêtés au milieu du village, par des obstacles qui se multipliaient à mesure que nous avancions.
Pendant ce temps arrivaient les réserves ennemies, de toutes parts elles étaient signalées ; le sémaphore de la redoute des Hautes-Bruyères informait que de longues colonnes d'artillerie, passant par la Croix de Berni, gravissaient rapidement les pentes du plateau de Chàtillon.
A 10 heures 1/2, en effet, de nombreuses batteries couronnent ce plateau et canonnent les différents points occupés par nos troupes. Mais les grosses pièces des forts de Vanves, Montrouge, Issy, ainsi que les batteries de campagne établies entre ces ouvrages, ouvrent un feu des plus vifs et réduisent plusieurs fois au silence l'artillerie ennemie : une batterie bavaroise, ayant voulu se mettre en ligne sur la pente de Chàtillon, une pièce de 24 du fort de Montrouge la prend d'écharpe et l'oblige à se retirer ; plusieurs fois les canonniers bavarois cherchent, dans des positions successives, à se remettre en batterie, mais toujours cette même pièce les poursuit de ses obus, tue des hommes, des chevaux et force définitivement cette batterie à abandonner la lutte.
Le fort de Bicêtre, la redoute des Hautes-Bruyères prennent également part à l'action ; leurs feux pressés ne tardent pas à avoir raison des groupes ennemis, qui, postés à l'entrée de Bourg-la-Reine, ne cessaient de diriger sur les nôtres un feu roulant de mousqueterie.
Situation Vers onze heures, la lutte était donc partout à notre
vers 11 heures. *
avantage : Sur la droite, nous avions les pentes au-dessus de Glamart; sur la gauche, Bagneux était solidement
occupé par nos troupes ; au centre, malgré tous les obstacles , nous nous étions rendus maîtres du bas de Chàtillon.
A la vérité, si l'on voulait pousser plus avant, il fallait s'emparer de tout Ghàlillon; alors les colonnes de Clamart, de Cliàtillon, de Bagneux se donnaient la main et prenaient pied sur le plateau.
Mais l'occupation de la hauteur de Châtillon rentraitelle dans les données et les vues du Gouverneur; une fois cette position enlevée, étions-nous en mesure de nous y maintenir? Le général commandant le 13* corps ne le croyait pas ; cependant, voulant être prêt à tout, il fait organiser la défense du village de Bagneux par le colonel du génie Dupouét, afin de se donner un solide point d'appui.
Quoi qu'il en fût, on ne pouvait aller plus loin sans Attaque la prise complète de Châtillon... et les difficultés châtiiion. ' naturelles, les obstacles matériels, la facilité qu'avait l'ennemi d'alimenter la défense, tout semblait rendre imprenable cette redoutable position. Au centre du village même, il nous était impossible d'arriver dans la grande rue ; à hauteur de l'éghse les deux rues débouchant de ce côté étaient non-seulement enfilées par l'artillerie, mais encore vues de revers par les maisons du haut de Châtillon ; enfin, près de l'église une maison spacieuse, réduit de l'ennemi, commandait notre terrain et nous écrasait de ses feux.
Le commandant Mowat, du 14" de marche, reçoit l'ordre d'attaquer ce réduit, pendant que le capitaine du génie de La Taille continuera à cheminer à travers les maisons dans la direction de l'église.
Des pièces abritées et tirant à mitraille, repoussent toutes les attaques de la folonne du commandant Mowat et la forcent à se replier ; alors le général de Susbielle
ordonne au capitaine d'arlilloric Paret de l'aire avancer ses dernières pièces ; l'une placée sur un terrain formant plate-forme est défdée par un mur de jardin : son lir, bien dirige, portait déjà le désordre dans la défense du réduit, quand tout-à-coup un de nos caissons saute... hommes, chevaux sont blessés et nos pièces sont obligées de se retirer ; cet accident jette de la confusion parmi nos fantassins... Le général de Susbielle, au milieu d'eux, cherchait à les maintenir, à les rassurer, quand il est rejoint par le capitaine Delcambre, aide de camp du général Blanchard , venant , de la part du général en chef, demander s'il était possible de s'emparer du plateau de Chàtillon.
Le général de Susbielle fit remarquer combien cette position de Chàtillon, déjà si forte par elle-même , était solidement défendue : chaque maison étant occupée, c'était une succession de petits sièges d'autant plus difficiles et meurtriers, que l'artillerie ne pouvait, au miheu de ces barricades, de ces rues étroites, suivre partout les troupes et leur prêter son utile concours.
La colonne de gauche marchait lentem.ent par suite de la mise hors de combat de son chef, le lieutenant-colonel Yanche; les attaques de droite du côté de Glamart semblaient ne plus gagner de terrain. Il était donc difficile à la colonne du centre, chargée avec deux bataillons de jeunes troupes seulement, d'une tâche bien rude, de la poursuivre avec succès.
Toutefois, le général de Susbielle dit au capitaine Delcambre de faire savoir au commandant en chef (jue, malgré ses pertes et son peu d'espoir dans la réussite, il n'en persisterait pas moins à cheminer pour chercher à gagner le haut du village.
Sur ces entrefaites arrivèrent qucl(|ues nouvelles
DEFEiNSE DE PARIS.
compngnics du 42" de ligne (régiment de réserve) envoyées pp.r le général Blanchard.
Leur vue ranime l'ardeur bien diminuée de nos soldats des 13° et 14*' de marche, et quelques maisons sont encore prises.
JNlais la résistance allait croissant; de toutes parts accouraient de nouvelles troupes, de nouvelles batteries.
Devant ce flot de défenseurs se renouvelant sans cesse nous ne pouvons gagner du terrain et la lutte ne consiste plus, à gauche comme au centre, qu'en une vive fusillade de maison à maison.
Ces altaques réitérées, énergiques, mais sans succès, l'accroissement perpétuel des masses ennemies, l'épuisement des troupes, tout dit qu'il faut renoncer à enlever d'assaut cette position inexpugnable de Ghàlillon... Le général de Susbielle veut cependant encore tenter de l'arracher à l'ennemi par le feu... il s'entretenait des moyens incendiaires à prendre avec le capitaine du génie dans l'une des maisons E, à quelques mètres seulement de la place de l'Eglise, quand l'ordre de cesser le combat lui fut apporté par le capitaine Delcambre.
Il était près de trois heures.
Aussitôt la prise de Bagneux, le commandant du 13'' corps avait envoyé au Gouverneur la dépêche suivante :
« Nous sommes maîtres de Bagneux. Je prends des « mesures pour nous y maintenir. Voulez-vous le cona server? »
Le général Trochu répondait par le télégramme cijoint, parvenu à 1 heure 58 minutes du soir :
« Blanchard tiendra dans le bas Chàtillon sans dé- « passer la route de Glamart. Je lui annonce que vous « le soutiendrez de Bagneux par votre canon, qui devra
Instructions
ûu (iuuverneur
données
pendant le
combat.
y;0 DEFENSE DE PARIS.
« tirer eutro le Télégraphe et le haut Cliàtillon. Sous c cette protection, Blanchard fera sa retraite quand il le « jugera à propos, ou quand vous le lui direz. »
En prescrivant de ne pas dépasser dans Cliàtillon la route de Glamart, c'est-à-dire le centre du village, et en donnant au général Blanchard la liberté d'opérer sa retraite quand il le jugerait à propos, le Gouverneur laissait au combat son caractère d'une grande reconnaissance offensive cl semblait ne pas tenir à ce que l'action fût continuée jusqu'à l'enlèvement de la hauteur de Ghàtillon.
Quant au but de la reconnaissance, il était atteint : on avait de ce côté Sud de Paris obligé l'ennemi à déployer, à montrer ses forces ; rester plus longtemps sans être secourus, c'était s'exposer inutilement à de nouvelles pertes : de toutes parts les vigies signalaient de nombreux renforts ennemis ; d'instant en instant de nouvelles batteries se démasquaient et nous couvraient d'obus.
Vers 2 heures 1/2 le général Blanchard informa le commandant en chef du 13* corps qu'il prenait ses dispositions pour se retirer.
Le général Vinoy ordonne à toutes les troupes engagées dans Bagneux de se conformer au mouvement rétrograde.
En même temps, il envoie du fort de Montrouge un détachement de 400 marins, commandé par le capitaine de frégate d'André, pour abattre, sous la direction du lieutenant-colonel du génie Lévy, les murs du parc de Bagneux. Ge vaste enclos, d'une forme rectangulaire, s'avançant e;i pointe sur Montrouge, constituait contre nous une excellente position; lors de notre retraite surtout, il aurait du nous être funeste.
Aussitôt le nouvement rétrograde commencé, l'ennemi
DEFENSE DE PAlllS. 311
amène de nouvelles batteries à Sceaux, à Bourg-la- Reine, sur le plateau de Ghàtillon : bientôt Bagneux, la maison Millaud, Chàlillon et les pentes en arrière sont criblés d'obus. Cette violente canonnade ne fait cependant pas grand mal aux troupes engagées comme aux troupes de soutien ; parmi ces dernières, la brigade Dumoulin reprend le chemin des Hautes-Bruyères, la brigade de La Charrière se maintient à la maison JNIillaud, d'où ses batteries répondent vigoureusement au feu de l'ennemi.
Les troupes de Bagneux se replient lentement sans nul désordre. Les 400 marins du capitaine de frégate d'André finissent d'abattre les murs du parc de Bagneux au moment même où les derniers de nos soldats quittent ce village... les marins se retirent à leur tour, fermant la marche et couvrant la retraite... Un instant l'ennemi sort du village, se précipite à notre poursuite, nos colonnes s'arrêtent, font demi-tour et, par des feux de mousqueterie et d'artillerie, le rejettent en désordre derrière les murailles de Bagneux. . .
A Châtillon, nous ne cédons le terrain que pied à pied en faisant partout ferme contenance.
Dans le quartier de la rue de la P'ontaine, le détachement du 42"" de ligne, sous les ordres du commandant Charpentier, et les sapeurs du génie se replient successivement par tous les détours qu'ils avaient suivis en cheminant en avant ; ils prennent même le temps de construire en F une barricade de tonneaux, alin de retarder la marche des Prussiens , puis ils viennent joindre le reste de la colonne derrière une barricade en bois de chauffage G, que le général de Susbielle a fait élever à la hâte. Enfin nous abandonnons entièrement le village. Le 42^ de ligne, sous les ordres du colonel Comte, protège le mouvement. Pendant que quelques
yi2 DEFENSE DE PARIS.
pelolons, défiles dans les plis de terrain, s'échelonnent en arriére, plusieurs tirailleurs restent à la barricade (i pour empêcher l'ennemi de déboucher par la grande rue et donner ainsi de l'avance au gros de nos forces.
L'artillerie du capitaine Paret prend position de manière à observer toutes les issues de Chàtillon ; mais aucune troupe n'ose inquiéter notre retraite. Il en est de môme à Clamart.
En se retirant, quelques compagnies du 42% postées de façon à prendre en flanc les colonnes ennemies sorties do Bagneux, s'arrêtent et contribuent, avec les marins du capitaine de frégate d'André, à les refouler dans le village.
A 4 heures 1/2, toutes les troupes étaient hors de portée du feu de l'ennemi, et le canon des forts seul se faisait encore entendre.
l'ertes Nos pertes de la journée se montaient à 14 officiers et
lux combats de ,,-. , , , , ,
uagneux 402 hommos hors de combat :
Attaque de Bagneux : 4 officiers et 188 hommes ; Attaque de Chàtillon : 8 officiers, parmi lesquels le général de Susbielle, et 199 hommes;
Attaque de Clamart : 2 officiers et 15 hommes.
L'ennemi avait eu 9 officiers et 295 hommes tués ou
blessés, et 120 disparus; total 424. Ses pertes étaient
donc plus considérables que les nôtres (1).
Observations Gomme au combat de Chevilly, nous avions attaqué
les combats de directement des villages, nos hommes s'étaient précipi-
Uagiieux ^ ^ ^
et Chàtillon. (és contro des murailles dans lesquelles nos canons n'avaient fait que quelques brèches insignifiantes; et cependant nos pertes étaient beaucoup moins considérables que dans la journée du 30 septembre.
Cela tenait à ce que l'ennemi considérait Bagneux,
(1) Voir aux pièces jus'ificativos, u" XXXll, le rapport du général Viuoy.
DÉFENSE DE PARIS. 3i3
Châlillon, Glamart comme de simples avant-postes. La solide position du plateau de Chàtillon formait sa véritable ligne de défense. Là. étaient accumulées ses forces, tandis qu'il n'avait que de faibles détachements dans les villages. Grâce à la vigueur de l'attaque, nos soldais avaient pu aborder ces premiers obstacles avant l'arrivée des renforts ennemis. D'offensif, le combat était devenu défensif, et à l'abri derrière ces murs, ces maisons dont nous nous étions rendus maîtres, nous avions eu peu à souffrir des attaques presque à découvert de l'ennemi.
Le 30 septembre, au contraire, Thiais, Chevilly, L'Hay, constituaient la ligne de défense principale de l'ennemi. Organisés solidement, ces villages avaient un nombre de défenseurs considérable; aussi n'avions-nous pu les enlever, malgré des pertes cruelles.
Dans ces combats de Bagneux-Chàtillon, toutes les troupes se comportèrent avec le plus grand entrain. Le Gouverneur les félicita par un ordre du jour (1).
Le 35® et le 42" se montrèrent à hauteur de la réputation qu'ils avaient acquise si chèrement dans la journée du 30 septembre.
Les régiments de marche 13^, 14®, 9", 10% déployèrent également une grande vigueur, et prouvèrent qu'on pourrait bientôt compter sur eux à l'égal des vieilles troupes.
Les mobiles de la Côte-d'Or, conduits par le brave lieutenant-colonel de Grancey, eurent une grande part dans le succès ; à eux seuls ils firent une soixantaine de prisonniers.
Les mobiles de l'Aube ne furent pas moins ardents; leur digne chef, le brave commandant comte de Dam-
(1) Voir aux pièces justificatives, n" XXXIII.
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pierre, tomba mortellement frappé en chargeant à leur tète dans l'attaque de Bagneux.
Bien que les positions conquises eussent élé abandonnées , ces combats n'en produisirent pas moins un heureux effet sur le moral de la défense, en prouvant que nos jeunes soldats et nos mobiles commençaient à se former, que déjà même ils pouvaient se mesurer avec un ennemi habitué à vaincre.
De part et d'autre, les forces étaient à peu près égales : nous avions la valeur de cinq régiments en premièrô ligne, et deux brigades formant réserve. L'ennemi, de son côté, avait engagé tout le 2* corps bavarois; mais, dominés de toutes parts, nous nous heurtions à des murailles, à des positions difficiles. Nous avions donc, malgré l'appui que nous prêtaient les forts, un désavantage marqué, et cependant nous avions en partie réussi, et fait plus de mal à l'ennemi qu'il ne nous en avait fait luimême.
En résumé, le combat du 13 octobre fut une affaire bien conçue et vigoureusement exécutée. . . elle prouva une fois de plus à l'ennemi qu'il avait désormais à compter sérieusement avec l'armée de Paris et qu'il lui faudrait maintenir constamment autour de la capitale des forces considérables.
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