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OBSERVATIONS SUR LE COMBAT DE LA MÂLMAISON

On a dit, on a écrit à propos de ce combat, qu'après notre commencement de succès nous aurions dû continuer à marcher en avant et faire notre percée sur Versailles, où les Allemands étaient fort inquiets.

Nous avons déjà exposé quel était notre double but : aguerrir nos soldats et dégager notre gauche. Dans l'ordre de mouvement qui précède ce récit, les proportions de l'opération avaient été parfaitement définies, les objectifs soigneusement déterminés et limités. Il s'agissait d'une forte reconnaissance offensive, aiin de se

rendre compte des positions de l'ennemi et de lui enlever quelques-uns de ses avaiît-postes : entre autres, la Malmaison et les barricades établies sur la route de Bougival. Pour cette opération nous avions choisi dans chaque division ce qu'il y avait de plus sûr, de plus solide ; nous avions porté en avant des francs-tireurs de la ligne, les zouaves, des compagnies de ligne, des chasseurs à pied... mais ces éléments divers , bien qu'excellents, ayant été groupés pour l'action même, sous le commandement de chefs nouveaux, n'avaient pas tout l'ensemble, toute l'homogénéité désirables... Cependant, chacun sur son terrain avait rempli son rôle, partout, dans ce combat qui avait été des plus chauds, on s'était battu avec vigueur, avec entrain; après avoir repoussé les avant-postes de l'ennemi, nous avions entamé ses positions du côté de la Jonchère. Malheureusement, dans le feu de l'action , on perdit de vue le but assigné ; en se laissant entraîner au delà, on occasionna des pertes sérieuses.

Quoi qu'il en soit, le résultat avait été supérieur à ce que nous pouvions espérer, vh la faiblesse numérique des troupes et leur variété.

Si nous avions voulu tenter une entreprise plus considérable, nous aurions employé des éléments plus nombreux, moins disparates, et surtout nous n'aurions pas commencé l'action à une heure de l'après-midi.

Du reste, cette trouée sur Versailles était loin d'être facile. L'armée allemande, en établissant dans cette ville son quartier général, avait pris, dès les premiers jours, toutes les précautions, toutes les mesures pour la mettre à l'abri d'un coup de main.

Le terrain s'y prêtait admirablement : La grande route, par la vallée de Sèvres, Chaville, Viroflay, suit un véritable défilé entre de hautes collines boisées, of-

frant de nombreuses positions défensives; les autres routes, par Ville-d'Avray, par Vaucrosson, traversent un pays très-difficile, couvert d'obstacles que nous-mêmes avions encore augmentés : avant l'investissement, nos ingénieurs avaient dépavé la plupart de ces routes sur de grandes étendues, ils avaient fait des coupures, élevé des barricades, etc., etc.; en cherchant à défendre Paris, ils avaient fortifié Versailles.

Il avait fallu peu de temps à nos ennemis pour tirer tout le parti possible de ces travaux divers, multiples, et vers le milieu d'octobre, leurs lignes de défense étaient très-solidement établies.

Partant de la Seine, la première ligne passait par la maison Meurice, l'extrémité orientale de Bougival, le bord du plateau de la Jonchère, la lisière du bois Bérenger, traversait le ravin de Saint-Cucufa et se prolongeait parle mur crénelé du parc de Buzenval jusqu'au plateau de la Bergerie, où l'ennemi avait utilisé les tranchées profondes destinées à conduire l'eau à l'hospice Brezin. De là, passant par le village de Garches, elle allait se relier au parc de Saint-Cloud à la porte de Villeneuve, puis elle suivait le mur de ce parc et se prolongeait par Sèvres, etc.

Derrière cette première ligne était une deuxième beaucoup plus forte encore : elle passait par Bougival, la Cejle-Saint-Gloud , le haras Lupin, véritable forteresse flanquée par des batteries ou des blockhaus , et ayant comme réduits un redan et un ouvrage à cornes ; puis elle se continuait par Vaucresson , l'hospice Brezin, le château de la Marche, le village de Marnes, Villod'Avray, etc. . .

Une troisième enfin passait par Louveciennes, le château de lîeaurcgard, le Butard, Jardy, la butte do Picardie, etc. , ,

Tous ces travaux étaient augmentés, perfectionnés chaque jour; mais au 21 octobre, ils étaient déjà formidables. Après le combat de la Malmaison ils furent continués (1), et non pas entrepris à cette date comme l'ont prétendu certains récits.

Une flèche fut élevée autour du pavillon de la Jonchère, dont nos zouaves avaient si vaillamment chassé l'ennemi ; au-dessous on établit un blockhaus pour enfiler le ravin de Saint-Gucufa, le mur Est de la villa Metternich fut crénelé, et on prolongea les tranchées sur la pente en avant de la Jonchère. Toute la grande rue de Bougival, depuis l'extrémité jusqu'au pont détruit fut barricadée, pour empêcher de fortes colonnes de la traverser dans le cas où nous obtiendrions un succès sur Taile gauche.

Vers Buzenval et la Bergerie, les Allemands continuèrent à construire, pour les grand'gardes, des abris blindés contre le feu de l'artillerie, et à abattre les maisons en avant du parc de Saint-Gloud ; puis des batteries furent construites dans le parc pour dominer les hauteurs de Garches, et flanquer la première ligne entre Villeneuve-l'Étang et la Bergerie.

En un mot, tous les jours l'ennemi travaillait sans relâche à augmenter la force de ses trois lignes de défense.

Quant aux troupes qui les défendaient, elles étaient nombreuses, solides, et, sans les user par un service continuel, toutes les mesures se trouvaient prises pour qu'elles offrissent le maximum de résistance.

Le 5* corps, qui se trouvait devant nous, couvrait tout le terrain entre la Lanterne de Démosthène, dans le parc de Saint-Cloud et Port-Marly. Il se reliait, à

(1) Voir : Opérations du 5" corps prussien, par Stielcr von Ileydokampf, page 226.

112 dp:fense de paris.

dioile, à la 2^ division (li* corps), arrivée le 7 octobre entre Meudon et Ville-d'Avray et chargé de défendre la vallée de Sèvres ; à gauche, à la division de landwehr de la garde, établie à Saint-Germain depuis le 12 octobre; il se reliait également à la 8° division qui, installée à Argenteuil, couvrait la presqu'île et défendait le passage du fleuve jusqu'à Ghatou et Groissy.

La 'd" division du 5* corps avait tout le terrain entre la Lanterne et le haras de Vaucresson ; la 10* division, le reste de la ligne. Ghaque division avait une brigade d'avant-postes, l'autre formait réserve principale de la division (1).

(1) \"u la position ûlcnduc occupée par le corps d'armée, le commandant du corps (von Kirchbach) avait confié, en cas de combat, la direction aux commandants des divisions , leur laissant toute liberté pour établir leurs ouvrages défensifs; il donnait seulement les ordres généraux et maintenait l'entente nécessaire entre les deux divisions ; il s'était réservé la disposition exclusive des réserves générales, que les commandants de divisions ne pouvaient mettre en alerte que dans les cas urgents.

Chaque brigade d'avant-poste était divisée en doux sections, une par régiment.

1» Section de l'aile droite de la 9" division : Parc de Saint-Cloud occupé par un régiment d'infanterie et deux compagnies de chasseurs.

Un bataillon fournissait les avanl-poslcs des deux côtés du château depuis la Lanterne jusqu'à la grille d'Orléans le long du mur du parc. Un autre bataillon les fournissait depuis la grille d'Orléans jusqu'à la porte de Villeneuve.

Les sentinelles doubles se tenaient au pied même du versant et le long du mur Nord du parc; derrière elles, à peu de distance, les grandgardes. Les soutiens étaient abrités dans les cours du château de Sainl- Cloud, au château do Villeneuve, sous les tunnels de la route, du chemin de fer, et dans les différents bâtiments du parc.

Le 3" bataillon et les deux compagnies de chasseurs formaient la roserve spéciale à Ville-d'Avray et Marnes.

Chaque compagnie de chasseurs fournissait un poste do sous-officier, l'un à la redoute de Monlretout, l'autre à la croisée des roules de Sainl- Cloud à Buzcnval et do tîarchos à Suresnes,

A cette section étaient atlacliés un escadron et une batterie ; l'escadron, sauf les planions qu'il fournissait aux avnnt-posles, se trouvait ii Versailles; la batterie à Jardy avec deux pièces détachées à Villed'Avray,

Les sentinelles et les g'rand'gardes indiquaient exac-

2" Section de l'aile gaucho de la 9* division : Un bataillon fournissait les avant-postes depuis la porte de Villeneuve jusqu'au nord de Garches; un deuxième sur le plateau de la Bergerie jusqu'au bois d3 la vacherie de Saint-Cucufa. Deux compagnies de chasseurs détachaient deux postes de sous-officier, l'un à la maison du curé, l'autre au mur du parc de Buzenval au nord de la Bergerie.

Les soutiens occupaient des baraques construites dans le jardin de l'hospice Brezin, dans le parc du château de la Marche et dans le Haras.

Les réserves spéciales, un bataillon, deux compagnies de chasseurs, un escadron, une batterie et une section de détachement sanitaire occupaient Marnes, le château de la Marche et Vaucresson.

La réserve principale de la 9" division (une brigade d'infanterie, deux batteries divisionnaires, quatre batteries de réserve, deux escadrons et une compagnie de sapeurs), était cantonnée à Versailles; la place d'alarme était à Jardy.

3° Section de l'aile droite de la 10^ division : Un bataillon aux avantpostes ; les sentinelles doubles se reliaient à celles de la 9" division au delà de Saint-Cucufa, suivant la lisière nord-est du bois Bérenger, jusque et non compris la Jonchère; les soutiens étaient abrités dans le kiosque, les maisons et les baraques sur le plateau de la Celle-Saint- Cloud.

La réserve spéciale, deux bataillons et un peloton de dragons à la Celle-Saint-Cloud.

4° Section de l'aile gauche de la 10« division : Jusqu'à la Seine à l'extrémité Est de Bougival, un bataillon aux avant-postes.

Les sentinelles doubles de cette section occupaient les hauteurs en avant de la Jonchère. elles étaient retranchées; en avant de Bougival se trouvait une grand'garde vers Rueil. Les soutiens se trouvaient dans la villa Melternich et à Bougival, à quelques centaines de mètres de la barricade.

Dans le parc de la Malmaison était un poste de sous-officier.

La réserve spéciale, deux bataillons, trois pelotons de dragons et une batterie, se tenait dans la partie sud-est de Bougival.

La réserve principale de la 10^ division (une brigade d'infanterie, trois escadrons, trois batteries divisionnaires, deux batteries à cheval de la réserve , deux compagnies de sapeurs , un détachement sanitaire) occupait le Chesnay, Rocquencourt , les Gressets , Saint-Michel, Louveciennes, Montbuisson et Prunay; sa place d'alarme était à Beauregard.

A la. 9" division, il avait été décidé qu'en cas d'attaque de la part de l'ennemi les compagnies de chasseurs se porteraient en toute hâte sur les hauteurs de Garches, l'une sur les deux côtés de la redoute de Montretout, deux entre celle-ci et le château de la Bergerie, la quatrième vers la ferme de la Bergerie. Dans ces positions, les chasseurs devaient, par leurs feux, obliger l'ennemi à se déployer, et, l'attaque bien engagée, se retirer sur la partie fortifiée de la position. Pendant ce temps , les

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tement la première ligne de défense ; les réserves spéciales de chaque régiment d'avant-poste marquaient à peu près la deuxième ligne, et enfin les deux réserves principales (une par division) avaient leurs cantonnements sur la troisième ligne, ou en arriére, suivant les ressources des localités ; les places d'alarme étaient sur cette troisième ligne à Beauregard et à Jardy.

L'ennemi avait en avant de sa première ligne quelques postes avancés : Malmaison, carrefour 112, Montretout... mais, comme nous l'avons vu, les chefs de ces postes avaient l'ordre de se replier devant une attaque sérieuse ; l'ennemi ne songeait pas non plus à défendre véritablement le long mur de Buzenval, qui était complètement sous le canon du Mont-Valérien, mais il avait accumulé les obstacles, dans le bois en arrière et sur le bord du plateau de la Bergerie, là où il était entièrement défilé. Partout, du reste, les Allemands ont parfaitement appliqué ce principe : Voir sans être vu.

Pour se jeter au milieu de toutes ces lignes, pour chercher à franchir tous ces obstacles, il eût fallu des forces autrement nombreuses et surtout bien autre-

grand'gardes et les soutiens devaient occuper cette position et la batterie de la réserve spéciale de la 2e section s'établissait sur remplacemeni préparé près de Belle-Vue. L'infanterie des réserves spéciales se formait près du tunnel de la route et du chemin de fer, dans le parc de r^aint-Cloud et près du château de Vaucresson.

La réserve principale se concentrait sur le plateau do Jardy, laissant à Versailles un bataillon de garde , un antre bataillon et une batterie.

.\ la IQe division, les grand'gardes avaient, eu cas d'attaque, la même mission à remplir que les compagnies de chasseurs de la 9» division. Les soutiens occupaient immédiatement les ouvrages fortifiés, renforcés par des troupes de la réserve spéciale. Celle-ci se concentrait derrière la crête ouest du plateau do la Gelle-Saint-Cloud et près du pont détruit do Bougival; la batterie d'avant-poste do la 2" section allait prendre position sur son emplacoment, à l'exlrémitô Est do Bougival.

Lu réserve principale se rassemblait près de Beauregard.

DÉFIENSE DE PARIS. 415

ment solides que celles dont nous disposions le 21 octobre.

Si nos troupes avaient, à cette époque, acquis une certaine valeur, si elles étaient susceptibles d'un certain élan, elles manquaient encore de solidité et elles auraient été incapables de se maintenir contre les retours offensifs de l'ennemi.

Malheureusement on confond souvent l'élan et la solidité; cependant ce sont deux choses bien distinctes : l'élan peut s'obtenir d'une troupe jeune, manquant d'instruction, d'éducation militaire, de discipline même, et momentanément exaltée sous l'impression de sentiments généreux ; mais la solidité ne s'obtient que de troupes instruites, encadrées, bien exercées et rompues à la guerre. C'est ce qui a toujours manqué aux troupes de l'armée de Paris comme aux troupes des armées de province.

Le seul énoncé des forces fixes et des forces mobiles uésumé générai

sur le combat

accumulées en avant de nous, le 21 octobre, suffirait „ de la

' ' Malmaison.

à démontrer que la panique des Allemands dans Versailles , panique dont il a été tant parlé , a été un peu amplifiée par les habitants de cette ville... en proie à toutes les illusions de captifs, ceux-ci voyaient naturellement toutes choses à travers le prisme de leurs illusions et de leurs espérances ; la fusillade, la canonnade se faisaient-elles entendre dans leur direction, que déjà, se croyant délivrés, ils s'attendaient « c) voir détt boucher les pantalons rouges. »

A la vérité, cette affaire de la Malmaison qui, pendant deux heures durant, avait été des plus chaudes, et où plusieurs régiments prussiens avaient été éprouvés, causa une certaine attention expectante chez nos ennemis, chez les principaux chefs, chez le roi lui-même, accouru sur les hauteurs de Marly pour voir l'ensemble du

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combat, qui pouvait être le précurseur d'une sortie générale (1).

Mais, de là à dire que l'armée allemande ne pensait qu'à la retraite, ne songeait qu'à la fuite. . . c'est le fait d'une opinion plus inquiète, plus impatiente, qu'éclairée et consciente... Cette exagération était cependant compréhensible à une époque si prompte aux sensations extrêmes, et où les désirs laissaient si peu de place à la dure réalité des faits.

En résumé, cette sortie avait réussi au delà de nos espérances : nos jeunes troupes s'étaient partout honorablement montrées, quelques-unes avaient été héroïques... enfin nous avions repoussé l'ennemi hors des positions qui pouvaient gêner nos mouvements ultérieurs. Cet avantage matériel, dont l'opportunité et les conséquences échappaient au public et à l'ennemi, était pour nous de la plus haute importance.

Désormais les Allemands se bornèrent à couvrir leur aile gauche « qu'ils considvrnient comme très-avancée, » et « pour Y avenir, » ajoute l'historien des opérations du 5* corps prussien, « on renonça à établir des pièces à « l'extrémité Est de Bougival. »

C'était, pour le moment, tout ce que nous cherchions... tout ce que nous voulions.

(1) Le 21 octobre était bien ilans noire pensée le pivcurscur d"uno grande sortie sur la basse Seine.

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