‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 2)Chapitre 88 sur 93 · COMPAGNIE GÉNÉRALE IX · texte numérisé non relu

COMPAGNIE GÉNÉRALE IX

Paris, le 25 septembre 1S73.

Monsieur le Général,

En réponse à voire lettre en date du 30 août dernier, j'ai l'honneur de vous informer que la commune de Cliàtillon est alimentée par les machines établies à Choisy-le-Roi.. et non par celles de Villcjuif.

Ces dernières, qui n'existent plus, du reste, n'ont pas cessé de fonctionner, pendant le siège de Paris, pour alimenter notre armée occupant Villejuif et les redoutes des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet.

L'eau manquait, en effet, à Châtillon, le jour du combat du 19 septembre 1870, parce que, dès le 18, l'armée ennemie occupait Choisy-le-Roi et que le personnel de notre usine avait dû, suivant mes ordres, se retirer après avoir démonté une pièce de nos machines de manière à ce qu'elles ne pussent être utilisées par l'ennemi.

Le Directeur,

Signé : Marchant,

14e CORPS d'armée. X,

r« DIVISION. Lettre du Général de Caussade au Général Ducrot.

Paris, le 20 septembre 1870.

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous informer que le 1''® division, ralliée hier, d'abord entre Clamart et Châtillon, puis entre les forts de Vanves et d'issy, et enfin à Paris, bordant les fortifications, de la Porte de Châtillon à la Seine, s'est réiiuic au Champ-de-Mars sur l'ordre d'un amiral commandant un secteur, au moment où les troupes du 13» corps ont occupé le rempart.

Mou quartier général est établi avenue de Tourville, 18.

On s'occupe de remplacer les munitions consommées et les effets perdus.

Je n'ai pas encore le relevé des perles en hommes de la journcc d'hier.

CORPS D'aRMÉK. Xj,

-MAJOR GÉNÉRAL. Lettre du Capitaine d'état-major de Chabannes

— ^■--^- — - au Général Ducrot.

Porte Maillot, 21 septembre 1870.

Mon Général,

D'après vos ordres, j'ai l'honneur de vous rendre compte que, fait prisonnier à Sedan, je me suis échappé des mains de l'ennemi le 14 septembre, à Pont-à-Mousson.

Je suis arrivé à Versailles, le 19 du courant, à 9 heures du matin, pendant le combat de Châtillon.

A ce moment un assez grand nombre de uhlans sont arrivés en désordre sur Versailles, dont les grilles furent immédiatement fermées par les postes de la garde nationale. Ils accusaient un grand nombre de blessés et demandaient leur admission dans les hôpitaux de Versailles.

Un officier prussien fut reçu en ville comme parlementaire et la capitulation suivante fut accordée à la ville :

« Les troupes prussiennes entreront dans Versailles et seront « logées autant que possible dans les établissements militaires. « La garde nationale conservera ses armes et continuera à mon- « ter la garde dans la ville. »

Pensant, d'après le désordre des avants-coureurs ennemis, que le combat de Ghàtillon était à notre avantage, je restai à Versailles jusqu'à 1 heure.

Mais, à ce moment, un général prussien entra à Versailles par l'avenue de Paris, annonçant que les troupes prussiennes avaient pris position sur les hauteurs de Châtillon, et il occupa la ville et les abords avec quelques escadrons de cavalerie.

Je n'eus que ie temps de gagner Rueil avant que la ligne de leurs avant-postes ait été fermée.

Les Prussiens ont annoncé de grandes pertes au combat de Châtillon.

140 DEFENSE DE PAIIIS.

Rapport du Général Ducrot sur le combat de Chàtillon.

Paris, 20 septembre 1870.

Monsieur le Gouverneur,

Le 18 septembre une reconnaissance très-hardiment et trèsliabilement faite par le capitaine Faverot de Kerbrech, mon officier d'ordonnance, me donnait connaissance de la présence à Ig^iy, à Bièvres et au Petit-Bicètre de forts détachements de cavalerie ennemie paraissant marcher dans la direction de "Versailles. Vers une heure, au moment où ces rapports me parvenaient, je faisais monter à cheval la cavalerie commandée par le général de Hernis et le régiment de gendarmerie à cheval ; je les appuyai par une batterie d'artillerie à cheval et les envoyai par la route de Plessis-Piquet dans la direction où l'ennemi m'était signalé, avec ordre de tâcher de couper la retraite aux escadrons ennemis les plus avancés et dans tous les cas de reconnaîti^e exactetement et la direction et la foi'ce des détachements signalés le matin.

Je me rendis de ma personne au Moulin-Plessis, où j'avais installé dès le matin un détachement de volontaires, puisés dans la l"^" division et soutenus en arrière par le 15'' régiment de marche établi dans deux grands parcs offrant de bonnes conditions de défense.

La cavalerie, après avoir poussé jusqu'au Pctit-Bicètre, sans avoir rien rencontré, revint prendre position à la hauteur de la ferme de Trivaux; j'allais la rejoindre après être resté en observation environ deux heures, au Moulin-Plessis, lorsque, sur la lisière des bois de Verrières, nous fûmes assaillis par quelques coups de fusils tirés par des fantassins ennemis. Un peu plus tard, au moment où la cavalerie commençait à se retirer, une fusillade s'engagea entre un détachement de zouaves placé dans la ferme de Trivaux et quelques tirailleurs ennemis qui avaient occupé une autre ferme dite Pointe do Trivaux ; ils en furent délogés i)ar quelques coups de canon bien pointés par notre artillerie.

Cette première reconnaissance et les quelques incidents dont je viens de parler, me tirent sup()Oser (jue le corps principal ennemi suivait la route de Clioisy-le-Hoi à Versailles par Bièvro et qu'il avait envoyé (luelqucs détaclicuients vers le Petit-Bicèti'C, la pointe de Verrière et la ferme de Damc-Hose pour protéger son

mouvement de flanc. Je conçus le projet du tenter un mouvement offensif, le lendemain matin, pour refouler ce rideau et tomber sur le flanc des colonnes ennemies pendant qu'elles traversaient les défilés difficiles de Bicvre et d'igny. — En conséquence, j'arrêtai les dispositions suivantes : 2,000 hommes composés de différentes fractions des trois régiments de zouaves campés au château de Meudon et aux environs devaient être réunis le matin du 19 à 5 heures et demie près de la ferme de Trivaux.

La 1'''= division, campée dans les bois en avant et à droite du fort de Clamai't, devait se masser à hauteur de la tête du grand ravin qui part du plateau de Châtillon dans la direction de Meudon.

La 2* division devait se masser à gauche de la route de Versailles, sa tête de colonne à hauteur du ravin qui descend vers Plessis-Piquet. La cavalerie, formée en six colonnes de 2 escadrons chacune, occupait le plateau entre les deux divisions d'infanterie ; et derrière chaque colonne de cavalerie deux batteries d'artillerie présentant un ensemble de 70 bouches à feu.

Cet ordre de combat une fois pris, les zouaves formant l'extrême droite devaient se porter, en suivant la lisière du bois, sur la ferme de Dame -Rose, que je supposais occupée par l'ennemi.

La cavalerie devait se porter en avant, puis démasquant tout à coup l'artillerie, lui laisser libre action sur la pointe de Verrière, le Petit-Bicètre et le commencement du bois de Verrière. L'action une fois préparée par cette artillerie, la l''^ division devait se porter sur la pointe de Verrière en même temps que la 2* sur le Petit-Blcètre et les bois de Verrière.

Cette première position conquise, l'action de notre artillerie devait se concentrer sur VilUi-Coublay, et nous permettre de conquérir cette position, d'où nous serions facilement arrivés sur le plateau de la tour de Gizcy, d'où nous aurions dominé complètement les routes qui suivent la vallée de la Bièvre.

Le 19, au matin, les opérations prescrites la veille s'exécutaient, mais avec quelques incidents qui apportaient un peu de retard : les zouaves s'étaient égarés en route, et n'étaient pas au lieu du rendez-vous à 6 heures. Prévenu par le colonel iNIéric, pendant la nuit, qu'un grand nombre d'hommes n'avaient pas la quantité de cartouches prescrite (90), j'en avais fait conduire 60,000 à la ferme de Trivaux, où l'on commençait à les distribuer vers 6 heures 1/4. Enfin le brouillard était tellement épais qu'il était impossible de distinguer aucun de nos objectifs; il fallait bon gré mal gré attendre sur place que l'éclaircie se fit un peu; cepcn-

142 DEFENSE DE PAHIS.

(lant à 6 lieui'es 1/2 quelques coups de feu se faisaient entendre à notre droite, sur la lisière des bois et à gauche vers le Pavé- Blanc, sur la grande route de Versailles.

Immédiatement, je faisais ])altre les quelques maisons de ce groupe par 2 batteries (po j'avais placées à la pointe de Trivaux et après (juolques salves, je lançai dans celte direction le 7® bataillon des gardes mobiles de la Seine. A ce moment la distribution des cartouches s'achevait aux zouaves, au coin du bois, pi'ôs de la grande avenue qui va de la ferme de Trivaux au château de Meudon.

L'ennemi venait de mettre en batterie quelques canons sur la hauteur de Villa-Coublay ; il tirait dans la direction de la ferme do Trivaux; deux ou trois obus vinrent éclater assez près du corps de zouaves qui fut pris d'une folle panique et se dispersa en' poussant des hurlements.

J'accourus aussitôt vers la droite, craignant un instant qu'elle n'eût été tournée par les Prussiens, mais il n'en était rien ; je retrouvai les officiers occupés à rallier leurs hommes, je les aidai et nous parvînmes enfin à les lancer dans les bois qui conduisent à la ferme de Dame-Rose. Je fis avancer en même temps la l'"'' division dans la direction de la pointe de Verrière, et enfin je lançai le 7'' bataillon des gardes mobiles sur le groupe de maisons du Pavé-Blanc ; puis, comme le feu de l'artillerie ennemie redoublait de vivacité, je fis entrer successivement en batterie toute mon aitilleHe de 12 et de 4, ne me réservant que les mitrailleuses.

Tout allait bien : la garde mobile avait gagné du terrain vers la gauche, la 2". division la suivait, la supériorité de notre artillerie sur l'artillerie ennemie s'accentuait, lorsque tout à coup, vers la droite, quelques fractions de zouaves pris d'une folle panique, se débandèrent et se jetèrent à travers bois ; et depuis lors je ne les ai plus revus. Mais j'ai appris que de grand malin (i) heures), les premiers fuyards rentraient dans Paris. (11 y a lieu de faire exception pour la fraction appartenant au S'' régiment, qui, ralliée par ses officiers, est rentrée au château de Meudon, où elle s'est maintenue jusqu'au moment où elle a reçu l'ordre de rentrer dans Paris.) Ce funeste exemple produisit une déplorable impression sur nos jeunes soldats do la l""*^ division, et quelques obus venant à éclater dans leurs rangs y jetèrent un assez grand désordre; tous les bataillons reculèrent successivement, quelques-uns assez vivement pour me faire redouter une débandade. Cependant nous parvînmes, avec le secours de quelques bons officiers, à les calmer, et nous pûmes exécuter notre retraite en très-bon ordre, toujours soutenus par l'artillerie qui

s'échelonnait avec beaucoup de calme et tirait avec une grande précision, protégée par la cavalerie, dont l'attitude est restée toujours très-satisfaisante.

Arrivé à hauteur des bivouacs de la l''^ division, je fis arrêter; je donnai l'ordre à cette division de reprendre ses sacs qu'elle avait laissés dans son campement, et je prescrivis verbalement au général de Caussade, commandant la 1'*^ division, et au général d'Hugues, commandant la 2«, d'aller prendre leurs emplacements de campement : le premier, en arrière de la droite de la redoute de Clamart , et le deuxième en arrière et à gauche de la même redoute, ajoutant que les hommes pourraient faire la soupe, mais que l'on devait toujours être en mesure de prendre les armes, dans le cas où l'ennemi viendrait à avancer.

Je fis armer de deux batteries de 12 et de deux batteries de 4 les épaulements que j'avais fait préparer la veille sur le plateau et à gauche, près du Télégi-aphe; je disposai de même deux batteries dans les épaulements préparés à droite, au-dessus de Clamart.

Toutes ces dispositions étaient à peine prises, lorsqu'une batterie ennemie ouvrit son feu dans la direction de Sceaux; elle fut soutenue successivement par deux, trois et quatre batteries, auxquelles les nôtres répondirent avec avantage ; elles les forcèrent à reculer d'abord et enfin à disparaître complètement.

Pendant ce temps, le moulin de Plessis et les parcs de Plessis Piquet étaient toujours occupés par les sections de volontaires et par le 15« de marche de la prem.ière division, sous les ordres du lieutenant-colonel Bonnet. Le combat sur ce point fut trèsvif. — Malgré l'éloignement momentané, malgré le feu trèsviolent de la niousqueterie et de l'artillerie, ce détachement résista dans cette position jusque vers 1 heure, et fit alors la retraite en très-bon ordre, maintenant parfaitement l'ennemi en

respect.

Vers 1 heure, le calme était à peu près complet; pour la seconde fois notre artillerie avait éteint le feu de l'ennemi, lorsque nous aperçûmes sur le plateau, à gauche de la route de Versailles, d'assez fortes colonnes ennemies Je fis ouvrir le feu sur elles, à peu près à une distance de 1,000 mètres; elles ripostèrent par un feu de mousqueterie auquel répondirent également nos hommes placés dans la redoute, nos mitrailleuses et nos pièces de 12.

L'artillerie ennemie reprit également son feu dans plusieurs directions. Tout allait bien, cependant, et je me préoccupais dos moyens d'assurer les approvisionnements de l'ouvrage en vivres et en munitions ; j'avais fait venir, dans ce but, l'intendant du

/l'ii DEFENSE DE PARIS.

l'orp!^ (l'armée, lorsque je fus informé que l'oau manquait coinplétemenl dans l'ouvrage et clans le village de Chàtillon, deiuiis la veille au soir, les conduites ayant été coupées. J'envoyai immédiatement le colonel du génie Corbin vérifier le fait et reconnaître s'il n'existait pas quelque citerne ou quelque puits pouvant suppléer à l'eau des conduites; mais au bout d'un certain temps il vint me rendre compte qu'il fallait renoncer à tout espoir de ce côté, qu'il n'y avait plus réellement une goutte d'eau sur le plateau ou dans le village.

En même temps le général commandant l'artillerie me rendit compte que l'approvisionnement de munitions pour les pièces de 12 était à peu près épuisé. J'en avais bien demandé, depuis plusieurs heures, mais je n'avais reçu aucun avis de leur envoi.

Enfin, j'apprenais que par suite d'un malentendu des plus regrettables, le général de Maussion avait évacué l'excellente position de Bagneux, et que notre flanc gauche se trouvait ainsi complètement à découvert; que la l'" division, au lieu de se maintenir sur l'emplacement assigné, à hauteur de la partie supérieure du village de Chàtillon, était descendue tout entière vers le fort d'Issy; que la deuxième était descendue vers le fort de Vanves. J'envoyai immédiatement l'ordre à ces deux divisions de remonter en toute hâte sur les positions abandonnées, et le général d'Hugues, commandant la 2» division, put s'y conformer avec la majeure partie des troupes sous ses ordres. Quant à la l'^ division, il avait été impossible de la retrouver. — J'ai su, en effet, depuis que, dès 1 heure, le général de Caussade avait abandonné sa position sans oi-dre, et, aussi sans ordre, était rentré dans Paris. Lorsque je lui ai demandé, ce matin, l'explication d'une si étrange conduite, il m'a répondu que voyant la route couverte de fuyards, et n'entendant plus le canon du fort de Clamart, il avait pensé que le fort était abandonné, et que ne sachant où me trouver pour prendre mes ordres, il avait cru devoir prendre sur lui de rentrer dans Paris. Vous apprécierez. Monsieur le Gouverneur, la conduite de cet officier général.

Dans les conditions où m'avaient placé les divers incidents que je viens de relater, je dus penser à préparer mes moyens de retraite : rien ne pressait, et j'aurais probablement attendu lasoiiéo ou même la matinée du lendemain, s'il ne s'était produit un nouvel incident ([ui impressionna d'une manière très-fàcheuse bs défenseurs du fort.

Pendant que la fusillade s'échangeait entre l'ennemi formé en bataille deriière une grande haie, à environ •1,000 mètres du fort, cjuclques balles vinrent tomber dans les rangs d'un bataillon d'infanterie posté en arrièi-e de la Hedoute, entre ladite redoute et

les batteries du Télégraphe. Ces jeunes soldats se mirent immédiatement à tirer, sans ordre, dans l'étroite ouverture qui était devant eux. Leurs balles sifflèrent aux oreilles des défenseurs de la Hedoute et des artilleurs.

Je lis sonner : « cessez le feu ; » je m'épuisai en cris et en démonstrations, et j'eus beaucoup de peine à obtenir la cessation du feu.

Les défenseurs de la Redoute, à partir de ce moment, montrèrent moins de calme et de résolution. Comme on signalait l'occupation de Ra gueux par l'ennemi et sa marche dans la direction de Fontenay-aux-Roses, je me décidai à me retirer en bon ordre avant que notre ligne de retraite ne fût tout à fait menacée.

Je prescrivis à l'artillerie de faire filer les coffres vides et les autres voitures inutiles. Je retirai successivement les pièces en batterie à droite et à gauche du plateau, ainsi que les trois mitrailleuses qui étaient dans la redoute.

Je voulais même emmener les pièces qui étaient dans l'ouvrage ; mais, par une fatale erreur, les avant-trains avaient suivi les caissons vides et étaient déjà trop éloignés pour qu'il fût possible de les faire revenir. En conséquence, j'ordonnai d'enclouer les pièces, ce qui fut fait avec soin par M. le capitaine Saint-Vincent lui-même ; puis je fis écouler les troupes de ligne qui étaient dans l'ouvrage. Je maintins seulement sur la face principale une compagnie d'un bataillon d'Ille-et- Vilaine dont les hommes avaient bonne contenance, ainsi qu'une section de sapeurs du génie, et lorsque la route de Vanves me parut parfaitement dégagée je donnai l'ordre à ces deux petites troupes de cesser le feu et d'évacuer la redoute, ce qu'elles firent en trèsbon ordre, à une allure très-modérée et sans être un seul instant inquiétées par l'ennemi.

Tel est, Monsieur le Gouverneur, l'ensemble des faits qui se sont passés dans la journée d'hier. En somme, la journée n'a pas été mauvaise. J'ai la conviction d'avoir fait beaucoup de mal à l'ennemi; si quelques corps ont été quelque peu impressionnés par le premier effet du feu, beaucoup ont réellement fait bonne contenance, une fois la première impression passée, et c'est, je crois, une excellente leçon pour nos jeunes soldats, qui, pour la plupart, se sont maintenus résolument sous un feu d'artillerie trèsvif pendant huit heures.

J'aurai l'honneur de vous soumettre ultérieurement les noms des officiers, sous-ofiiciers et soldats qui se sont particulièrement distingués.

. Nos pertes sont relativement peu importantes. J'aurai l'hon-

i4G DEFENSE DE PARIS.

iiour (lo vous en faire connaitrc exactement le cliiCfre aussitôt que les rapports des chefs de corps me seront parvenus.

Hcccvez, Monsieur le Gouverneur, l'assurance de mes sentiments dévoués et respectueux.

Le Général commandant en chef les 13« et i¥ corps,

Signé : Ducrot.

Note de M. le capitaine Trêve.

M. Trêve, capitaine de vaisseau, ayant, à la suite de ses nombreux travaux sur le magnétisme, inventé un appareil exploseur, trouva l'occasion de l'utiliser avantageusement dans les circonstances suivantes :

En septembre 1870, à son retour de Cherbourg, où, dès les premiers bruits de guerre, le ministre de la marine l'avait envoyé établir une seconde zone de torpilles au large de la digue, il proposa au Gouvernement de miner certains points des environs de Paris.

M. Dupuy de Lôme appuya son projet et vint lui-même sur les lieux diriger ses opérations. Mais il était déjà tard : l'ennemi s'avançait à marches forcées, et le matériel ne répondait pas à tous les besoins. Il fallut tout improviser et, grâce à l'activité et au dévouement de M. Bréguet, M. le commandant Trêve parvint rapidement à organiser un matériel assez complet.

Le 17 septembre il établissait plusieurs mines sur le plateau de Châtillon, tous les fils conducteurs aboutissant au fort de Vanves (dislance 1,800 mètres).

Dans la journée du 20, des groupes ennemis se montrant dans le petit bois qui couronne les hauteurs de Châtillon, M. le commandant Trêve donna le feu à l'une des mines.

Un journal de Cologne, du 21 septembre 1870, rendit compte de cet incident par la phrase suivante :

« Les Français ont établi un grand nombre de raines entre Meu- « don et Montrougc; l'une d'elles a éclate hier à Châtillon cl « blessé quelques soldats bavarois. »

L'ennemi fut vivement impressionné par cette mine éclatant sous ses pieds à une telle distance, et la crainte de voir tout lo terrain miné jusqu'aux remparts a pu le rendre plus circonspect,

cl a peut-être contribué, daus une certaine mesure, à empêcher une attaque de vive force.

Extraits des procès-verbaux du Gouvernement de la Défense nationale, relatifs aux élections de la garde mobile.

SÉANCE DU 12 SEPTEMBRE 1870 (sOJr).

M. Gambetta signale les embarras suscités partout par les choix d'offlciers de la mobile.

M. Picard émet l'avis de soumettre les grades à l'élection, même sous le feu de l'ennemi.

M. LE MINISTRE DE LA GUERRE combat cct avis, qui paraît de nature à désorganiser les cadres au moment de la lutte. Le Conseil ajourne cette question.

SÉANCE DU 14 SEPTEMBRE (soir).

M. le général Troghu signale l'indiscipline des gardes mobiles de la Seine, qui refusent de se rendre aux postes, où ils ne se trouvent pas suffisamment abrités. Ils ont refusé d'aller à la redoute de Gravelle.

M. le général Le Flô propose le désarmement de ce bataillon (le 11«) et un ordre du jour qui signale ce refus en face de l'ennemi. Cet avis est approuvé.

M. Picard et plusieurs membres du Conseil demandent que l'élection des officiers vienne couper court à ces désordres.

M. les généraux Trochu et Le Flô objectent le danger de désorganiser les cadres devant l'ennemi. Les officiers paraissent pour la plupart fort mal choisis. Il est décidé qu'il sera fait un exemple sur certains d'entre eux qui manquent à toutes les lois militaires; de ce nombre sont MM. Ernest Baroche, de Boigne, Piétri, etc.

SÉANCE DO 15 SEPTEMBRE (sOÎr),

M. Simon insiste sur la nécessité de révoquer les quatre offî-

4i8 DKFENSE DE PAIUS.

ciers do mobiles les plus compromis ; ce sont MM. de Boigne, Piéti'i, Casanova et Ernest Baroche.

M, le général Troghu consent à cette révocation, qui peut être considérée comme faite et qui sera demain à YOflicieJ.

SÉANCE DU 16 SEPTEMBRE (sOir).

M. Gambetta annonce qu'on se plaint de plus en plus des mobiles. Il croit que les élections seraient le seul remède à ce mal. En tout cas, le désordre ne peut être plus grand avec des ofliciers élus, et au moins les pi'étextes auront disparu.

M. Magnin appuie cette proposition en se fondant sur des exemples.

M. DE Kératry, préfet de police, conseille également l'élection.

Ces élections sont décidées et décrétées pour le lundi 19.

M. le général Le Flô exprime des craintes quant au résultat de cette mesure.

SÉANCE DU 18 SEPTEMBRE {matin).

M. le général Trochu déplore de ne pas s'être plus énergiqucment opposé aux élections des officiers de la garde mobile. Ces élections produisent une véritable désorganisation.

Paris, 11 octobre 1870.

Rapport du Ministre de la guerre sur l'organisation des corps francs.

Depuis l'ouverture de la campagne contre la Prusse, un grand nombre de corps francs, dus à l'initiative individuelle, ont été levés à Paris et dans ses environs.

Le Gouvernement leur a prêté son concours en donnant des commissions aux officiers, et des armes et des munitions aux hommes de troupe.

Quelques corps francs ont même reçu, à titre exceptionnel, des objets d'équipement, des subsides, etc.

Le nomlnc de ces corps suffit aujourd'hui à tous les besoins du service, et il y aurait de sérieux inconvénients à en augmenter le

nombre, et à distraire de la garde nationale et de l'armée des hommes qui y ont leur place marquée naturellement.

Le moment est donc venu de régler déllnitivement l'organisation de ces corps. J'ai, en conséquence, l'honneur de proposer au Gouvernement de la Défense nationale d'adopter les propositions contenues dans le projet de décret ci-joint :

Article premier. — Les corps francs existant en ce moment à Paris, et dont l'organisation a été autorisée , seront maintenus en activité pendant tout le temps de la durée de la guerre contre la Prusse.

Art. 2. — Chacun de ces corps sera placé sous les ordres d'un commandant militaire.

Art. 3. — Les officiers, sous-officiers, caporaux ou brigadiers et soldats qui en font partie, pourront, en vertu d'arrêtés du ministre de la guerre, être traités, sous le rapport de la solde et des vivres, comme la garde nationale mobile.

Aucune autre allocation, soit en deniers, soit en nature, ne pourra leur être faite par le département de la guerre.

Art. 4. — Dans le cas où des bataillons de la garde nationale sédentaire de Paris seraient autorisés à former des compagnies de volontaires destinés à faire des sorties, il ne sera rien changé à la position des officiers, sous-officiers, caporaux ou brigadiers et gardes nationaux de ces compagnies, sous le rapport de la solde et des vivres, c'est-à-dire qu'ils continueraient à être traités exactement comme les autres gardes nationaux sédentaires.

Art. 5. — Aussitôt après la promulgation du présent décret, il sera passé une revue d'effectif par un fonctionnaire de l'intendance militaire.

L'effectif constaté à cette revue ne pourra jamais être dépassé,

Art. 6. — Il sera délivré de nouvelles commissions à tous les officiers des corps francs par le ministre de la guerre.

Art. 7. — Les grades dans les corps francs ne donneront à ceux qui en exercent, ou qui en auront exercé les fonctions, aucun droit à. un grade régulier dans l'armée.

Art. 8. — Il ne sera plus délivré, à dater de la promulgation de ce décret, aucune autorisation de lever des corps francs.

Art. 9. — Le ministre de la guerre est chargé de rexécution du présent décret.

Extrait d'une lettre du Général Le Flô, Ministre de la guerre, en date du 7 octobre 1870.

Commandant,

J'ai reçu votre lettre et j'ai examiné avec la plus sérieuse attcution les diverses demandes que vous m'avez adressées.

En principe, le pantalon rouge est exclusivement réservé aux troupes régulières, mais en raison des services particuliers rendus par l'escadron des éclaireurs à cheval de la Seine, je consens à l'autoriser, par exception, à adopter ce pantalon.

Le Ministre de la guerre,

Sirjnù : Général Le Flô.

ORDRE

11 est ordonné à M. le capitaine d'artillerie Polhier, directeur des ateliers de construction des mitrailleuses de Paris, d'organiser un corps franc d'artillerie, pour le service des mitrailleuses et autres engins de guerre que le Gouvernement de la Défense nationale lui confiera.

Paris, le 23 septembre 1810.

Le Ministre des travaux publics, Signé : Douian,

Jules Favre, Emmanuel Ar.\go, Eugène Pelletan, Ernest Picahd, Gamuetta, Jules Simon, Jules Feuhy.

Pour copie conforme :

Le Chef de bureau du cabinet du Ministre des travaux publics, ■ -

Sitjné : E. Bkscherklle.

iVRRÈTÉ.

Le Ministre secrélaire d'Etat au département des travaux publics,

Sur la proposition de M. l'inspecteur général des i^onts et chaussées, chargé par intérim des fonctions de secrétaire général et de directeur général des ponts et chaussées et des chemins do fer,

Vu l'ordre, en date du 23 septembre 1870, par lequel le Gouvernement de la Défense nationale charge M. le capitaine d'artillei-ie Fothier, directeur des ateliers de construction des mitrailleuses à Paris, d'organiser un corps franc d'artillerie pour le service de ces mitrailleuses et. autres engins de guerre,

AniîÊTE ce qui suit :

Article premier. — La dépense qu'entraîneront l'organisalion et le fonctionnement du corps franc précité sera imputée, sauf remboursement ultérieur, s'il y a lieu, par le Département de la guerre, sur les fonds du chapitre 1 du budget extraordinaire de l'année 18~0.

Art. 2. — Cette dépense sera payée en régie, et à cet effet M. Peynot, conducteur des ponts et chaussées, est nommé régisseur compt.iljle.

Paris, le 30 septembre 1870.

Signé : Dorian.

Le 2 janvier 1871, le Journal officiel de la République française publiait le décret suivant :

Le Gouvernement do la Défense nationale.

Vu le décret du Gouvernement de la Défense nationale, endate du 23 septembre 1870, relatif à l'organisation d'un corpsfranc d'artillerie pour le service des mitrailleuses et autres engins de guerre ;

Vu l'ordre donné au commandant Pothier, le 2i décembre 1870 de compléter l'organisation dudit corps,

452 dp:fense de paris.

DiôcntTr, :

Article premier. — Le corps d'artillerie constitué par décret, en date du 23 scptomijre 18~0, sous le nom de Corps franc d'nrtiJlorio (service des mitrailleuses) prendra à l'avenir la dénomination de Corps d'artillerie des mitrailleuses.

11 sera affecté à l'essai et au service des pièces et d'autres engins de guerre fabriques par l'industrie privée.

AuT. 2. — Il sera composé de huit batteries à pied, d'un parc d'artillerie et d'une batterie de parc montée.

(Suit la composition des cadres.)

Art. 3. — Les engagements n'auront lieu et les grades ne seront conférés que pour la dm*ée de la guerre.

Art. 4. — Le ministre de la guerre et le ministre des travaux publics sont chargés de l'exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 2 janvier 1871.

Signé : Général Troghu, Jules Favre, Jules Ferry, Jules Simon, Eugène Pelletan, Ernest Picard, Garnier-

• Pages.

Par le Gouvernement de la Défense nationale :

Le Ministre de. la guerre,

Signé : Général Le Fi.ô.

Monsieur le Ministre,

Dès le début du siège de Paris, un appel énergique fut fait par vous à l'industrie privée, qui eut dès lors une part active à la défense nationale et entreprit la fabrication des pièces de canon.

Le type adopté fut la pièce de canon de 1, et bientôt les commandos furent réparties entre les industriels, par la Commission du génie civil.

Aussitôt la production arrivée, un personnel spécial fut désigné par vous pour prendre les pièces des mains de l'industrie, les essayer, les former en batteries et les livrer à l'année avec les munitions fournies par l'artilloiie. C'est le parc du corps

d'artillerie des mitrailleuses que vous avez chargé de cette tâche, dont je viens vous rendre compte en dehors des procès-verbaux qui vous ont été adressés après chaque série d'expériences.

Nous étions en présence d'industriels habitués à la construction et à l'ajustage de machines parfois très-délicates, parfois très-puissantes, mais dans lesquelles les chocs, comparables à ceux de l'explosion de la poudre, sont inconnus. De là, un élément entièrement nouveau pour eux et dont ils devaient ignorer absolument l'effet, de là aussi, certains insuccès au début.

Notre rôle devient alors double.

Les membres du génie civil qui étaient chargés de surveiller la fabrication, et notamment leur président, furent invités à venir assister à nos essais ; ils purent ainsi se rendre compte des vraies difficultés et y porter remède dans les pièces en cours de fabrication. Leur attention fut attirée vers certains détails qu'ils avaient jusque-là considérés comme superflus, et dont au contraire l'exécution réclamait la plus scrupuleuse exactitude.

Il y avait déjà, à coup sûr, quelques vices irrémédiables, défauts de fonte, de rayure, d'ajustement, etc., qui, en temps normal, eussent fait rejeter les pièces.

Mais il nous fallait tenir compte des circonstances exceptionnelles , non-seulement mettre de côté toute coquetterie, mais même faire abstraction, dans beaucoup de cas, de certains défauts qui ne pouvaient pas présenter d'inconvénients immédiats.

Telle était pour nous la mesure à saisir, et, en dehors de cela, notre devoir était d'exiger la perfection de tous les détails indispensables à la précision, à la portée du tir et au service des pièces.

Telles sont, Monsieur le Ministre, les considérations qui nous ont guidés dans les premiers essais faits, chaque jour, pendant une longue période, au fort de Montrouge.

Nous devons dire ici, du reste, que nous avons trouvé pendant ces essais, de la part des membres de la Commission du génie civil, une patience et un zèle qui leur ont rapidement permis de diminuer dons une grande mesure les défauts des premières pièces.

L'un de ces Messieurs fut même désigné pour réparer, avec une escouade d'ouvriers, les pièces rentrées au parc, et continua à se livrer pendant deux mois à cette tâche ingrate.

Là ne devait pas se borner notre rôle; il fallait pouvoir dire aux officiers à qui l'on confiait ces armes nouvelles : Ces pièces ont tiré dans les conditions réelles du tir de campagne, non

A'o\ DEFENSE DE l'AUIS.

pas dans un polygone, mais sur l'ennemi ; nous connaissons leurs défauts, comme leurs qualités. Voici comment on peut remédier aux uns et profiter des autres.

(î'est alors que, cherchant ù utiliser ces essais dans la jourm-c du 21 décembre, nous avons pu, ce jour-là, avec des pièces neuves, canonner, de la redoute du Moulin Joly, les convois des Prussiens entre Cormoil et Argenleuii.

Enfin, une fois les pièces mises en service, il fallait recueillir des officiers et servants, les observations de chacun, de manié iv à compléter le dossier de la pièce de 7, et de tous côtés les observations ont été d'accord avec celles des essais : grande précision de tir, grande portée, mais difficulté dans l'extraction de la cartouche, nuisant peut-être à la grande rapidité du tir. Cet inconvénient, dû à l'imperfection des chambres, a nécessité l;i création d'un outil extracteur qui l'a considérablement diminué. Enfin, Monsieur le Ministre, je terminerai cette noie en indiquant brièvement les services rendus par les pièces de 1, fabriquées par l'industrie privée pendant la deuxième période du siège de Paris.

Plateau d'Avron 31 pièces. Décembre.

Armée active 48 — Décembre et janvier

Moulin Joly 12 — 21 décembre.

Moulin Gibet G — Décembre et janvier.

Fort de Vanves 8 — Janvier.

^■illcjuif 2 — D»

Fort de la Briche .... 4 — D»

6e secteur 13 — D"

A ces différents postes, les pièces ont été servies et commandées par des hommes et des officiers des divers corps d'artillerie, et partout il y a eu concordance parfaite entre leurs appréciations "et les prévisions tirées des essais.

Tel est. Monsieur le Ministre, l'historiciue des travaux do la Commission que vous avez chargée de l'essai des pièces do 1.

Cet exposé complète les renseignements contenus dans les procès-verbaux que j'ai eu l'honneur de vous adresser.

Le Directeur du parc du corps d'avtilh'ric des uiitruilleuscs,

Sifjnâ : L.M'hade.

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