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SERVICE DES VIVRES DE LA PLACE DE PARIS

^lenseignements sur les effectifs de l'armée de Paris aux diverses époques de la défense, et sur les approvisionnements de cette armée.

PRKMIEUE PARTIE. — EFFECTIF DES RATIONN.MnES.

Le i® août 1870, toutes les troupes disponibles ayant été diri- isto. — Août, gées sur l'armée du Rhin, le nombre de rationnaires n'est que d'environ 25,000, répartis dans les places de Paris, Vincennes, Versailles et Saint-Germain. Sur cet effectif, inférieur de moitié à celui des temps ordinaires, 17,000 sont servis par la manutention des vivres de Paris, 8,000 par les manutentions des trois autres places qui recevaient la farine de Paris.

Dans les 17,000 rationnaires de Paris, figurent 4, 1G4 hommes de la garde nationale mobile de la Seine.

Cependant, les distributions du mois de juillet donnent une moyenue journalière pour Paris de 29,600 rations, ce qu'il faut attribuer tant aux distributions faites aux troupes de passage regagnant l'armée, qu'aux réserves de vivres emportées par les corps de la garnison appelés à faire campagne.

Dans la deuxième quinzaine d'août, à la suite de nos désastres, qui rendent imminent le siège de Paris, les effectifs s'élèvent rapidement par l'arrivée :

De quatre régiments d'infanterie de marine, formant une division de 10,000 hommes, de brigades armées de douaniers, de gardes forestiers, de tirailleurs algériens et d'un bataillon de la légion étrangère, de nombreux quatrièmes bataillons de régiments de l'intérieur, destinés à former les régiments de marche du 13* corps, etc., etc.

Vers la fin d'août, l'effectif atteint plus de 130,000 hommes.

Au l'"'" septembre, par suite du départ du 13" corps pour Mé- Septembre, ziéres, il se trouve réduit à environ 93,000, dont 70,000 servis par la manutention du quai de Billy et par ses annexes, c'est-àdire par les services de fabrication et de distribution aue l'on

croc clans les forts, ci 70,000

Staticnnôs dans les trois places de Vincenncs, Versailles

et Saint-Germain, ci 10,000

Alimentés par la marine, qui avait été chargée de l'occupation dos forts de Romainvilie, Noisy, Rosny, Ivry, Dicèlre et Montrougo, ci 13,000

IjCS autres forts entrent, à cette époque, pour 15,000 rations tians les 70,000 du service des vivres de Paris.

Il avait été formé dans ces forts un approvisionnement de quarante-cinq jours, calculé sur les effectifs lixés ci-après :

500 hommes pour les redoutes (la Briche, la Gravclle et la Faisanderie) ;

2,000 hommmes pour les forts carrés (Vanves, Est, Nogent);

2,500 hommes pour les forts pentagonaux (Issy, Aubcrvilliers, Mont-Valérien, Charentoa et Vinccnnes) ;

4,000 hommes pour la Double-Couronne de Saint-Denis.

Cet approvisionnement a été entretenu jusque dans le dernier mois du siège.

Plus de 100,000 hommes de la gaixlc nationale mobile de la province arrivent à Paris au commencement de septembre.

Logés chez l'habitant, ils touchent d'abord une indemnité de vivres en argent fixée à 1 fr. 50 par homme et par jour.

Apres Sedan, le 13^ corps d'armée, fort de 35,000 hommes, se replie sur Paris; une division de 10,000 à 12,000 hommes occupe C.ichy.

Il arrive de l'Est des parties des 6« et 7" corps.

15,000 hommes de la garde mobile sont envoyés dans les forts, 3, £00 s'établissent sous Rosny, 3 bataillons du Tarn au plateau de l'Epine, près Montreuil.

Le 14« corps, disséminé dans les envii'ons de Paris, compte 35,578 hommes, savoir :

Quartier général . 1,005

l"-" division 12,913

2« id 10,000

3' id 11,000

Au li septembre, l'effectif des forts se trouve porté à 42,900 hommes, dont 29,900 dans les forts desservis par la guerre, y compris :

J Les nouveaux ouvrages de Villejuif, do Glamart, de Monlrolout et de Gennevilliers ;

13,000 dans les forts occupes par la marine.

Pur décision du 15 septembre, toutes les troupes de l'armée, sans exception, opérant hors Paris, ont droit aux vivres de campagne.

Un ordre du Gouverneur, en date du 29 septembre, alloue, à partir du l^"" octobre, le pain et les vivres de campagne en nature, ù l'exclusion do toute indemnité représentative en argent aux officiers sans troupe, aux officiers et aux soldats de l'armée et de la garde nationale mobile placés dans Paris ou hors Paris.

Les archives retrouvées à la manutention du quai de Billy, après la Commune, ne permettant point de reconstituer, par les distributeurs, l'effectif des troupes nourries à un moment donné, on ne peut avoir d'une manière précise, et seulement pour le service des vivres de Paris, que la moyenne journalière des distributions faites dans le 3" trimestre 1870.

Un relevé de ces distributions, établi pour le pain et le biscuit, denrées de distribution normale, fait ressortir celte moyenne à 53,960.

En tenant compte de ce que la moyenne des mois de juillet et d'août a été, la première surtout, très-inférieure à celle de septembre, on arrive pour ledit mois de septembre à environ 90,000 rations distribuées par jour par la manutention des vivres de Paris et ses annexes, ci. . . 90,000

Pour avoir l'effectif général, il convient d'ajouter :

1° Les troupes nourries par la marine 13,000

2° La moyenne approximative des rations distribuées en septembre par les services directs des corps d'armée, services s'alimentant par des envois de Paris. . , 62,000

La garde nationale mobile, d'un effectif de 113,000 hommes, ci 113.000

ne touche pas encore de vivres, mais elle les perçoit

à partir du l*'' octobre, en sorte que l'on peut dire qu'au Octobro.

commencement de ce dernier mois, l'effectif général à

nourrir n'est pas inférieur à 278,000

L'investissement est complet le 18 septembre.

A partir de cette époque, l'effectif des combattants militaires reste forcément stationnaire. Les distributions n'éprouvent d'autres mouvements que ceux résultant des allocations de vivres en nature faites à la garde nationale sédentaire, lorsqu'elle est appelée à opérer hors de l'enceinte, et d'autres allocations en nature qui sont autorisées en faveur de services divers ne se rattachant qu'indirectement à l'armée au fur et à mesure que les exigences du service militaire se développent et que les ressources alimentaires diminuent.

On ci(era les hôpitaux niililaircs, les ambulances créées de tous côtés, les sapcui-s-pompicrs, les sergents de ville, les employés du Ministère de la guerre, de la justice militaire, les ingénieurs, architectes et agents employés à la défense de l'extérieur, les employés des eaux, les ingénieurs et agents des télégraphes; les ouvriers civils employés par le service du génie cl de l'artillerie, les sous-ofliciers cl agents de l'École polytechnique, etc., qui sont admis à toucher des vivres dans les magasins militaires.

^ ivcnibro. Vers la fin do novembre, plusieurs bataillons mobilisés de

la garde nationale sédentaire sont envoyés hors de l'enceinte et reçoivent les vivres.

A celte époque, la moyenne des distributions et expéditions de pain fuites à la manutention de Dilly et de ses magasins annexes de l'intérieur, est de 240,000 rations, ci ... . 240,000

Ce chiffre est à augmenter de la fabi'ication des forts annexes de la manutention de Paris 12,000

De celle de la marine 15.000

De celle du service créé à Saint-Denis, où le corps de défense du nord de Paris dépasse 30,000 11,000

De celle de Vincennes 20,000

Effectif général. . . . 2'Js 0:)0

Décembre. En décembre, la consommation s'augmente encore par suite de

l'envoi autour do Paris, vers le 20, de quatre-vingt-deux bataillons de la garde nationale formant un effectif de près de 45,000 hommes et le nombre total des rationnaires s'élève à plus de 310,000.

Comme contrôle des évaluations qui précédent, on a établi, pour le 4" trimestre 1870, comme on a fait pour le 3®, le relevé général des distributions effectuées par le service des vivres de Paris et de ses annexes. Ce relevé, qui est joint à la présente note, fait ressortir i^our le pain et le biscuit une moyenne de 115,080.

Le complément pour atteindre le chiffre de 310,000 indiqué i)lus haut, est fourni par les services des divisions qu'alimentaient journellement des envois de Paris et par les manutentions de Vincennes, de Saint-Denis et de la marine. 1871. — Janvier. En janvier, de nombreux l)ataillons de la garde nationale touchent les vivres, quoique paraissant devoir rester dans Paris, et la consommation journalière augmente do 1 à 8,000 rations.

Le corps de défense du Nord de Paris, ù Saint-Denis, compte plus de 30,000 hommes; 21,000 se trouvent à Courbevoie, 20.000 à Nuuilly.

Du 17 au 18 janvier, les divisions de Susbielle, Berthaut, de Bellemare et Faron, avec 30 batteries d'artillerie, font mouvement, et environ 100,000 hommes de l'armée, de la garde nationale mobile et de la yarde nationale mobilisée prennnent pour quatre jours de vivres.

Le 1^"^ février, les distributions de pain assurées par le service Février,

des vivres de Paris et de ses annexes s'élèvent en moyenne à 252,000, ainsi réparties :

Distributions directes aux parties prenantes .... Ii2,000

Envois aux comptables des divisions 110,000

Ensemble . . . 252,000 A quoi on ajoute le produit approximatif de la fabrication du service de Vincennes, ci . 20,000

Total 271000

L'Iiilcndaul militaire,

Signô : Peruier.

Note sur la mouture des grains.

• L'une des grosses difficultés qui se présenta pour faire vivre la population de Paris pendant le siège, fut la mouture des blés qu'on avait emmagasinés dans la capitale.

Pour fabriquer de la farine avec le blé qu'on possédait, il fallait, en effet, des moulins. Or, on n'en avait dans Paris, avant le siège, que 3 ou 4, réunissairt 50-paifes de meules, 60 au plus. I Une paire de meules, en service régulier, ne fournit guère par jour que 15 quintaux de farine; les GO i)aires existantes ne donnaient que 900 quintaux, et tous les jours il en fallait 0,000 quin- 'taux i)Our approvisionner la population de 2 millions d'àmes. On 'dut donc ajouter 340 paires de meules aux 60 existantes. I Mais comme les moulins improvisés et disséminés dans des ateliers quelconques, avec des moteurs de tout genre, produisaient un travail moyen inférieur à celui des moulins bien établis et fonctionnant d'une manière normale, ce chiffre de 400 paires de meules dut être encore augmenté de plus d'un tiers.

C'est grâce à l'initiative du général de Chabaud-Latour qu'on pouvait disposer dans Paris d'un si grand nombre de meules ; il

avait, dès le mois d'août (du 18 au 21), demandé qu'on en fît venir 300 paires do La Fcrté-sous-Jouarre; sa motion avait été vivement appuyée par le maréchal Vaillant , M. Tiiiers et lo généra) Trochu. Aussi le Conseil de défense s'était-il décidé à commandej fes meules, qui arrivèrent à Paris avant l'investissement , et y lurent d'un si grand secours.

Les moulins ont broyé pendant le siège 40 millions de kilogrammes de blé et grains divers pour la population civile seu« iemcnt.

Il y avait encore bien d'autres difficultés à vaincre que celle de transformer ou de créer et d'installer toutes les usines nécessaires à cette énorme industrie qui employait à elle seule plus de 2,000 chevaux de force.

En effet, au lieu de moudre seulement le blé, l'orge, le seigle, les pois dont la trituration n'est pas difficile, il fallait, pour réduire en farine le riz, qui donne une poussière dure et poudreuse, l'avoine, qui a, au contraire, une pulpe huileuse, résoudre des problèmes spéciaux, délicats, et les résoudre sur l'heure.

11 fallait alimenter les machines à feu alors que le charbon et le coke avaient disparu. On a brûlé d'abord du pétrole, des huiles, puis du tan, du brai, et jusqu'à du fumier. Il a fallu improviser 500,000 sacs à farine, etc., etc.

La mouture n'arrivait qu'à grand'peine et seulement à la fin du siège, à produire chaque jour la farine nécessaire pour la consommation du lendemain. 11 aurait suffi d'un accident pour arrêter un ou plusieurs moulins et priver de pain une partie de la population, à côté des céréales non écrasées. De là, pendant le siège, bien des inquiétudes. Le Ministère de la guerre dut venir plus d'une fois en aide à la Ville en lui prêtant des farines pour suppléer à l'insuffisance de la mouture.

A M. lo Docteur Uicovd.

Versailles, lo 28 mai 1872.

Cher et excellent Docteur,

J'apprends que vous allez livrer à la publicité le résumé des travaux de vos ambulances pendant lo siège do Paris. Celte publication intéressera vivement la 2« armée, à laquelle avaient olè

spécialement attachées les ambulances de la Presse. Permettez donc à l'ancien général en chef de cette armée de vous répéter encore une fois ce qu'il a eu occasion de vous dire si souvent sur nos champs de bataille, aux lits de nos blessés, et même dans une circonstance solennelle, sur les tombes de nos chers morts !

En toutes occasions nous vous avons trouvé d'un zèle admirable, intelligent, dévoué, aussi bien lorsqu'il fallait ramasser nos blessés sous le feu de l'ennemi, que lorsqu'il s'agissait de les soigner dans ces salles où tout avait été organisé par vos soins, avec une admirablç sollicitude... Et permettez-moi de vous rappeler particulièrement ces excellents Frères de la doctrine chrétienne, si modestes , si dévoués, en môme temps si vaillants. . . et aussi ces ambulances mobiles qui, tous les jours, sortaient de Paris, sur cinq points du périmètre, et parcouraient les tranchées et les postes avancés... Combien de malheureux fiévreux, congelés ou blessés, leur ont dû la vie, ou du moins de précieux adoucissements dans la mort !

Je serais heureux si vous vouliez bien m'associer à la publication de voti'e travail, en y joignant ce témoignage de ma bien vive et sincère gratitude.

Veuillez être près de vos zélés collaborateurs l'interprète de mes chaleureux remerciments, et croyez, cher et excellent Docteur, à mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.

Signé : Général Ducrot.

A M. lo Docteur Ricord.

Saint-Denis, le 30 janvier 1871.

(Quartier général du corps d'armée.)

Moi>sieur le Président et cher Docteur,

Au moment où la guerre semble à son terme et où les malheurs qui en sont la suite vont ainsi prendre fin, je ne veux pas quitter le commandement des marins et celui du corps d'armée de Saint- Denis, sans me rendre, près des ambulances que vous dirigez, l'interprète de la reconnaissance de ceux qui servent avec moi , pour les soins si empressés et si intelligents que, sous votre

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énci'giqiio impulsion , elles ont apportés à leur douloureuse mission.

En aucune circonstance, dans l'organisation comme dans l'emploi des transports des blessés , dans l'assistance et dans les consolations à donner à ceux qui tombaient, ou bien sous le feu de l'ennemi, dans la san,;j;lante affaire du 21 décembre, au Bourget, le service des ambulances et de leurs médecins, celui des brancardiers, Frères do la doctrine chrétienne ou autres, ne s'est trouvé au-dessous de la tâche qui lui incombait.

Elles ont apporté à l'intendance, déjà si surchargée do tant d'occupation, un concours opportun et efficace.

Il est de mon devoir autant que de mon sentiment, Monsieur le Président , de vous exprimer la confiance qu'elles nous inspiraient, et de vous assurer combien nous avons su apprécier leur utile et incessante coopération.

Je vous demande do transmettre à tous ceux qui vous secondaient avec tant de dévouement, le témoignage de cette appréciation, et notamment à M. le docteur Demarquay, à M. de La Orangerie, à M. l'abbé BauOr, à M. Gouzien.

Veuillez agréer, Monsieur le Président et cher Docteur, l'assurance de la haute considération de votre tout dévoué serviteur.

Signé : De La RoNCiÈnE-LE Noury,

Vico-Ainiral, commandant les marins détacbijs à Paris et le corps d'armée de Saint-Denis.

A M. de La Granrjcrio.

Taris, le 24 juin 1871, Monsieur le Sccrétaii-e général,

Je ne veux pas que vous remettiez à l'intendant militaire chargé des hôpitaux, au ministère de la guerre, votre belle ambulance de Longchamps, sans vous remercier personnellement dos services que vous avez rendus pendant le siège do Paris, à l'armée de la défense nationale.

Le Comité des ambulances do la Presse et l'Administration que vous dirigiez, ont prouvé, pendant dLx mois, tout ce qu'on

pouvait nltoiidrc de l'initiative privée, bien comprise par des hommes de dévouement.

Vous avez très-heureusement combiné les secours aux blesser» sur les champs de bataille avec les soins que réclame leur état dans les ambulances. Vos voitures, en desservant quotidiennement les postes avancés établis hors des fortifications, sur la ligne extrême de défense, ont ramené bien des malheureux atteints par les maladies ou par le feu de l'ennemi , et l'organisation administrative , aidée par des médecins zélés et intelligents , accourus en grand nombre à l'appel de votre président, n'a rien laissé à désirer.

Je souhaite que votre œuvre rencontre plus tard des imitateurs aussi infatigables que vous et vos collègues, et que la sévère économie dont vous avez fait preuve, la simplicité des moyens d'action quo vous avez si heureusement combinés, donnent des résultats aussi considérables que ceux dont je suis heureux do vous féliciter.

Croyez, Monsieur le Secrétaire général, à mes sentiments de sincère attachement et de parfaite considération.

L'Intendant général des armées de la Défense

nationale.

Signé : Wolf.

1 »<■ CORPS d'armée. XXV.

ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL. l'J scplcmbrc 1870.

ORTDRE.

L'escadron Franchetti est incorporé dans le 14e corps, sous les ordres du général Ducrot.

Il aura pour mission d'opérer en avant des grand'gardes de l'armée et de surveiller les mouvements de l'ennemi.

Pur ordre :

La Général, chef d'étal-major général, Signé : Appeut.

4Gi

DEFENSE UE TAIUS.

Rapport au Général Ducrot.

21 septembre 1870.

Mon Général,

Suivant vos ordres, j'ai Lattu aujourd'liui la presqu'île de Cennevilliers, où je n'ai trouvé aucune trace de Prussiens, partout les redoutes et les ouvrages sont déserts et sans troupes ; les villages sont abandonnés. Sur l'autre rive, Bezons est rempli de Prussiens.

J'ai pu, en dissimulant mes cavaliers derrière les maisons, surprendre une troupe ennemie groupée sur l'autre rive et lui faire subir un feu meurtrier.

En revenant le soir par le village de Colombes, le poste qui garde la barricade m'a salué d'une décharge sans crier « Qui vive !» et a immédiatement abandonné son poste ; je n'ai pu rattraper les fuyards qu'au pont de Neuilly.

Le rond-point de Gourbevoie est faiblement gardé, et nos sentinelles avancées ne se tiennent qu'à une distance de cent mètres. Gependant Nantcrre n'est point occupé par les Prussiens, qu'on ne voit qu'à Rucil.

Le peloton que j'avais laissé dans ces parages, en rentrant, a été fait prisonnier par la gendarmerie et pris pour des uhlans. L'a raison donnée est certes flatteuse, car l'officier affirmait qu'il n'y avait pas dans l'armée française de cavalerie aussi bien montée.

Signé : FnANCHEXTi.

Paris, le 27 septembre 1S70.

Général Trochu a Général Vinoy.

Mon cher Général ,

Ceci n'est point une lettre officielle, c'est un exposé que jo vous fais, dans un intérêt public dont vous êtes préoccupé comme

DEFENSE DE PAHIS. 465

moi, des difficultés spéciales qui viennent s'ajouter à chaque instant aux difficultés générales de ma situation. Les unes et les autres forment autour de moi un perpétuel conflit que ne peuvent pas trancher les moyens ordinaires , lesquels sont aujourd'hui impuissants.

Il me faut, pour en sortir, le concours des bons esprits, et je réclame tout particulièrement le vôtre.

L'idée que vous avez eue de renforcer par votre artillerie attelée les points faibles de notre enceinte ou de nos dehors, était assurément juste, et je n'ai pu que l'approuver; mais je pensais que vous vous borneriez à prescrire le placement des pièces, en utilisant la préparation existante, sans percer d'embrasures et sans modifier la forme du rempart.

En opérant autrement vous avez blessé sans le vouloir, et troublé dans ses responsabilités spéciales, le général de Bentzmann, qui commande l'artillerie do cette partie de l'enceinte. C'est un excellent homme, autant qu'un excellent officier, qui, atteint d'une maladie incurable, a voulu consacrer un reste de vie à la défense de Paris. 11 s'est achevé en efforts de toute sorte pour préparer, avec des moyens tout à fait insuffisants, l'armement de la zone de l'enceinte où il opère. Douloureusement affecté par les faits que j'ai rappelés ci-dessus, il paraissait disposé à se retirer. J'ai l'espoir que le général Guiod apaisera ses préoccupations, et qu'elles n'auront pas d'autres suites fâcheuses pour nos affaires.

Mais je vous demande instamment de ménager avec soin des susceptibilités qui sont respectables, parce qu'elles ont pour origine des sentiments de dévouement à la chose publique, supérieurs aux susceptibilités d'arme spéciale, auxquelles d'ailleurs le règlement donnerait raison dans le cas présent.

Assuré d'être bien compris, je n'insiste pas, et vous renouvelle , mon cher Général , l'assurance de mes sentiments dévoués.

Signé : Général Troghu.

ORDRE

La reconnaissance offensive que le général Vinoy, commandant le i8« corps, effectuera demain matin à la pointe du jour,

comprendra le quadrilatère formé par les forts de Bicêtre et d'Ivry, le village de L'Ilay et la ville de Choisy-le-Roi, qui en sera l'objectif.

La base de cette petite opération sera le terrain dissimulé aux vues de l'ennemi, dont le front est masqué par le village de Vitry, l'ouvrage du Moulin-Saquet, le village de Villejuif et l'ouvrage des Hautes- Bruyères. C'est en arrière de ce front qu'arriveront et se formeront les colonnes.

La colonne de droite, une brigade, cheminant en avant de l'ouvrage des Hautes-Bruyères, sa droite appuyée aux hauteurs de la Bièvre, aura pour mission d'occuper L'Hay, point que j'ai lieu de croire très-solidement défendu par des levées de terre, de l'artillerie et de l'infanterie. Cette brigade s'y tiendra pendant tout le cours de l'opération, qu'elle est essentiellement chargée de couvrir contre des retours venant dje la droite par la route de Sceaux.

Une seconde colonne, qui pourra être d'un régiment seulement, occupera Chevilly, qui est à peu près dans les mêmes conditions de défense que L'Hay, et devra également y demeuror pendant toute l'opération. Une colonne spéciale, débouchant de Villejuif par la grand'route, ira occuper le point où cette grand' route coupe le chemin de Chevilly à Choisy-le-Roi par Thiais.

Il y a là une patte d'oie qu'il faut tenir. Le reste des troupes, moins la brigade gardée en réserve, formera une grosse colonne dont l'objectif sera Thiais et Choisy-le-Roi. Cette colonne cheminera par le plateau en avant du Moulin-Saquet, s'appuyant aux pentes de gauche. Aucune colonne ne sera engagée sur la route de Vitry à Choisy-le-Roi, qui est enfilée par l'artillerie. — Il a été entendu avec le général Vinoy i{ue l'ensemble de ces troupes serait formé par la division de Maud'huy, une brigade du général Blanchard, une brigade du général d'Exea, et les bataillons de mobiles disponibles. Des ordres de détail très-précis, où entreront la fixation des heures et le calcul de la durée de la marche de chaque groupe, seront donnés à la réunion qui aura lieu aujourd'hui chez le général Vinoy. Les brigades des divisions Blanchard et d'Exea, qui concourront, devront faire leur mouvement, sans bruit, ce soir à la chute du jour, les chemins reconnus et les vivres pris. Elles coucheront toutes deux à portée de leur débouché du lendemain. La brigade de la division d'Exea sera tenue en réserve, pendant toute la durée de l'opération, en un point convenablement choisi. La brigade restant au général Blaneliard devra se borner à faire, par des tii-ailleurs convenablcmcnl soutenus, une reconnaissance telle que celles qu'on exécute journellement sur les hauteurs do Chiitillon. La

brigade restant au général d'Exea et sa cavalerie se tiendront pendant l'opération en avant du fort de Charenton , la droite du côté de Maisons-Alfort, la gauche vers Gréteil, chargée d'en- Jever la ferme des Mèches, qui paraît seule occupée par l'ennemi. La cavalerie battra la plaine, en évitant de se masser. Le général d'Exea ne pourrait pousser plus avant dans la plaine , du côté de Choisy-le-Roi, sans comprometti'e très-inutilement son effectif, par le feu des défenseurs de ce dei'nier point et de Montmesly. Son opération latérale, comme celle du général Blanchard, n'est qu'une démonstration à distance.

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