‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 3)Chapitre 47 sur 87 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TRAVAUX ENTREPRIS AVANT L INVESTISSEMENT POUR COMPLÉTER LA DÉFENSE DE PARIS.

Dés le 15 juillet, le général de Chabaud La Tour, entré AciiYité

^iployée par ministère du 10 tout.

iepuis quelques mois dans le cadre de réserve, était rap- ^i^niJière

Delé à Tactivité et chargé de la mise en état de défense

DÉFENSE DK PARIS.

i\ rages exl rieurs

fie Paris ; il avait, comnie nous l'avons vu» contribué, en 18 il et 1844, malgré la résistance acharnée de ropposilion d'alors, à faire adopter par les Chambres le projet de fortification.

Le 26 juillet et le 7 août, on eonslilua des Commissions spéciales chargées de surveiller et de hiUer les travaux de défense ; mais jusqu'à nos preniiers revers, on n'avait enwre fait que des études préparatoires; les seuls Iravaux entrepris étaient la construction dans les forts de quelques traverses pour l'artillerie.

Après la chute du ministère OUivîer, on se mît à Vœw vre avec une fiévreuse énergie. On mura 13 portos, on m rétrécit ui dont les larges débouchés fuj*eni réduits à ua ou deux ponts-Ievis, . , . On ferma les trois passages de rivière^ les deux entrées des canaux, les neuf entrées de chemin de fer, on çépara les fossés, on abattît au dehors les murs, les plantations voisines des remparts qui encombraient les zones de servitude. On ouvrit les emltrasures des canons dans le parapet, on construisit des magasins t\ poudre, on remplit les citernes, on blinda les portes cl les passages, on prépara les inondations, on effondra, on organisa pour la' défense les mille carrières dont les terrains des environs de Paris sont criblés.

Lo simple exposé de ce ({ue fit et dépensa le génie mililaire, peut donner une idée de Timportance de tous les travaux accomplis avant le i septembre.

Un [)lanta (>! kilomètres courants de palissades, on fit i millions de sacs à terre, on acheta 12,000 futailles pour gabions ; l'atelier de Versailles, à lui seul, fabriqua plus de 1,000 gabions et fi, 000 fascines, celui de Tavenue d'Orléans à Paris produisit 0,000 gabions, 15,000 fascines, 12,000 claies et 9,000 picjuels.

Le total des dépenses s'éleva à 10 milUons.

Les approches des forts n'étant pas suffisamment bat-

lus, de nombreux points faibles existant entre eux, il entrepris

^ ' avant

était nécessaire de construire des. ouvrages destinés à l'in^esUMwiei] augmenter les moyens de défense de la zone fortifiée. couvernemen

Dès le 1" août 1870, le Gouvernement de la Régence ^^^''''^' y porta toute son attention et il fut décidé que les fortifications de Paris seraient complétées par des ouvrages extérieurs, afin de pouvoir parer à la nouvelle portée de Tartillerie, qui changeait toutes les conditions de Tattaque et de la défense (1).

La construction des forts de Montretout, de Gennevilliers, de CliâtiUon et des Hautes-Bruyères, fut résolue en principe, et dès nos premiers échecs, Tadministration des domaines reçut Tordre de mettre à la disposition du génie les terrains nécessaires.

Malheureusement les formalités d'expropriation demandèrent beaucoup de temps ; de iplus, Tétat-major supérieur du génie attachait trop d'importance à Torganisation pure et simple des ouvrages de fortification permanente en vue de la défense rapprochée, tels que : amé- ' lioratioH et régularisation des parapets, embrasures et plates-formes, traverses, palissadement des chemins couverts, barrières, organisatioto défensive des poternes, portes et communications, etc! . . .

Tous ces travaux, qui auraient pu être entrepris pendant le siège même, au fur et à mesure des besoins, absorbèrent un temps précieux, et on négligea tout d'abord les ouvrages de la défense active, tels que l'occupation du plateau de Villacoublay, des hauteurs de Meudon, de Saint-Cloud, de Montretout, etc. (2).

(1) Lors de la conslruction des forts et de l'enceinte, rartillerie de »iége portait à 1,600 mètres; Tartillerie do campagne à 800 mètres; la mousqueterie de 300 à 400 mètres.

Aujourd'hui le canon de siège a une portée de 8,000 mètres.

(2) Dans la défense de Sébàstopol. les Busses vinrent occuper, en avant

fOO . DEFENSE DE PAHIS.

Le personnel militaire manquant, on laissa fortifier oes points importants de la défoQso extérieure par des ingénieur^ ou des enlrepretieurs civils qui y apportèrent plus d'activité et de bonne volonté que de pratique et de savoir, notamment dans l'organisation défensive de la ban- ^ lieue (i)* ™

mcuhu Si la direction fit, dès le début, un peu défaut, presque Il d'œuvre. loyjours la mam-d œuvre montra une inertie et uïie mauvaise volo^ité que Ton ne pot vaincre. Malgré l'urgence, il était impossible de faire travailler les ouvriers la noiL Néanmoins, îe ministère Palikao fit tous ses efforts pour activer les travaux sur le plateau de Châtîllon, aux Hautes-Bruyères, dans la presqu'île de GennevilUcrs, à Montre tout ; partout enfin on donna un commencement d'exécution aux projets du 1" aoûL

Après le 4 septembre, les difficultés furent bien autres ; les ouvriers rre voulaient plus travailler j ils élaieut en République, il leur fallait des armes et non des outils; sur 6 j 000 ouvriers qui étaient à la redoute de Montrelout,

de leur première position, une seconde lit^ne de défense composée d'ouvrages (iulachés et armés d'une ar-lillcric formidable. On sait ce que coula aux alliés la prise des uiivrngcs blancs, du Mamelon-Vert, de la redoulo des carrières, des ouvrages du cimetière, etc. . .

(l) Le Bas-Meudon, M.nidon, Clamart , Chalillon , Bagncux , Arcueil. Villejuif, \'ilry, Maisnus-Alforl, Crotcil, Saiiit-Maur, Joinville, Nogenl. Fontenay, le Haincy, Noisy, Aubervilliers, Asnieres, Courbevoie, Sainl- Cloud, formant une lisière de près de soixante et dix kilomètres de tour, furent l'objet de Iravaux gigantesques qui montrent l'esprit de sacrifire des habitants, mais qui montrent également le peu de savoir milit^e de ceux qui les ont entrepris.

Les lignes de défense ne furent pas déterminées, les réduits furent mal disposés ou firent défaut; enfin, on fit un abus prodigieux de maisons crcnclrcs et de barricades : les maisons crénelées exigent le morcellement exagéré des troupes qui échappent forcement ainsi au commandement et à la direction générale. Les barricailes 'gênent la circulation; si l'on veut pn-ndre l'offensive , on est oblige de les détruire, ce qui donne l'éveil à l'ennemi.. On aurait du, ainsi ([ue le prescrivent les premiers préceptes de fortification, laisser de côté les maisons, ne créneler que le» murs de clôture, avec des fv ux croisés à l'entrée des rues.

500 seulement revinrent prendre leurs travaux ; il en fut de même pour tous les autres ouvrages; il fallut faire venir à grands frais des ouvriers de province.

La redoute de Châlillon établie à rentrée du pla- Aperçu

^ des principaus

teau, j9t à cheval sur la route, était beaucoup trop prés ouvrages, de l'enceinte ; le Pavé-Blanc, coté 169, lui masquait une partie du plateau ; de plus, elle pouvait être facilement tournée par les bois de Meudon en passant derrière la ferme de Dame-Rose et la ferme de Trivaux. •

Uouvrage de Meudon s'appuyait au château ; il flanquait assez mal la redoute de Chàtillon, car il n'avait aucune vue sur l'ennemi s'avançant à travers les bois touffus de Meudon et Clamart.

Redoute de la Capsuleric. Cet ouvrage quadrangulaire s'élevait au-dessus de Sèvres ; on devait le relier avec l'ouvrage de Meudon par l'étang des Fonceaux et une ligne d'abatis ; tous les bois en avant auraient été coupés. Le temps et les bras manquèrent pour exécuter ces travaux complémentaires et indispensables.

Brimborion s'élevait sur le contour du mamelon où se trouve Bellevue ; il enfilait la vallée de la Seine et battait directement le pont de Sèvres.

Lr7 redoute des Brosses^ établie sur la hauteur du même nom, dans le parc de Saint-Cloud, commandait la route de Ville-d' Avray et la route de Vaucresson.

La redoute de Montrctout battait Saint-Cloud, la route de Vaucresson et une partie de la rive gauche de la Seine.

Le fort de Gcnnevilliers bouchait la trouée entre le fort de la Briche et le Mont-Valérien ; en même temps il contrebattait les hauteurs qui ferment la presqu'île d'Argenteuil.

Pour compléter et soutenir cette redoute, on dut éta-

tioa.

blîr des ouvrages au Petit-Nanlerre, à Colombes el ime lunette à Villeneuve-la^'Ga renne, etc.

Dans la presqu ilo de Sainl-Maur ot au sud de Paris, on travailla avec acliviié à la redoute du Petit-Parc, à la batterie de Port-à*r Anglais, au Moulin- Saqtiet, aux Hantes-Bruyères, a veut faire La plupart do CCS ouvrages, Monlretout, Chàlillon, idefùrUcâ- llaules-Bruvères, Gonncvilliers, devaient, dans le principe, avoir deux étages de pièces de gros calibre avec casemates. . . pour cela il aurait fallu du temps, des hommes. . . Mais après Sedan nous ne trouvions plus d*ouvrîerSj et d*heure en heure rcnnemi élait ftltendu,, . 11 aurait doue fallu suiMe-champ ne plus .songer aux ouvrages de grande fortification et se consacrer tout enlier à établir de solides ouvrages de câTupagiie- . - Laissant de côte les voûtes, les traverses en pierre, on auniil dû faire les plafonds, les abris, les parados avec de la terre, des troncs d'arbres, des poutres, des rails..* Malheureusement il n'en fut pas ainsi : Tétat-major du génie voulut continuer à élever de majestueux ouvrages réguliers et permanents ; le 16 septembre, la veille de Tarrivée des Allemands, on travaillait encore dans les redoutes de Montretout, de Chàtillon, à des traverses en maçonnerie.

Cependant la plupart des ouvrages entrepris étaient assez avancés au moment de Tarrivée des Prussiens pour qu'il fût possible de les mettre promptement en état de défense ; quelques-uns seulement n'avaient reçu qu'un commencement d'exécution, comme l'ouvrage du Pelit- Nanterre, celui de Colombes, la lunette de Villeneuve-la- Oarenne, etc. . .

Tout le reste, avec de l'énergie, do la résolution pouvait être occupé sans trop de risques. . . Mais le Gouverneur s'effrayait un peu de l'immensité de la tâche

d'une défense si étendue et si complexe. < Il s'agissait, « disait-il, de lutter contre un véritable anachronisme, c l'anachronisme des fortifications. . . Celles que nous « avions à utiliser avaient été conçues assurément et très- « bien exécutées par des hommes du plus haut mérite, « mais pour un temps où la portée maxima de l'artillerie « de siège était de 1 ,600 mètres, la portée maxima du « canon de campagne de 800 mètres, la portée maxima € de la mousqueteric de 3 à 400 mètres. . .

« Nous allions être aux prises avec une artillerie de € siège qui portait à 7,000 mètres, des hauteurs de Chà- € tillon jusqu'à l'île Saint-Louis, avec des canons de € campagne qui portaient jusqu'à 3,600 mètres, avec une < mousquelerie qui portait à 1,000 et 1,200 mètres.

« Tout était donc à refaire et complètement à refaire. € Paris, sur presque toute son étendue, était entouré de « hauteurs qui le dominaient : celles de Villejuif, de Chà- « tillon, de Meudon, de Bellevue, de Saint-Cloud, de € Montretout, d'Ormesson, de Pinçon, d'Avron. . .

€ Pour être en sécurité dans Paris, il aurait fallu oc- € cuper ces hauteurs ; pour les occuper, il aurait fallu « 100,000 hommes de troupes régulières de plus, et six « mois de travaux au lieu de six semaines. >

Cette opinion du Gouverneur de Paris expUque pourquoi il avait négligé les travaux extérieurs et repoussé, de prime abord, la proposition faite par le général Ducrot, de défendre le plateau de Chàtillon.

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