‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 3)Chapitre 71 sur 87 · OBSERVATIONS SUR LE COMBAT DE LA MALMAISON · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LE COMBAT DE LA MALMAISON

On a dit, on a écrit à propos de ce combat, qu'apr notre commencement de succès nous aurions dû conti nuer à marcher en avant et faire notre percée sur Ver sailles, où les Allemands étaient fort inquiets.

Nous avons déjà exposé quel était notre double but aguerrir nos soldats et dégager notre gauche, Dac rordre de mouvement qui précède ce récit, les propar tions de Topération avaient été parfaitement délînies, k objectifs soigneusement déterminés et limités. Il s'agia sait d'une forte reconnaissance offensive, afin de

oupcs • prussien .

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triyatùw ./ . . en iiieti .

*vi Hleui i WT /yi /ion ce .

idre compte des positions de Tennemi et de lui enlever

lelques-uns de ses avant-postes : entre autres, la Mal-

Tiison et les barricades établies sur la route de Bougival.

Pour cette opération nous avions choisi dans chaque

[ . îsion ce qu'il y avait de plus sûr, de plus solide ; nous

[' ons porté en avant des francs-tireurs de la ligne, les

jf *iaves, des compagnies de ligne, des chasseurs à

fVd... mais ces éléments divers , bien qu'excellents,

î^\^i été groupés pour Faction même, sous le comman-

|.fnent de chefs nouveaux, n'avaient pas tout Ten-

5,::ible, toute rhomogénéité désirables... Cependant,

|i icun sur son terrain avait rempli son rôle, partout,

jUs ce combat qui avait été des plus chauds, on s'était

* tii avec vigueur, avec entrain ; après avoir repoussé

J àvant-postes de l'ennemi, nous avions entamé ses

•^^itionsdu côté de la Jonchére. Malheureusement, dans

':^&d de l'action , on perdit de vue le but assigné ; en

laissant entraîner au delà, on occasionna des pertes

ieuses.

; Ijùoi qu'il en soit, le résultat avait été supérieur à ce [■ nous pouvions espérer, vu la faiblesse numérique V troupes et leur variété.

W'A nous avions voulu tenter une entreprise plus consi- ^;.;ftble, nous aurions employé des éléments plus nom- ^l|âx, moins disparates, et surtout nous n'aurions pas J^tatencé l'action à une heure.de l'après-midi. Jr "fto peste, cette trouée sur Versailles était loin d'être y'ie. L'armée allemande, en établissant dans cette ville ^.^ quartier général, avait pris, dès les premiers jours, î^ !'\W les précautions, toutes les mesures pour la mettre JÇ ''abri d'un coup de main.

' lë terrain s'y prêtait admirablement : La grande * :-:jùt par la vallée de Sèvres, Chaville, Viroflay, sui ;" véritable défilé entre de hautes collines boisées, of-

410 DÉFENSE DE PABIS.

fruii de noonbreuse» posilioiis défeiisives; lo$ autres rouies, par VïlleJ'Aimj', par Yaacres&on, IraverseEt m pays très-di£Bdle, couvert d'obslades que nous-mêmes avkms eoœre aofmentes : avant riBTestissement» los ingrâieurs avaient dépavé la plupart de ces roules sur de grandes étendues, ils avaient fait des coupures, élevé des barricades y etc.» etc.; en cherehant à défeBÙt Psris, 3s ^rraienf foriiSé Versailles,

U avait fallu peu de temps à nos ennemis pour tirer tout le parti possible de ces travaux divers, multiples, et vers le milieu d'octobre^ leurs lignes de défense étaienl très-solidement établies.

Partant de la Seine, la preniière ligne passait par la maison Meurice, rexiremité orientale de Bougival, le bord du plateau de la Jonchère^ la lisière du bois Béranger, traversait le rarin de Saint-Cucufa et se pn>longeait parle mur crénelé du parc de Buzenvai jusqu'au plateau de la Bergerie, où rennenii avait utilis<^ les tranchées profonde? deslinées à conduire Teau a Fhospice Brezin. De là, passant par le village de Garches, elle allait se relier au parc de Saint-Cloud à la porte de Villeneuve, puis elle suivait le mur de ce parc et se proloni:eait par Sèvres, etc.

Derrière celte ]»remière ligne était une deuxième beaucoup plus forte encore : elle passait par Bougival, la Celle-Saint-Cloud, le haras Lupin, véritable forteresse llanquee par des batteries ou des blockhaus , et ayant comme réduits un redan et un ouvrage à cornes ; puis elle se continuait par Vaucresson , Thospice Brezin, le château de la Marche, le village de Marnes, Villed'Avray, etc. . .

Une troisième enfin passait par Louveciennes, le chiîteau de Beauregard, le Butard, Jardy, la butte de Picardie, etc. . .

Tous ces travaux étaient augmentés, perfectionnés chaque jour; mais au 21 octobre, ils étaient déjà formidables. Après le combat de la Malmaison ils furent continués (1), et non pas entrepris à cette date comme Tout prétendu certains récits.

Une flèche fut élevée autour du pavillon de la Jonchère, dont nos zouaves avaient si vaillamment chassé l'ennemi ; au-dessous on établit un blockhaus pour enfiler le ravin de Saint-Cuçufa, le mur Est de la villa Metternich fut crénelé, et on prolongea les tranchées sur la pente en avant de la Jonchère. Toute la grande rue de Bougival, depuis l'extrémité jusqu'au pont détruit fut barricadée, pour empêcher de fortes colonnes de la traverser dans le cas où nous obtiendrions un succès sur l'aile gauche.

Vers Buzenval et la Bergerie, les Allemands continuèrent à construire, pour les grand gardes, des abris blindés contre le feu de l'artillerie, et à abattre les maisons en avant du parc de Saint-Cloud ; puis des batteries furent construites dans le parc pour dominer les hauteurs de Garches, et flanquer la première ligne entre Villeneuve-l'Étang et la Bergerie.

En un mot, tous les jours l'ennemi travaillait sans relâche à augmenter la force de sesî trois lignes de défense.

Quant aux troupes qui les défendaient, elles étaient nombreuses, solides, et, sans les user par un service continuel , toutes les mesures se trouvaient prises pour qu'elles offrissent le maximum de résistance.

Le 5* corps, qui se trouvait devant nous, couvrait tout le terrain entre la Lanterne de Démoslhène, dans le parc de Saint-Cloud et Port-Marly. Il se reliait, à

(1) Voir : Opérations du 5* corps prussien t par SUeler von Heyde-» kampf, page ^6.

4lf DÉFENSE DE PARIS,

droite» à la 21* division (II* corps), arrivée le 11 octobre dans la ligne d'investis&ement et chargée de défendre la vallée de Sé\Tes; a gauche, à la division de landwehr do la garde, établie à Sainl-Germain depuis le 12 octobre; il se reliait également à la 8* division qui, insUllée a Argentcuîl, œuvrait la presqu'île et défendait le passage du fleuve jusqu'à Ghatou et Croissy.

La 9* division du 5* corps avait lout le terrain entre la Lanterne et le haras de Vaucresson ; la 10* division, le reste de la ligne. Chaque division avait une brigade d* avant -postes, Fautre formait réserve principale de li division (1)>

(1) \'u la po**itiûn életiduo occupée pur lo eorpt d'Armét?. le commirndsiil dfi corp« {von Kirchbaçb) avaîl eonllé, in iws de GûmbAt, la dirt^tbn aux <?ouittiaadaiit^ de» dhbionfi, Jcur lab&niil tûulp^ llbeH< poor

^«UiblJr leutB ouvrage» défen^ir?;; Il UotiuaU Beul^niont les 4irtlr«s géoérau% pl HHiînlPuaU i'cnienlo nt^c**s«aîre eolt^ lés dffiijc di%*îgloiis ; îl ^'è* itiil rétervù ïa dispoaUîori exclusive df^ réserve» g^néralf^, ^ue lirt cunimanduiUi^ de dîvîâlone ne pouvnietil mctiris en til4?rt« qu^ dant 1*» cas urgents.

Chaque brigade d'avant-posto était divisée en deux secUons, une par ri'giiiifnl.

1" S«M'li(jn de l'aile «Iroitc de la 9» division : Parc de Saint-Cloud <>.•• cM\u' par un ivirinirnl d"infanlorie cl deux compagnies de chas&.eiir?.

Vn Nalaillon fournissait les avanl-po>tes d«^s «leux côtés du châtean depuis la Lanterne jusiprà la grille d'Orléans le long du !nur .lu parc. In antre hatailh.n les fournissait depuis la grille d'Orléans jusqu'à la p(trl<- (]<* Nillcncuve.

Les -ciiliiicll»^- (Idubles >«e tenaient au pied même du versant et le K»ng du mur N'»r<l du parc; derrière elles, à peu de dislance, les gran<i garilfs. Lis soutiens élaiont abrités dans les cours du château de Sainl- Cloud. au ehàleau de N'illeueuve . sous les tunnels de la roule, du ch-^min df fer, et dans les diffrrenl> bâtiments du i)arc.

Le '.l'' batailbtn et les deux compagnies de chasseurs formaient la l'i' serve sjirriii/e a N'ille-tl'Avray et Marnes.

('-hat|ue e.Miqiagnie de chasseurs f»)Ui'nissait un poste de sou^-oflicie^. l'un à la retloule de Montreloul. l'autre à la croisée des roul« s de i^ainttlloud à nu/.eiival et de Garchcs à Suresnes.

A eelle seelimi étaient allaehés un escadron et uni' batterie ; l'escadron. ^auf lis plantons «ju'il fc.urnissait aux avant-post«s. se trouvait à N'ersailles ; la batterie à .lardy avec deux pièces détachées à Viiled'Avra\ .

Les sentinelles el les grand'gardes indiquaient exao-

2* Section de l'aile gaucho de la 9*^ division : Un bataillon fournissait les avant-postes depuis la porte de Villeneuve jusqu'au nord de Garchcs; un deuxième sur le plateau de la Bergerie jusqu'au bois d3 la vacherie de Saint-Cucufa. Deux compagnies de chasseurs détachaient deux postes de sous-officier, l'un à Ja maison du curé, l'autre au mur du parc de Buzenval au nord de la Bergerie.

Les soutiens occupaient des baraques construites dans le jardin de Thospice Brezin, dans le parc du château de la Marche et dans le Haras.

Les réserves spéciales, un bataillon, deux compagnies de chasseurs, un «scadron, une batterie et une section de détachement sanitaire occupaient Marnes, le château de la Marche et Vaucresson.

La réserve principale de la 9« division (une brigade d'infanterie, deux batteries divisionnaires, quatre batteries de réserve, deux escadrons et une compagnie de sapeurs), était cantonnée à Versailles; la place d'alarme était à Jardy.

3* Section de l'aile droite de la 10* division : Un bataillon aux avantpostes ; les sentinelles doubles se reliaient à celles de la 9" division au delà de Saint-Cucufa, suivant la lisière nord-est du bois Bérangcr, jusque et non compris la Jonchère; les soutiens étaient abrités dans le kiosque, les maisons et les baraques sur le plateau de la Colle-Saint- Cloud.

La réserve spéciale, deux bataillons et un peloton de dragons à la Celle-Saint-Gloud.

4* Section de l'aile gauche de la 10« division : Jusqu'à la Seine à l'extrémité Est de Bougival, un bataillon aux avant-postes.

Les sentinelles doubles de cette section occupaient les hauteurs en avant de la Jonchère. elles étaient retranchées; en avant de Bougival se trouvait une grand'garde vers Hueil. Les soutiens se trouvaient dans la villa Metternich et à Bougival, à quelques centaines de mètres de la barricade.

Dans le parc de la Malmaison était un poste de sous-offlcier.

La réserve spéciale, deux bataillons, trois pelotons de dragons et une batterie, se tenait dans la partie sud-est de Bougival.

La réserve principale de la iO*' division (une brigade d*infanterie, trois escadrons, trois batteries divisionnaires, deux batteries à cheval de la réserve , deux compagnies de sapeurs , un détachement sanitaire) occupait le Chesnay , Rocquencourt , les Gressets , Saint-Michel , Louveciennes, Monlbuisson et Prunay; sa place d'alarme était à Beuuregard.

A la 9" division, il avait été décidé qu'en cas d'attaque de la part de l'ennemi les compagnies de chasseurs se porteraient en toute hâte sur les hauteurs de Garches, l'une sur les deux côtés de la redoute de Montretout, deux entre celle-ci et le château de la Bergerie, la quatrième vers la ferme de la Bergerie. Dans ces positions, les chasseurs devaient, par leurs feux, obliger l'ennemi à se déployer, et, l'attaque bien engagée, se retirer sur la partie fortifiée de la position. Pendant ce temps , les

tement la première lîgoe de défense; les réserves spéciales de chaque régiment d* avant-poste marquaient à peu près la deuxième ligne, et enfin les deux réserves principales (une par division) avaient leurs cantonnements sur la troisième ligne, ou en arrière, suivant les ressources des localités; les places d'alarme étaient sur cette troisième ligne à Beanregard et à Jardy.

L'ennemi avait en avant de sa première ligne quelqiies postes avancés : Malmaison, carrefour 112^ MoniretouE-.. maïs, comme nous l'avons vu, les chefs de ces postes avaient rordre de se replier devant une attaque sérieuse; l'ennemi ne songeait pas non plus à défendre vérilablement le long mur de Btizenval, qui était eomplétement sous le canon du Mont-Valérien, maia il avait accumulé les obstacles, dans le bois en arriére et sur le bord du plateau de la Bergerie, là où il étail entièrement défilé. Partout» du ît'sIp, les Allemands ont parfaitement appliqué ce principe : Voir sans être vu.

Pour se jeter au milieu de toutes ces lignes, pour chercher à franchir tous ces obstacles, il eût fallu déi forces autrement nombreuses et surtout bien autre^

grand'gardes et les soutiens devaient occuper cette position et la batte** rie de la réserve spéciale de la 2« section s'établissait sur l'emplacemeiil préparé près d Belle^Vue. L'infanterie des réserves spéciales se formait près du tunnel de la rouie et du chemin de fer, dans le psre de zi^aint-Cloud et près du château de Vaucresson.

La réserve principale se concentrait sur le plateau de Jardy, laissMoA à Versailles un bataillon de garde, un autre bataillon et une batterie.

A la 10« division, les grand'gardes avaient, en cas d'attaque, la môme mission à remplir que les compagnies de chasseurs de la d* divisioa* Les soutiens occupaient immédiatement les ouvrages fortifiés, renforcés par des troupes de la réserve spéciale. Celle-ci se concentrait derrièr* là crôte ouest du plateau de la Celle-Saint-Cloud et près du pont détruit de Bougival ; la batterie d'avant-poster de la ^ seotion allait prendre po« êiiion sur ton emplacement, à l'extrémité Eat de Bougival.

La réserve principale se rassemblait près de Beauregard.

DÉFiENSE DE PARIS. 415

ment solides que celles dont nous disposions le 21 octobre.

Si nos troupes avaient, à cette époque, acquis une certaine valeur, si elles étaient susceptibles d'un certain élan, elles manquaient encore de solidité et elles auraient été incapables de se maintenir contre les retours offensifs de Tennemi.

Malheureusement on confond souvent Télan et la solidité; cependant ce sont deux choses bien distinctes : l'élan peut s'obtenir d'une troupe jeune, manquant d'instruction, d'éducation militaire, de discipline même, et momentanément exaltée sous l'impression de sentiments généreux ; mais la solidité ne s'obtient que de troupes instruites, encadrées, bien exercées et rompues à la guerre. C'est ce qui a toujours manqué aux troupes de l'armée de Paris comme aux troupes des armées de province.

Le seul énoncé des forces fixes et des forces mobiles Résumé généra

t />j 1 «^ . sur le coiubai

accumulées en avant de nous, le 21 octobre, suffirait de ?»

' ' Malmaisoa.

à démontrer que la panique des Allemands dans Versailles , panique dont il a été tant parlé , a été un peu amplifiée par les habitants de cette ville... en proie à toutes les illusions de captifs, ceux-ci voyaient naturellement toutes choses à travers le prisme de leurs illusions et de leurs espérances; la fusillade, la canonnade se faisaient-elles entendre dans leur direction, que déjà, se croyant délivrés, ils s'attendaient « à voir dé- € boucher les pantalons rouges, »

A la vérité, cette affaire de la Malmaison qui, pendant deux heures durant, avait été des plus chaudes, et où plusieurs régiments prussiens avaient été éprouvés, causa une certaine attention expectante chez nos ennemis, chez les principaux chefs, chez le roi lui-même, accouru sur les hauteurs de Marly pour voir l'ensemble du

\\B DÉFENBK 1>E PARIS.

combat, qui pouvait être le préeursetir d'une sortie générale (1).

Mais, de U à dire que rarmée allemande ne pensait qu'à la retraite, ne songeait qu'à la fuite. . . c'est le fait d'une opinion plus inquiéle^ plus impatiente, qu'éclairée et consciente... Cette exagération était cependant compréhensible â une époque si prompte aux sensations extrêmes, et où les désirs laissaient si peu de place à la dure réalité des faits.

En résumé, cette sortie avait réussi au delà de nos espcrances : nos jeunes troupes s'étaient partout honorablement montrées, quelques-unes avaient été héroïques,.. enfin nous avions repoussé Tennemi hors des positions qui pouvaient gêner nos mouvements ultérieurs. Cet avantage matériel, dont Topportunilé et les conséquences échappaient au public et à Tennemi, était pour nous de la plus haute importance-

Désormais les Allemands se bornèrent à couvrir leur aile gauche < qu'ils considéraient comme très-avancée, » et « pour r avenir, » ajoute Thistorien des opérations du 5* corps prussien, « on renonça à établir des pièces à « ï extrémité Est de BougivaL >

C'était, pour le moment, tout ce que nous cherchions... tout ce que nous voulions.

(l) Le 21 octobre était bien dans notre pensée le précurseur d'una grande sortie sur la basse Seine.

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