‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 1 sur 84 · CONTINUATION DES TRAVAUX DE DEFENSE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DES TRAVAUX DE DEFENSE

Fin octobre.)

Dans le premier volume, après avoir exposé les opérations préliminaires immédiatement avant et après le blocus, nous avons montré l'activité déployée pour mettre Paris à Tabri d'une attaque de vive force , nous avons donné le détail de nos ressources de tout genre, nous avons fait connaître par quels travaux multiples, incessants, on parvint à les étendre, à compléter notre ma-

Travaux apn's je 21 octobre.

térîel, à organiser nos régiments, a donner une certaine homogénéité,, une certaine cohésion, m% éléoieuts si disparates, si fai|)les de la défense.

Ensuite nous avons rapporté les combats, les reconnaissances, les coups de main entrepris chaque jour pour instruire, former, aguerrir nos jeunes soldats.

Nos troupes organisées , Paris à même de faire tête partout à l'ennemi, nous avons expliqué le projet vers lequel tendirent tous nos efforts : rompre le cercle d'investissement en nous jetant sur les lignes allemandes du côté d'ArgenteuiL

Cette première partie de notre récit renferme \^ période de préparation ; nous allons maintenant entrer d^ns la période active, dans la période d'exécution.

De la défensive nous allons passer à l'offensive ; Tassiégeant renonçant à l'attaque et semblant s'immobiliser dans ses lignes, nous, assiégés, nous allons chercher à forcer ses retranchements . . .

Le combat de la Malmaison, qui n'était, nous l'avons vu, que le prologue de notre grande sortie vers le nordouest, nous permettait d'étendre notre gauche du côté de Rueil. Nous avions ainsi toute facilité pour établir sur le plateau des Gibets une redoute dont les feux battraient la vallée de la Seine et protégeraient nos colonnes au moment du passage.

Dès le 22 octobre, on commença les travaux des Gibets ; en même temps, une série d'ouvrages et batteries fut entreprise ou terminée, toujours en vue de la même opération, à la Folie, à Gharlebourg, au Petit-Colombes, au Petit-Nanterre , à Colombes, à Gennevilliers (1). L'épaisse digue qui longe le fleuve depuis Bezons jus-

(1) Quant à la redoute de Gennevilliers, elle était trop peu avaucée e( trop dominée par les batteries ennemies d'Orgemont et de Sannois pour qu'il fût possible de s'en servir.

qu'à Villeneuve-la^-Garenne devait également être utilisée, Ton y préparait de distance en distance des batteries de canons, de mortiers, de fusées.

Longtemps le Gouverneur de Paris et le général Duorot furent seuls initiés à ce projet de sortie par la Basse-Seine ; mais au moment où Texécution devint prochaine, il fallut en informer quelques-uns des chefs de service dont la coopération était indispensable, entre autres les commandants du génie, de l'artillerie, et Tingénieuren chef de la navigation, M. Krantz, spécialement chargé de la construction des ponts.

L'on espérait être prêt pour le 15 ou le 20 novembre ; on pensait, à cette époque, avoir défmitivement organisé un coi*p8 de 50 à 00,000 hommes, composé de nos meilleures troupes régulières, pourvu d'une nombreuse artillerie, bien servie, bien attelée, bien approvisionnée, où figureraient un certain nombre de pièces de 7, sur la justesse et la portée desquelles on avait de grandes espérances.

Malheureusement il y eut des mécomptes, et à la date du 15, nous étions loin encore d'une préparation complète, surtout en artillerie mobile et artillerie de position.

Cette dernière particulièrement se trouvait très-insufflsante comme nombre, comme calibre.

Le général Guiod, chef du service général de Tartillerie, se pf éoccupant outre mesure du corps de place et des forts, y immobilisait un matériel exagéré qui certainement eût été employé avec plus de profit dans nos postes extérieurs, et le général Frébaut, commandant l'artillerie de la 2" armée, ne pouvait obtenir le nécessaire pour armer les ouvrages de la presqu'île de Gennevilliers.

Il en résultait une lutte 'constante dans laquelle le

commandant de la 2* armée et le Gouverneur de Paris lui-même étaient trop souvent obligés d'intervenir.

La construction deg ouvrages marchait également avec beaucoup de lenteur. Le génie, tout comme l'artillerie, était tenu dans une dépendance fâcheuse vis-à-vis du commandant en chef du service. Le colonel Gorbin (commandant le génie du 14* corps), malgré Turgence, ne croyait pas toujours pouvoir se soustraire à certaines formalités qui occasionnaient souvent de préjudiciables retards.

Ainsi, lors de rétablissement de la redoute de Gharlebourg, le général Ducrot, pour en finir avec les hésitations de la Direction du génie, se vit obligé de prescrire au colonel Gorbin et à tout son personnel d'aller s'établir à la redoute même et d'y rester en permanence jusqu'à complet achèvement des travaux

Ge n'est pas sans regret que nous revenons sur ces dissentiments, ces rivalités, dont la cause première remonte à d'anciennes habitudes, à de vieilles coutumes, conséquence funeste d'un esprit exagéré de particularisme dans nos armes spéciales... mais nous avons tenu à faire ressortir certains vices d'organisation invétérés dans notre armée et auxquels, malgré de si dures leçons, nous n'avons pas su apporter un remède radical.

Nos travaux dans la presqu'île de Gennevilliers étaient donc loin d'être terminés au 15 et même au 20 novembre ; mais, à cette époque, une crue subite de la Seine qui aurait beaucoup augmenté les difficultés de passage , nous fit moins regretter toutes ces lenteurs.

Nous utilisâmes le temps qui nous restait à donner la dernière main à l'instruction, à l'organisation de nos troupes, et à l'achèvement de nos ouvrages, bientôt occupés par le régiment de zouaves et les mobiles de la Côte-d'Or; les zouaves fournissant les postes, du mou-

lin des Gibets et de la Folie , les mobiles , ceux de Chariebourg, Petit-Nanterre, Colombes, avec des avantpostes sur les bords de la Seine, en face d'Argenteuil.

Ces régiments étaient soutenus en arrière par les mobiles de Seine-et-Marne, dont les quatre bataillons occupaient tout l'espace entre Villeneuve-la-Garenne et Courbevoie. Cette ligne, un peu étendue, fut renforcée le 28 octobre par trois bataillons d'IUo-et-Vilaine (1", 2* et 4*) qui vinrent prendre position à Asnières.

Pendant ce temps, un autre bataillon de mobiles, le 4* des Côtes-du-Nord, s'installait à l'usine du rond-point des Bergères, afin de mieux assurer les communications • avec le plateau des Gibets (1).

Le même jour (28 octobre), la brigade Paturel (2* de ^ brigade

' ^ /» o \ PatureJ est mise

la 2* division du 14* corps) reçut Tordre de se rendre * {fu^^gj^nl^^^ à Bicêtre et de se mettre à la disposition du général ^^?^*c°o%"s^. *® commandant le 13* corps d'armée.

Le 424* fut cantonné au Petit-Ivry et sur la route de Choisy-le-Roi, au carrefour dit : « la Croix-du-Milieu » ; le 122' à Gentilly.

Pour remplacer cette brigade , la 4'* division du 14* corps étetidit ses cantonnements vers la gauche; couverte par les deux régiments de mobiles établis à Asnières, elle pouvait le faire sans inconvénient.

A la fin d'octobre, le vaste périmètre de Paris se positions des

..,.., , , troupes autour

trouvait divise en 4 grandes zones : de Paris à la fin

4" zone, de Villeneuve-la-Garenne au Point-du-

Jour, occupée par le 44* corps , sous les ordres directs

du général Ducrot (commandant les 43* et 44* corps);

2* zone, d'Issy à Rosny, 43* corps, général Vinoy

d'octobre.

(1) 11 était remplacé à Neuilly par le 5« bataillon de Selne-et-Oise, placé sous les ordres du général Marlenot.

6 DEFENSE DE PARIB.

laissé indépendant, les 13^ et 14' corps agissant sur des terrains trop éloignés ;

3* zone, de Rosny à Âubervilliers, contre-amiral Saisset;

4* zone, d'Aubervilliers à Saint-Denis, général de Bellemare.

POSITIONS DU 44* corps; TRAVAtJX EXÉCUTÉS.

Le 14* corps, occupant les mêmes emplacements qu'à la fin de septembre, défendait la Seine depuis Saint-Denis jusqu'au-Point-du-Jour :

La 1" division (d'Hugues) entre SaintrOuen et Clichy ;

La 2* division (de Caussade) entre Clichy et Levallois- Penret ;

Une dizaine de bataillons de mobiles à Neuilly et dans le bois de Boulogne;

La 3* division (de Maussion) à Boulogne ;

Deux bataillons de mobiles (3" de l'Aube et 5" du Loiret) à Billancourt.

Sur la rive gauche, le général Berthaut avec sa brigade (zouaves, 136*) et plusieurs bataillons de mobiles, gardait les abords du rond-point de Courbevoie et fournissait les postes avancés dans la plaine de Gennevilliers, en se reliant aux mobiles installés à Âsniéres.

Nous étions ainsi complètement couverts de ce côté, mais le général en chef devait penser au moment où, l'armée exécutant sa sortie, la défense serait confiée à des troupes encore plus inexpérimentées que les siennes.

Voulant faciliter leur tâche en augmentant les points d^appui qu'elles auraient à utiliser, il ordonna de presser les travaux commencés sur la rive droite de la Seine.

De Clichy à l'avenue de Neuilly, cette rive est commandée par le versant opposé, mais des rues parallèles

au fleuve permettent d'y établit* une solide organisation défensive; protégée en avant par la plaine de Gennevil- Hors, toute cette zone se trouvait suffisamment à l'abri d'une surprise.

Il n'en était pas de même vei^ Boulogne ; là, au lieu d'être couverts par de nombreux travaux et par le double fossé de la Seine, nous étions seulement à quelques mètres de l'ennemi, dont les batteries de Bellevue, Sèvres, Saint-Cloud pouvaient nous écraser de projectiles. Le neuve, notre seul rempart, décrivant une courbe concave de notre côté, donnait encore un avantage aux Allemands s ils tentaient le passage : leurs feux,, déjà dominants, Irès-rapprochés , eussent été convergents , tandis que les nôtres auraient été en contre-bas et divergents.

Préoccupé de l'infériorité dans laquelle se trouvait cette position dti bois de, Boulogne, le général en chef y fil pousser les travaux avec la f)lus grande activité (1).

Le parc Rothschild et le village de Boulogne, mis depuis longtemps en état de défense, furent à nouveau for»tiflés; on crénela toutes les maisons du bord de Teau; des ouvertures pratiquées dans les murs, des tt'an* chées creusées dans les tet^rains découverts, formèrent de nombreuses et faciles communications entre tous les avant-postes.

Une seconde ligne fut établie dans le bois de Botilogne, de la porte des Princes à la porte de l'Hippodrome.

Plusieurs percées dans le village de Boulogne et dans le bois, donnèrent des débouchés ; enfin des batteries furent disposées de manière à pouvoir croiser leurs feux sur les points les plus dangereux.

Les mobiles chargés de garder la Seine depuis le pont

\\) Voli* C^oqtils ti* 2.

de Sèvres jusqu'au Point-du-Jour, exécutèrent des travaux analogues à Billancourt et aux abords de ce village.

POSITIONS DU 13* corps; travaux exécutés.

Sur le front Sud de Paris, le 13* corps conserva également ses anciennes positions et continua les travaux de défense :

La 3* division (Blanchard), établie entre les Moulineaux et la Bièvre, acheva les tranchées et batteries reliant les forts de Montrouge, Vanves, Issy ;

La 2* division (de Maud'huy) garda l'intervalle entre la Bièvre et la Seine. Poursuivant avec ardeur les nombreux travaux du plateau de Villejuif, elle termina les tranchées reliant les Hautes-Bruyères à Cachan ; ce dei^ nier viUage, complètement retranché, forma tête de pont sur la Bièvre.

Vers l'Est, la redoute des Hautes-Bruyères communiqua avec Villeji^f et Moulin-Saquet par une sorte de caponnière, présentant de distance en distance des emplacements pour l'artillerie.

Au delà se trouvait encore la tranchée Tripier, qui, extrême ligne de défense, se dirigeait de Cachan vers le Moulin- d'Argent, rejoignait le parc de Vitry et se prolongeait jusqu'à la Seine.

Les Hautes-Bruyères et Moulin-Saquet, les deux importants ouvrages de cette forte position, reçurent une artillerie à longue portée : dans la redoute des Hautes- Bruyères, on plaça 3 canons de 30 de marine et 6 pièces de 24 court, au Moulin-Saquet, 4 pièces de 24, à la batterie Cachan, 4 pièces de 24, ces dernières pièces de gros calibre enfilant la vallée de la Bièvre.

Toute cette artillerie devait battre la route n* 186, et

couvrir de feux Ghoisy-le-Roi, par où débouchaient la plupart des convois allemands.

La l** division (d'Exea) et le groupe de mobiles du colonel Reille, défendant l'intervalle entre la Seine et le plateau d'Avron, complétèrent également leurs retranchements.

Un profond fossé partant de la Seine à hauteur de Port-à-r Anglais couvrit Maisons- Alfort ; la construction de la redoute de Saint-Maur, destinée à protéger les abords du plateau de Vincennes, fut poussée avec activité; les positions de Montreau, de Tilmont, les villages de Fonlenay-sous-Bois, Nogent, Saint-Maur, Maisons- Alfort déjà fortifiés, virent augmenter leurs moyens de résistance; les tranchées reliant les forts de Nogent et Rosny furent également perfectionnées.

POSITIONS DES TROUPES DU CONTRE-AMmAL SAISSET ; TRAVAUX EXÉCUTÉS.

Le contre-amiral Saisset, relié par sa droite au colonel Reille, exerçait son commandement sur tout le terrain entre Rosny et le fort d'Aubervilliers.

Les trois forts de Rosny, Noisy, Romainville, occupés par les marins, les redoutes de Noisy, la Boissière, Montreuil, Pantin étaient sous ses ordres, ainsi que toutes les troupes en avant de ces ouvrages.

Afin de coordonner la défense et offrir une plus grande ligne de feux, les trois forts de Rosny, Noisy, Romainville avaient été reliés entre eux par des tranchées et des gabionnades ; quelques travaux furent aussi entrepris depuis le fort de Rosny jusqu'au canal de l'Ourcq.

Ne s'en tenant pas à la défensive sur place, le contreamiral poussait fréquemment des pointes, des reconnaissances, presque chaque jour il gagnait du terrain...

Bientôt les Allemands, refoulés jusqu'à la forêt de Bondy^ ne gardèrent dans la plaine que de faibles avant-postefi.

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