‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 15 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE PLAN DE SORTIE PAR LA BASSE-SEINE EST REPOUSSÉ PAR LA DÉLÉGATION DE TOURS.

€ Nous avions, dit le général Trochu, un plan trèssimple, très-pratique, très-hardi, et j'en parle avec une liberté d'esprit d'autant plus entière, que la pensée en

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appartient à mon vaillant collaborateur, le général Ducrot, et qu'elle lui fait le plus grand honneur...

< C'est un principe que lorsqu'une armée doit prononcer un effort dans une direction donnée, il faut que cet effort ait lieu là où il n'est pas attendu. Eh bien ! dans l'inmiense périmètre de la place de Paris, une seule direction répondait à cette condition, une seule, et c'est, j'imagine, pour cela que jusqu'ici elle n'a pas été aperçue et que personne n'en a parlé : c'est la direction de Paris au Havre par Rouen . . .

€ De ce côté, les deux bras de la Seine formant la presqu'île de Gennevilliers, opposent à toute sortie des obstacles assez sérieux pour que l'ennemi s'y prépare moins que de tous les autres côtés du périmètre, et, en effet, à l'époque dont je parle, l'ennemi, dans cette zone qui a pour base la Seine, d'Argenteuil à Ghalou, et pour sommet Cormeil, n'avait fait là aucun dispositif défensif qui parût redoutable, et il n'avait pas massé là des troupes considérables. . . Cette direction offrait bien d'autres avantages ; sur tout son parcours, elle était flanquée à gauche et protégée par le fleuve ; à droite, elle pouvait l'être par la petite armée qui s'était organisée à Lille, et qui, descendant par Amiens, venait s'établir sur son flanc droit. . . En outre, l'occupation de l'ennemi, ne dépassant pas alors la ligne de Pontoise à Mantes, en un jour, après un seul combat probablement, l'armée pouvait être portée en dehors de l'occupation prussienne, cheminer à marches forcées sur Rouen, ,grand centre de ravitaillement, et de là, sur la mer, base d'opération universelle, puisqu'elle met l'armée en contact avec toutes les ressources du pays. . . Telle était la combinaison militaire autour de laquelle ont tourne pendant deux mois, sans que personne le sAt, tous les efforts de la Défense de Paris.

t La veille du jour marqué pour l'entreprise, cinquante mille hommes devaient traverser bruyamment Paris, se porter à hauteur des forts de TEst, et menacer, par un effort sérieux, bien qu'il ne dût pas être poussé à fond, les lignes de retraite de Tennemi et son quartier général de Bondy. . .

« Cinquante autres mille hommes, choisis en offioiers et en soldats... devaient, le lendemain, dans la nuit, quand Tatteiition de l'armée prussienne aurait été attirée par la fausse attaque et quand l'ennemi aurait fait dans celte direction ses premières concentrations, cinquante autres mille hommes, dis-je, devaient se réunir dans la presqu'île de Gennevilliers, passer le fleuve à la pointe du jour, sous un feu d'artillerie qui commandait la plus Jurande partie de la zone à franchir, s'élever, après un seul éombat, jusqu'aux hauteurs de Cormeil, traverser l'Oise, arriver à Rouen, puis à la mer. . . »

Celte combinaison, autour de laquelle « tourndrent > pendant deux mois tous les efforts de la Défense..combinaison longuement exposée déjà (1) et que ces lignes du Gouverneur résument si parfaitement dans son ensemble. . .

Ce plan, jetant l'élite de nos soldats, de nos marins, sur les points les plus faibles de la ligne d'investisse* ment, donnant à Paris « sa propre armée de secours, » « armée qui, une fois hors des murs, allait devenir le « noyau, Tàme de tous les novices rassemblés Jsur les t divers points de notre malheureux pays ...»

Ce plan enfin, qui unissait Paris à la France. . . nous allons voir avec quel dédain il va être rejeté par la Délégation de Tours. . .

Le 14 octobre, le général Trochu avait chargé M, Ranc

^i) Voir U Umù {, p$4e^ SIS tl suivanteB.

se rendant A Tours, d'exposer à M. Gambetta notre projet de sortie par la Basse-Seine.

Ne voulant rien communi(iuer d'écrit, de peur que Tennemi n'en eût connaissance, le Gouverneur avait donné seulement des indications verbales... < Au moins, € ajoutait-il, faudrait-il arriver à ce que nos opérations c ne fussent pas tout-à-fait contradictoires, et j'ai le € devoir de dire au Gouvernement de Tours, sous le « sceau d'un secret dont la révélation serait dangereuse, « comment les opérations sont réglées, etc. . ., etc. . . »

Plusieurs fois le général Trochu et M. Jules Favre revinrent dans leurs dépêches sur le plan de sortie par la Basse-Seine :

19 octobre 1870 : Jules Favre au Gouvernement, Tours. ... € Le général Trochu m'a expliqué ce matin € tous ses plans, M. Ranc vous en a porté ce qui est né- € cessaire, et vous savez comment opérer; faites-le tout « de suite. Nous devons d'ici à vingt jours être en me- € sure de passer sur le corps de l'ennemi. »

2S octobre : c Vous êtes l'âme de la défense ; vous € ne pouvez la diriger techniquement, il faut donc un € général chargé du commandement en chef. Nous € avons cru que.ce rôle revenait de droit à Bourbaki, € qui connaît le plan du général. . . Il faut se concentrer « sur un point, d'où Ton pourra marcher, en se proté- « géant et en se nourrissant, sur Paris, qui doit être € l'objectif. C'est en cela que le plan du général me € paraît excellent. Il fçiut s'efforcer de le mettre à € exécution.

€ Si Bourbaki ne veut pas prendre le commandement, € il faut qu'il combine son action dans le Nord avec la € nôtre et la vôtre. — Je crois que vous pouvez mettre € sur Téchiquier, au point convenu, 60 ou 80,000 hom-

« ir.es, que Bourbaki peut converger sur ce point avec f 20 ou 25,000 hommes; une bataille gagnée, tout est « sauvé. »

25 octobre : « Tachez de vous ranger au point conf venu ; donnez-nous des détails dont vos dépêches € manquent... Nous pouvons agir efficacement dans € quinze jours; il faut que vous ayez, à ce moment, € 120,000 hommes de vos meilleures troupes au point < convenu. >

Le 10 novembre, le général Trochu ne recevant aucune réponse, écrivit à M. Gambetta :

Gouverneur de Paris k M, Gambetta,

10 novembre 1870.

Nous sommes sans nouvelles de Tours depuis le 26 octobre et d'autant plus inquiets que Tennemi fait répandre dans nos camps des nouvelles sinistres sur Tétat des départements.

Votre silence rend aussi la situation du Gouvernement difficile devant la population de Paris, qui croit que nous lui cachons des nouvelles.

Je reviens aux affaires militaires ; il est d*un haut et puissant intérêt que vous ayez une armée sur la Basse-Seine, s'appuyant sur Rouen, approvisionnée et cheminant avec précaution sur la rive droite. — Dites cela à Bourbaki qui doit se porter là trèsrapidement, et s'il ne le fait pas, envoyez-y par des voies rapides un gros détachement de l'armée de la Loire.

Si rien de tout cela n'est possible, j'agirai seul du 15 au 18 courant, mais c'est périlleux. . .

Général Trocih?.

Lettres, dépêches, messages, rien ne put faire prendre en considération le plan de sortie de la Basse-Seine parla Délégation. . . on ne le discuta même pas.

« Ce n'est que par hasard, raconte M. de Freycinet, que M. Gambetta parla un jour de cette communication

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du Gouvernement de Paris... on en causa un instant au milieu de beaucoup d'autres sujets de conversation... et depuis lors, M. de Freycinet c n'a plus entendu par-

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