‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 19 sur 84 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

NOUVEAU PLAN AOOPTÉ.

La résolution prise dans la journée du 19 de rtftrtîher au devant de Târmée de la Loire fiit noliflêe le 20 au général Ducrot, toute liberté d'action lui étflUt laidëée.

Il s'agit, dit le Gouverneur, de percer les lignes d'investissement vers le Sud, de manière à donner la main à l'armée de la Loire , en marche d'Orléans sur Paris » et cela le plus promptement possible.

Il fallait donc , bouleversant notre combinaison mili-

(1) Voir aux pièced jusliflcatlves, n« 10,

taire, autour de laquelle avaient c gravité » pendant deux mois tous les efforts de la Défense de Paris, nous retourner soudain du Nord au Sud, faire traverser à notre immense matériel, artillerie, équipages de ponts, voitures, ambulances, etc. . . la ville de Paris, encombrée , coupée de barricades et ne donnant que des débouchés restreints (1).

Il fallait abandonner tous nos travaux, redoutes, batteries, épaulements. • • en construire d'autres sur des positions non déterminées dont Tétude était encore à faire... Il fallait enfin renoncer à une opération préparée depuis longtemps , et dans laquelle on avait mis toute sa confiance, toutes ses espérances... c (Tétait dur. 1 C'était difficile... et, dès les premiers instants, le désappointement du général commandant la 2* armée ne fut pas moindre que son embarras. . .

Nous dirigeant vers Orléans, le nouveau champ de bataille était naturellement indiqué entre la Marne et la Bièvre ; toute cette zone présentait, nous le savons, de nombreux obstacles; dès nos premiers pas nous nous heurtions à une formidable ligne de défense passant par L'Hay, Chevilly, Thiais, Ghoisy-le-Roi , Montmesly, renforcée encore depuis nos sanglants combats du 30 septembre; derrière cette première ligne, s'en trouvait une deuxième par Fresnes, Rungis, Orly, Villeneuve-le- Roi , Villeneuve-Saint-Georges , Valenton et Boissy- Saint-Léger.

En poussant de ce côté nous attaquions le taureau par les cornes. Avec nos soldats improvisés, c'était une rude besogne. . .

neconnaîssance Quoi qu'il OU fût , dès le 21 , le général Ducrot vint

du général

Ducrot Bur le froot Sud.

(i) La plupart des porles étaient obstruées ou rétrécies.

sur le terraîn reconnaître les avant-postes ennemis , et arrêter les dispositions à prendre.

Parti de Bicêtre, il visita Moulin-Saquet, le Moulind' Aident, les ouvrages en avant de Vitry et sur le chemin de fer d'Orléans, puis il passa la Seine au pont d'Ivry et remonta jusqu'à Gréteil (1),

Après un premier examen, le général, s'arrêtant à ridée de faire effort sur les lignes ennemies par les deux rives de la Seine , donna Tordre de renforcer les batteries fixes établies dans la partie Sud de la presqu'île de Saint-Maur, en avant de Gréteil, de Maisons-Alfort, sur le chemin de fer de Lyon et en avant de Vitry, de manière à battre toute la ligne Bonneuil, Montmesly, Ghoisyle-Roi.

Notre première action devait se porter sur Montmesly, premier proj6t. Bonneuil ; l'ennemi chassé de ces positions, on s'y éta- choisH^Roi. blirait solidement... le versant Sud de Montmesly, mamelon qui domine toute la plaine entre Seine et Marne, serait armé d'une puissante artillerie.

De là, marchant rapidement sur le carrefour Pompadour, on attaquerait vigoureusement Ghoisy-le-Roi par les deux rives de la Seine. Maître de ce point stratégique, nœud des communications allemandes, on pourrait tourner la première ligne de défense , s'emparer de Thiais, et faire effort sur Orly et Villeneuve-le-Roi.

(1) Le village de Gréteil était occupé définitivement depuis le 13 novembre par une compagnie du 106« de ligne et le 3* bataillon de garde mobile de la Vienne, commandant de Lastic.

Le 17, ces troupes avaient été remplacées par deux bataillons des mobiles du Tarn, colonel Reille , qui avaient laissé la garde du plateau de Montreuil à la division d'Hugues, nouvellement constituée.

Le bataillon de la Vienne était retourné aux baraques du camp de Saint-Maur.

Le 20 , le S^ bataillon du Tarn avait également quitlé Montreuil pour venir prendre position à Maisons-Alfort , à la place des mobiles de la Vienne, rentrés dans Paris.

\n DÉFENSE DE PAftIS.

A la vérité, un pareil projet présentait de bien grandes

difficultés, car, ce premier succès obtenu, on se trouvait

pris entre les défenses .de Rungis et de Vissons à l'Ouest,

celles de Valenton et Villeneuve-Saint-Georges â TEsl ,

et celles d' Ablon au Sud ; enfin, on allait se heurter aux

réserves accourues de Versailles et de tous les points

environnants.

Douxième projet Rentré à son quartier général de la Porte-Maillot, le

des*Luulu*rTde général Ducrot élait tout à ces réflexions, les yeux sur

et viiiiels. SA carto , lorsquo entra le colonel de Miribel , qui , de

chef d'état-major général de Tartillerie, venait de passer

au commandement d'une brigade de garde mobile.

La conversation roula sur les difJScultês de la nouvelle entreprise.

Le colonel de Miribel émit l'opinion qu*une tentative entre la Bièvre et la Seine était peut-être bien aventurée, puisque sur ce point l'ennemi avait réuni des forces considérables afin de conserver ses commutiications entre les deux rives du fleuve. . . Il est probable, au contraire, ajouta-t-il, qu'il est moins sur ses gardes dans la partie comprise entre Noisy-lo-Grand et Chenneviéres , car, de ce côté , il se croit suffisamment couvert par la Marne. Si, profitant de tout notre matériel de ponts préparé pour franchir la Seine, nous surprenions le passage de la Marne, il serait possible de s'établir sur les plateaux de la rive gauche avant l'arrivée des renforts ennemis. Ce premier succès obtenu, nous pourrions nous porter rapidement dans la direction Est pour nous rabattre ensuite vers le Sud.

L'idée de tourner les formidables positions de Boissy- Saint-Léger et de Villeneuve-Saint-Georges en franchissant la Marne à hauteur du plateau de Vincennes parut au général Ducrot une heureuse inspiration.

Dans cette zone, en effet, comme nous l'avons vu en

examinant les champs de bataille possibles autour de Paris, entre Nogent et la presqu'île de la Marne , la rivière forme un rentrant trcs-favorable â rétablissement des ponts. . . Cette opération était rendue d'autant plus facile que là nous étions couverts des vues de Tennemi parles parcs de Poulangis, du Tremblay et par de nombreux bouquets d'arbres; un peu plus en amont, un deuxième rentrant, non loin de Neuilly-sur-Marne, présentait également un très-bon point de passage ... La presqu'île de Marne, dans laquelle nous avions déjà construit plusieurs ouvrages, protégerait notre droite, pendant que le plateau d'Avron fournirait un excellent llan- . quement pour notre gauche.

Une fois la rivière franchie, aidés de nombreuses batteries sur la rive droite , nous pouvions espérer nous emparer de Ghennevières, Noisy-le-Grand, et, dès lors, occuper un front suffisant pour développer l'armée.

En résumé , sur tout ce terrain il nous était beaucoup plus facile de rompre la ligne d'investissement qu'entre la Bièvre et la Marne.

Sa décision prise, le général se rendit prés du Gouverneur, et lui fit part de son nouveau projet, qui fut approuvé de tous points.

On se mit à l'œuvre aussitôt, et dès le 22 novembre, le général, accompagné des généraux Frébault, Tripier, de l'ingénieur Ducros, se rendait au fort de Nogent et dans la presqu'île de Saint-Maur, pour reconnaître le terrain, préciser les points de passage, les rampes d'accès, l'emplacement des troupes, en un mot arrêter tous les détails d'exécution.

Dans la matinée du 23 , le général en chef dictait lui-même à son secrétaire, M. Victor de Lesseps, tous les ordres de préparation et de mouvement; pour mieux assurer le secret jusqu'à la dernière heure , il

laissait en blanc les noms des lieux et les numéros des divisions (1).

(1) Nous donnons ce détail, parce qu'on a prétendu que les étatsmajors avaient été souvent indiscrets, et que, par suite, l'ennemi avait connu à l'avance nos projets. Or, dans le cas actuel, le général en cher, les généraux Frébault, Tripier, les ingénieurs Krantz et Ducros, étaient seuls dans la confidence; et ce n'est, d'ailleurs, comme on peut le voir, qu'à la date du 21, que le plan a été définitivement arrêté.

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