‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 18 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

NOtrVBLLES pu SUCCÈS DE GOULlflEI^S,

Premier indice Toute notre attention, tous nos efforts étaient tournés de**rîraâ^dt'ia vers notre projet de sortie dans la direction de Rouen.

Le 14 novembpq, le général Trochu, dans une chaleureuse proclamation, énumérait tous les nombreux travaux de la Défense. . . et laissait deviner qu'une grande sprtie longuement préparée allait ôtre tentée.

< II ne serait pas digne, disait-il, de la France, . . et < le monde ne comprendrait pas que la population et f Tarmée, après 8*étre si énergiquement préparées à c tous les sacrifices, ne sussent pas aller plus loin, f c'est-à-dire souffrir et combattre jusqu'à ce qu'elles ne « puissent plus ni souffrir ni combattre. ..»(!)

Quand le jour même, la nouvelle d'une victoire sur la Loire se répandit dans Paris.

Nous avions eu le premier indice de ce succès par un Français, qui, traversant les lignes ennemies, était ar-

(1) Voir aux pièces à l'appui, n* 15.

DÉFENSE DE PARIS. 4t6

rivé a nos av^nt-postes de Gréteil. Cet homme venait de Valenton, où, depuis le commencement du siège, les Allemands remployaient comme guide (1).

Ses nouvelles étaient si importantes, elles avaient uu tel cachet de sincérité, qu'on l'avait fait conduire immédiatement auprès du Gouverneur.

Mis en présence du général Trochu, il déclara que depuis trois jours une grande agitation régnait chez nos ennemis... qu'ils paraissaient Tort inquiets... tous prononçaient le mot d'Orléans... la garnison de Va^ lenton avait été de beaucoup réduite, il en était de même dans les villages voisins. . . et tout faisait présumer que ces troupes se dirigeaient vers le sud.

Ces renseignements étaient bien de nature à soulever de graves préoccupations. . . Que s'était-il passé? Les Allemands avaient-ils éprouvé une défaite vers Orléans, ou seulement notre armée de la Loire devenait-elle assez nombreuse, assez menaçante, pour contraindre l'ennemi à dégarnir une portion du cercle d'investissement? Dans les deux cas une reconnaissance offensive était indiquée du côté du sud.

Mais, à la veille de tenter un effort vers le nord-ouest, il ne nous était guère possible d'entreprendre une grande action sur un point diamétralement opposé.... Un tel engagement ne pouvait avoir que peu d'importance au point de vue de notre projet de sortie et fatiguerait inutilement nos troupes que nous avions tant d'intérêt à ménager pour le coup décisif.

C'est au milieu de ces incertitudes qu'arriva , le première a^- 14 novembre, une dépêche de M. Gambetta annonçant ^^lesuccèâ

de Coulmiers

(1) Cet homme, nommé Ernest Moll, était fermier chez M»« Perrière, » Valenton.

le succès de Tarmée de la Loire à Coulmiers (1). Cette dépèche n'étant ni assez explicite, ni assez concluante, on convint d'attendre des nouvelles plus complètes avant de prendre un parti.

Cependant déjà quelques membres du Gouvernement exprimaient Tidée qu'il fallait marcher immédiatement vers le sud au devant de l'armée de la Loire... A les entendre, il semblait qu'on n'avait qu'à se jeter sur les lignes ennemies pour donner la main aux vainqueurs de Coulmiers. La forêt de Fontainebleau, disait-on, de* vait être le rendez-vous des deux armées.

< Paris, dit le général Trochu, vit dans le succès de

< Coulmiers, non pas un accident heureux, mais une « marque, un présage certain de nos victoires de l'ave- « nir... A partir de ce jour se forma dans la population,

< dans la garde nationale, dans la presse, dans la mu* « nîcipalité de Paris, dans le Gouvernement surtout, « l'esprit que voici : < Il faut sortir de Paris, marcher « au devant de l'armée victorieuse et résoudre ainsi le « grand problème qui pèse sur le pays... »

Le général Ducrot, lui, persistait plus que jamais dans la pensée de porter ses effofts vers Rouen, où tout avait été préparé avec le soin que nous savons, où l'armée, grâce au concours de la marine, devait trou-

(1) Gambelta à Trochu,

Tours, 11 novembre 1870.

L'armée de la Loire, sous les ordres du général d'Aurelle de Paladines, s'est emparée d'Orléans aprôs une lutte de deux jours. Nos perles, tant en tués que blessés, n'atteignent pas 2,000 hommes. Celles de l'ennemi sont plus considérables. Nous avons fait plus d'un millier de prisonniers, et le nombre augmente par la poursuite. Nous nous sommes emparés de deux canons modèle prussien, de plus de vingt caissons de munitions attelés et d'une grande quantité de fourgons et voitures d'approvisionnements. La principale action s'est concentrée autour de Coulmiers, dans la journée du 9. L*élan des troupes a été remarquable, malgré le mauvais temps.

ver d'immenses approvisionnements, et où bientôt elle verrait arriver de nombreux renforts.

Dans la direction Sud, au contraire, nous ne trouvions qu'un pays épuisé, ravagé par l'ennemi, des plaines nues, découvertes, sans appuis pour l'offensive, sans abris pour la défensive, où l'infériorité de notre artillerie, notre peu de cavalerie, le manque de solidité de nos troupes nous donnaient tout de suite un désavantage des plus marqués.

Enfin, dernière considération, nous tombions de ce côté sur une armée d'élite, commandée par le prince Frédéric-Charles (1).

Le 18 novembre, une deuxième dépêche ayant donné ^"*j^| **de nouveaux détails sur l'affaire d'Orléans, ses consé- ^*^ novembre.) quences et la position de l'armée de la liOire, l'opinion, cette terrible opinion que le Gouvernement subissait au lieu de la diriger, s'accentua de plus en plus en faveur d'une action vers le Sud (2).

(1) Voir croquis n» 4.

(!) Gambette à Jules Favre,

Tours, 13 novembre 1870.

Nous vons avons annoncé notre mouvement offensif sur Orléans, qui a été repris après deux jours de marche, pendant lesquels deux gros combats ont été livrés à Bacon et à Coulmiers, où nous avons fait 2,500 prisonniers, tout compte fait, et où nos troupes ont fait preuve du plus vigoureux élan. Nous occupons fortement les approches de la ville en avant de la route de Chartres et de Paris. Nous sommes couverts sur notre droite par la forêt d'Orléans, occupée par le général Des Pallières, dont les grand'gardes vont jusqu'à Artenay; notre centre à Chevilly, Cercottes etGidy; notre gauche aux Ormes jusqu'aux environs de Saint-Péravy. Avec le concours des ouvriers et des ingénieurs des quatre départements limitrophes, sous la direction du génie, on a élevé des fortifications passagères, des redoutes en terre, qui sont armées de pièces de 19 servies par des marins ; ces retranchements permettent de repousser un retour offensif probable des Prussiens, lequel paraît devoir être formidable, car ils massent entre Chartres, Toury, Étampes et Pi- Ihiviers, des forces énormes pour nous barrer le chemin de Paris. Peut-

Lo projet L'engouement devint tel que le Gouverneur, aban-

Basse-seine * donnant le premier projet, décida que tous les efforts

est aUndonné. '^ r * » i

m noveujbre.) seraient immédiatement reportés dans cette nouvelle direction.

« Il fallut, dit le général Trochu, marcher au devant de l'armée de la Loire, laquelle, sans tenir aucun compte des efforts accumulés dans la direction do Rouen , s'annonçait venant à Paris par la direction d^ Orléans. Ce fut là, dans l'esprit de Paris, la date d'un véritable vertige ; on considéra que, pour battre l'armée prussienne, il ne s'agissait que de renouveler l'effort qui avait créé le succès de Goulmiers. . . On me somma avec violence, M. Gambetta surtout, de ne plus penser â autre chose qu'à sortir de Paris en allant au devant de l'armée de la Loire. »

Cette appréciation du général Trochu semble, à première vue, en opposition avec la dernière partie de la dépêche de M. Gambetta du 13 novembre. . .

Mais, comme le dit M. Chaper dans son rapport (1), c d'autres dépêches postérieures à celle du 13 novem- « bre, dépêches dont le texte ne nous est pas connu, « et contredisant évidemment celle-là >, vinrent annuler cette sorte de concession faite par M. Gambetta au pro-

êire jugerez-vous opportun de les inquiéter vivement dans cette direction^ on mieux d'eseayer du côté de la Normandie une vigoureuse trouée qui voue permettra de faire sortir de Paris, désormais inexpugnable, S00,OÛO hommes qui ne sont plus nécessaires à la défense, et qui, en tenant la campagne, feraient contre-poids aux forces que le prince Frédéric-Charles amène de Melz.

A ce sujet, je vous dirai que vos trois derniors ballons ont été saisis par les Prussiens, ce qui nous laisse sans nouvelles et dans les plus vives angoisses sur votre état. Lancez un nouveau ballon à l'aide duquel vous nous ferez connaître par chifires, et d'une manière tout à fait précise, jusqu'à quel jour vous pouvez aller, au point de we des vivres. La connaissance de cette échéance fatale nous est indispensable pour agi avec sagesse et maturité.

(1) Page 151.

DÉÏ'ËNSË DE PARIS. m

jet de marche sur la Basse-âeine . . ; Le fiGiit est indiscutable, il ressort de plusieurs lettres ou dêpêcheô doût nous donnons les extraits ci-joint. . .

Le général Trochu à Gambetta, 24 novembre :

« Je reçois aujourd'hui votre lettre sans date, je la

< crois d'hier 23 ; elle confirme bien péniblement pour

< moi mes craintes au sujet de Tarmée de la Loire. . • »

Jules Favre à Gambetta, 2 décembre 1870 :

c L'ardeur de tous est inexprimable ; à trois heures,

c nous recevions au Gouvernement votre dépéohe du âO,

« elle nous a comblés de joie. . . »

Jul^s Favre à Gambetta, 8 décembre 1870 :

< Demain ou après-demain ils (nos généraux) agironi

< sur un autre point, mais ils ne perdent pas de vue c votre dépêche ; l'annonce de votre marche en avant a

< causé partout dans la ville, â l'armée, un enthousiasme c indescriptible; courage donc, en avant I Venax à nous,

< nous allons à vous (1)1»

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