‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 24 sur 84 · SERVICES ADMINISTRATIFS · texte numérisé non relu

SERVICES ADMINISTRATIFS

Tous les services administratifs de divisions, corps d'armée et armée seront réunis sur le terrain de manœuvre entre le château et le polygone de Vincennes, dans la matinée du 29; à cet effet, ils partiront du Ghamp-de-Mars à 8 heures, franchiront la Marne sur les ponts disponibles, après le passage de tous les combattants, et lorsque ceux-ci seront solidement établis sur les plateaux de Villiers et de Ghennevières.

Si cette première partie de l'opération est réussie, notre ligue do bataille devra s'étendre de Chennevières à la route de Noisyle-Grand a hauteur de Gonmay, passant par la ferme des Bordes, la ferme des Bois-Saint-Martin, la Grenouillère et la Haute-Maison. Il devra y avoir là un temps d'arrêt pendant lequel la cavalerie, Tartillerie, l'équipage de pont et tout le convoi se masseront sur le plateau de Villiers, l'artillerie et l'équipage de pont suivant la route de Bry et de Noisy-le-Grand, les services administratifs et le convoi la route de Villiers et de Malnoue; la cavalerie occupant le centre du plateau entre le coude du chemin de fer et Noisy-le-Grand.

Après ce temps d'arrêt, la marche continuera ; la division 4e

(1) Ce détachement d'éclaireurs, aux ordres du commandant Faverot do Kerbrech, officier d'ordonnance du général en chef, se composait de : un escadron du 14^ dragons et un escadron du régiment de gendarmerie à cheval.

DÉFENSE DE PARIS. dS5

Snsbielle, abandonnant Ghennevières, se portera vers la ferme das Bordes, et de là vers le village de Malnone.

La division de Maussion poussera vers le parc de la Lande et le Plessis-Saint-Antoine, observant le village de Combaut, Toccapant môme si l'ennemi ne s'y trouve pas en force.

La division Berthaut abordera le village de Malnone par l'ouest, en môme temps qUe la division de Susbielle par le sud. Le 1er corps se portera sur le parc de Lasard et le bois de Lognes, le 3' corps sur le village de Champs et le bois de Grâce.

Enfin, comme derniers objectifs, Tarmée se dirigera : le â« corps sur Emérainville ; le l^*" corps sur Baubonrg et Lognes, le 3« corps sur Torcy.

La cavalerie, appuyée par quatre batteries d*artillerie établies entre Saint-Thibant-des-Vignes et Gouvernes, poussera jusqu'à Lagny pour en détruire les ponts et observera la Marne.

Le lendemain nous nous dirigerons sur Grécy, Quincy, Pégy ; le jour suivant l'armée pourrait être réunie sur le plateau qui domine Goulommiers ai^nord; de là, suivant les circonstances, on se dirigerait sur Bray ou sur Nogent.

11 est entendu que si une division, par suite d'une résistance U'op vive, ne pouvait atteindre son objectif, les divisions latérales qui auraient été plus heureuses, devraient tourner leurs efforts sur ledit objectif, particulièrement leur artillerie, si toutefois cet objectif a une importance capitale, comme le village de Villiers par exemple. Pour les points secondaires, qui ne barreraient pas les routes ou ne les domineraient pas, on devrait se contenter de les masquer par un feu d'artillerie suffisant et les colonnes les tourneraient et continueraient leur route (1).

il novembre 1870.

Signé : Général Ducrot^

Ainsi, lo 29 novembre, toute la deuxième armée Résumé a* devait, dès le point du jour, franchir la Marne entre 'paMesud!'® Joinville et Bry, soutenue en arrière par Tartillerie des

(1) Bien d*autres ordres de détail furent donnés ; on s'en rendra complo en parcourant le journal des opérations, pièce juslillcative n? XIII.

Une section d'artillerie à cheval avait été constituée s^ous les ordres du sous-lieulcnant Fortoul pour être à la disposition du général en chef (Voir aux pièces jusliflcatives n» XXII).

forte et batteries de position de Nogent, à droite par la puissante artillerie de Saint-Maur, à gauche par les batteries du plateau d'Avron , dont la prise ne semblait pas devoir présenter grande difficulté.

Le 3* corps (général d'Exea) (division Mattat et brigade Reille seulement) passant aux ponts de Nogent, s'emparerait du village de Bry, et prendrait position sur le bord du plateau, entre Villiers et Noisy-le-Grand.

L'attaque de ce dernier village ne devait avoir lieu qu'après l'entrée en ligne de la division de Bellemare ; cette division, après avoir servi de soutien aux troupes du contre-amiral Saisset, devait, Avron occupé, s'emparet de Neuilly-sur-Marne, et franchir la rivière au coude de la Plâtrière.

Le 2* corps, général Renault, passant la Marne aux ponts de l'île Fanac, aurait à enlever les premières positions entre le chemin de fer de Mulhouse et Ghampigny, et s'établirait : la division de Susbielle aux fours à chaux, à Champigny, puis à Chennevières ; la division de Maussion près du chemin de fer, face à Gœuilly ; la division Berthaut à gauche de la ligne de Mulhouse, menaçant Villiers.

Le 1*' corps, général Blanchard, formerait réserve.

Les premières positions conquises, toutes nos colonnes devaient se jeter à la fois sur les villages de Noisy-le- Grand, Villiers, Gœuilly, Ghennevières. Maîtres de tout ce terrain, nous pouvions nous déployer en une longue ligne de bataille de Gournay à Ghennevières, sur' laquelle nous attendions l'arrivée de notre cavalerie, artillerie, et de tout notre matériel.

La concentration faite , on pousserait en avant , la gauche appuyée à la Marne, jusqu'à hauteur de Lagny^ objectif extrême de la journée.

L'ordre du général en chet donnait comme objectif

ultérieur Bray ou Nogent-sur-Seine. Il était impossible d'indiquer ce qu'il conviendrait de faire au delà de cette zone. Le général Ducrot ne partageant pas la confiance des membres du Gouvernement de la Défense nationale dans les succès de l'armée de la Loire , doutât fort , malgré les promesses de M. Gambetta, t que le 6 dér € cembre cette armée bivouaquerait dans la forêt do Fontainebleau. 1^ Comprenant combien la situation deTarmée de Paris serait compromise si elle arrivait seule au rendez-vous, il était fermement résolu à ne pas prendre cette direction avant d'avoir obtenu des renseignements précis sur la position des corps ennemis.

Si, en arrivant à Bray ou Nogent, il apprenait que la forêt de Fontainebleau était occupée par les Allemands, il descendait vers le sud , se couvrant a droite par la rivière de l'Yonne, et bientôt il gagnait la forêt d'Othe, qui présentait une première position défensive excel* lente. De là, on arrivait facilement dans le Morvan. Â l'abri d&as cette gi*ande forteresse naturelle, l'on pou* vait, suivant les circonstances, rester sur la défensive, ou se jeter sur les lignes d'opération de l'ennemi.

Quoique le général en chef eût donné dans ses ordres vu u précipitales plus nombreux, les plus minutieux détails, tout ce- quelques déuiis

*^ . d'exécution

pendant n'avait pas été prévu. Gomment pouvait-il en *°"' J^^J;*"^"^ être autrement? Ginq semaines d'études et de travaux incessants avaient à peine suffi pour préparer notre sortie vers Rouen ; au dernier moment , ce premier projet ayant été bouleversé de* fond en coiible, cinq jours seu' lement nous avaient été accordés pour en concevoir un nouveau et tout disposer pour son accomplissement.

Nous disons accordés, parc.e.que la plupart <Je3 membres de la Défense, dans leur ignorance absolue des choses de la guerre, s'imaginaient qu'il suffisait d'ordonner pour que l'exécution fût assurée. Sans se préoc-

ouiis.

cuper des difficultés inouïes qui allaient nous assaillir, ils ne cherchaient qu'à donner le plus tôt possible satisfaction a la fébrile impatience des Parisiens, dont les imaginations s'exaltaient chaque jour davantage :

€ Ils viennent à nous, disait-on, allons à eux. Il

c faut faire immédiatement une sortie. En avant ! Nous « sommes quatre cent mille, et quatre cent mille hommes € passent toujours. »

Aussi notre prétendue inaction étail-^lle taxée d'indifférence, de faiblesse, voire plus encore.

Sous cette pression universelle , le Gouverneur se vit forcé de fixer au 29 le commencement des opérations.

Du 23 au 28 novembre , il fallut donc déterminer les points de passage, préparer les ponts, les rampes d'accès, armer toutes les rives de la Marne, depuis Charenton jusqu'à Avron, sur une étendue de plus de deux lieues ; il fallut accumuler dans cette direction tous les canons disponibles, amener notre immense matériel, débarrasser les routes , les cours d'eau. Enfin , il fallut remplacer aux avant -postes tous les corps de la 2* armée, distribuer les vivres, les munitions, elc- « Ce fut, dit le général Trochu , un travail immense que je croyais à peine possible » (1).

{{} Nous lisons dans le rapport de M. l'ingénieur en chef KranU (pièce justificative n» XIV) :

« Dans les premiers jomrs de novembre , je fus maidé au conseil de guerre, où le Gouverneur exposa le plan de campagne si impatiemment attendu par la population parisienne. Il s'agissait de forcer les lignes ennemies par la presqu'île d'Argenteuil. Cette opération exigeait que Tarrnée franchît la Seine en plusieurs points aux environs de Bezons.

<c Pendant que je m'occupais en toute diligence à réunir le personnel et le matériel nécessaires pour l'exécution des ordres que j'avais reçus, le plan de campagne projeté subissait de graves modifications. Après mûres réflexions, il fUt résolu que l'attaque projetée aurait lieu vers

Malgré les plus grands eCfortSy malgré le zèle et le dé- observations vouement de tous, bien des choses restaient encore à faire Joinviue. dans la soirée du 28; il^en est une surtout que nous te-^ nous à signaler.

Les matériaux du pont de Joinville, détruit au moment de rinvestissement, avaient obstrué en partie le lit de la rivière ; des arbres, des débris de toutes sortes, s*accumulant chaque jour sur ces ruines , avaient formé un véritable barrage; et sous la seule arche restée libre s'était produit un courant assez fort; dans l'état normal de la rivière, le passage, cependant, ne présentait aucune difficulté; mais la moindre crue pouvait augmenter la vitesse du courant dans d'énormes proportions et rendre le remorquage sinon impossible au moins

l'Esti et (fae l'armée franchirait la Marne, sous la protection de nos forts, dus la presqu'île comprise entre Petlt-Bry, Joinville et Champigny.

t Dans cette nouvelle combinaison, tout ce qui concernait les passages et les travaux d'appropriation en aval du pont de Joinville fui confié à MM. les ingénieurs en chef Ducros et Duverger.

« Toute la partie en amont du pont de Joinville me fut réservée , et je dus me préparer :

« 1* A remplacer le pont de chevalets construit par le génie militaire 4tns le bras de droite, en amont de Joinville ;

c t* A jeter deux ponts : l'un d'infanterie, l'autre d'artillerie, au>^ pointes amont de l'île Fanac, eu face de la ferme de Poulangis;

« 3° Deux autres ponts aux pointes aval de l'He de Beauté ;

« 4<> Enfin, deux autres ponts à i»200 mètres en aval de Neuilly, au coade que fait la Marne en ce point. Ces deux derniers ponts devaient cire transportés sur essieux et suivre la route nationale de Strasbourg.

• Cette partie du programme rec;ut, la veille de l'exécution, une dernière modification. Il fut décidé que les deux ponts de Neuilly seraient Toomis par les équipages de l'armée, et que je descendrais les miens à 1^ mètres en aval de Bry-sur-Marne* Mais il me restait toujours six ponts complets à construire, plus ce demi-pont de Joinville.

« Enlin, comme corollaire à ce travail principal, je dus faire exécuter les rampes et chemins d'accès des ponts, débarrasser le bassin du canal ^nt-Maur, la rivière et la route n" 45 des énormes abatis d'arbres qui • ivaient été accumulés. Deux de mes compagnies d'ouvriers auxiliaires ^artillerie lurent chargées de ce travail, j»

Voir en outre aux pièces justificatives, n" XIII, le journal de:> marches ei opérations militaires.

fort difficile. Il eût été prudent de déblayer les. HHtns arches ; cela ne fut pas fait, le temps manqua. Du reste, en pouvait craindre d'attirer Fattention de rennemi, qui, des hauteurs de Chennevières, dominait toute cette partie de la Marne.

Nous verrons quel résultat désastreux entraîna Finexécution de ce travail.

Des commande- Le platoau d'Âvrou et la presqu'île de Saint-Maur, en sont désignés pointo daus les lignes ennemies, formaient comme les deux

pour le plateau

d'Avron bastions de notre front d'attaque ; appelés à jouer lors du 5aint-Maur P^ss^gô de la Marne un rôle des plus importants, il y avait nécessité de constituer pour ces deux positions d'Âvron et de Saint -Maur un commandement spécial chargé de diriger, dans le sens général de l'opération, toutes les ressources en matériel et en personnel dont on disposait sur ces parties de la ligne de bataille.

Sur la proposition du général Ducrot, le commandement du plateau d'Avron, des forts de Rosny, de Noisy et des batteries qui en dépendaient fut donné au contreamiral Saisset, auquel était adjoint le colonel StofTel, chargé de diriger toute l'artillerie d'Avron ; le commandement de la presqu'île de Saint-Maur, du fort de Nogent, des redoutes de la Faisanderie, de Gravelle et de Saint- Maur, ainsi que des ouvrages annexes, fut confié au général Favé.

En ce qui concerne le premier , la mesure ne souleva aucune difficulté, l'amiral était déjà en possession des forts de Rosny et de Noisy; mais il en fut autrement pour le général Favé, dont le commandement exceptionnel dut être constitué aux dépens du général Pélissier, qui avait sous ses ordres toute l'artillerie de la rive droite.

Connaissant l'ensemble du projet, les points d'appui de droite et de gauche de notre ligne de bataille, nous

allons maintenant examiner eh détail les divers ouvrages qaî fiipent èonstruits en vue de cette gigantesque opération, ayant soin de distinguer ceux qui entraient dans le premier projet , c'est-à-dire dans le plan d'attaque par la vallée de la Haute-Seine.

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