‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 28 sur 84 · RESUME DES ORDRES DU 29 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

RESUME DES ORDRES DU 29 NOVEMBRE

S'' Corps.

I/opération s'ouvrira par la prise du plateau d*Avron qui, tout CQ donnant à notre gauche un point d'uppui équivalant à celui de la presqu'île de Saint-Maur à notre droite, menacera au loin les positions de l'ennemi et les routes suivies par ses convois à Gagny, à Chelles, à Gournay. Cela fait, un régiment (SeineeUMarne) enlèvera Neuilly-sur-Marne. La division de Bellemare, suivant le mouvement, établira toute son artillerie dans la plaine de manière à canonner vigoureusement la ligne Villiers,Noisy-le- Grand. Les ponts une fois établis, la division de Bellemare franchira la Marne et se portera sur Noisy-le-Grand. — Cependant le reste du 3« corps (division Matlat et brigade Reille) passera la Marae aux deux premiers ponts de bateaux placés au-dessous

de Nogent. — Remontant la Marne, ces trois brigades enlèveront Bry et la hauteur ; de là on canonncra Noisy et Villiere.

Après un feu soutenu la division Mattat et la brigade Reillc se jetteront sur Noisy en combinant leur attaque avec celle du général deBellemare. Attaquée do front et sur ses deux ailes, ii est probable que celte forte position tombera en notre pouvoir.

Noisy enlevé, toute notre artillerie s'échelonnant entre les villages de Noisy et Bry, foudroiera Villiors, clef de la position et objectif principal du 2» corps.

5« Corps,

Les trois divisions du 2* corps (Susbielle, Maussiqn, Berlhaut), après avoir franchi la Marne au-dessous du plateau de Vincennes, se formeront face aux hauteurs de Champigny et de Villiei's... La division de Susbielle, à droite de la route n" 45, entre la Fourche de Champigny et la Marne, la division Berthaut à gauche de la môme route, près du Tremblay, la division de Maussion eu réserve en arrière de Poulangis...

Après une vive canonnade les divisions marcheront en avant... La division Berthaut se portera sur Villiers, une brigade à gauche du chemin de fer, une brigade à droite. Cette position, attaquée ainsi par l'Ouest et par le Sud, devra l'être en même temps à TEst et au Nord par le 3*' corps lorsqu'il aura enlevé Noisy.

Vers la droite, la division de Susbielle, après avoir pris Chanw pigny, cherchera à gagner la hauteur de Chennevières.. . Trois batteries do 12 et les batteries divisionnaires établies entre le chemin de fer et Champigny, appuieront le mouvement en tirant sur le village de Cœuilly et la tête du plateau.

La division de Maussion, passant entre ces batteries et débordant par la gauche la division de Susbielle, cherchera à enlever le village de Cœuilly en l'abordant de front avec sa première brigade et le tournant par la gauche avec sa deuxième. .

Après l'occupation de Cœuilly et do Villiers par les divisions de Maussion et Berthaut, la division do Susbielle fera effort sur Chennevières. La division de Maussion poussera dans le parc de Cœuilly, cherchant à se rallier sur sa gauche à la division Berthaut, qui, dépassant Villiers, s'avancera dans le bois Saint* Martin.. •

Alors notre artillerie s'établissant au Nord et au Sud de Chennevières, nous assurera la possession du plateau et le 2® corps devra se borner à tenir solidement dans la position de Villiers,

Osoilly, Gheunevières, château de la Lande, ferme et bois Saint- Martin et des Bordes, sans chercher à gagner du terrain en avant.

/<"^ Corps,

Le l«f corps (division Faron , division de Malroy), servira tout d'abord de soutien et de réserve. . .

Lorsque le 2« et le 3« corps seront établis sur les plateaux de Chennevières et de Villiers, le l*' corps suivra leur mouvement en passant entre Villiers-sur- Marne et Noisy-le-Grand, la division Faron en première ligne, la division de Malroy en deuxième ligne...

Cette première partie de Topération ayant réussi, notre ligne de bataille devra s'étendre de Chennevières à la route de Noisyle-Grand (à hauteur de Gournay) en passant par la ferme des Bordes, la ferme de Bois-Saint-Martin, la Grenouillère et la Haate-Maison.

Lu il y aura un temps de halte pendant lequel la cavalerie, Fartillerie, Téquipage de ponts et tout le convoi se masseront sur le plateau de Villiers ; l'artillerie et Tcquipage de ponts suivant la route de Bry et de Noisy-le-Grand; les services administratifs et le convoi suivant la route de Villiers et de Malnoue...

La cavalerie occupant le centre du plateau entre le coude du chemin de fer de Mulhouse et Noisy-le-Grand.

Après ce premier moment d'arrôt, la marche en avant continuera. La division de Susbielle, abandonnant Chennevières, se portera vei*s la ferme des Bordes et vers le village de Malnoue, lia division de Maussion poussera vers le parc de la Lande et le Plessis-Saint-Antoine, observant le village de Combaut.

La division Berthaut abordera le village de Malnoue par Touest en même temps que la division de Susbielle par lo sud.

Le 1" corps se portera sur le bois de Lognes.

Le 3« corps sur lo village de Champs et le bois de Grâce.

L'armée continuera sa marche vers l'Est, couverte par la cavalerie qui, avec 4 batteries d'artillerie, courra jusqu'à Lagny, détruira les ponts et observera les rives de la Marne.

Bientôt atteignant le Grand-Morin nous nous établirons amie plateau de Coulommiers ; de là, suivant les circonstances, nous nous dirigerons sur Bray ou sur Nogent, etc. . .

Le général en chef, après avoir complété et expliqué certaines parties de ses ordres, donna les dernières ins-

IrucUons (1). Il insista parliculièrement sur la nécessité de tenir au début de Faction les troupes bien groupées dans la main de leurs chefs, en les faisant précéder d*un petit nombre de tirailleurs d'élite, et de brusquer les attaques, de manière â profiter du premier instant de surprise pour enlever rapidement les principales positions de Tennemi. Le rôle de tirailleurs était dévolu aux diverses compagnies franches organisées dans chaque bataillon avec nos meilleurs cadres et nos meilleurs soldats.

Ces dispositions se trouvaient commandées par le peu d'instruction et le manque de solidité de nos troupes. Si l'on avait voulu employer les méthodes de combat dispersé commandées aujourd'hui par la perfection et la rapidité du tir, on se serait exposé dès le début à voir les hommes se coucher, s'embusquer derrière les moindres obstacles, et entamer des tireries dans lesquelles on aurait fait une consommation inutile de munitions, et qui auraient laissé à l'ennemi tout le temps nécessaire pour faire arriver ses renforts (2).

L'action de l'artillerie devant être des plus importantes, le Gouverneur avait fixé dans un ordre particulier le rôle qu'elle aurait à remplir.

ORDRK.

Paris, !e 28 novembre 1870.

Le "29 au jour, dès que les objectifs seront bien visibles , les forts et les batteries de position ouvriront un feu très-lent, mais

(1) Voir aux pièces à Tappui, n» XX.

(2) Nous entrons dans ces expllcalions, parce que des théoriciens peu oxpcrimcntés dans les choses de la guerre, nous ont reproché avec une certaine amertume les instructions données par nous sur la manière d'engager nos troupes.

continu et soi^eusement pointé» sur les premières positions de Tennemi, savoir :

Sur la Maison-Blanche, Ville-Évrord, Neuiliy-sur-Marne, Bry^ sur-Marne, le bois du Plant, bois l'Huillier, village de Champigny, pointe nord du plateau de Chennevières, à l'ouest et au-dessus de Cœuilly.

Pendant ce temps , les diverses colonnes s'avanceront , sans cependant se trop démasquer, et surtout sans gêner l'action de Tartillerie, et elles disposeront leurs tirailleurs, qui resteront couchés ou embusqués ; après une canonnade d'une heure et demie environ, sur l'ordre donné par le général Ducrot, il sera tiré du fort de Nogcnt (bastion Sud-Ouest) cinq fusées de couleur. Pendant le tir des forts et batteries de position , Tartillerio de campagne, placée sur la rive droite de la Marne et dans la Boucle, aura reconnu ses emplacements, les occupera et entrera en action. Au signal des cinq fusées, le feu dirigé sur Neuilly-sur- Marne, Bry, les bois du Plant et THuillier, le village de Champigny cessera immédiatement; les colonnes , précédées de leurs tirailleurs , s*élanceront sur leurs premiers objectifs ; après dix minutes d'arrêt, notre artillerie reprendra son feu avec une grande vivacité sur Noisy-le-Grand, Villiers, Cœuilly, Chennevières. Le feu durera exactement une heure , montre en main, pois il cessera , et les colonnes s'élanceront sur ces seconds objectifs.

A partir de ce moment , nos batteries devront chercher à bien suivre le mouvement des troupes , en les observant avec de bonnes longues- vues ; elles se borneront à les soutenir sur leurs flancs, et en fouillant le terrain en avant à une certaine distance, de manière à ne pas les inquiéter.

Il est bien entendu que si les batteries ennemies en position et en rase campagne ouvraient le feu, toute notre artillerie concentrerait sur elles son action, et nos colonnes ne s'avanceraient que quand le feu de l'ennemi serait à peu près éteint; alors notre propre artillerie recommencerait à battre les objectifs désignés,

Paris, le 28 novembre 1870.

Le Gouverneur de Paris, Signé : Troghu.

Pour compléter ces mesures, deux décrets avaient été rendus par le Gouvernement de la Défense nationale.

Le premier, qui conférait au général Ducrot, s'il parvenait à franchir les lignes ennemies, le commandement

Le â8 aii soir tout est prêt.

en chef de Tarmée de Paris et de Tarmée de la Loire réunies.

Le second, qui transmettait le commandement en chef au général d'Exea « au cas où le général Ducrot, coiur

< mandant la deuxième armée, serait tué à l'ennemi, ou « se trouverait hors d'état, par suite de blessure ou de « maladie, d'exercer son commandement. »

Ces deux décrets, datés du 27 novembre, avaient été signés par tous les membres du Gouvernement de la Défense nationale et par le ministre de la guerre (1).

« Le 28 au soir, dit M. Ghaper, tout était prêt; les « troupes étaient averties qu'elles allaient avoir à livrer « unq bataille, probablement plusieurs, à faire une lon-

< gue expédition d'où le sort du pays dépendait ; on leur « avait donné des vivres pour six jours, 108 cartouches c par homme; personne n'emportait de bagages, pas « même une couverture, les officiers et les généraux pas « plus que les autres. Toutes les voitures que l'on emc menait étaient chargées de cartouches et de munitions « d'artillerie. Le Gouverneur avait quitté la ville et porté « son quartier général au fort de Rosny, car il voulait « voir de près les événements et prendre sa part des « périls ; avant de s'éloigner, il avait adressé à la popu- « lation une proclamation qui annonçait l'effort si vive- « ment désiré par l'opinion publique. Le Gouvernement «c faisait afficher en même temps un appel à la concorde « et l'ordre du jour admirable adressé par le général « Ducrot à son armée. »

rruclamation

du Gouvernement

de 1a Défense nationale.

Citoyens,

L'effort que réclamaient l'honneur et le salut de la France est engagé. Vous Tattendiez avec une patriotique impatience que vos chefs militaires avaient peine à modérer. Décidés comme vous à

(1) Voir aux pièces justificalivos, n' XXI.

débasquer l'ennemi des lignes où il se retranche, et â courii* audevant de vos frères des départements» ils avaient le devoir de préparer de puissants moyens d*attaque. Ils les ont réunis ; maintenant ils combattent; nos cœurs sont avec eux. Tous, nous sommes prêts à les suivre, et, comme eux, à verser notre sang pour la délivrance de la patrie.

^A cette heure suprême où ils exposent noblement leur vie, nous leur devons le concours de notre constance et de notre vertu civique. Quelle que soit la violence des émotions qui nous agitent, ayons le courage de demeurer calmes. Quiconque fomente* rait le moindre trouble dans la (ûtô, trahirait la cause de ses défenseurs et servirait celle de la Prusse. De mémo que l'armée ne peut vaincre que par la discipline, nous ne pouvons résister que par l'union et l'ordre.

Nous comptons sur le succès , nous ne nous laisserons abattre par aucun revers... Cherchons surtout notre force dans l'inébranlable résolution d'étouffer, comme un germe de mort honteuse , tout ferment de discorde civile.

CrroYENs DE Paris,

Soldats de la garde nationale et de l'armée,

I^ politique d'envahissement et de conquête entend achever son proclamation œuvre. Elle introduit en Europe et prétend fonder en France le ^" (Jouverneur. droit de la force. L'Europe peut subir cet outrage en silence ; mais la France veut combattre et nos frères nous appellent au dehors pour la lutte suprême.

Après tant de sang versé, le sang va couler de nouveau. Que la responsabilité en retombe sur ceux dont la détestable ambition foule aux pieds les lois de la civilisation moderne et de la juslice ! Mettant notre confiance en Dieu, marchons en avant pour la patrie.

Soldats de la deuxième armée de Paris ,

Le moment est venu de rompre le cercle de fer qui nous en- ordre du jour seiTe depuis trop longtemps et menace de nous étouffer dans général** Ducroi. une lente et douloureuse agonie. A vous est dévolu l'honneur de tenter cette grande entreprise : vous vous en montrerez dignes, j'en ai la conviction.

Sans doute , vos débuts seront difficiles ; nous aurons à surmonter de sérieux obstacles; il faut les envisager avec calme et résolution, sans exagération comme sans faiblesse.

I-a vérité, la voici : dès vos premiers pus, touchant nos avanl-

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postes, nous trouverons d'implacables ennemis, rendus audacieux et conBants par de trop nombreux succès. Il y a donc là à faire un vigoureux effort ; mais il n*est pas au dessus de vos forces ; pour préparer notre action, la prévoyance de celui qui vous commande en chef a accumulé plus de 400 bouches à feu, dont deux tiers au moins du plus fort calibre; aucun obstacle matériel ne saurait y résister ; et pour vous élancer dans cette trouée, vous serez plus de 150,000, tous bien armés, bien équipés, abondamment pourvus de munitions, et, j'en ai l'espoir^ tous animés d'une ardeur irrésistible.

Vainqueurs dans cette première période de la lutte , votre succès est assuré , car Tennemî a envoyé sur les bords de la Loire ses plus nombreux et ses meilleurs soldats ; les efforts héroïques et heureux de vos frères les y retiendront.

Courage donc et confiance ! Songez que , dans cette lutte suprême, nous combattons pour notre honneur, pour notre liberté, pour le salut de notre chère et malheureuse patrie, et, si ce mobile n'est pas suffisant pour enflammer vos cœurs , pensez à vos champs dévastés, à vos familles ruinées, à vos sœurs, à vos femmes, à vos mères désolées !

Puisse cette pensée vous faire partager la soif do vengeance, la sourde rage qui m'animent, et vous inspirer le mépris du danger !

Pour moi, j'y suiç bien résolu, j'en fais le serment devant vous, devant la nation tout entière : je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux; vous pourrez me voir tomber, mais vous ne me verrez pas reculer. Alors ne vous arrêtez pas, mais vengez^moi.

En avant donc ! en avant, et que Dieu nous protège ! (1)

(1) Cet ordre du jour a été l'objet do quelques éloges et de beaucoup de critiques... 11 ne nous appartient pas d'apprécier les uns et les autres; mais nous pouvons affirmer que ces quelques phrases furent dictées spontanément et d'un seul trait dans la matinée du 27 novembre : elles exprimaient avec une parfaite sincérité et une chaleureuse émotion les sentiments qui remplissaient notre cœur à ce moment suprême î

Un écrivain distingué et impartial, M. Ch. de Mazade, a dit dans son Uistoiro de la Guerre de Franco : « On ne comprend plus entièrement « cet ordre du jour, lorsqu'on est sorti de celte fournaise ; mais replacé « à son vrai moment , dans sou vrai cadre , il résumait la soif de ven- « geance , la sourde rage qui enflammaient tous les cœurs généreux « dans ce moment d'exaltation patriotique... »

Rien n'est plus vrai, à coup sûr.

Le texte original porte une seule rature : c'est le mot dêaolc substitué au mot outntgé, — En effet, lorsque nous en donnions lecture au Goù-

Googk

€ La lecture de ces proclamations , dit M. Ghaper, « la pensée des événements qui se préparaient avaient « fait une impression profonde, et ceux qui ont passé t dans Paris cette époque terrible oublieront difficile- « ment la nuit du 28 au 29 novembre 1870 et Témotion « poignante avec laquelle on attendait le lever du jour « et les premiers bruits du combat. »

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