CHAPITRE IL
CRUE DE LA MARNE. — LES PONTS NE PEUVENT ÊTRE ÉTABLIS LE 29 NOVEMBRE AU MATIN.
Tout le monde comprenait que le sort de Paris, de la France, allait se décider!... La confiance, Tenthousiasme , emplissaient les cœurs , quand un événement imprévu vint, au dernier moment, arrêter l'élan de tous. ..
Le général Ducrot voulant encore, une dernière fois, Le
S assurer que rien ne manquait aux préparatifs du len-
verneur de Paris el k son chef d'état-major général, dans la soirée du 27, ils nous firent observer que rien dans la conduite de nos implacables ennemis n'autorisait, jusqu'alors, cette accusation d'outrage cnvcra les femmes. — Soit, répondîmes-nous, et, séance tenante, nous subatituâmcs le mot désolé au mot ouiragc.
Mais le Gouverneur ayant demandé la suppression de la phrase par laquelle nous nous engagions à no rentrer dans Paris que mort ou victorieux, nous nous y refusâmes tout d'abord, et comme il insistait en fbl- ^'ant ressortir qu'un pareil engagement était bien téméraire , et pourrait entraîner à de véritables actes de folie, nous lui dîmes : «c Dans la par- ■ tic qui va s'engager, se joue le sort de Paris , de la France tout en- « tière... chacun doit être décidé à donner sa vie contre un tel enjeu; « pour mon compte personnel , j'y suis fermement résolu, et il faut que « je fasse passer ce sentiment dans le cœur de mes soldats !... »
Ceux-là seuls qui étaient dans le rang au moment de la lecture de cet ordre peuvent apprécier si notre but fut réellement atteint... Ceux-là seuls également qui combattaient avec nous au plateau de Villiers peuvent dire s'il a dépendu de notre volonté que nos engagements ne fussent remplis!...
s*assure demain, se rendit, vers les 10 heures du soir, sur les
que les derniers ' '
^^'^plîîagê ^" bords de la Marne : les rampes d'accès étaient presque sont termim s. terminées, le matériel entier de pontonnçrie, de batellerie, rassemblé dans le canal de Saint- Maur, les vapeurs chauffés et prêts à partir... Les accessoires, cordages, agrès, poutrelles, se trouvaient aménagés aux abords du pont de Joinville...
Tout allait donc au mieux...
Cependant, en suivant la berge, le général avait fait
remarquer que Feau semblait clapoter davantage..., que
des débris, des branches d'arbres étaient entraînés par
le courant. Une crue se manifestait évidemment; mais
elle n'avait aucun caractère de gravité. Rassuré par les
ingénieurs, le général reprit le chemin de Nogent^ ou il
avait établi son quartier«généraK
donné ?e*s[gnai ^ ^"^^ houres du soir ouviron, les dernières disposi-
^^Vs'batêaux?*^ ^^^^^ prises, M. l'ingénieur en chef Krantz donna l'ordre
(H h. du soi;.) ^^ f^jj.^ avancer les bateaux.
Malgré la force du courant , le souterrain de Saint- Maur fut rapidement traversé , et on déboucha en aval du pont de Joinville.
La flottille remise en ordre, on attaqua le passage dans le petit bras de la Marne.
La Persévérance, commandée par le capitaine Rieunier, prit la tète, et s'engagea avec son convoi sous la seule arche libre du pont. Mais la crue, grandissant rapidement, avait augmenté le courant, déjà très-violent (1).
« Une véritable barre s'était produite â l'amont. Re- « jetée contre les piles, 7a Persévérance fut obligée de < se retirer. On forga le feu, on chargea les soupapes, c on largua un peu les amarres du convoi pour le
(i) « Dès 9 heures du soir, des îles découvertes pendant la journée étaient envahies par les eaux. >» (Rapport de M. Ghaper.)
< rendre moins rigide, et on s'engagea une deuxième
< fois sous le pont.
« Le bateau vint de nouveau heurter les piles, mais c il gagnait visiblement du terrain, quand trois pontons € sombrèrent avec les hommes qui les montaient.
< Cet accident obligea le remorqueur à rétrograder; c on força encore la vapeur , on chargea les soupapes à € outrance, et après avoir remis de Tordre dans le con- € Yoi, le bateau parvint à franchir la barre.
€ Mais il était déjà trop tard; on avait perdu un « temps précieux; il n*y avait plus de doute... on ne c parviendrait pas à faire passer les convois et placer € les ponts avant le jour... > (1)
Désespéré, M. Krantz informa immédiatement de cette . . i>o
'^ gênerai Ducrol
Situation le Gouverneur et le général de Chabaud-La- „..rL*"^^^?''
<> que les ponts ne
leur ; puis il courut au fort de Nogent annoncer au gé- 0?^ wnstffils néral Ducrot qu'il était impossible, malgré les plus éner- le'^lour. giques efforts, de faire franchir à la flottille le pont de Joinville, et qu'il ne fallait pas compter sur rétablissement des ponts pour Theure convenue (2 heures du matin).
Grande fut Tanxiélé du général en chef, qui voyait ainsi toutes ses combinaisons déjouées.
Cependant, il s'agissait de prendre les résolutions ^^ fori^Se nLnv. commandées par les circonstances, il n'y avait pas un 3^h!"du*miiin.} instant à perdre... Lé général Ducrot monte à cheval, et se rend près du Gouverneur , au fort de Rosny.
L'embarras était extrême!
Tous les corps, échelonnés de Charenton à Nogent, devaient rompre avant le jour... On ne pouvait changer les ordres de mouvement... le temps manquait. Mais, avant tout, le Gouverneur tenait à engager l'action,
rt) Extrait du rapport de M. Krantz. — Voir aux pièces justificatives, n- XIV.
car il redoutait pour les troupes, et plus encore pour la pppulation parisienne, le fâcheux effet de cette nouvelle déception.
L'on examina si, transformant l'opération, il ne serait pas possible de porter nos efforts sur Chelles, Montfermeil, le parc du Raincy.
Après une étude attentive, après avoir entendu M. Ferdinand Duval (!•), les agents voyers et forestiers qui étaient réunis autour de nous, il fut reconnu qu'une attaque de ce côté présenterait des difficultés insurmontables.
En effet, dans cette région, la vallée de la Marne, marécageuse en temps ordinaire, était alors inondée sur plusieurs points ; tout l'espace entre Goumay et le chemin de fer se trouvait complètement couvert d'eau. La chaussée de la route de Strasbourg, formant un véritable défilé au milieu do ce marais, avait été coupée et barricadée près de Gournay ; battu par les feux croisés de Champs, de la butte de Chelles, de Montfermeil, cet étroit passage était infranchissable.
Sur la gauche de la vallée, les hauteurs du Raincy, semées d'obstacles de tout genre, carrières, bois, murs, etc., fortifiées par plusieurs ouvrages de campagne, étaient au moins aussi inaccessibles.
Et même réussirions-nous à enlever ces positions du Raincy et de Montfermeil, que, notre objectif étant la forêt de Fontainebleau, il fallait toujours franchir la rivière, et dans de bien plus mauvaises conditions. Car, opérant notre passage en amont, les forts ne nous soutenaient plus, et nous nous trouvions pris entre deux feux par les troupes accourues du Nord de Paris et celles qui occupaient la rive gauche.
(i) M. Ferdinand Duval, aujourd'hui Préfel de la Seine, était spécialement chargé du service topographique.
n était à la vérité possible encore d'établir des ponts en aval de Joinville, puisque toute la flottille avait franchi le canal de Saint-Maur ; mais en ce point , la Marne se retourne tout à coup vers l'Est , la route et le cours de la rivière étant complètement vus des hauteurs de Ghennevières , nos ponts auraient été balayés par l'artillerie ; enfin, raison principale, nous n'avions de ce côté qu'un unique débouché: la grande rue de Joinville; c'était, en réalité, comme si nous n'avions eu qu'un seul pont... toute la journée aurait à peine suffi pour effectuer le passage.
Cette combinaison, pas plus que l'attaque sur le Raincy, ne pouvait donc être acceptée.
Faire rebrousser chemin à toute l'armée en la faisant passer par les portes et les rues de Paris pour la porter sur une autre extrémité et sur un nouveau champ de bataille eût été -trop long, et réellement impossible, nos points d'appui n'auraient pas été préparés ; de plus c'était marcher à l'encontre de l'armée de la Loire.
Aucun de ces projets n'étant réalisable, on décida que nous persisterions dans notre premier plan, en y apportant seulement quelq[ues modifications nécessitées par ce fatal retard de vingt-quatre heures :
La deuxième armée reçut donc l'ordre de rester sur le plateau de Vincennes, à l'exception du 3* corps qui alla prendre position dans la plaine au Nord de Rosny, afin découvrir la gauche d'Avroi\et d'empêcher un retour offensif de l'ennemi.
Nous discutâmes ensuite s'il convenait de contrelïiander les diversions ordonnées vers Épinai, Buzenval, Choisy-le-Roi et dans la presqu'île de Gennevilliers. les dllTrsions
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Apres un sérieux examen il fut décide que nous lais- , <i"nnd »n6m?
* * le 29 au Diatii;
serions s'exécuter ces diverses opérations. L'attention des Allemands se trouvant déjà éveillée