‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 3 sur 84 · PRISE ET PERTE DU BOURGET · texte numérisé non relu

PRISE ET PERTE DU BOURGET

Notre ligne d'occupation à l'est de Saint-Denis s'étendait jusqu'à la Courneuve, où était cantonné le bataillon des francs-tireurs de la Presse (commandant RoUand).

La grande plaine située au delà de ce village était, comme cela arrive souvent dans la mauvaise saison, couverte par les débordements du Grould, et l'inondation suffisait à protéger nos avant-postes de ce côté.

furent constitués en régiments de ligne véritables. (Décret du 28 octobre.)

Le 5>« de marche devint le 105« de ligne, le 6* de marche le 106^ ; de même les ?•, 8«, 9«, 10«, 11», 12», 18*, 14», 15», 16«, 17«, 18«, 19% 20», «*, 22«, 2», 24«, 25«, 26«, 28«, 34«, 35«, 36«, S?^, 88«, 89« do marche devinrent les 107% 108«... i38«, 139« régiinents de ligne.

Les zouaves de marche devinrent le 4* régiment de zouaves.

Chacun de ces corps, tout en restant sous les ordres d'un colonel ou •l'un lieutenant-colonel, soit de l'activité, soit relevé de la retraite, eut <lès lors une administration propre; les bataillons, les compagnies, qui avaient concouru à leur formation, en firent définitivement partie et cessèrent de relever de leurs anciens régiments.

Afin d'employer les services des francs-tireurs devenus inutiles à la Coumeuve, le général de Belleraare ordonna au commandant Rolland de faire une tentative sur le Bourget, occupé seulement par un faible poste de la garde prussienne, posiuon Ce grand village, station du chemin de fer de Sois-

sons, borde les deux côtés de la route de Lille ; il est traversé dans sa partie Sud par le petit cours d'eau de la Mollette j sauf la faible dépression de ce ruisseau, les environs présentent de vastes champs plats et découverts. Les hauteurs de Blanc-Mesnil , Pont-Iblon, Bonneuil, au nord, celles de Garges, Stains, à Touesl, qui les dominent un peu , étaiept alors au pouvoir de Tennemi. Le Bourget se trouvait ainsi complètement • sous le feu des Allemands et en quelque sorte enclavé dans leurs positions, tandis qu il était trop éloigné des cotres, surtout vers Romainville, Noisy, pour en recevoir un appui efflcape (1);

Très en avant et en flèche par rapport à nos lignes, ce gros bourg éiait donc difficile à défendre ; pour les Prussieps, au contraire, poste avancé de leur ligue d'investissement, il formait au milieu de toutes les eaux marécageuses de la Morée, de la Mollette, du Crould, une tète d^ pont iruportante et facile à garder. price (In Bourgel L'attaque étant décidée pour la nuit du 27 au 28 octobre , les grand'gardes établies en avant du fort d'Aubervilliers , de la Gourneuve ont ordre de prendre les armes à 8 heures du matin et d'appuyer le mouvement.

Le contre-amiral Sftisset, commandant la zone de Saint-Denis, prévenu , qu'avant le jour, le général de Bellemare fera une tentative sur le Bourget, se dispose à le soutenir.

(1) Voir Croquis n» 1.

DÉFENSE DE PARIS. i5

Dô8 4 heures du matin, les francs-tireurs delà Presse, au nombre de 250 environ , se jettent sur le village , enlèvent les sentinelles et abordent le premier poste prussien qui fuit en désordre... Poursuivant leurs succès, ils s'avancent rapidement et repoussent l'ennemi de maison en maison.

Mais à hauteur de Téglise, la résistance devient plus sérieuse, plus vive; les francs-tireurs, arrêtés dans leur élan , sont obligés d'attendre les reqforts amenés en toute hâte par le colonel Lavoignet.

Pendant que deux pièces de 12, placées en avant de la Coumeuve , couvrent le flanc gauche de la position, le 134* de ligne (2* et 3* bataillons) s'avance par la droite du village, le 14* bataillon de la Seine par la gauche, et bientôt, brisant les derniers obstacles, nos troupes arrivent à l'extrémité Nord du Bourget. L'ennemi, refoulé de toutes parts, se retire rapidement, nous laissant ses morts, ses blessés et des prisonniers.

Nos deux pièces de 4 et la mitrailleuse, qui vîen- ♦ nenl d'arriver de Saint-Denis , se portent en avant sur le chemin du Blanc-Mesnil et précipitent la fuite des Allemands ; mais bientôt écrasées par les feux convergents des batteries de Pont-Iblon, elles sont obligées de 88 retirer.

Pendant que nous enlevons le Bourget, le contre-ami- occupation

'du villsiTti iiâ

rai Saisset, afin d'empêcher un mouvement tournant du * urancy côté de la haute Mollette, fait occuper Drancy par le capitaine de frégate Salmon (1).

Pris sans coup férir, ce village est rapiden^ent fortifié par les 8* bataillon de garde mobile de la Seine,

11) Cet o/flcier avait, depuis le 26 colobre , le commandement des troapes opérant dans la plaine de Dondy.

(48 octobre".

Bourget.

1*' bataillon de la Loire-Inférieure et les éclaireurs de la Seine (commandant de Poulizac).

occapation du La prfso du Bourgot n'était, en résumé, qu'une affaire d'avant-poste qui avait bien tourné, mieux tourné même que ne l'espéraient ceux qui l'avaient entreprise. Cependant, le général de Bellemare pensa que ce coup de main produirait un effet salutaire sur ses troupes , dont les cantonnements se trouvaient ainsi notablement élargis (1).... Bien décidé à conserver ce village, il ordonna de s'y retrancher, et affecta à son occupation :

1** D'une manière permanente :

Le bataillon de francs-tireurs de la Presse et le 14* bataillon des mobiles de la Seine ;

2** A relever toutes les 24 heures :

Trois bataillons d'infanterie et quelques pièces d'artillerie.

Cette garnison, qui devait être placée chaque jour sous les ordres d'un colonel commandant l'une des trois brigades de la garnison de Saint-Denis, comprenait, le 28, à midi, en dehors des troupes permanentes, un bataillon et demi du 134* de ligne, un demi -bataillon du 128', le i& bataillon de garde mobile de la Seine, avec deux pièces de 4 et une mitrailleuse (2).

Toutes ces troupes, aidées par une section du génie du capitaine Laurent , se mirent immédiatement à cré-

(1) Voir aux pièces jusliticatives, n° I.

(â) Cette Infanterie était disposée de la manière suivante :

Dans la partie droite, au haut du village, un demi-bataillon du 14« mobiles de la Seine ; en arrière, un bataillon du iSA" (2<^), dont une partie s'étendait le long de la Mollette, pour surveiller la plaine vers Blanc- Mesnil.

A gauche de la route était le deuxième demi-bataillon du 14« mobiles de la Seine, puis le 1G« bataillon de la Seine, et enfln le 3« bataillon du 184*. Les compagnies du 128* étaient en arrière, en réserve, avec mission de garder l'artillerie.

DEFENSE DE PAHIS.

neler les murailles' et à élever des barricades sous la direction du colonel Lavoignet.

Le travail fut bientôt interrompu par un feu violent, venant de trois batteries démasquées au Pont-Iblon, et de deux batteries de campagne sur la route de Dugny au Bourget.

Nos deux pièces de 4, placées derrière une barricade élevée à la hâte en tête de la grande rue, ne pouvant lutter de front contre une artillerie de beaucoup supérieure, se rendirent àDrancy; là, malgré leur faiblesse relative, elles parvinrent, avec un tir d'écharpe , à inquiéter assez le feu de Tennemi, pour l'obliger à se ralentir, puis à cesser tout-à-fait (4 heures). N'étant plus inquiétés, nos hommes se remirent immédiatement à leurs travaux de défense.

Le Bourget, long village de près d'un kilomètre, étant enfilé et dominé entièrement par les batteries de Pont- Ihlon, ne pouvait être fortifié et défendu que sur ses lianes.

Celui de droite , découvert , très-accessible , devait être protégé par un bataillon et deux pièces d'artillerie placées au sud du village; le fort d'Aubervilliers , voyant à petite distance tout l'espace entre Drancy et le Bourget , avait ordre de se tenir prêt à tirer avec ses gros calibres sur toute troupe qui paraîtrait de ce côté, pendant que les forces de Drancy la prendraient en nanc. Sur la gauche , les deux bataillons du ISS"* de ligne, cantonnés momentanément à laCourneuve, devaient, au premier signal de l'attaque, se porter en avant, droit sur la Mollette, avec deux pièces de 12.

Cette opération ayant été en quelque sorte improvisée, le Gouverneur n'avait pas été prévenu. Informé après coup, il se montra médiocrement satisfait... Il fit observer que ce village du Bourget était bien en flèche,

Canonnade sur le Bourget

(après-midi du tt8 octobre).

Dispositions prises pour la

défjnse du Bourgot.

Observations

sur la pri-îe du

Bourô'Ot.

bien isolé, qu'il n'avait aucune importance par rapport à notre ligne de défense et au plan général d'opérations, qu'il occuperait beaucoup de monde sans grand avantage Ces observations étaient fort justes, et il eût

été rationnel d'en tirer la conclusion qu'il fallait au plus vite évacuer cette conquête inutile: mais nous étions entrés dans une voie telle qu'il fallait toujours compter avec l'opinion publique. Or, la population parisienne s'était enflammée immédiatement à la nouvelle du succès des tirailleurs de la Presse, et elle n'eût pas manqué de crier à la trahison, si l'on eût voulu la détromper, et lui faire entendre que ce village du Bourget n'était qu'une cause d'embarras.

Ces considérations d'ordre moral déterminèrent le Gouverneur à accepter le fait accompli; il se borna à prescrire la mise en état de défense de la position.

L'artillerie affectée au corps de Saint-Denis, semblant insuffisante, il offrit d'envoyer quelques pièces de renfort; mais le général de Bellemare déclara qu'il pourrait suffire avec ses seules ressources. Cependant, en faisant l'énumération des troupes employées à l'occupation du Bourget, il fit remarquer que l'étendue de sa ligne, de Saint-Ouen à Aubervilliers , ne lui permettrait pas longtemps d'affecter des forces aussi considérables à ce service, et il ajouta qu'il pensait pouvoir les réduire lorsque les travaux les plus urgents seraient terminés.

T;attaqued*»niiit Do ces divers renseignements il semblait résulter que Kur le BmKge't l'ou avait fait le nécessaire. Le général de Bellemare vint lui-môme au Louvre confirmer le Gouverneur dans celte opinion.

Le soir du 28, vers les huit heures, une attaque infructueuse de l'ennemi justifie ces appréciations. Deux compagnies allemandes, profitant de l'obscurité, s'avan-

cent jusqu'à quelques mètres des murs du village, gardé en cet endroit par la compagnie du 14* mobiles du capitaine Faurez.

Au qui vive de nos sentinelles, Tennenii f^pônd : € France! Moblots »... Le capitaine Faurez croit entendre parler allemand... il écoute... regarde « Ce

€ sont des Prussiens, s'écrie-t-il : Feu!... > Par une décharge à bout portant, les mobiles renversent les premiers groupes ennemis ; le reste recule, tourbiHonne et s*enfuit, nous laissant nombre de morts et de blessés.

Comme avait lieu cette attaque, arrivait une colonne amenée par le lieutenant-colonel Le Mains pour relever les troupes du village engagées depuis le matin. Ce renfort comprenant deux bataillons et demi du 138'' de ligne, le 12* bataillon de garde mobile de la Seine, quatre pièces de 4 et une mitrailleuse, prit rapidement position :

Sept compagnies du 128" en tète du Bourget, sous les ordres du commandant Brasseur : une dans les maisons qui bordent le chemin conduisant au cimetière, quatre à la barricade et dans les maisons voisines, deux sur le côté droit de la route ;

Les autres compagnies du 128*, aux ordres du commandant Vitalis, dans la Verrerie au sud du village;

Le reste delà garnison en réserve à hauteur deTégUse, et dans les premières maisons.

La nuit fut calme , mais dès les premières lueurs du canonnade

contre le Bourget

jour, l'ennemi envoie tout a coup sur le Bourget des vo- (« JP^**'®^^^^ lées de coups de canon, avec ses dix-huit pièces du Pont-Iblon; et bientôt 15 a 20,000 hommes se développent dans la plaine... Devant Timminence d'une attaque, le colonel Martin, de service de jour, fait prendre aux troupes leurs positions de combat ; les deux pièces envoyées la veille à Drancy sont rappelées au Bourget pour couvrir la droite du village* Mais, contre

toute attente... vers une heure, la canonnade cesse, et les colonnes ennemies se retirent sur Gonesse et Blanc- Mesnil (1). ,

L'on ne s'explique pas le but de cette démonstration... Les Allemands avaient-ils l'intention d'attaquer?... En ont-ils été empêchés par la présence d'un certain nombre de bataillons de garde nationale faisant une promenade militaire aux environs d'Aubervilliers? La chose est possible, car ils purent supposer que ces bataillons arrivaient pour soutenir le Bourget.

Dans la soirée on continua à augmenter les moyens de défense. Le fort d'Aubervilliers qui flanquait la droite du Bourget, fut renforcé de 2 pièces de 30 ; des travaux de tranchée reliant ce village et Drancy furent entrepris. Atuque Cependant les Prussiens étaient bien décidés à nous

la gaïïo* p'riw ' reprendre le Bourget, leur seul poste d'observation en (80 octobre), avaut du frout de la Garde... Le 30 octobre, à la pointe du jour, des colonnes d'infanterie, 20,000 hommes, se massent sur toute la ligne de Dugny à Nonneville ; trois mille chevaux sont sur la route de Bonneuil et de Lille ; des batteries, plus nombreuses encore que la veille, viennent prendre position en avant de Pont-Iblon et commencent à tirer sur le Bourget.

Veulent-ils cette fois entreprendre une attaque sérieuse ou renouveler la canonnade du jour précédent...? Quoi qu'il en soit, le colonel Martin fait prendre à ses troupes leurs postes de combat... il les place de préférence derrière les murs plutôt que dans les maisons, pour ne pas perdre de vue l'ensemble de l'action et éviter autant que possible de décupler l'effet des projectiles.

Les pièces de 4 établies sur le chemin de fer couvrent

(i) Cette v!olentQ canonnade ne nous avait coûté que 8 blesté».

la droite du village; les compagnies postées à la Verrerie le long de la Mollette, font retour vers le chemin de fer et gardent l'intervalle entre le Bourget et Drancy. Les compagnies du commandant Brasseur occupent tous les murs de clôture en tête du Bourget... les 44* et 12* mobiles garnissent les maisons à droite et à gauche de la rue... le 3* bataillon du 135* est en réserve, en arrière à gauche du village.

De son côté le capitaine de frégate Salmon se tient prêt à couvrir la droite de la position avec la garnison de Drancy, renforcée par deux bataillons d'infanterie de marine (3* et 4*), et quelques obusiers de montagne.

Vers 7 heures et demie, la canonnade augmente ; le général Hanrion, qui vient prendre le service avec trois compagnies du 438* de ligne et un bataillon du 135% presse sa marche ; à la Gourneuve, il ordonne au colonel de Boisdenemetz de surveiller le flanc gauche du Bourget, puis de sa personne il court au galop vers ce dernier village. Là, le colonel Martin lui apprend que de fortes colonnes ennemies sont en vue et que tout fait présumer une attaque sérieuse.

Aussitôt le général Hanrion envoie son fils, sous-lieutenant d'état-major, hâter l'arrivée de sa colonne (1); le colonel Martin fait demander à Saint-Denis du renfort, en artillerie surtout, et informe le Gouverneur.

Le temps presse... d'instant en instant la situation devient plus critique ; bientôt nous sommes assaillis de tous côtés par des masses d'infanterie; huit bataillons

(i) Le jeune Hanrion, sa mission lerminée, ne se laissa pas arrêter par le flot des fuyards et des tirailleurs ennemis, qiii déjà inondaient le village; il cherchait son père et arrivait près de l'endroit où jl l'avait quitté, quand il tomba frappé de deux balles.

Un officier prussien, témoin de son intrépidité, honora la bravoure de eé jeune officier en lui faisant rendre avec un soin respectueux les der* niers devoirs.

de la Garde déployés en trois colonnes avancent rapidement sur le Bourget (1).

La colonne de droite (2 bataillons) marche par Dugny, celle de gauche (2 bataillons) par Blanc-Mesnil, celle du centre (4 bataillons) parle milieu de la chaussée... Les deux colonnes de flanc cherchent à déborder le village. . . leurs pelotons de tirailleurs, lancés au pas de course, sont appuyés par les soutiens et les réserves, divisés en petits groupes et marchant à la même allure...

L'ennemi sur trois lignes, toujours poussant vers les côtés extérieurs et se sers'ant des moindres abris pour se réunir et se reformer, arrive rapidement à bonne distance et ouvre sur les nôtres un feu très-vif... t Les

< vides faits par cette marche oblique sont remplis par € des lignes de pelotons ; les ailes s'allongent en même « temps par l'arrivée en échelons de compagnies isolées, c mais toujours en ordre déployé... de sorte que l'atta- € que concentrique est constamment en mesure de dé-

< border la ligne eanemie... (2) »

L'aile droite prusienne, tout en desisinant son mouvement enveloppant, reste un peu en arrière ; le centre, trop peu déployé, et c «'assujettissant trop à H formac tion habituelle. . . . fait des pertes énormes » ; mais l'aile gauche, conduite par le lieutenant-colonel de Waldersée, gagne du terrain; ses lignes d'attaque déployées longues, minces, chargent en tirailleurs.... bientôt elles arrivent jusque sous les murs du Bourget... nos avant-

(1) Voir aux pièces justificatives, n? H.

(2) Voir aux pièces justificatives, n'* III, extrait du Mode d'attaque do V infanterie prussienne dans la campagne de i870'i87i, par le duc Guillaume de Wurtemberg. Les Prussiens mettaient à l'essai ce jour-là une nouvelle formation de combat, dont les principes venaient d'être arrêtés entre le commandant de la Garde' et celui du 9« corps... Rejetant Tordre en colonne d'attaque on inaugurait l'ordre déployé soutenu par des tirailleurs.

DKFKNSE DE PAfttS. 23

postes sont enlevés et un flot d'ennemis fait irruption dans la partie droite du village...

Les mobiles, postés dans les enclos, dans les jardins, ne tiennent pas, les compagnies du 128*, en réserve près du chemin de fer, lâchent pied...

L*artillerie n'étant plus soutenue se voit forcée d'abandonner le terrain, et nous sommes complètement délogés de l'entrée du village.

A notre gauche, bien que l'attaque ne soit pas aussi énergique.... pressées de front, menacées d'être prises à revers, nos troupes faiblissent également, et malgré les efforts du colonel Martin, du lieutenant-colonel Le Mains, nous ne parvenons pas à arracher aux Allemands les maisons tombées en leur pouvoir.

Nos soldats, partout repoussés, se replient un peu en désordre dans la direction de la Gourneuve ; cependant on parvient à en rallier un certain nombre aux compagnies du général Hanrion, établies sur la route de Lille, à quatre cents mètres en arrière du Bourget.

Pendant que l'ennemi envahit les bas côtés du village, ^^^^ nnSneur en tète se livre un combat de rues des plus acharnés. ^^ ^^"»8®- Le commandant Brasseur avec sept compagnies du ISS"", formées en grande partie des hommes des dépôts de la Garde, lutte avec une extrême énergie contre la colonne du centre du général Budritski.

Les mobiles du commandant Baroche, entraînés par leur vaillant chef et l'exemple du 128% se battent en désespérés... Réfugiés dans les maisons, anciens soldats de la Garde et mobiles arrêtent un instant tous les efforts des Prussiens, qui sont réduits « à enlever habitation par habitation en perçant les murs (1). » Enfin, cernés de

(Ij Extrait des Opêrâiiona du Gorps du génie allemand, par Gwtze, capitaine du génie prussien.

2i DEFENSE DE PARIS.

toute part, n'ayanl plus de munilions, ils sont obligés de se rendre.

Le commandant Baroche se fait tuer plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi...

Quelques-uns de ses officiers, de ses hommes qui Tentourent encore, le pressent de se retirer.

< Non, dit-il froidement, je ne reculerai pas... je ne me rendrai pas... » S'avançant seul sur un groupe ennemi il fait feu de son revolver et tombe percé de coups (1).

Pendant que les renforts ennemis arrivaient successivement par le côté droit du village, le général Hanrion avait plusieurs fois tenté de faire une contre-nilaque, mais il n'avait pu entraîner ses hommes : nos jeunes soldats étaient démontés; ils avaient, du reste, affaire à forte partie ; toute une division de la garde prussienne occupait déjà le Bourget (2).

Enfin, vers 11 heures, le général de Bellemare, jugeant que la position était définitivement perdue , envoya Tordre au général Hanrion de se replier sur Saint - Denis.

Tentative En même temps que Tennemi aborde le Bourget, il

sur Drancy. r» n , -, a . ,

masque Drancy afin d empêcher les gros renforts qui s y trouvaient de prendre part au combat.

Dès le début de l'action, quinze pièces de canon s'établissant derrière leMoleret, à 1,500 mètres environ, canonnent le village ; et, dès que la (îarde s'est emparée du Bourget, les batteries fixes du Pont-Iblon tournent également leurs feux sur Drancy.

(1) Le â novembre, M. Souhart, lieutenant d'état- major, avait été envoyé en parlementaire au sujet des blessés du 30 octobre; le lieutenant do la Garde prussienne avec lequel il se rencontra lui dit : c Vous avez a perdu le lieutenant Hanrion et le commandant Baroche, qui s'est Tai « tuer bravement après s'être battu bravement. »

(2) Voir aux pièces justiflcatives, d? II.

Bienlôt, franchissant le ruisseau, les quinze pièces de campagne avancent par échelons, suivies à quelques centaines de mètres par l'infanterie.

Devant celte redoutable attaque, le capitaine de frégate Salmon ne peut opposer que "des obusiers de montagne; faute d'attelage, on n'a pu lui envoyer l'artillerie mobile des forts. . . . Mais les longs murs qui couvrent Drancy vers le nord, le parc Ladoucette, solidement organisé, offrent à notre infanterie de bons appuis; les Prussiens, malgré leur nombreuse artillerie, n'osent lancer leurs colonnes et se bornent à une violente canonnade qui nous fait peu de mal.

Après l'évacuation du Bourget, le vice- amiral La Roncière Le Noury informa, par télégramme, le Gouverneur : € qu'il avait une forte réserve à Petit-

< Drancy et à Bobigny, que Drancy était mis en

< état de défense, qu'on y était fortement barricadé « et crénelé, que le capitaine de frégate Salmon , qui y

< commandait, était très-solide, mais que de toute ma- « nière , il ne le laisserait pas passer la nuit dans le « village, où il pouvait être enlevé par les grandes masses € ennemies qui étaient en vue. »

Le Gouverneur répondit « que le Bourget était en « pointe en avant de notre ligne de défense, que depuis « sa reprise par les Allemands, le village de Drancy « l'était bien davantage encore; il doutait que notre « monde pût y passer la nuit; cependant si les forts • pouvaient soutenir efficacement Drancy, il prescrivait « d'y rester jusqu'à la nuit. »

En conformité de ces instructions , le vice-amiral La Roncière voyant les renforts ennemis arriver, et n'ayant pour toute artillerie que 6 obusiers de montagne, donna Tordre aux troupes de Drancy de rentrer a Bobigny.

âô DÉFENSE DÉ PAftIS.

Cette affaire nous avait coûté de 11 à 1,200 hommes, la plupart prisonniers :

128«, 557 hommes tués, blessés ou prisonniers;

14'* mobiles de la Seine, environ dOO hommes tués, blessés ou prisonniers ;

IS'^ mobiles de la Seine, environ âOO hommes tués, blessés ou prisonniers.

Les officiers du 128* tués, blessés ou prisonniers sont :

MM. Brassenr, chef de bataillon.

Foumier, capitaine.

Verluythen, d?.

Jauge d*'.

Mongeot, d*".

Grandineau, d*".

Laffitte , lieutenant.

Corta, d<>.

Grisey, d».

Lemercier, d"». Marchand, d°.

Monssier, sous-lieutenant.

Magnien, d^".

WaUet, d«. (1)

(1) Il a été impossible d'établir les pertes des mobiles.

Prise du BoUT^âeL

Jhr la^ ûarcLe pruss'iefine (3o Octobre iSjo)

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