‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 32 sur 84 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ATTAQUE DE l'hAY (1).

( 29 Novembre. )

Importance Lc viUago do L'Hay, situé sur le versant oriental de viiiage^de"JHay. la Bièvrc, formo un point stratégique d'une grande valeur; dominant et enfilant la vallée depuis Antonyjusqu'à Arcueil, il se trouve à peu près à égale distance du plateau de Châtillon, de la Seine et de Paris.

(i) Voir croquis n« 6.

La possession de ce village, où viennent converger les routes de Villacoublay, Villejuif, Choisy-le-Roi, nous rendant maîtres de tout le terrain entre Thiais et Sceaux, permettait de gêner les communications ennemies depuis le plateau de Villacoublay jusqu'à Ghoisy-le-Roi.

De plus, par l'attaque de ce point, on apportait une utile diversion aux efforts que la 2* armée devait faire sur la rive droite de la Seine.

La prise de L'Hay était des plus difficiles : ce village Défenses^ucse trouve contourné dans ses parties Est et Nord par la ^e L'Hay. conduite d'eau souterraine de la Vanne ; cette levée de terre de 1 mètre de hauteur environ formant véritable enceinte, avait été reliée, par les Prussiens, à la Bièvre au moyen de tranchées; dans sa partie Est ce retranchement était flanqué par un petit ouvrage voisin de la route de Chevilly; surtout le reste de la ligne, des angles^ des crochets, sortes de tambours naturels, donnaient des feux croisés et augmentaient encore la résistance.

Derrière cette première ligne continue, des maisons isolées, des enclos, des parcs, un cimetière, des barricades aux carrefours présentaient autant de positions à enlever successivement avant d'arriver sur la place de l'Église, au centre du village, où l'ennemi avait organisé un réduit formidable, ainsi que dans les parcs Dubois et Chevreuil.

Du côté Ouest, L'Hay pouvant être tourné par les pentes qui dominent la Bièvre, les Allemands y avaient établi plusieurs lignes de défense ; les divers chemins creux descendant à la rivière se trouvaient organisés en retranchements, avec gradins pour fusillade et franchissement, rampes et passages pour l'artillerie, etc. . . de distance en distance étaient préparés quelques appuis pour pièces de campagne.

Le village de L'Hay formait donc une position re-

d'attaque.

doutable, qui ne pouvait être tournée ni par les pentes de la Bièvre, ni du côté de la route de Chevilly ; il fallait attaquer de front et à découvert tous ces obstacles successifs. C'était une rude tâche pour des soldats de trois mois.

Dispositions L'opération confiée au colonel Valentin, conunandant la 1" brigade de la division de Maud'huy, doit s'exécuter de la manière suivante :

Le HO* de ligne, lieutenant-colonel Mimerel, établi avant le jour dans les tranchées au delà des Hautes- Bruyères, doit s'avancer en six colonnes ; en deuxième ligne, sous le commandement du lieutenant-colonel Lespieau, le 2* bataillon des mobiles du Finistère, le 2* bataillon du 112* de ligne; ces troupes également défilées dans la tranchée Tripier, sont appuyées à droite par le 3° bataillon du 112* de ligne et le 4" bataillon du Finistère établis à la Maison-Blanche, à gauche par le 1" bataillon du 109* de ligne derrière la ferme de la Saussaye.

En réserve, aux Hautes-Bruyères, le 1" bataillon du 112*; entre les Hautes-Bruyères et Villejuif, les 2* et 3* bataillons du 109* ; à Villejuif et Moulin-Saquet le 111* de ligne.

Le fort de Bicêtre, le fort de Montrouge, les Hautes- Bruyères, Moulin-Saquet, la batterie Millaud, la batterie de 12 installée à droite des Bruyères , la batterie de la tenaille de Villejuif doivent couvrir de feux La Rue, Rungis , Fresnes, Bagneux , Bourg-la-Reine , Sceaux , L'Hay et Chevilly.

Toute cette artillerie sera secondée par deux batteries de mitrailleuses. Tune dans l'ouvrage Millaud, l'autre (4* du 9*) entre les Hautes-Bruyères et Villejuif, par deux batteries de 4 (3* et 4* du 2*) placées à gauche des Hautes-Bruyères, et une de 4, à hauteur de la tranchée Tripier, contre la roule de Fontainebleau ; ces

dernières batteries chargées de s^opposer à l'arrivée des renforts ennemis, ne doivent ouvrir le feu qu'au moment où l'infanterie entrera dans le village de L'Hay.

Chacune des six colonnes de première ligne a un objectif déterminé.

La colonne n** 1 , commandant Bernard , partant de Tangle du parc de Cachan, doit suivre le chemin de Gachan à L'Hay, chercher à tourner la barricade B par la gauche et se diriger vers la place de l'Église.

La colonne n^ 2, capitaine Puig, s'ébranlant cinq minutes après la première, passera entre le village et la Bièvre, tournera le parc A et s'avancera jusqu'à la route de Sceaux.

Ces deux colonnes, une fois dans L'Hay, s'établiront le plus solidement possible dans les maisons bordant les . routes de Bourg-la-Reine.

La colonne n** 3, commandant Roblastre, et la cplonne n** 4, capitaine Pérennès, doivent marcher sur le centre du village et s'emparer de la |place de l'Église, où elles organiseront un réduit.

La colonne n* 5, capitaine Fabre, et la colonne n** 6, commandant Cristiani de Ravaran, se portant à droite et à gauche de la route de Villejuif à L'Hay, enlèveront le cimetière et la barricade voisine ; maîtresses de la position , elles s'installeront solidement au carrefour D , de manière à résister aux retours offensifs qui pourraient venir par les routes de Ghevilly, de La Rue, les parcs Chevreuil et Dubois.

L'attaque doit commencer un peu avant le ) jour, afin que nos colonnes parviennent jusqu'aux premiers obstacles à la faveur de l'obscurité, sans être exposées au feu des murs crénelés, comme au 30 septembre.

Les directions ont été reconnues par les officiers chefs de colonne, afin d'éviter toute confusion.

Obieclifs

des diverses

colonnes.

Doux colonnes

de droite.

(1" bataillon

du llOe.)

Deux colonnes

du centre.

(â« bataillon

du no».;

Deux colonnes

de gauche.

(3« bataillon

du HO».)

17i DÉFENSE DE PARIS.

Les colonnes A 6 heures du matin , les différents objectifs battus

se portent en -• • t . -■

avant. par 168 forts et batteries de position, nos troupes sortent

(«h. du malin.) ^ f ^ r

des tranchées et s'élancent hardiment sur L'Hay.

La 1" colonne se perd un instant et oblique trop vers la Bièvre ; mais bientôt ramenée sur sa route elle enlève les premières tranchées ennemies.

La 2* chasse les avant-postes prussiens des bords de la Bièvre, s'empare de la maison E ; mais arrêtée par le feu des tranchées, elle remonte vers la gauche, enlève les maisons qui sont sur la route de Cachan à L'Hay, en G, et se joint à la 1".

Ces deux colonnes unissent leurs efforts contre la barricade; écrasées par un feu très-vif des maisons et des tranchées voisines, elles ne peuvent avancer et sont obligées de s'abriter derrière des constructions sur la route de Cachan.

La 3* colonne refoule les grand'gardes prussiennes; franchissant la levée de la Vanne, elle s'engage bravement dans un dédale de maisons, de jardins, d'enclos qui sont successivement enlevés.

Mais les pertes augmentent d'instant en instant, les balles arrivent de toutes parts... Nos officiers, malgré tout leur courage , ne peuvent entraîner leurs hommes ; il faut s'arrêter et attendre cfes renforts.

La 4* colonne, conduite avec la plus grande énergie, dépasse toutes les autres, déloge à la baïonnette un poste ennemi installé à quelque distance du village , s'empare des tranchées, des premières maisons, des jardins ; mais bientôt prise de flanc par le feu du cimetière, des enclos et des murs... elle est criblée de projectiles; le capitaine Pérennès tombe frappé à mort. . . Nos soldats n'étant plus entraînés par leur vaillant chef ne peuvent aborder le centre du village.

La 5* colonne marche droit vers le cimetière; ac-

cueillie par ce même feu de mousqueterie qui vient de repousser la colonne Pérennès, il lui est impossible d'avancer; néanmoins le lieutenant Chevé, avec sa section se jetant au milieu de la fusillade, essaye de tourner le cimetière et la barricade G ; en quelques instants la plupart de ses soldats sont atteints, lui-même tombe blessé.«. et bientôt cette poignée d'hommes se voit obligée de rétrograder jusqu'au premier abri.

La 6* colonne se précipite contre le parc H ; malgré un feu des plus meurtriers, elle parvient à franchir la levée de la Vanne ; l'intrépide lieutenant de Laumière pénétre même dans le parc, entraînant quelques hommes avec lui, mais il ne peut s'y maintenir, et la 6* colonne, décimée, ayant perdu son chef, le commandant Gristiani de Ravaran, se retire derrière la levée.

Bien que tous les avant-postes prussiens eussent été refoulés, bien que les tranchées, les premières maisons fussent en notre pouvoir, nous n'avions pu nous emparer d'aucun point important*., le cimetière, les barricades, les parcs, restaient encore aux mains des Allemands , dont le nombre ne cessait d'augmenter. . . Pendant presque toute la durée de l'action, leurs renforts purent monter librement par les routes de Sceaux et de Bourg-la-Reine... ces débouchés étant insuffisamment battus par la batterie Millaud qui n'avait pas reçu les mitrailleuses annoncées. A 7 heures seulement ces troupes de soutien furent quelque peu inquiétées par trois canons à balles que le général de Maud'huy avait envoyés à la maison Millaud pour remplacer la batterie vainement attendue.

De Fresnes, de Rungis, accouraient également de nouvelles troupes, et toute la ligne (^ tranchées entre L'Hay et Ghevilly se trouva bientôt garnie d'une nuée de tirailleurs qui prenaient de flanc nos colonnes déjà

vivement éprouvées par le feu direct venant des parcs, des enclos et des malsons du village.

Tout en parvenant, malgré cette terrible fusillade, à se maintenir sur les positions conquises, le HO* de ligne n'en est pas moins cruellement éprouvé (7 h. 1/2) (1). La deuxième Sa première ligne compromise, le colonel Valentin fait ^'^^enav'aSP avaucor la deuxiémo (2« bataillon du 112% 2' et 4» bataillons du Finistère), sous les ordres du lieutenant-colonel Lespieau.

Ces bataillons doivent marcher rapidement sur L'Hay sans faire feu ; parvenus à une centaine de mètres, ils essayeront d'enlever les parcs, le cimetière et toute la partie ouest du village.

A l'arrivée de ces troupes fraîches on tente un nouvel effort... tout le monde se porte en avant,;quelques maisons, quelques enclos sont encore enlevés. •. Mais des murs, des tranchées, des barricades, pleut une grêle de balles ; le lieutenant-colonel Mimerel est blessé, officiers, soldats couvrent le sol de leurs blessés et de leurs morts. . • Nous sommmes obligés de nous arrêter.

Le colonel Valentin, voyant qu'il ne peut briser la résistance acharnée de l'ennemi, envoie au commandant en chef de la 3* armée un billet au crayon (7 h. 50 m.) :

€ Tout est engagé, moins une compagnie de mobiles € appuyée à la route de L'Hay aux Bruyères; la droite « et le centre sont entrés dans L'Hay ; la gauche tient € encore; il ne reste donc plus qu'une compagnie en « réserve. >

Aussitôt le général Vinoy adresse au Gouverneur la dépêche suivante :

« Nous sommes dans L'Hay, quoique vigoureusement

(1) L'on n'avait pu % retrancher convenablement» car les outils annoncés n'étaient pas arrivés , et les colonnes avaient dû se mettre en route à l'heure dite sans attendre davantage.

c défendu. Le génie n'a pas envoyé les outils que j'avais € demandés. Il sera peut-être difficile de s'y maintenir, c Les réserves ennemies arrivent. »

De tous côtés, en effet, les Allemands accourent sur le lieu du combat : de nombreuses batteries prennent rapidement position à Ghevilly, La Rue, Bourg-la-Reine, Sceaux, derrière L'Hay; malgré cette pluie de fer, nos soldats tiennent ferme et n'abandonnent le terrain que sur l'ordre de retraite donné par le commandant de la 3* armée, au reçu de la dépêche ci-jointe du Gouverneur (8 h. 35) :

« Prévenez Vinoy , La Ronciére , Beaufort , Liniers , « que la grande opération est ajournée par suite de crue « de la Marne et rupture du barrage. La suite de leur « opération doit se mesurer sur cet incident. Ils seront t juges ; adresez leur cette dépêche. »

Le colonel Valentin replie ses troupes sous la protection des forts et de plusieurs batteries de campagne échelonnées le long des tranchées.

Pour mieux appuyer la gauche un peu en l'air et exposée aux feux de Ghevilly , le général de Maud'huy porte en avant une batterie de 4 qui, avec une batterie de position, tient l'ennemi en respect et l'oblige à rester derrière ses murailles. Mais les Allemands, sans quitter leurs créneaux, nous tuent encore beaucoup de monde, en fusillant de loin nos soldats obligés, avant de gagner leurs tranchées, de parcourir plus d'un kilomètre sur un terrain complètement nu et découvert... Gepeudant, nous parvenons, sans trop de désordre, à reprendre nos premières positions (10 heures).

Cette chaude affaire nous avait coûté près de 1 ,000 hommes, sur lesquels le HO" comptait 620 hommes et 19 officiers.

Ce régiment, qui avait porté tout l'effort de la lutte.

Retraite.

Obser /allons

sur le combat

de LHay

178 DKFENSR DK PARIS.

s'était brillamment montré, et si le succès ne couronna pas ses sacrifices, c'est qu'il était venu se heurter à de formidables obstacles défendus par des troupes sans cesse renforcées et renouvelées.

Le combat de L'Hay démontre une fois de plus l'inconvénient de cette diversité d'attributions pour tous les services spéciaux.

Ainsi une batterie de mitrailleuses devait, dès le 28 au soir, être envoyée par le service de l'artillerie de Paris, à l'ouvrage de la maison Millaud ; cette batterie n'arriva pas.

Les six colonnes devaient être munies de pioches, pelles, pétards... Ces outils, fournis par le génie territorial» auraient dû être donnés la veille à six heures du soir ; rien n'arriva, et nos malheureux soldats ne purent se retrancher dans les maisons et les positions enlevées au prix de leur sang. On eut les outils seulement à 10 heures du matin, alors que tout était terminé.

CoiTibat de l'Kav (2C)KoveTiiLpe i8yo)

/witions^ a j . ' -^ du mat4n Q Poîni^v lie dêpa9*t de^ colonne*3r d'attet^ve

Afpt^diÀ

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