CHAPITRE VI
DÉMONSTRATIONS AU NORD ET A l'OUEST DE PARIS.
En même temps que le général Vinoy faisait une démonstration au sud, l'amiral de La Roncière le Noury, se portant sur la route du Havre, devait enlever le village d'Épinai.
Placé sur une étroite langue de terre limitée au sud par la Seine, au nord par les inondations d'un ruisseau venant du lac d'Enghien, ce village, presque partout entouré d'eau, abordable seulement par une de ses extrémités, se trouvait sous le feu des batteries d'Orgemont, de la Barre, de Deuil, de la butte Pinçon ; enfin de nombreuses forces ennemies, cantonnées à Saint-Gratien, se trouvaient à proximité.
L'attaque d'Épinai présentait donc les difficultés les plus sérieuses, et, après la prise, ces difficultés, loin de diminuer, ne faisaient qu'augmenter, les feux croisés de toutes ces batteries rendant intenable la position. Il y avait donc lieu, afin de ne pas perdre l'effet moral d'un premier succès, de se préoccuper des dispositions à prendre pour l'évacuer, sans y être forcé par l'ennemi .
La nuit favorisant une retraite dans ces conditions, le vice-amiral décida que l'attaque d'Épinai aurait lieu dans l'après-midi.
Le général Hanrion, chargé de l'opération, a sous ses ordres :
2 compagnies de marins-fusiliers, le 135* de ligne, les l**, 2* et 10* bataillons des mobiles de la Seine; la brigade Lamothe-Tenet forme réserve.
, Position du village d*£pinai.
Le général
Haorion
est chargé de
l'attaque
d'Eninai.
186 DKFENSK DK PARIS.
Toutes ces troupes prendront position en avant du fort de la Briche, attendant TeiTet produit par la canonnade des batteries de Saint-Ouen, de la Briche..
Les colonnes se mettront ensuite en marche, soutenues à gauche par une batterie flottante ainsi que par une batterie de 4, établie dans la presqu'île de Oennevilliers, au nord de la redoute de Villeneuve.
Pour flanquer la droite de Fopératîon, et empêcher
l'ennemi de nous couper la retraite par la route de Montr
morency, on renforcera les postes du Temps-Perdu et de
Villetaneuse.
Le général La 3* brigade du corps de Saint-Denis devait , en
Lavoigaet est ^ ...
chargé de faire même tomps, faire une diversion en avant du fort d Au-
une . *^
en'^iîaSfdufo"! l^^^^^il^i^ï^s , ayant pour objectif Drancy, afin d'occuper dAuberviiuers. les troupos du Bourget et de Blano-Mesnil.
Le général Lavoignet, commandant de cette brigade, avait à sa disposition :
3 bataillons de mobiles de Saône-et-Loire ;
3 bataillons de mobiles dé l'Hérault ;
Les 15* et 16* mobiles de la Seine;
3 bataillons du 134* de ligne.
Une division de cavalerie (général Bertin de Vaux) devait soutenir l'attaque, et l'ensemble de l'opération elre appuyé par les forts d'Aubervilliers, Romainville, Noisy, et une batterie installée à la Gourneuve.
Pour relier ces deux opérations et maintenir l'ennemi entre les routes de Gonesse et de Galais, deux bataillons de mobiles de la Seine, les 17* et 18*, devaient prendre position au moulin de S tains.
L'attaque allait avoir lieu , lorsque arriva le contreordre général, occasionné par TimpossibiUté de franchir la Marne , et l'on rentra dans les cantonnements. Démonstration Sur lo frout Ouosl, lo général de Liniers, commandant ri« Liniers dans la 3* divisic)n de la 3* armée, devait opérer dans la pres-
qu'ile de Geniievilliers, et faire le simulacre de jeter u presqune , un pont sur la Seine aux abords de lue Marante. Il avait à sa disposition un certain nombre de bataillons de mobiles des Gôtes-du-Nord, de Seine-et-Oise, de l'Aisne, les ouvrages de la presqu'île avaient reçu un complément d'artillerie, des mortiers avaient été placés dans les batteries, à droite et à gauche du pont d'Argenteuil, des fusées, dans les batteries de la digue, à portée d'Argenteuil et de Bezons.
Le matériel de pontage nécessaire avait été réuni par les soins du capitaine Benoît-Champy, des Éclaireurs Franchetti, très-expérimenté en batellerie.
Dans la nuit du 28 au 29 novembre, pendant que nos batteries couvraient de projectiles les positions allemandes entre Houilles et Argenteuil, un pont était jeté sur le canal qui sépare l'île Marante de la presqu'île de (îennevilliers. Nos soldats, passant dans l'île, y établirent une tranchée-abri ; en arrière , un gabionnage [fut construit sur le chemin de fer de Rouen, près du pont des Anglais ; toute la nuit, les travaux d'attaque furent continués.
Le général de Liniers était relié à gauche, par quelques bataillons de mobiles, avec le général de Beaufort, commandant la 4* division de la 3* armée, chargé de faire une démonstration en avant du Mont-Valérien. Dès le point du jour, ce dernier s'était avancé sur les hauteurs de Bois-Préau et de Malmaison, menaçant Buzenval.
Au reçu de la dépêche du Gouverneur, nos troupes rentrèrent dans leurs cantonnements.
Ainsi , le 29 novembre , toutes les démonstrations reçurent un commencement d'exécution; elles ne furent arrêtées que par la dépêche du Gouverneur, laissant chacun libre d'apprécier ce qu'il convenait de faire,
La division de Susbielle
est détachée da 2« corps.
Nuavelles
instructions
pour
le 30 novembre.
suivant les résultats obtenus. L'amiral de La Roacière seul n'avait pas été engagé, Faction sur Épinai ne devant commencer que l'après-midi.
Sur plusieurs points du périmètre de Paris, l'ennemi avait donc eu à subir des attaques, mais pas assez soutenues pour lui donner le change. Déjà, en effet, son attention était sérieusement appelée, du côté de l'Est, par l'occupation du plateau d'Avron ; par les masses de troupes que Ton pouvait apercevoir, depuis Noisy-le-Sec jusqu'au plateau de Vincennes ; par le sifflet des locomotives, des remorqueurs ; par les feux allumés dans la nuit du 28 au 29 ; en un mot, par tout le bruit et le mouvement, résultat naturel d'une agglomération de plus de 100,000 hommes et de 300 bouches à feu dans un étroit espace.
On devait donc s'attendre à trouver; dans la matinée du 30, entre Noisy-Ic-Grand et Ghennevières, des troupes nombreuses et sur leur garde. Afin d'empêcher l'arrivée des renforts, il fut décidé que la division de Susbielle serait détachée du 2* corps, pour faire une vigoureuse diversion dans la direction de Montmesly, et arrêter, au moins, les troupes qui passeraient de la rive gauche sur la rive droite de la Seine. En cas de succès, le général de Susbielle, traversant la plaine de Bonneuil, chercherait à gagner les hauteurs d'Ormesson , pour se relier à la droite de la 2» armée.
Les modifications apportées à l'exécution du plan général, exposé dans l'ordre du 28, motivèrent de nouvelles instructions , qui furent résumées dans un ordre en date du 30; elles étaient la conséquence forcée des changements apportés dans les positions des différents corps par les mouvements exécutés pendant la journée du 29, et par la mission particulière confiée à la division de Susbielle.
11 en résulta que certaines troupes n'eurent plus les
mêmes objectifs; mais, bien entendu, l'ensemble de Topération restait toujours le même.