PASSAGE DE LA MARNE ET PREMIÈRES OPÉRATIONS
Le 30 novembre avant le jour, la 2* armée descendant du plateau de Vincennes s'achemine vers la Marne par de nombreuses rampes d'accès ; chaque colonne se dirige sur le pont qui lui a été désigné.
Nos forts , nos batteries tonnent à la fois.
Le fort de Nogent, les redoutes de la Faisanderie, de Saint-Maur, les batteries du Réservoir, du village de Nogent, couvrent de projectiles le plateau de Villiers , Champigny, le Bois-F Huilier, le bois du Plant, Bry-sur-
Canonnade
des forts
et batteries dn
position.
in DEFENSE DE PARIS.
Marne. . . Vers la gauche, Avron, avec ses gros calibres, écrase de feux Neuilly-sur-Marne, Villa-Évrard, la Maison-Blanche.
Tout le terrain compris entre les hauteurs du Raincy et la vallée du Morbras est sillonné par une multitude d'obus qui, se croisant dans tous les sens, semblent frayer un chemin à nos soldats (i).
La je a^mée A droito, vcrs 6 heures 1/2, le mouvement commence la'^larne. par la dîvisîon Faron (l" du 1" corps); elle passe au pont de Joinville, précédée du 4" bataillon du US', comniandant Besson, et 'd'une demi-section du génie, souslieu tenant Montés (2).
Pendant que deux compagnies de cette avant-garde se portent à gauche vers le Tremblay, le reste du bataillon s'avance sur la Fourche de Champigny (3).
N'éprouvant aucune résistanee, lo eommandant Basson poursuit sa marche vers la droite et s'arrête sur la grande route, à hauteur du Bois-l'Huilier, où il est rejoint par les deux premières compagnies qui reviennent du Tremblay, abandonné par l'ennemi.
Quelques coups de feu seulement sont échangés avec
(1) Le poste do Tremblay, eaftlant èi 50O HOètres les pont» de Negent el pouvant gûner le passage y est battu directement en brèche par une batterie de campagne établie, par ordre du général en chef, sur le bord du plateau, près de la Faisanderie. Cette batterie (capitaine Brasilier) est une des trois batteries mobiles affectées à la presqu'île de Saint-Maur.
(2) La 15* compagnie de sapeurs du ^ régiment du génia, faisant parUu du l^"" corps d'armée, était divisée en deux sections : la première, attachée à la division Faron; la seconde, capitaine Grenade, attachée an quartier général du général Blanchard.
La i'* section formai! deux détachements :
La l** demi-section, capitaine de La Taille, marchait avec la brigade du général de La Marieuse;
La 2* demi-section, sous-lieutenant Montés, marchail avec l'avantgarde .
(3) Croisée des routes de Champigny et de Bry-sur-Marne.
Passade di
Posiiions le 3o ^\>if^i»
è^thf^îl^
la Marne
^r^ ù j^ ^ du rruUin
' Coouo
les ^vant-postes prussiens établis entfe les deux routes de Champigny et de Villierr..
Cependant infanterie et artiDerie défilent sans relâche, la division Faron sur le pont de JoinvîUe, la division de Malroy (3* du l*"" corps), sur ceux de File Fanac, les batteries divisionnaires sur le pont établi au débouché du canal de Saint-Maur (1).
Les généraux Faron et de Malroy s'avancent dans la plaine, à droite et à gauche de la route n' 45, laissant la chaussée libre pour rartillerîe.
Plus à gauche, la division Berthaut (2* du 2* corps), passe la Marne à la pointe Nord de l'île Fanac , pendant que la division de Maussion (3* du 2* corps), venant du Ferreux, traverse la rivière aux ponts de bateaux do Nogent.
En moins de deux heures ces quatre divisions ont franchi la Marne et sont établies sur la rive gauche (2).
La division Faron, à 500 mètres au delà de la Four- Division Faron che, occupe la grande plaine, entre la Marne et la route de Champigny, sur deux lignes de bataillons ployés en colonne; la première ligne, llS* et 414* de la i^ brigade (colonel Comte), est à hauteur du Bois-l'Huilier, couverte à 3 ou 400 mètres par quelques compagnies ; en seconde ligne se trouvent les trois régiments de la 2* brigade (général, de la Marieuse), le 35* appuyé à la route, le régiment de la Vendée au centre, le 42* près de la Marne (3).
Positionfs vers 8 h. i/2.
(1) Voir croquis n* 9.
(9) Les l*' et 2* corps n'avaient en ligue que quatre divisions : la division de Maud'huy ( 2« du l'^' corps ) ayant été cédée à lu
3» armée; la division de Susbielle (!'• du 2* corps) étant cliargée de faire nne
diversion sur Montmesiy.
'3i Voir croquis n* 40.
Diviofoift
de Malroy el de
Maussion.
Division Bertbaut.
La division
de Biaussion se
met en marche
el enlevé
la voûte du chemin do fer de Mulhouse.
L'artillerie divisionnaire, commandant Magdeleine, ! prend position à droite de la route, abritée derrière les maisons de la Fourche. En avant de la première ligne, la demi-section du génie , sous la direction du commandant de Bussy, fait de vastes brèches dans les murs qui, barrant la plaine, pourraient gêner la marche de nos colonnes d'attaque.
La division de Malroy se forme en avant de Poulangis.
La division de Maussion est massée sur deux lignes en arrière du Tremblay, sa gauche appuyée a la Marne, son artillerie divisionnaire entre les deux brigades.
La division Berthaut, établie sur la droite, à hauteur du parc de Poulangis, est en colonne par brigade.
Nous avons ainsi en première ligne : les divisions Faron et de Maussion ; en seconde ligne , les divisions de Malroy et Berthaut.
Pendant que Tartillerie du 1" corps achevait son passage de rivière sur le pont de Joinville, celle du 2* sur le pont de Nogent, le général en chef, au signal .du fort de Nogent , donne Tordre à la division de Maussion de marcher sur le village de Bry ; ce point enlevé, elle devait attaquer de front le parc de Villiers, pendant que la division Berthaut essayerait de le tourner par la droite, et que le 3* corps, maître de Noisy-le-Grand, le prendrait à revers.
Établie sur deux lignes, la division de Maussion s'ébranle, précédée par son bataillon de francs-tireurs et par la compagnie des éclaireurs du quartier-général (1),
(1) Le capitaine de Néverlée, du 1«» cuirassiers, offlcier d'ordonnance du général Ducrot, avait été autorisé à former une compagnie de ftrancstircurs. Le rôle de cette compagnie d'une quarantaine d'hommes, choisis parmi ceux qui s'étaient fait remarquer depuis le commencement du siège, consisluit, dans le principe, à faire de petites opérations de nuit. Les utiles services qu'elle rendit, notamment à Saint-Cloud, décidèrent le général Ducrot à la porter à cent trente hommes, cl à adjoindre au ca-
DiviftiorA
de Malroy et
llgas&ion«
DiWsion Berthaut.
La division
de MaussioD fH
met en march
et finlève
la voûte du chemin de fei de Mulhouse.
formant une longue ligne de tirailleurs entre la route n** 45 et la Marne.
Les avant-postes saxons établis dans le bois du Plant engagent la fusillade, mais ils ne tardent pas à être refoulés, et quelques prisonniers restent entre nos mains.
Presque aussitôt, à hauteur du remblai du chemin de fer, nous sommes arrêtés : une barricade, établie sous la voûte, ferme le chemin... nos jeunes soldats n'osent aborder l'obstacle.
Sentant le danger d'un moment d'hésitation au début du combat, le général en chei court sur la barricade... nos tirailleurs le suivent... le retranchement est enlevé (1).
Poussant au delà du chemin de fer, nous bousculons les postes ennemis et faisons de nouveaux prisonniers.
La batterie du capitaine Nismes, franchissant la voûte, s'avance rapidement par la route de Villiers, précédée de nos tirailleurs, qui escaladent les pentes couvertes de vignes, et arrivent, en quelques minutes, au bord du plateau.
pitaine de Néverlée un lieutenant; M. de Luxer, lieutenant aux francstireurs de la division de Maussion, fut désigné, et dès le 20 novembre la compagnie était constituée de la manière suivante :
M. de Néverlée, capitaine;
M. de Luzer, lieutenant;
85 hommes du 4* zouaves;
65 — des 123«, 124*, 125% 126«, 13G« régiments do ligne;
14 mobiles de Seine-et-Marne;
5 volontaires Suédois, Danois;
1 volontaire Américain.
Total 122. ^
On lai adjoignait parfois un sous-lieutenant du génie avec quelques sapeurs, pour les opérations de nuit.
La compagnie restait attachée à l'état major sous lu désignation d'éclaireups volontaires de l'état-major ou d'éclaireurs du quartier grnéral.
Il) « .... Ébranlant de sa main les gabions, le général Ducrot excite « familièrement les soldats en leur montrant que co n'est pas plus difO- « cile que cela. » (Ch. de Mazade, Guerre do France, t. II, p. 202.)
Cependant, toute la division de Maussion a traversé lo chemin de fer, les bataillons passant les uns sous la voûte, les autres par-dessus le remblai.
La 1" brigade, général Avril de TEnclos, forme première ligne de la route de Villiers à la Marne, le 12-1" à droite, le 123* à gauche ; la 2* brigade (125% 126*) en deuxième, ligne aux abords du chemin de fer.
Le 3* bataillon du 123*, extrême gauche de la première ligne, se dirige sur le village de Bry, que Tennemi nous abandonna sans combat.
A 10 heures, nous couronnions déjà toutes les crêtes du plateau de Villiers. Mais avant de pousser plus loin, nous attendons Tarrivée des batteries de réserve, qui n'ont pu effectuer leur passage qu'après le reste de l'armée.
Marche La division Berthaut s'était égalemmt mise en
Berthaui. marcho ; la !*• brigade, général Bêcher, après avoir traversé le Plant, devait longer le chemin de fer de Mulhouse, pour appuyer la division de Malroy, chargée d'enlever les fours à chaux; la 2* brigade, colonel de Miribel, franchissant la voûte de Champigny, se porterait au nord de la voie ferrée, et formerait ainsi la droite de la division de Maussion.
Le 119* de ligne, tête de colonne de la brigade Bocher, traverse le bois du Plant et se dirige vers le ravin de la Lande. . . pendant qire les premières compagnies de son 1" bataillon s'emparent des maisons voisines du cimetière de Champigny, il déloge l'avant-poste ennemi, embusqué dans le petit bois de la Lande.
Au même instant, les tirailleurs de la division de Malroy arrivent au chemin de Bry à Champigny, et font quelques prisonniers dans le grand four à chaux.
De l'autre côté du chemin de fer, la brigade de Miri-
bel gagne rapidement du terrain; deux de ses bataillons, en tirailleurs, se relient avec ceux de Id division de Maussion ; deux autres bataillons forment seconde ligne, les deux derniers en réserve.
Ainsi, à la gauche et au centre, Hout marchait bien; nos soldats s'engageaient avec résolution et refoulaient successivement l'ennemi de ses premiers postes.
A notre droite, l'action se poursuivait avec le même ^ m«!;9^o.
' * de la division
entrain. ''*™"-
A peine la division Faron est-elle formée dans la plaine, entre la Marne et la route de Ghampigny, qu'une batterie ennemie , s'établissant derrière un épaulement au bord du plateau de Chenneviéres, ouvre son feu sur nos deux lignes qui attendent le signal de Tattaque.
Le général Faron déploie toute sa première brigade plus directement exposée, et prescrit au commandant Magdeleine de faire avancer la 3* batterie du 9% capitaine Lourdel-Hénaut, laquelle prenant immédiatement position à 150 mètres en avant de la S* brigade, ne tarde pas à être soutenue par une batterie de la réserve du 1" ©orps, la 16* du 9*, oapitame MioheL
Ces deux batteries , bien qu'appuyées par la batterie du Réservoir établie de Tautre côté de la rivière, ne peuvent réussir à éteindre le feu des pièces ennemies ; lesquelles, grâce à leur position dominante et à Tôpaulement qui les couvre, échappent à nos coups, tout en nous faisant éprouver des pertes sensibles : un capitaine du H8% M. Trécesson, est tué, un sous-lieutenant d'artillerie, M. Alis, est blessé, plusieurs hommes sont atteints... Nos régiments cependant font bonne eotilenance, mais il était impossible de les laisser longtemps inactifs sous ce feu plongeant et meurtrier.
Enfin le signal est donné... toute la division se porte
en avant.
iUMue et prise Le l"" bataillon du 113*' se jette sur Champigny, les
^^^aMe^"^ deux premières conjpagnies à gauche de la route, la
"(?heureL°?* troisième à droite. En un instant les premières maisons,
la barricade de la grande rue sont enlevées; Tennemi
n'oppose qu'une faible résistance, et bientôt nos tirailleurs
arrivent jusqu'au centre du village (1).
Le commandant Besson , avec le reste du bataillon , pénètre dans la rue , ayant à sa droite les deux autres bataillons du régiment (commandants de Poulpiquet et Combarieu). Tout cède devant nous, beaucoup d'Allemands restés dans les maisons tombent entre nos mains, et les trois premières compagnies du l'*" bataillon peuvent s'avancer jusqu'à l'extrémité de Champigny (9 heures 1/2). Poursuivant leurs avantages, ces compagnies escaladent les pentes du plateau de Cœuilly , les deux premières sous la conduite du capitaine de Margeot, entre les deux routes de Chennevières, la troisième sur la nouvelle route. Les groupes ennemis sont bousculés et la batterie prussienne, qui nous avait vivement inquiétés au début de l'action, bat rapidement en retraite.
Le lieutenant-colonel Pottier, commandant le 113% prend ses dispositions pour garder Champigny.
De concert avec le génie, les 2' et 3* bataillons retournent contre l'ennemi les défenses qu'il vient d'abandonner. La demi-section du génie du lieutenant Montés fortifie
(1) Le village de Champigny venait d'être occupé par le l*"' bataillon du 107» Saxon, qui avait relevé un bataillon du 1*' régiment Wurtcmbergeois; le mouvement s'était effectué à la pointe du jour, vers 7 heures. C'était la première fois que les Saxons occupaient ce poslc. et il faut attribuer à cette circonstance le peu de résistance qu'ils nous ont opposée.
e8t foi
Positions vers 10 heures.
la tète du village ; les maisons à droite et à gauche de la route sont crénelées ; des communications intérieures sont établies à travers les murs , la propriété située à la fourche des deux routes de Chenneviéres est solidement organisée. En même temps la demi-section de sapeurs du capitaine de la Taille démolit la forte barricade qui barre l'entrée de la Grande-Rue.
En avant, nos trois compagnies, maîtresses du versant dominant Ghampigny, se relient vers la droile à d'autres tirailleurs du 113* qui défendent la plaine jusqu'à la Marne.
Vers 10 heures, nous étions donc complètement mai- . très de toute la presqu'île ; nos tirailleurs formaient une longue ligne appuyée d'un côté à la Marne, à l'est de Ghampigny, de l'autre aux grands parcs de Bry (1).
Le lis* occupait Ghampigny, le reste de la division Division Ftro». Faron se tenait massé dans la plaine en arrière de ce village. .
La division de Malroy avait pris position derrière les fours à chaux.
Devant elle se trouvaient deux batteries de la réserve du 1* corps, commandant Dorât, qui, aussitôt après la prise de Ghampigny, s'étaient établies : la 15* d'artillerie de marine, capitaine Garis, sur le chemin de Ghampigny à Bry, près du grand four à chaux; la 4* du 12', capitaine Salin, sur le même chemin, mais plus à droite; sur la pente du ravin de la Lande, était la batterie de mitrailleuses de la division de Malroy, 12* montée de la marine, capitaine Ghaule.
Ces trois batteries , au centre de notre position , devaient contrebattre l'artillerie prussienne de Villiers et do l'éperon de Gœuilly.
Division de Mtiroy.
(i) Voir croquis n* il.
DKFENSE DE PAKIS.
Division Berlhdiit.
Division de Mausâion.
A hauleur de la division de Malroy la division Berthaut formait deux colonnes séparées par le chemin do 1er de Mulhouse : d'un côté, la brigade Bocher, couverte par le 1*' bataillon du 119* de ligne, gardait l'intervalle entre cette lij^ne et le ravin de la Lande ; de l'autre, la brigade de Miribel s'étendait du chemin de fer à la routo (le Villier^, ayant en avant d'elle, à hauteur de la maison <lu garde, deux bataillons en tirailleurs, le 4* et le 5* du Loiret.
Au nord de la route, la 1" brigade de la division do Maussion occupait les pentes de Villiers jusqu'au delà de Bry, la 2* brigade de cette division formant réserve.
Pendant que nos troupes enlevaient les premierobstacles et gagnaient du terrain, les forts et batteries cio position continuant leur feu, allongeaient successivement leur tir pour battre des objectifs plus éloignés.