ATTAQUE DE LA GARE- AUX- BŒUFS
( SO Novembre. )
Comme nous venons de le voir, la division de Susbielle, complètement isolée dans son attaque conlro Montmesly, avait été, toute la matinée, prise en flanc par des colonnes ennemies venant de Valenton et de Gh(Msy-le-Roi ; la 3* armée n'était entrée en ligne que lorsque le général de Susbielle, accablé par le nombre, opérait sa retraite.
(Test vers 1 heure environ que le général Vinoy, distinguant un certain ébranlement dans nos troupes de la rive droite et voyant l'ennemi se glisser entre Choisy-le- Roi et Montmesly pour les tourner, se décida à faire une démonstration... il organisa deux colonnes d'attaque : l'une sur Thiais, l'autre sur Choisy-Ie^Roi. Dispoiîiions Le comlre-amiral Pothuau, commandant la l** colonne,
prises '
^^"'de'îi**^'*^ devait reprendre la Gare-aux-Bœufs, les maisons crénec»r*.aux.Bœufs. j^^g jg j^ j^^^^g ^j^ Choisy, et tàter ce village avec quelques éclaireurs. La brigade Biaise, qui n'avait que très-peu donné la veille, menacerait Thiais et le Réservoir (1).
Le mouvement serait soutenu par les canonnières, qui, avec les batteries de Vitry, devaient ouvrir le feu sur la Gare-aux-Bœufs et Choisy-4e-Roi.
Pour l'attaque de la Gare-aux-Bœufs, mêmes dispositions que la veille : deux compagnies de marins s'avanceront, l'une à gauche, l'autre à droite du chemin de
(1) Ce récit est tiré presque en entier de l'ouvrage de M. le vice-arnirtl de La Roncière l-,o Noury : La marine au siège de Paris.
fer, sous les ordres du capitaine de frégate Desprez; deux compagnies d'infanterie de marine formeront réserve, à la place des deux compagnies de garde nationale.
Le capitaine de frégate Salmon dirige le mouvement. Attaque de la
Gare-aux-Bœuft.
Vers 1 heure et demie, nos marins s'élancent, le poste de la Gare-aux-Boeufs est enlevé. . . Pendant qu'où s'y retranche, le capitaine de frégate Desprez, à la tète de % marins, pousse une reconnaissance sur Choisy ; mais à cent mètres, cette poignée d'hommes est assaillie par un feu des plus violents venant du cimetière et des premières maisons. Le commandant Desprez est frappé inorteliement. . . ses hommes sont obligés de se replier.
Pendant ce temps, le colooel Champion, avec les cnobiles de rindre, franchissant la barricade de Vitry, enlève les maisons crénelées de la roule. Sur la droite, en avant <lu Moulin-Saquet, la brigade Biaise (111* et lis*), accompagnée de la 3* batterie du S* (capitaine Houeix), se déploie et menace Thiais.
Pendant ces mouvements divers, les batteries flottaiàtes, wagons blindés, batteries de te Pé|^nière et du pont du chemiû de fer, le fort d'Ivry «ouvrent de feux Thiais, Ch(»sy. La batterie de 12 du capitaioe Guérin pousse «udacieusement Jusqu'à 400 mètres de Choisy, sans parvenir à faire sortir l'ennemi de ses retranchements. Le général Vinoy, n'entendant plus le feu du côté de Montmesly, ordonne la retraite.
Le poste de laGare-aux-Éoeufs formant un saillant trop avancé au milieu des positions prussiennes, n'est conservé que jusqu'à la nuit ; bien nous en p^rit, car nous Tarons à peine évacué que des fougasses faisaient expk>sieQ, renversant presque tous les bâtiments de la gare.
Celte diversion nous avait coûté une ceniaioe d'hommes observatioDs
sur
«•tta diversioD. tués OU blessés, et parmi les tués, on comptait le capitaine de frégate Desprez, les lieutenants Boucheron et Bemardeau, du bataillon de l'Indre.
L'attaque de Choisy et de Thîais faite en temps opportun, aurait pu avoir les plus importants résultats : elle eût maintenu sur la rive gauche de la Seine les troupes ennemies qui, après avoir refoulé la division de Susbielle, se portèrent sur les plateaux de Chennevières, de Villiers, et prirent part au grand retour offensif de 3 heures, où la situation de la 2^ armée fut si gravement compromise.
Malheureusement, le général Vinoy n'avait pas été prévenu de l'attaque de Montmesly...; soit oubli de l'étatmajor général, soit que l'on comptât sur l'initiative du commandant en chef de la 3^ armée pour recommencer dans la matinée du 30 la diversion déjà tentée le 29, on ne lui fit rien savoir; et des nombreux moyens d'action dont il disposait : division Pothuau, brigade Biaise, canonnières, wagons blindés, etc., rien ne fut employé au début de la journée.
A midi , arrivant à Ivry, le chef de la 3* armée se porte à l'observatoire du fort, d'où Ton découvrait toute Faction engagée. . . Jugeant critique la situation du général de Susbielle (1), il envoie l'ordre à la division Po-
(1) Siège de Paris, par le général Vinoy, page 267 : « .... Cependant la lutte engagée à notre gauche, et dont la Seine seule nous séparait, ne paraissait pas tourner à notre avantage. Déjà quelques hommes isolés commençaient à quitter Montmesly, et bien qu'ils fussent ramenés au combat par leurs officiers, il devenait évident que la troupe allait bientôt faiblir. Des renforts ennemis étaient signalés; ils descendaient par la route de Choisy-ie-Roi et menaçaient la droite du général de Susbielle. Le chef de la 3* armée, qui n'avait pas été prévenu de cette attaque, et n'avait pu, par conséquent, la soutenir, jugea que cette circonstance lui imposait l'obligation d'agir; il donna donc aussitôt des ordres pour que ses troupes se portassent en avant, afin d'obliger les renforts ennemis à se replier sur leurs positions. La division Pothuau se dirigerait sur la Gare-aux-Bœufs , qu'elle enlèverait de nouveau, et, poussant plu?
thuau, à la brigade Biaise, aux canonnières, d'entrer immédiatement en action; et il « se rend de sa personne « au pont de Vitry, sur le chemin de fer, pour régler le f départ et surveiller dans les moindres détails les mou< € vements qui s'opèrent sur sa gauche. » — « Mais à « ce moment, dit le général Vinoy dans son récit, Tobf servatoire du fort dlvry donnait Tavis suivant : « Je f crois que nos troupes quittent Montmesly, »... penc dant qu'à peu près à la même heure, le général de c Maud'huy écrivait : « Je suis au Moulin -Saquet et c j'organise la brigade Biaise, pour la porter sur « Ghoisy. »...
Comme on le voit, on prenait seulement ses disposi-* tiens sur la rive gauche de la Seine au moment même où la division de Susbielle était écrasée sur la rive opposée par les renforts venus de Choisy-le-Roi et de Villeneuve-Saint-Georges !.. ^
Si les deux opérations, au lieu d'être successives, eussent été simultanées, il est permis de croire que la division de Susbielle se serait établie solidement entre Mesly et Montmesly; que de là, tournant tous ses efforts contre Bonneuil, elle serait parvenue à en déloger l'ennemi ; alors elle s'élevait sur le plateau par la vallée du Morbras, Ormesson, et prenait à dos Ghennevières, attaqué de front par le 1" corps.
Dans tous les cas, si ce résultat n'avait pas été obtenu, l'on aurait du moins tenu en échec une partie des troupes ennemies et contribué ainsi à assurer le succès de l'opération générale.
Tel était d'ailleurs le but principal de cette diversion.
avant, elle atteindrait les premières malsons de Ghoisy-le-Boi. La brigade Biaise, qui n'avait point donné la veille, se déploierait pour attaquer Thiais. Les ordres furent rapidement transmis, et le commandant en chef se rendit de sa personne au pont de Vilry, sur le chemin de fer...
Par suite du retard de vingt-quatre heures Ton avait craint que l'ennemi, ayant déjà deviné nos projets, ne se laissât pas détourner complètement de l'objectif principal par une nouvelle opération de la troisième armée sur le plateau de Villejuif ; il avait donc paru nécessaire de confier à la division de Susbielle un rôle particulier, offrant le triple avantage de retenir sur les bords de la Seine une partie des forces prussiennes, de relier la 3* et la 2* armée, et d'étendre le front de notre véritable champ de bataille...
Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'action tardive des forces de la rive gauche permit aux Allemands de se porter de Choisy sur Montmesly, et nos sacrifices furent en pure perte dans la division de Susbielle comme dans la 3* armée.