CHAPITRE IX
ATTAQUE ET PRISE d'ÉPINAI (1).
( 30 novembre. )
Prise d'Épinai * Pendant que l'action principale s'était produite sur le vi(Sîamirai ^s platoaux de CœuiUjr, Villiers, Montmesly, le corps ftoDcière-LeNoury de Saint-Douis avait poussé une pointe vigoureuse sur Epinai.
« Dés le matin du 30 novembre, les troupes du viceamiral de La Roncière-Le Noury avaient pris les positions occupées la veille.
< La brigade Lavoignet, soutenue par la division de cavalerie du général Bertin de Vaux, marchant sur
(i) Extrait de l'ouvrage du vice-amiral de La Roncière-Le Noury : Là marine êu siégé de Paris.
Drancy et la ferme de Groslay, le^ avait enlevés sans coup férir... L'ennemi s'était retiré derrière ses retranchements de la Morée et semblait attendre que Ton s'avançât dans la plaine pour nous écraser du feu de ses nombreuses batteries.
< Le manque absolu d'artillerie de campagne avait empêché de notre part toute entreprise sérieuse en dehors de l'action des forts. L'ordre formel du Gouverneur était d'ailleurs de ne rien engager dans la plaine.
€ Après avoir parcouru les positions de ce côté et donné au fort d'Aubervilliers ses derniers ordres pour la surveillance et la protection de la plaine, Je vice-amiral se rend en avant du fort de la Briche, où la brigade Hanrion, masquée par des plis de terrain, attend le signal de l'attaque. Les deux compagmes de ^larin^fusiliers sont en tète à la gauche : l'ui^p comn^andée par MM. Glon- Villeneuve, lieutenant de vaisseau, et Salaùn de Kertanguy, enseigne ; l'autre par MM. Cordier, lieutenant de vaisseau, et Néron, enseigne.
« Il est deux heures : à un signal convenu, le fort de la Briche, la batterie flottante n** 4 et la batterie de 4 établie sur la rive droite de la Seine, ouvrent sur Épinai une vive canonnade qui dure une demi-heure : l'amiral donne l'ordre au général Hanrion de lancer les colonnes d'attaque. Le lieutenant de vaisseau Glon- Villeneuve, à Ja tête de ses marins, se porte en avant, suit le chemin de halage, enlève la barricade qui s'y trouve à hauteur de l'entrée du village et y pénètre en un instant. D'autres marins escaladent les mups du parc et en chassent les Prussiens. En même temps, le t" bataillon de la Seine, puis les 2* et 10* bataillons et le 135* régiment de ligne attaquent le village de front, et, après une fusillade meurtrière, y pénètrent à leur
tour. Le général Hanrion est au milieu de ses troupes, et dans le combat de rues , de maisons qui commence, dirige l'attaque avec autant d'habileté que de sang-froid. La batterie de 4 et la batterie flottante sont couvertes d'obus par les canons prussiens d'Orgemont. Elles n'éprouvent aucun dommage.
« Le fort de la Briche dirige son tir sur la droite d'Épinai, où les Prussiens sont refoulés. Le lieutenant de vaisseau Pougin de Maisonneuve conduit la batterie flottante un peu plus loin, par le travers du village, prêt à battre les rues latérales dans le cas où nos hommes seraient ramenés. Il dirige son feu en arrière du village, de façon à empêcher les renforts prussiens venant d'Enghien et de Saint-Gratien d'entrer eu action.
€ Enfin, après un violent combat de rues, nos troupes achèvent d'enlever le village ; les Prussiens sont refoulés sur la droite, où nos forts dirigent un feu très-vif. Une batterie prussienne, établie à Montmorency, tire perpendiculairement à la route, entre Épinai et Saint- Denis, sans doute pour empêcher l'arrivée des renforts.
« A quatre heures, un aide-de-camp du vice-amiral, le commandant de L'Héraule, informe le général Hanrion que, conformément aux ordres du Gouverneur, il doit évacuer le village et rentrer à Saint-Denis avant la nuit.
€ Au coucher du soleil, le général, efficacement secondé par M. de L'Héraule, rallie, non sans peine, son monde qui s'acharnait au combat et rentre dans ses cantonnements.
€ Soixante-douze prisonniers du Id"" saxon, dont un aide-de-camp, des munitions, deux fusils de rempart en bronze, restent entre nos mains.
« Le colonel Piétri a conduit résolument son régiment.
« Le commandant Saillard, du l*"" bataillon, quicom-
mandait la l'* colonne d^attaque, reçoit trois blessures et succombe quelques jours après.
€ Le lieutenant de vaisseau Glon- Villeneuve est blessé légèrement à la main. L'adjudant de la marine Joachim fait des prodiges de courage. Il est mis à Tordre du jour.
« Nos pertes sont : 36 tués, dont 3 officiers, et 237 blessés, dont 19 officiers. »
Tableau.
PIRTII DIS ALUMANOS AU COMIAT S'ÉPIHAI
(90 noTUmbr» 1870).
Confondant Épinai-sur-Seine, voisin de Saint-Denis, Épinai-sur-seine
*■ et
avec Epinay-sur-Orge, village situé au sud de Paris, Épinay-s.-orgo. prés de Longjumeau, la Délégation de Tours avait conclu de la prise d'Épinai que Farmée de Paris avait franchi les lignes prussiennes et s'avançait sur Orléans...
« Cette même journée du 30 a donné lieu , dans « l'après-midi, à une pointe vigoureuse de l'amiral La « Roncière, toujours dans la direction de THay, Che- « villy ; il s'est avancé sur Longjumeau et a enlevé les € positions d'Épinay, au delà de Longjumeau... > (Dépêche de M. Gambetta aux préfets.)
€ Je ne sais, dit M. Jules Favre, dans son livre du « Gouvernement de la Défense nationale^ je ne sais « encore par quelle inexacte indication le rédacteur de c cette dépèche fut conduit à confondre Épinay-lès-Long- € jumeau avec Épinai-sur-Seine, véritable théâtre du < combat livré pnr l'amiral La Roncière. t
Malheureusement, cette c inexacte indication » eut pour résultat de faire hâter par M. Gambetta le mouvement en avant des 15% 16*, 17% 18* et 20* corps, pour aller à la rencontre de Farmée de Paris, et assura ainsi la défaite décisive de l'armée de la Loire.