NUIT DU 30 NOVEMBRE AU 1" DECEMBRE
Le La nuit close, le général en chef, après avoir donné
général en chef » o ' r
confère ses demiers ordres aux postes avancés, descendit du
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crTriD?er plateau de Villiers et se dirigea sur le château de Poulangis, son quartier général.
Il eut immédiatement une longue conférence avec son chef d'état-major, général Appert, et les généraux Frébault et Tripier.
Nul ne pouvait se faire d'illusion sur la gravité de la situation. . . l'opération était manquée. . . si nous avions encore quelques chances de succès, elles étaient bien faibles ... si faibles que la sagesse et la raison commandaient de ne pas poursuivre une partie trop hasardeuse.
Nous n'avions pu percer les lignes d'investissement, malgré d'énergiques efforts réitérés, dans lesquels nous avions perdu l'élite de nos soldats et de nos cadres.
A chaque instant, l'ennemi recevait de nombreux renforts, et désormais il était en mesure de repousser victorieusement toute nouvelle tentative de notre part.
Nos munitions d'infanterie et d'artillerie étaient épui-
sées en grande partie, beaucoup de pièces étaient hors de service ou sans chevaux.
Il était donc matériellement impossible de reprendre la lutte dès le lendemain matin ; il fallait, avant tout, distribuer des cartouches, réapprovisionner les caissons, reconstituer les attelages, et tout cela ne pouvait se faire qu'à l'aide des ressources de Paris et de Vincennes . . .
Si nous eussions été dans les conditions ordinaires de la guerre, c'est-à-dire n'ayant à nous préoccuper que de considérations purement militaires, il est probable que nous nous serions immédiatement décidé à repasser la Marne ; une fois réorganisés nous aurions repris nos opérations sur un autre point où la soudaineté de l'attaque pouvait seule permettre de tromper la vigilance de l'ennemi.
En admettant même la marche triomphante de l'armée de la Loire dans la direction de Fontainebleau, c'eût été le meilleur moyen de coopérer utilement à son action. Mais nous étions soumis à une influence néfaste qui avait pris un tel ascendant que tout devait plier devant elle ; le Gouvernement, loin de la maîtriser, de l'entraîner à sa suite, n'avait cessé de la subir, de se courber devant elle; cette influence, dont nous avons plusieurs fois parlé, parce que nous la rencontrons partout, dans les affaires civiles comme dans les affaires militaires, sur le champ de bataille comme dans les troubles de la rue... c'était l'opinion publique... Véritablement affolée, nous l'avions déjà vue se manifester au moment du retard occasionné par la crue de la Marne ; elle eût certainement été exaspérée par la nouvelle d'un mouvement de retraite, et, en la bravant, on se fût exposé à voir éclater une nouvelle insurrection plus terrible que celle du 31 octobre. . .
Le général Ducrot sentait si bien tout cela qu'il n'eut
même pas la pensée de proposer au général Trochu la combinaison qui lui semblait la seule rationnelle. Il comprit que le combat devait être poursuivi à outrance autant pour Thonneur des armes que pour maintenir devant nous les troupes d'investissement qui, sans cela, eussent été libres de se porter à la rencontre des armées extérieures. Et sans plus tarder, il prescrivit de tout préparer pour être en état de recommencer la lutte. Conférence avec Après avoir arrêté avec le général Frébault les moyens
le Gouverneur , . .
au de pourvoir au prompt reapprovisionnement de nos mu-
nitions, à la réorganisation de nos batteries, le général en chef se rendit dans la nuit même au fort de Rosny, afin de se concerter avec le Gouverneur au sujet des ordres d'exécution. Tout étant réglé, le général rentra à son quartier général de Poulangis vers 3 heures du matin.
La température s'abaissant tout à coup dans la soirée, était devenue glaciale. Cet incident venait ajouter encore aux difficultés delà situation... nous n'avions emporté ni tentes, ni couvertures... les sacs de la troupe ne contenaient que des vivres et des munitions ; les officiers se trouvaient également sans bagages (1)... toute la ligne des avant-postes étant à quelques pas de l'ennemi, on ne pouvait allumer de feux. . . chefs et soldats, accablés de fatigue, demeurèrent ainsi exposés au froid très-vif d'une longue nuit d'hiver.
Si le succès avait couronné nos efforts, toutes ces misères auraient été supportées patiemment et gaiement, mais avec l'insuccès c'était une cause de plus de découragement et de faiblesse
(1) Afin de suppléer aux moyens de transport enlevés aux officiers, le général en chef les avait autorisés à faire porter leurs vivres dans le sac d'un soldat auquel on enlevait le fusil et les munitions.