JOURNÉE DU 4" DÉCEMBRE
Positions le matin du 1^ décembre.
Sous le coup de ces terribles et pénibles préoccupa- le
,,, ,/... , , . général en chef
lions, le gênerai en chef visita de grand matin ses avant- visite les
postes... Il put constater que Tétat moral des troupes, malgré la rigueur du froid, était généralement satisfaisant; que, sur beaucoup de points, on s'était conformé aux ordres donnés pour rétablissement de travaux défensifs.
La division Berthaut, qui occupait en face de Villiers la partie la plus découverte, et, par suite, la moins facile à retrancher, avait travaillé avec autant d'ardeur que d'intelligence.
Sur d'autres points, au contraire, la défense n'avait pas été suffisamment organisée (1)... L'on donnait pour excuse le manque d'outils (2). . .
(1) A gaucho du Four à Chaux, notamment, on avait peu travaillé, malgré les recommandations faites la veille au soir; les épaulements et les tranchées n'existaient pas ou étaient à peine ébauchés. Pendant que le général en chef en exprimait son mécontentement en termes un peu vifs aux commandants de batterie et au général de division lui-même, quelques obus tirés par la batterie ennemie placée dans le ravin de la Lande, à hauteur de Villiers, vinrent éclater contre la maison du four à chaux et prouver combien ses observations étaient opportunes.
(2) 11 est certain que presque toujours, lorsque Ton compte sur les voitures du génie ou autres moyens de transport pour avoir des pioches, des pelles, etc.. rien n'arrive au moment opportun. Le seul procédé pour remédier à ce manque d'outils continuel, c'est d'habituer les hommes à les porter et à s'en servir; il suffirait d'en donner un certain nombre légers et solides au tiers de chaque compagnie pour satisfaire à tous les besoins de travaux de fortification ou de campement.
avant-postes.
Le C'est en parcourant le front de ses lignes que le gé-
rabM^n de nos ^^^^ Ducrot apprit Tabandou de notre position de gauche cfi^ttuche parla division de Bellemape... Plus qu'étonné de celle "doMtomâro? nouvelle, et vu Turgence, il envoya, avant toute explication. Tordre au général d'Exea de faire réoccuper immédiatement la rive gauche de la Marne, par une partie de la division Mattat.
Rentré au château de Poulangis, le général en chef trouva un pli du Gouverneur qui expliquait, mais ne justifiait nullement, le mouvement de la 1~ division du 3* corps.
Ce pli contenait une lettre du général d'Exea au Gouverneur, avec annotation de celui-ci :
Général (TExea au général Trooba.
1«' décembre, 5 heures da malin.
Mon général.
J'ai l'honneur de vous envoyer copie d'une lettre que vient de m'adresser le général de Bellemare, qui se trouve sur la rive gauche de la Marne, à Bry, et sur les crêtes voisines :
Bry, !•' décembre 1870> 4 heures du malin.
Mon général,
Mes rapports de grand'gardes et les renseignements de prisonniers, m'annoncent l'arrivée, par chemin de fer, à Villiers et à Noisy, de rassemblements considérables de troupes et d'artillerie (1).
Il est plus que probable qu'on va nous attaquer très-vigoureusement ce matin; nous ne sommes pas en mesure de résisteF^ et nous risquons, les ponts venant à ôtre détruits par des obus,
(1) Ces renseignements étaient inexacts, car les Allemands ne ^e sont jamais servis de la ligne de Coulommiers non plus que de celle de Provins. Toutes les machines et tous les wagons de ces deux lignes avaient été rentrés dans Paris; or, le pont de Nogent-sur-Seine, détruit, n'ayant pas été rétabli, les Allemands ne pouvaient pas utiliser la ligne de Mulhouse au delà de Nogent,
d'ôtre jetés à la Marne; je crois prudeni de faire repasser de suite la Marne, d'autant plus qu'il n'y a pas à penser à se porter CD avant; on laisserait seulement un bataillon ou deux.
Le général commandant la l**" division du 9* corpSy Signé : De Bellemare. (1)
D'après ces renseignements, mon général , j'ai donné Tordre à la division de Bellemare de repasser la Marne immédiatement ; j'ai , en même temps , écrit au général Ducrot , à Ghampigny , pour lui communiquer la lettre de M. le général de Bellemare, et l'informer de Tordre de retraite que je viens de donner.
Mon corps d'armée se trouvera en position, rive droite de la Marne, avec 4 bataillons à Neuilly- sur-Marne.
Sur la marge, le Gouverneur avait écrit la note suivante :
Fort de Rosny, 1«' décembre, 9 heures du matin.
Cette lettre m'arrive de Paris, où le général d'Exea, qui m'y croyait rentré, me Tavait adressée.
Jo vois, d'un autre côté, qu'il vous a informé de ce mouvement imprévu, et qui me paraît très-inopportun, car le général •le Bellemare aurait toujours pu se replier, par la rive gauche, sur le gros de Tarmée ; mais je me demande si sa lettre, qui a été dirigée sur Ghampigny, vous est parvenue. Dans tous les cas, il faut continuer énergiquement la défense de nos positions.
N'a-t-il pas été question d'armistice pour l'enterrement des morts et l'enlèvement des blessés?
Comme on le voit, le Gouverneur appréciait la situation de la même manière que le général Ducrot ; ses intentions avaient été prévues, et la faute commise par cette retraite intempestive était réparée.
Il est évident que l'abandon de nos positions de gauche par la division de Bellemare pouvait avoir les plus
(1) Cette lettre fut apportée au général d'Exea à 4 h. 3/4 du matin par M. de Saint- Génies, chef de bataillon de mobiles , officier d'ordonnance du général de Bellemare,
fâcheuses conséquences, aussi bien au point de vue de / l'offensive que de la défensive. Cet incident donne une/ idée exacte de la disposition générale des esprit^Pg^p commencement de la journée du l"" décembre, et répond suffisamment à Tassertion émise par quelques-uns qu'il eût été facile de recommencer la lutte dès le matin, et cela dans de bonnes conditions.
Positions Après le départ de la division de Bellemare, le 10?,
sur les pentes r r » »
après îï^retraiio ^®^*^ ®®^^ ^^^ ^^^ hautours do Bry, porte en première do B^uemare^ ^^&^^ SCS doux bataillons établis dans le village : la crête à droite et à gauche du chemin de Bry à Villiers est occupée par Jes 1" et 2* bataillons; le 3* est en potence sur la gauche, face a Noisy-le-Grand.
Le 108* de ligne, qui, d'après les ordres reçus, a repassé la Marne derrière la division de Bellemare, et n'a laissé sur la rive gauche qu'un bataillon pour la garde des ponts, revient prendre position dans le village de Bry dès que le général en chef donne Tordre de réoccuper les points abandonnés (9 heures).
D'ailleurs, tout ce terrain ne reste pas longtemps dégarni... aussitôt le départ de la division de Bellemare, le général de Maussion (1) s'empresse d'étendre ses avant-postes vers la gauche : le 125* se relie au 107*, le 126* forme une deuxième ligne destinée à servir de réserve et à empêcher un mouvement tournant par la gauche. Le 1*' bataillon de ce dernier régiment se trouve sur les pentes dominant Bry, face à Noisy-le- Grand ; le 2*, à gauche, garde l'intervalle entre la roule de Noisy et la Marne ; le 3*, à droite, disposé le long du
chemin creux, se relie avec la division Berthaut. ^
(1) Le général Renault ayant été blessé le SO, le général de Maussion fut nommé au commandement du 2« corps, et le général Courty remplaça
kr
;^' ce dernier dans le commandement de la 3" division.
DEFENSE DE PARIS. 30t
Sur le plateau de Villiers, la brigade de Miribel •^ a été remplacée dans le service de tranchée par la brigade Bocher.
Le 119* occupe l'espace compris entre le chemin de fer et la route de Villiers avec deux bataillons ; le 120* garde 4es tranchées à gauche de la route avec un bataillon.
Les batteries divisionnaires sont restées près du chemin de fer.
Au centre de la ligne, sur le plateau du Four à Chaux, occupé par la division de Malroy, la brigade Paturel continue à fournir les avant-postes de la voie ferrée au chemin de Villiers, la brigade Martenot gardant les carrières voisines de Champigny.
A droite, la division Faron tient toujours le terrain entre ce village et la Marne.
Les services administratifs, après avoir franchi la Marne, se sont établis sur la route de Champigny, dans les premières maisons du village, et sur la route n** 45, près de la voûte de Bry.