‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 4)Chapitre 66 sur 84 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Extrait de Deux Combats (Tartillerie sous les forts de Paris; par le général Favé.

Le jeudi 24 novembre, je reçus Tordre de me rendre chez le Gouverneur. M . le général Trochu me confia le secret du plan d'attaque. La 2« armée devait passer la Marne en amont de la presqu'île de Saint-Maur.

Les trois forts de la Faisanderie , de Gravelle et de Nogent , une redoute construite un ,peu en avant du village de Saint- Maur, dans la presqu'île, et plusieurs batteries, élevées à la droite de la redoute , devaient concourir par leur feu au succès de l'opération.

Le Gouverneur me donna verbalement le commandement, nonseulement des trois forts et de la nouvelle redoute, mais aussi de nombreuses batteries fixes, qui avaient été construites depuis la haute Seine jusqu'au village de Nogent-sur -Marne.

Des troupes d'infanterie seraient mises à ma disposition en nombre suffisant, pour assurer la sécurité de la presqu'île ; les troupes^ comme les pièces, ne devaient arriver dans leurs positions que le plus tard possible, c'est-à-dire au moment de l'exécution, pour éviter que l'ennemi put soupçonner le projet, et surtout pour éviter que les journaux, trop préoccupés de satisfaire la curiosité publique, ne signalassent les préparatifs. Le général Trochu m'offrit d'étendre encore le commandement qu'il me donnait au nord du fort de Nogent, et d'y comprendre l'artillerie qui devait aller occuper le plateau d'Âvron , dans le but d'éloigner l'ennemi des bords de la haute Marne. Appréciant très-haut l'importance des fonctions que j'aurais à remplir, j'exprimai le désir que mon commandement ne s'étendît pas au delà du fort de Nogent. Je pensais que je ne pourrais pas, de la presqu'île Saint- Maur, où mon poste me semblait marqué, communiquer avec le

plateau d'Avron asseï vite pour être e^icactemaat renseigné sur la situation et pour décider an temps utile.

Je dus, en sortant de ches le Gouverneur, aller iu>médiatemeat chez le générai en chef de la 2« armée; M. le général Ducrot précisa l'intention qu'il avait de faire passer la Marne à son armée entière sur une dizaine de ponts , qui seraient tous jetés dans le rentrant prononcé de la rivière, c'est-à-dire entre les villages de Joinville-le-Pont et de Nogent.

Après être entré dans diverses considérations sur les avantages de ce plan, il ajouta qu*il avait étudié lui-même toutes les positions occupées par l'ennemi, qu'il l'avait tàté partout et que c'était en cet endroit qu'il fallait aller l'attaquer. Ces paroles me firent penser que les dispositions d'attaque seraient exécutées suivant les idées ^u commandant de l'dlrinée, plus que suiva!)t celles du Gouverneur, et que, par conséquent, l'entreprise n'aurait pas à souffrir d'un manque d'unité dans les \'ues.

Le général commandant l'artillerie de la 2* armée avait été mandé pendant cette entrevue, après laquelle il me donna, sur les moyens d'action qui seraient mis à ma disposition, les renseignements qui m'étaient nécessaires. Il m'informa que c'était a un ingénieur des ponts et chaussées, M. Ducros , qu'avait été depuis un assez long temps confié le soin de faire construire secrètement des batteries fixes dans la vallée de la haute Seine, vers Gréteil, dans la boucle de la Marne où se trouve le village de Saint-Maur, et, encore plus au nord, sur la rive droite de cette rivière, dans le village de Nogent. Ces batteries avaient été construites en grand nombre. M. Ducros en connaissait seul l'emplacement exact et la destination précise. Le général ne savait bien qu'une chose, c'est que les ressources en matériel et en personnel d'artillerie n'étant pas aussi considérables qu'on l'avait cru eu construisant les épaulements, les bouches à feu disponibles ne suffiraient pas pour les armer tous; d'ailleurs le matériel dont on pouvait disposer serait mis prochainement à ma disposition. Toutefois, je devais faire savoir auparavant quels seraient les épaulements à armer par ordre de préférence. Munis de ces renseignements, je me fis conduire, sans perdre un moment, chez M. Ducros, Tingénieur, et je pus, le môme jour, convenir avec lui que le lendemain matin nous partirions ensemble pour parcourir la position que j'avais à étudier. Je devais reconnaître l'emplacement et l'objet de chaque épaulement, apprécier son degré d'utilité présumable d'après l'appui qu'il pourrait pi-èter au projet d'attaque qui m'avait été confié.*.

dé;fensb de PAms. 40?

xvm.

Ordre du 26 noTembre.

Demaio dimanche , )e8 petits ballots seront faits dans tous le^ corps ; chaque homme ne devra emporter dans ^ou sac que ^es cartouches, les vivres, une chemise, une paire de souliers, upe paire de guêtres, une paire de sous-pieds de rechange, une brosse à graisse et la tênte-abri. Les demi-couvertures et les peaux de mouton seront réunies et versées dans les magasins d'administration en môme temps qu*on ira toucher les vivres.

Chaque régiment touchera ses vivres de façon à être aligné jusqu'au 4 décembre; les hommes doivent emporter avec eux les marmites, gamelles et bidons; la réserve d*avoine emportée par chaque corps, devra être de deux rations et demie. Les bagages et les petits ballots de chaque régiment resteront sous la garde d'uQ officier, deqx sergents, quatre caporaux et cent hommes. Les musiciens laisseront leurs instruments et marcheront comme in^rmiers.

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