PRÉPARATIFS DE LA BATAILLE DE BUZENVAL
Uattaque sur Chfttillon abandonnée, la proposition d'assister à la Conférence de Londres rejetée, on allait, obéissant aux injonctions de Topinion publique exigeant une sortie immédiate, se jeter dans les aventures d'une grande bataille.
Le projet de percer les lignes ennemies par le massif de l'Ouest: Montretout, Garches, Buzenval, projet émis dans le conseil du 6 au 7 janvier par le général Berthaut et vivement soutenu par le général Schmitz, fut de nouveau repris le dimanche 15 janvier au soir, dans «ne séance des membres du Gouvernement tenue au Ministère des affaires étrangères (1).
A la suite de cette séance eut lieu un conseil de guerre (lundi 16), où fut appelé le général Ducrot avec plusieurs généraux.
L'opération sur Versailles fut de nouveau discutée.
(1) Dane les procès-verbaax, noas trouvons à cette date :
« Séftnce secrète au minietèrc dos affairée étrangères. Dimanche soir 15 janvier. — Plan d'attaque, projet de sortie. »
MM. Jules Favre, Emmanuel Arago, Jules Simon insistèrent longtemps, disant que le peuple voulait cette opération, qu'il fallait la faire absolument, qu'on était dans ces idées-là, qu'on était certain de réussir. Nous fîmes quelques observations qui furent à peine écoutées , et enfin il fut décidé que l'opération aurait lieu.
Alors M. Jules Favre se leva et dit au général Trochu :
c Eh bien! Général, maintenanfque nous avons déc cidé l'opération sur Versailles, il s'agit de convenir du « jour; vous savez que le temps nous presse; il faut c donc que ce soit le plus tôt possible. Quand pensez- « vous faire cette opération sur Versailles ? :>
Le général Trochu lui répondit :
«... C'est aujourd'hui lundi, ou plutôt mardi, puis- « quil est près de minuit; nous avons des troupes à « Rosny, à Bondy, qu'il faut faire revenir dans la pres- « qu'île de Gennevilliers , c'est assez long... nous ne « pourrions guère commencer l'opération que dans la « nuit de jeudi à vendredi. J'avoue que ce jour de « vendredi me contrarie, il inquiétera beaucoup de gens; « nous avons déjà tant de chances contre nous, qu'il ne c faut pas les augmenter. On a plusieurs fois parlé des « vendredis du général Trochu. — Je crois donc qu'il c serait bon de né commencer l'affaire que dans la nuit « du vendredi au samedi.
— « Samedi , s'écria Jules Favre , c'est toute une « semaine encore! Est-ce qu'avec beaucoup de bonne « volonté vous ne pourriez pas avancer Theure de Tac- « tion et la mettre dans la nuit du mercredi au jeudi?
— « C'est impossible, répondit le général Trochu : « il est minuit, nous sommes au mardi, songez-y ; il faut « donner des ordres aux généraux des corps d'armée, « les transmettre aux généraux de division ; il faut pré-
« parer un plan, et nous ne pouvons faire cela en si peu « de temps. »
M- Jules Favre ne se rendit pas à ces raisons et répéta encore une fois :
« Voyons, Général, avec beaucoup de bonne volonté « et d'énergie, ne pourriez-vous pas arriver à faire ce « que je vous demande? »
Le général Trochu, ainsi pressé, répondit :
« A la rigueur, avec beaucoup d'activité et d'énergie, t on y arriverait.
•~" « Eh bien! c'est convenu, dit aussitôt M. Jules * Favre, nous ferons cela dans la nuit du mercredi au ' jeudi. •
^^ était près d'une heure, nous nous sommes séparés. ^^ général Schmitz a remis au matin pour préparer les ^ïislruclions. Les ordres furent faits à la hâte et très-
écourtés(l).
Dans la séance du mercredi 18 janvier, le Gouverneur Dernière séance
du
prend les dernières dispositions : Gouvernement
.^^__^____^__^ Buienval (2).
(1) Nous croyons être dans le vrai en disant que le conseil a eu lieu dans la soirée du lundi 16, et non dans la matinée du lundi 16, ainsi que le pense M. Chaper. Dans tous les cas, si l'enquête sérieuse et désintéressée de M. Cbaper avait raison contrairement à nos souvenirs, ce ne serait qu'une dirférence de quelques heures, différence qui ne changerait rien à la situation. Cela ne ferait toujours que deux jours et demi, soirée du lundi, mardi et mercredi, pour préparer la bataille, au lieu de deux jours. Était-ce suffisant?
(2) Lors de l'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale, la Commission déléguée par l'Assemblée avait eu l'intention de publier les documents qui lui avaient été communiqués p%r M. Dréo; les membres de l'ancien Gouvernement s'y opposèrent énergiquement, sous prétexte « que ces documents n'étaient pas des procès^verbaux ofûciels,
• mais des notes prises au courant delà plume^ sans mandat, sans con-
* trôh^ au milieu des séances agitées des nuits, par Pun des secrétaires « da CouFernemen^ et qui n'avaient Jamais été revues et corrigées par « /es personnages mis en scène. »
—Contrairement à cet avis, nous pensons que ces procès-verbaux sont d'autant plus rapprochés do )a vérité, qu'ils n'ont pas été revus et modi-
« M. le général Le FI6 lit Tordre du jour par lequel € il est annoncé qu'il prend le poste de Gouverneur de c Paris par' intérim :
« Un ordre da Gouvernement de la Défense nationale m'a investi, en l'absence du Gouverneur de Paris, le général Trochu, du commandement des troupes de la garde nationale, de la garde mobile et de l'armée qui restent chargées de la défense de Paris, des forts et des ouvrages avancés.
c J'entre, à dater de ce jour, en possession de ce commandement.
€ Paris, 19 janvier 1871.
Le Miniaire de la guerre.
Gouverneur de Paria par intérim ,
Général Le Flô.
c M. Jfules Favre lit une prodamation à la population.
c M. Picard trouve cette proclamation désespérante et c de nature à abattre les courages au lieu de les relec ver. Pour lui, il ne peut entrevoir la capitulation ; il « veut résister, et il est convaincu qu'on peut vaincre. « Il ne voudrait entendre parler ni de dernier efTcyrt ni c de lutte extrême. D ne croit pas que cette nouvelle < tentative, fûl-eUe malheureuse, dût ôtre la dernière.
t M. le général Le Flô pense, au contraire, qu*aprés € ce nouvel effort, la garde nationale ne pourra plus € redonner.
c M. Jules Favre signale le manque de vivres, qui « déjà se fait sentir ; il ne peut, en ce qui le concerne.
flé8 par les Inléfesaés; que, par soito, ils sont bien, dans l«ur ensemble, la véritable photo^phle sans retouches, de ces séances dans lesquelles se sont discutées les destinées de notre malheureux paye; qu'ils appartiennent incontestablement à l'histoire, el que leur publication, amenant tout naturellement des reotlfleations et les discussions qui en sont la conséquence, doit contribuer à faire connaître la vérité sur cette triste et intéressante période de notre histoire. — (Voir aux pièces Justiflcaùves n"» 8, la correspondance échangée à ce sujet entre l'honorable H * Cresson el le général Ducrot.)
* prendre sur lui de conduire le peuple à ces extrémités. « M. Simon propose une autre proclamation , qui est
* adoptée à Tunanimité :
« Citoyens,
. ' ^'ennemi tue nos femmes et nos enfants ; il nous bombarde ^^^''et nuit; il couvre d*obus nos hôpitaux. Un cri : Aux armas! ®^* Sorti 'de toutes les poitrines.
* ^ux d'entre nous qui peuvent donner leur vie sur le champ
^*^i]|e maroheront à l'ennemi; ceux qui restant, jaloux de ii|ontrer dignes de l'héroïsme de leurs frères, accepteront, au vo ^^^* '^^ P^^® ^^^ sacrifices comme un autre moyen de se dé- ^ pour la patrie.
^^Cf rir, et mourir s'U le faut ; mais vaincre.
« Vive la République I
. « Les Membres du Gouvernement,
c iules Favre, Jules Pbrrt, Jules Bihon, Emmanuel Araoo, Ernest Picard, Gar- NiBR-PAoès, Eygène Pelletan.
« Lea Ministres, c Général Le Flô, Dorian, Magnin.
« Lea Séêrétêirêa du Qourememeut^
c HÉROLB, LAVniTUJOIf, DURUSR, Dréo. »
c Le Conseil décide que le rationnement commencera c demain jeudi ; ce rationnement est fixé à trois cents
grammes.
c M. le général Le Flô annonce qu*il va successive- I ment faire abandonner les positions de Drancy, Bondy, I Gruslay et Créteil, qui divisent les forces sans intérêt « pour la défense de Paris.
« M. Picard propose de garder 25,000 gardes natio- < naux sous les armes pour parer demain aux exigences
* du dehors.
« M. le général Le Flô explique qu'aucune panique
* tf est à craindre , les troupes devant opérer sous le « feu des forts.
c M. le général Vinoy commandera la gauche (Monc tretout); M. le général Ducrot, la droite (la Jonchère) c et M. de Bellemare, le centre (Buzenval). »