‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 21 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

i6â DÉFENSE DE PARIS.

Elant donnée la situation physique et morale de nos troupes, il était impossible que nous pussions réussir; donc il ne fallait pas tenter l'aventure.

« Selon Napoléon, dit le maréchal Bugeaud, on ne € doit livrer une bataille que lorsque Ton a soixantec dix chances aur cent de la gagner, et de plus quand « il n'est pas possible d'arriver à ses fins aans tenter oe c moyen extrême. » C'est pour cela que, oonvaincu de 06 grand précepte, nous ne cessions de dire au général Trochu : c L'état de nos troupes ne permet plus les « grandes entreprises ; je crois qu'il faut se renfermer « dans la défensive jusqu'à ce que nous en soyions à c notre dernier morceau de pain ...»

Tout au contraire, en engageant, comme on Ta fait, malgré nos objurgations, une grande action militaire avec des forces affaiblies ou sans valeur, on courait à un échec certain, échec qui devait fatalement compromettre, atténuer les succès possibles des armées du Nord et de l'Est.

Il «ût mieux valu N*eût-il pas été plus sage, plus habile, de n'engager rissûe^^des'^pé- Tactiou, l'action suprême, in extremis, qu'après l'issue dn So^°et de counue des batailles de ces armées du Nord et de l'Est...

l'Est.

Si elles étaient vaincues, pourquoi engager une bataille très-chanceuse, pourquoi courir au-devant d'une défaite presque assurée, pourquoi greffer bénévolement insuccès sur insuccès ?

Si, au contraire, les armées extérieures étaient victorieuses, tout était èhangé, l'abattement physique et moral de l'armée de Paris disparaissait ; on se jetait avec enthousiasme, avec furie contre le cercle des assiégés, forcés de détacher des troupes au secours de leurs armées battues . • . Nous avions alors peut^tre soixante-dix chances sur cent d'être victorieux, et nous pouvions . espérer que les Allemands» inquiets sur leurs lignes

(l^opération et de communication, lèveraient le siège et se retireraient jusqu'en Champagne et en Lorraine.

Dans le cas où Ton aurait voulu agir en même temps que Bourbaki et Faidherbe, il ne fallait pas faire de grands engagements, mais chicaner avec de bonnes troupes, le plus rudement possible, l'armée d'investissement, de manière à paralyser sur place les forces qu'elle pouvait détacher soit vers le Nord, soit vers l'Est. . •

Dans tous les cas, il ne fallait jamais employer la i/empioi garde nationale, qui a été partout et toujours non-seule- garde nationale

. ^ j j ' • *. * ^^* funeste.

ment un embarras, mais une cause de desorganisation,

de faiblesse. • . . Sur le champ de bataille elle fut même

un danger, ainsi que le dit le général Trochu lui-même : •

c La garde nationale, dans son inexpérience, arrivait à

c la bataille, courbée sous le poids des vivres et des

c appareils de campement; sa fatigue offrait an spec-

< tacle pénible; au combat, manquant d'ensemble, ne

• rencontrant pas habituellement dans le commandement c le point d*appui, la direction qui sont nécessaires,

< chacun opérait â peu près pour son compte, et voilà € comment il se fait que je suis fondé à évaluer qu'un

■ baitième des morts et des blessés que j'ai eus à la

■ bataiUe de Buzenval (et c'était en tout, près de 3,000

< hommes) a péri par le fait db la garde nationale.» Mais les membres du Grouvernement, en livrant la bataille de Buzenval, espéraient plutôt apaiser Topinion publique qu'ils ne comptaient sur une victoire, comme le disait l'un d'eux : < Il faut faire faire quand même

< une grande sortie à la garde nationale..., car l'opi-

• nion ne s'apaisera que quand il y aura 10,000 gardes « nationaux par terre. »

Enfin, il ne fallait pas hâter, brusquer les préparatifs En bAtam d'une grande action militaire qui présentait déjà tant de *°Topémior"' causes d'insuccès. . • Avec des troupes composées d*élé- ^" raTancë!'' *

les très-faibles ments épuisés par la fatigue, les souffrances, les priva-

cb&nc6s

de succès que tious, comme les corps de ligne et de la mobile, avec des

nous ' *^ ^

pouvions avoir, troupos saus expérience, sans instruction , sans discipline, en un mot, sans valeur militaire, comme celles de la garde nationale, il ne fallait pas venir ajouter, grâce à une précipitation coupable , le désordre, la confusion inhérents à des ordres de mouvement défectueux.

Le 16 janvier, M. Jules Favre, en forçant, pour ainsi dire, le général Trochu à accepter le 19 comme jour de la bataille, ce qui ne donnait que deux jours pour organiser les colonnes et envoyer les ordres de marche d*une armée de 100,000 hommes, a assumé sur lui la plus lourde des responsabilités.

Et puis, si, par impossible, au 19 janvier, le succès eût été de notre côté, il aurait été sans résultat, car nous étions trop prés du dernier morceau de pain.

En disant à Ferrières : « Pas une pierre de nos for- « teresses, pas un pouce de notre territoire », M. Jules Favre avait rendu toute négociation impossible; de même à la (in de janvier, pour dire à la France et au monde : « Nous avons combattu jusqu'à notre dernier morceau c de pain », M. Jules Favre allait être obligé de tout céder au prince de Bismark, afin d'obtenir pour une population de deux millions d'âmes de quoi vivre le lendemain • • . .

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