IV
ambulances sont accumulés pêle-mêle. Enfoncées dans les ornières profondes , ces lourdes voitures qui toutes se touchent et parfois s'enchevêtrent, les roues de l'une entrant dans celles de Tautre, ne peuvent parvenir à s'ébranler; elles forment comme une longue et impénétrable barricade contre laquelle se heurtent des flots pressés d'hommes, de chevaux...; les gardes nationaux se sauvent de toutes parts à travers champs . . . Les soldats, perdus, égarés, cherchent leur compagnie, leurs officiers. . . Si, à ce moment, l'ennemi, reprenant tout de suite l'offensive, se fût emparé du coteau de Montrelout et qu^il eût garni la crête d'artillerie, le large vallon de la Pouilleuse aurait offert à ses coups une masse confuse où il n'aurait eu qu'à frapper...
HeureusemoQt les Allemands, fatigués eux aussi par
les violents efforts fournis depuis la matinée, avaient dû
rester dans leurs lignes, et ce n'est qu'assez avant dans
la nuit qu'ils firent leur nouvelle attaque sur Montretout.
netraite de l'aile Enfin , vors 8 heuros , la cohue de tous les impedi-
et /une partie meuta ayant pu rebrousser chemin, la Briqueterie et ses
du centre. i i . i / # • » i ja
abords se trouvent en partie dégagés ; nos pièces de Iz, descendues a grand'peine de la redoute de Montretout, avec tout le reste de l'artillerie de la colonne de gauche et du centre, viennent s'y masser. . . Les troupes de première ligne opèrent successivement leur retraite : la gauche vers la Briqueterie du Carrefour- du- Roi , sous la protection de la brigade Noël .' . . les troupes établies depuis la redoute de Montretout jusque vers le plateau 155, se retirent sous la protection de la brigade Pistouley.
La brigade Hanrion prenant position en avant de la Pouilleuse, couvre le mouvement rétrograde d'une partie de la colonne du centre.
Cette retraite opérée dans le désordre, dans la nuit,
dans )a boue , sans présenter le triste spectacle donné par la débandade de la majeure partie des gardes nationaux, fut longue, difficile et tellement confuse que dans la colonie de gauche ox\ oubliait l^s troupee du lieutenant-colonel Mosnerqn-Dupjn ^tablies dans les villas Béarn et Armengaud, pt le b^j^illou d^ J^oirp-ïuférieure qui occupait la villa Zimmermann.
A Taile droile, le général Ducrot, après s'être fortifié Retraite de raiie dans le parc du Buzenval, se préparait à recommencer Taction dans la matinée, quand il reçut, en entrant dans la maison Crochard, une dépêche du général Trochu ainsi conçue :
i Vu l'extrême désordre des troupes , je suis obligé € d'ordonner la retraite. »
Le général Pqcrot fépopdit :
< Je ne sais de quel çlésordre vous voulez parler, t Nous occuppns toutes les positions conquises (|ws I9 c journée et nos troupes ^QUt d^us un ordre pajriait. « Nous tiendrons aussi |pngtemps que vous voudrez. »
En effet, la droite se trouvait fortement établie sur spn terrgjfi 4fl QQqf^hn^ : tout \p pfirc de Quzanval était occupé par les brigades Colonieu, Valentin, gardant le mur Sud face à la Bergerie et au plateau du Haras, la division Berthaut observant le mur de Long-Boyau et le plateau entre Bu?euv^l et Bois-Préau.
Les 136' de ligne, HO* de ligne, francs-tireurs de la division Bellemare et 109« bataillon de garde natiouaje avaient leurs grand'gardes dans le haut du parc (1).
Les francs-tireurs de la division Berthaut, le 119' jde ligne,, deux bataillons de mobiles de Seine-Inférieure,
|1) Devant la Bergerie, dan;^ le fossé Gp, ét^it ^De grand'garde prussienne ; elle était à si peu de distance de nos avant-poçtes, qu'on entendait les conversations.
les mobiles de la Seine, avaient leurs avant-postes devant le mur de Long-Boyau ; les autres troupes en réserve dans le parc et près du château.
La division de Susbielle tenait toutes les positions de Bois-Préau à la gare de Rueil.
Comme on le voit, partout nous étions sur nos gardes (1).
Cèlerai Ducrot Après s'étro concorté avec le général de Bellemare,
ordonne
la retraite, afin d'évitor dos entre-croisements de troupes semblables à ceux du matin, le général Ducrot ordonne la retraite.
Dans cette nuit obscure, il n'était pas facile d'évacuer les positions , à quelques pas de Tennemi, sous ses yeux mêmes, pour ainsi dire; aussi le général fait-il prendre les plus grandes précautions : un rideau de tirailleurs reste face à l'ennemi, des guides sont donnés à chaque colonne par les éclaireurs du capitaine de la Rochethulon, lesquels depuis longtemps sur le terrain, en ont une connaissance parfaite; ainsi dirigées, toutes les troupes s'écoulent successivement en silence et dans le plus grand ordre :
La division de Susbielle se retire vers dix heures du
(1) Au reçu de la dépêche du général Ducrot, le Gouverneur répondit:
a 19 janvier, 1 heure du matin. — Monl-Valérien, pour la FouiUeuse.
Œ Aux généraux Ducrot et de Bellemare.
« C'est à la gauche où je m'étais porté que la retraite a été désordonnée. Noël a déclaré que Montretout n'était pas tenable, et l'évacuation des positions s'est faite, après la nuit, dans la confusion. Il y a là encore en ce moment beaucoup d^lirtillerie et de voitures embourbées dans les chemins devenus impraticables.
i( Faites \otre retraite cette nuit. Je souhaite que les tranchées en avant de la forteresse et celles de la maison Brûlée soient tenues demain matin. A gauche, il y a une brigade de Courty qui n'a pas été engagée; je l'ai laissée autour de la Briqueterie, protégeant l'artillorio que j'ai là. n
soir, les divisions Berthaut et Faron se replient à minuit vers le Mont-Valérien, sous la protection des francstireurs de la ligne et des grand'gardes laissés dans le parc de Buzenval.
Plus en arrière, le 42* de ligne et le bataillon des francs-tireurs de la division Faron garnissent la tranchée en avant de la maison Brûlée, deux mitrailleuses placées prés de la maison Crochard doivent* concourir avec ces Iroupes à arrêter Tennemi, s'il tentait d'inquiéter notre retraite.
Les brigades Colonieu et Valentin laissant le lieutenantcolonel AUard avec la valeur d'un bataillon devant la Bergerie pour former rideau, exécutent également leur mouvement de retraite entre 11 heures et minuit; enfin, à 2 heures du matin, les grand 'gardes se replient et rallient en arrière le gros des troupes.
Le général Ducrot se retira seulement de sa personne vers 6 heures du matin, laissant sur la position de la maison Crochard M. de la Roche thulon, capitaine de la compagnie des éclaireurs du régiment de la Loire- Inférieure, avec deux compagnies d'infanterie et deux mitrailleuses pour contrarier les pçemiers efforts de l'ennemi, s'il tentait une attaque.
L'ennemi n'avait donc en aucune manière essayé de vers les 9 heures
- , , l'ennemi
troubler le mouvement rétrograde de 1 aile droite ; cepen- Tient occuper le
"^ * plateau
dant non-seulement il était à quelques pas de son front, ^e soniretoui. mais il débordait complètement son flanc gauche. En effet, dès les 9 heures du soir, les Allemands couronnaient les positions de Montre tout et le mamelon 155 abandonnés par les brigades Noël et Pistouley (1).
(1) Le général Noël jugeant que Montretout était intenable, avait peu à peu évacué la hauteur. La brigade Pistouley, qui était vers la maison du Curé, ne voyant plus rien à sa gauche, était descendue vers la Briqueterie, les zouaves vers la Pouilleuse.
De telle aorte que toute là portion de droibo du champ de bataille comprise entre 155 et le Bois-Préau-, portion encore occupée pat* les troupes du général de BbUemarë et les trois divisions du général Ducrdt^ était prise de ilanc et presque à revers (1). Mais soit ignorance; soit crainte de s'engager de huit dans uii combat général, Fennemi ne mit pas à prbfit notre situation critique, il se contenta d'occuper là redoute et la ligne de hauteurs tombée^ entre ses mains sanà coUp ferir, ainsi que le re- , late le récit allemand : ^
€ Après le premier échine sur la redoute de Montretout, le commandant du V" corps avait prescrit au général von Sandrart d'enlever la redoute à tout prix, lui laissant la liberté d'exécuter cette opération le même soir ou le lendemain dés l'aube. Le général Von Sandrart résolut d'enlever ia redoute le soir même ; sur sa demande, le commandant du corps d'année mit à sa disposition un régiment d'infanterie de ia 10* division. Ce régiment (régitnent d'infahtebie h** 46) mis en alerte à six heures dans son cantonnement de Rocquencourt, arriva à huit heures à la Porte-Jaune nVec dix compagnies. Outre Ce régiment^ le général von Sançirart mit encore le 1"* bataillcn du régiment xfil^ de la réserve principale, àla disposition du général voç Bothmer, (|ui devait diriger Topération. Ce dernier avait déjà. Vers sept hieures', fait venir de Sèvres le 1" bataillon du régiment h** 88, qu'il plaça en rései*ve à l'Etoile de chaâse.
k Après l'arrivée de toutes les troupes chargées de donner l'assaut, le général von Bothmer prit ses dispositions. La colonne principale , qui devait attaquer sous les ordres du colonel von Ëberhardt, comprenait
VvÀV
(!) Voir croquis n* 18 bia.
< les compagnies encore engagées dans un petit combat
< de tirailleurs devant la redoute, T et lO* compagnies du régiment n* 88, 2 bataillons du régiment n** 46. La colonne de gauche, 5* compagnie du régiment d'infanterie n** 58 et 3* compagnie de chasseurs, devait se porter sur la hauteur à gauche de la redoute. La colonne de droite» un bataillon du régiment d'infanterie n* 47 et la 2* compagnie de chasseurs, sous le major Schulz» devait se porter à droite sur la gorge de la redoute, en passant devant le parc de Montretout; deux compagnies du régiment n** 46 restèrent en réserve. « A neuf heures et demie les colonnes s* ébranlèrent, sans tirer un coup de fusil, d*après les ordres donnés. La colonne principale et celle de gauche no trouvèrent aucune résistance : Tennemi avait abandonné la ligne des hauteurs et la redoute; il avait sans doute remarqué le mouvement de nos fortes colonnes. La 6* compagnie du régiment n° 46, et la 7* compagnie du régiment n" 88, qui entrèrent les premières dans la redoute, purent encore faire 18 prisonniers aux Français qui s'enfuyaient. »
Mais la colonne de droite ennemie ne put exécuter Échec
- - - ,, .^ 11 • . 1 , de la colonne de
1 ordre qu elle avait reçu ; elle vmt se heurter contre la droite
^ , ennemie dans le
maison Zimmermann, toujours occupée par les mobiles ^ mon^ireiout et de la Loire-Inférieure. saim-cioud.
Le commandant de Lareinty n'ayant pas été prévenu du mouvement de retraite, tenait toujours dans la position qu'il avait reçu Tordre d'occuper jusqu'à ce qu'on lui dise de se retirer, et depuis le mâtin , aucun avis, aucun renseignement ne lui était parvenu (1).
Vers les trois hear'es, les mobiles bretons avaient bien
(1} L'ordre do se repUor avait été portù aux francs-tireurs des Ternes et aox gardes nationaux du ll^ baiaiiiuu qui occupaient lu parc Vorm,
VU des fenêtres de la villa une forte colonne se masser derrière la barricade du rond-point..., mais ils ne pouvaient distinguer au juste si c'étaient des amis ou des ennemis. « On voyait, dit un témoin oculaire, leur cein- « turon blanc et leur sac à pain, mais on ne distinguait € pas très-nettement leur coiffure, qui devait consister « sans doute en une casquette ou béret, et comme les « francs-tireurs et les gardes nationaux avaient à peu € près le même costume, les avis étaient partagés sur < leur compte et on hésitait à tirer. »
Sur ces entrefaites (4 h. 1/2), une vive fusillade avec canonnade entremêlée du bruit des mitrailleuses éclata au-dessus du parc à deux ou trois cents mètres .... Au bout d'une heure la fusillade cessa. . • La nuit était venue. Tout autour des deux maisons on entendait des allées et venues, des coups de sifflet... Enfin, vers 9 heures, le bruit sourd, cadencé, d'une troupe marchant au pas se distingua parfaitement. . . Bientôt les mobiles, la plupart endormis, sont sur pied . . . Quelques-uns prétendent encore que ce sont des Français, mais les cris de hurrabl burrab! forwertl forweri! se font entendre. Il n'y a plus de doute possible : des fenêtres, des murs, un violent feu de mousqueterie est dirigé sur les masses ennemies entassées dans la rue Impériale, de la maison du concierge (porterie) on en fit surtout un grand massa-
ei on n'avait pas pensé à prévenir le commandant do Lareinty, jqui était en face du parc Pozzo, de l'autre côté de la rue Impériale.
Le texte de Tordre prescrivant le mouvement aux fi*ancs-tireurs était ainsi conçu :
« Lotûcier d^ordonn&nce au commandant des francs- tireurs
des Ternes.
« Toute la ligne se retire; faites votre mouvement lentement; c'eîtt vous qui protégez la retraite.
<c La Feuiixade. »
cre... trois fois les Allemands revinrent à la charge, trois fois ils furent repoussés.
« La nuit s'écoula sans nouvel incident ; mais de temps en temps, le tambour battait, l'artillerie prenait position autour de nous et Ton entendait les pas de ceux qui enlevaient les morts et les blessés. » De tous côtés, en effet, la maison Zimmermann était cernée, les villas Dantan, Clerc , le remblai du chemin de fer , le parc Pozzo étaient occupés (1) ; un trou situé dans le jardin même de la villa Zimmermann, à 80 mètres de la maison, près de la grille du parc, était garni de tirailleurs de la 3* compagnie du régiment prussien n* 47.
Dans son attaque directe sur Saint-Gloud , l'ennemi La colonne
» «j. 1 . » 1 X »•! .* j •. Mosneron-Dupin
n avait pas eu non plus* tout le succès qu il en attendait. laissée
^ , . , . dans Saint-CIoud
Menacé sur son flanc droit et ses derrières par le de- . résiste
* energiquemenl
tachement ennemi entré dans la redoute de Montretout, , . ^^!T'\ ^
^ la tombée de lu
nuit.
le colonel Mosneron-Dupin, dont les troupes avaient été renforcées par le 2* bataillon du 124% se replie lentement en cédant le terrain pied à pied.
Soldats de la ligne , mobiles , gardes nationaux, font partout bonne contenance ; s'établissant solidement dans les villas de Béarn et Armengaud, ils arrêtent les efforts de Tennemi. Vers une heure du matin, un officier de garde nationale étant venu au quartier-général de la 3"* armée alors à Suresnes , annoncer que le colonel Mosiieron- Dupin avait été laissé dans Saint-Cloud et que, complètement isolé, il occupait encore les villas Béarn et Ârmen-gaud, la général Vinoy donna l'ordre de faire replier cette colonne; ce qu'elle exécuta très-habilement en suivant la voie du chemin de fer et en se protégeant à droite et à gauche par des flanqueurs ....
Le jour venu, les mobiles de la Loire-Inférieure Les Bretons
du commandant (1) Voir croquis c« 19.
deLareinty purent de bendi^ compte qu'ils étaient coinplétement
entièrement cer- *■
nés par abandonnés. Dans les parcs Pozzo et de Montrelout, ils
les Alleniands. ^
20 janvier voyAicnt partout des soldats cachés derrière lôs arbres»., quelques coups de feu soht échangés, mais de part et d'autre on s'observe. Le commandant de Lareinty voulant gagner du temps et espérant toujours que l'on viendrait à son aide, envoie un de ses officiers demander utie suâpension d'armes pour conduire les blessés à rainbulanoe. L'entrevue a lieu au milieu dé la rue ; l'ennemi refuse toute suspension d'arhies.
« Vers 9 h. 1/2, le commandant du détadiément c ennemi, dit le récit allemand , sollicita un armistice « de deux heures. Le capitaine Von Stninz en rendit c compte au commandant des avant-postes, en ajoutant - < que le commandant ennemi avait planté un - drapeau « français sur Tune des deux maisons et qu'il ne cessait € de faire exécuter des sonneries, afin û€ faire connaître c sa situation désespérée au Mont-Valérien ou aux < troupes du Bois de Boulogne. Le commandant de corps € d* armée, qui était aux avant-postes, n'accueillit pas c la demande de Tofflcier français ; mais il le fit sommer € de se rendre avec tous ses hommes, soiis la nlenace € de faire canonner les maisons qu'il occupait; tlne t section d'artillerie fût aussitôt amenée...»
Le commandant de Lareinty refusant de se i*endre à merci, essaie de résister encore quelque temps. Plaçant ses plus adroits tireurs eux crénlsaux» il entretient un feU vif et Soutenu avec les tirailleurs prussiens postés aux abords de la maison, mais bientôt les munitions s'épuisent, la faim commence à se faire sentir...; l'eau manque, les blessés surtout en souffrent cruellement, c'est à grand'peine que l'on peut en aller chercher dans un petit bassin du jardin.
Se voyant abandonné sans secours et sur le point d'être
OÉFENSE DE PARIS.
canonhé, le coihmandant de Lareinty tente de parlementer de bouveàu ; il B^abouche lui-même avec un officier supérieur qui lui répohd t^u'il n'a qu*à se rendre, et c lui donne un quart d'iieure pour réfléchit. »
Le commandant rassemble ses oflicienl et leur expose la situation : il propose trois partis qu'il met aiix voix : ou attendre le soit* pour faire unetrouée, oU se faiHs tuer jusqu'au dernier sous les décombres de la maison, ou capituler.
Ce dernier parti est adopté. • . On sonne pour la troisième fois, et le petit détachement français, composé de 18 officiers, 325 mobiles bretons, se rendit avec les honneurs de la guerre; les offîcibrs défilèrent avec leui's arnies en tête de leurs soldats... (1)
Ce fut seulement assez tard dans la soirée du 19 que Ton pensa au bataillon deâ mobiles de la Loire-Inférieure.
Vers les 10 heures^ Toffiçier d'ordonnance du général Noél accourait prévenir M. le commandant de Vertus, des francs-tireurs des Ternes, que M. de Lareinty, qui occupait la maison Zimmermailn^ était meiiacé d'être enveloppé et qu'il fallait à tout prix le tirer de cette situation (2).
Mesures tardives pour
dt-livrer
le commandant
de Laieitilv.
(1) Il y aVuU àtiisftf 9 rranc»-tireur3 et t gardd national.
(2) « 19 Janvier, 9 l^eurôS S5.
« Général Notl à commandant de tiraiUeiirl^ des Ternes ou à
son remplaçant,
K 11 faut à tout prix, au moyen de deux reconnaissances» une des mobiles d'Ille-el-Vilaine et une des tirailleurs des Ternes, faire savoir à M. de Lareinty, qûî commande le 4» bataillon de la Loire-inférieure, occupant le parc Potzo et la maison Zimmermann, au commandant Haine- Lepin, du 3® balaillon d'IUe-et-Vilaiue, occupant la maison Armenguud, enQn, au colonel Mosneron-Dupin, occupant le parc cl le cliâteau de Béarn, qu'ils doi\ent rejoindre cette nuit, le plus tôt possible, leurs cantonnements respocUrs , mais en faisant ce mouvement successivement, les plus avancés quittant les premiers et ne laissant per^onne derrière. »
Au reçu de cet ordre, le commandant de Vertus se déclara prêt à marcher immédiatement , demandant seulement d'être soutenu, car, dit-il à Tofficier d'ordonnance du général Noël, « j'ai la moitié de mes officiers € hors de combat, et mes hommes se battent depuis « plus de douze heures ».
L'offlcier d'ordonnance lui promit l'appui de deux bataillons mobiles et gardes nationaux. En effet, plusieurs bataillons de ces corps stationnaient depuis le matin, l'arme au pied, sous le viaduc du chemin de fer et n'avaient pas été engagés..., mais au moment de Vassemblée, une seule compagnie de mobiles se joignit aux hommes du commandant de Vertus (1)... Néanmoins, celui-ci se décidait à marcher quand un clairon du a* bataillon des tirailleurs des Ternes, qui avec 5 ou 6 autres tirailleurs, avait servi de guide au commandant de Lareinty, accourut haletant... c II venait, « dit-il, de s'échapper de la maison Zimmermann... Elle « était entourée de tous côtés... Grâce à l'obscurité de € la nuit, il avait pu s'échapper en courant mille dangers. »
Il ressortait du 4*écit du clairon Roth, que les Allemands réoccupaient toutes les positions du matin, et que pour pénétrer jusqu'à la maison Zimmermann, il fallait reprendre la gare de Saint-Cloud, le parc Pozzo, le parc de Montretout... Les 300 hommes du commandant de Vertus étaient évidemment insuffisants pour accompHr une pareille tâche.
En conséquence, l'officier d'ordonnance prescrivit aux francs-tireurs de retourner à leurs cantonnements et d'attendre les ordres qu'il allait réclamer du général Noël.
(1) « J'ignore, dit le commandant de Vertus, dans son rapport, par suite de quelle erreur ces bataillons étaient restés à l'abri dans les talus du chemin de fer ou massés dans le chemin creux, lequel passe sous le petit viaduc. Une seule compagnie de mobiles demeura avec nous. »
Malheureusement toute la nuit se passa sans prendre de décision... Le 20 au matin, le commandant de Vertus étant allé au Mont-Valérien remettre son rapport de la journée au général Noël, celui-ci lui apprit que la maison Zimmermann était bien cernée de toutes parts, il tenait la nouvelle d'un aumônier qui avait pu arriver jusque dans le voisinage et y causer avec un officier ' prussien, lequel lui avait affirmé « que les mobiles de la Loire-Inférieure et leur commandant étaient aussi bloqués que possible et que Ton comptait sur la faim pour les obliger à se rendre. » •
Le commandant de Vertus, afin de s'assurer du fait, envoya en reconnaissance une section de 30 hommes et un officier. Quelques instants après, il fut appelé par le général Vinoy qui lui demanda, comme ayant une parfaite connaissance du terrain, s'il y avait possibilité de délivrer les Bretons Lareinty. D'après l'opinion du général Noél, ajouta le commandant de la 3* armée, il était préférable de ne faire l'opération que la nuit... Vers les 9 heures du soir, comme le commandant de Vertus prenait des dispositions de départ, il reçut contre-ordre par la dépêche ci-jointe :
a Mont-Valérien, 20 janvier 1871. — 8 h. 35 soir.
« Général Noël à commandant de Vertus.
c Je reçois à l'instant par le gardien du château de « Puteaux, une lettre du commandant de Lareinty qui € me prévient que cerné par des forces supérieures, il € a été obligé de se rendre. L'opération projetée pour « ce soir n'aura pas lieu. Je préviens le général Vinoy. »
Le lendemain de Buzenval se leva triste et sombre sur ï^® 20. ramée
iranç&iB6
s'établit dans ses la va S te plaine de la Pouilleuse, abandonnée et couverte
anciens
cantonnements, de cadavros. Au grand étonnement de Tennemi qui
8*attendait à une nouvelle attaque, Tarmée française s*était comme évanouie !...
Le 19 janvier, à 10 heures 22 du soir, le général Trochu télégraphiait au général Vinoy à Suresnes :
c II se peut qu'à la suite de la retraite de ce soir, c nous ayons demain à combattre. L'infanterie du gêné- « rai Courty se trouvant à la Briqueterie, autour du c général de Beaufort, j*ai recommandé â celui-ci de c dire à Courty de se tenir prêt. Je vous prie de faire « la même recommandation à Tinfanterie qui se trouve- € rait disponible autour de vous. Le général d'Ubexi, c avec son artillerie tràs-fiitiguée et embourbée, se tienc dra prêt également. Montretout, que le général Noél c m*à déclaré insoutenable, a dû être évacué comme tout c le reste de nos positions. »
En réponse à cette dépêche, le général de Beaufort crut devoir dire que toute l'artillerie du général d'Ubexi était partie, qu'il ne lui restait plus que Quatre compagnies de la division Courty, que tout le reste était â Puteaux, qu'il attendait à peu prés seul à la Briqueterie.
A cette nouvelle, le Gouverneur s'empressa de donner l'ordre à toutes les troupes de rentrer sans tarder dans leurs oantonnements. Ce qui res^^it de la garde i^ation^le revint à Paris. L'9rti^^ria rest^ ^ P^euilly avpc la division Beaufort, }a division Courty s'étabjij â Puteaux. Les troupes de$ généraux Pucrqt et Be)lei|}i^re pontinqèrent \mv mouvement de retraite sup piiphy-la-Garenne et Levallois-Perret (1).
(1) Voir différents rapports sur la bataille de Buzenval, aux pièces à rappui, n» 11, 4t, 18, 14.
EnRn, le SQ janvier, au inatin, le général Trochu en- pernîèradèpAehe
.^ , ^.,, . . , , i. ,1 . . du (.ouverneur
voyait le télégramme suivant a son chef d etal-major : . concernant
• ^ • la journée da 19.
n Ilont^Valériep, 20 j'iiovief, f 9 haureç 30 mi^tin.
c GouverDeur à général Scbmitx.
c Le brouillard est épais; Tefinemi n'attaque pas; j'ai reporté en arriére la p}^part des niasses qui pouvaient être c^nopnées des hauteurs; quelqi^ps-unes dans leurs anciens cantonnements. Il faut à présent parlementer d'urgence ^ Sèvres pour un aripistice de 2 ou 3 jours, qui permettra l'enlèveipent de^ J)lessés et l'enterrement des morts. Il faudra pour cel^ du temps, des efforts, des voitures très-solidement attelées et beaucoup de brancardiers. Ne perdons pas de temps pour agir dans ce sens. »
Telle fut la deniière note lugubre do cette malheureuse journée, qui peut se décomposer en quatre phases principales :
Dans la première, Tennemi, surpris par notva attaque, première phase abandonne une partie de Baint-Cloud, le bas de Montretout, le ppÎRl 155, le château et le parp de Buzei>vaL.. Notre ligne de combat s'étend depuis Saint-Cloud jusqu'au fnur de Long-Boy^u avec pointe sur Garches.
Bien que fatiguées par une marche de nuit longue et difficile, nos troupes, y compris la garde nationale, sont pleines d'entrain, d'ardeur, tout marche bien (1).«.
(1) « La bataille du Mon^Valérien, dit le récit allemaod dâjà plusieurs fois cité, avait débuté poMr rennemi dans ies circops^^oces les plus faTorables ; il avait déploiré la plu» grsAd^ partie ds ^s pcpnpp» à
Deuxième phase. Dans la deuxième phase, s*affirme de plus en plus la
résistance de T ennemi sur sa véritable ligne de combat : partie sud de Saint-Cloud, haut de Montretout, Garches, maison Craon, Bergerie, mur de Long-Boyau... des renforts lui arrivent de toutes parts... notre artillerie ne pouvant prendre pied sur lès hauteurs de Montretout, le point 155, etc., nous sommes, pour ainsi dire, paralysés... nous n'avançons plus (1).
Troisième phase. L'ounomi, voyaut que la lutte, de notre côté, devient
de plus en plus faible et que nous nous tenons exclusivement sur la défensive, prend une vigoureuse offensive et par deux fois (à 3 h. 1/2 et à 5 h. 1/2), il cherche à nous enlever les positions conquises. Malgré quelques défaillances des gardes nationaux qui commencent à trouver la bataille longue, nous tenons ferme partout (2).
la faveur du brouillard, et s'était porté à 1* improviste sur les hauteurs de Montretout, de Garciies et le bois de Buzenval, dont il s'était emparé avant que toutes les troupes du V* corps pussent arriver à leur position de combat ou à leurs places d'alarme. Ces diverses parties du terrain étaient tombées au pouvoir d'un ennemi, qui avait attaque avec des forces considérables... »
(1) « L'artillerie de campagne firançaîse, dit le récit du capitaine allemand von Stioler, ne put entrer en action. Notre artillerie agit sur tous les points avec beaucoup de succès contre l'infanterie ennemie, et prépara ainsi le mouvement offensif de notre infanterie. »
(2) Dans la première phase de la journée, certains bataillons de garde nationale, devant la faible résistance de l'ennemi, se croyaient déjà à Versailles ; mais quand ils virent que le succès se faisait attendre, leur enthousiasme et leur confiance se refroidirent assez vite.
<c Le matin, en sortant du parc de Buzenval, raconte M. de la Rochethulon, je rencontrai un bataillon de gardes nationaux qui marchaient avec une grande ardeur... Ayant prévenu un.de leurs officiers que le feu des Prussiens commencerait lorsque les assaillants approcheraient de quelques broussailles bien connues de nos soldats , j'ajoutai qu'il ferait bien de mettre ses hommes en tirailleurs pour donner moins de prise aux premières décharges ; il me répondit : « C'est bon pour les « lignards de se défiler... Vous allez voir comment les enfants de Paris « enlèvent tout à la baïonnette. »
Mais bientôt, devant le feu vif et rapide de l'ennemi, la plupart se défilèrent non comme les lignards, mais en se sauvant à toutes jambes, au
Le général Trochu, voyant Je désordre, la confusion Quatrième phase, des bataillons de garde nationale, craignant une catastrophe si Tennemi réussissait à nous enlever le coteau de Montretout, ordonne d'abandonner les positions conquises.
Malheureusement, sur les derrières de la gauche et d'une partie du centre, la retraite se change en débâcle. « Le mouvement rétrograde se ressentait trop sur cerc tains points de l'obscurité, de la lassitude, de cette c détente qui suit un grand effort... On s'en allait après c une journée où l'on avait tenu tête honorablement à « l'ennemi jusqu'au bout, comme on s'en serait allé < après la plus complète déroute, comme si tout était « perdu. . . » (1).
Tel fut le résultat final de cette malheureuse journée.
Correspondait-elle à une nécessité du siège ? c'est ce La baunie du 19 que nous allons examiner en quelques mots. ane nécessité qui
* . s imposait.
On a dit : Le lundi 16 janvier, jour où la bataille était décidée, notre armée de l'Est prononçait son mouvement sur Belfort. . . Le général Faidherbe, qui venait de reprendre Saint-Quentin, s'apprêtait à livrer bataille.
Buzenval était une action combinée entre les armées de Paris, de l'Est et du Nord, une partie décisive allait se jouer « sous la raison trilogique Paria-Belfort- Saint-Quentin » : la bataille était une nécessité qui s'imposait. . .
Nous sommes d'un avis contraire :
milieu des quolibets de nos soldats, leur criant : « En avant la trouée ! En avant, messieurs de la guerre à outrance I... »
« En effet, dit M. Jules Favre, quelques-uns des bataillons de la garde « nationale se comportèrent bravement, mais plusieurs faiblirent ; ce qui « se comprenait fort bien, le sang-froid, la discipline et la tactique ne « pouvant s'improviser,.. »
(1) Charles de Mazade, Histoire de îê Guerre de France,