CONCLUSIONS
Le 26 janvier, à 7 heures du soir, le général Vinoy, commandant en chef, recevait de M. Jules Favre, viceprésident du Conseil et ministre des affaires étrangères, l'ordre de faire cesser le feu sur toute la ligne, à partir de minuit...
« Je suis tombé d*accord avec M. de Bismark, sur les principales conditions de l'armistice, écrit M. Jules Favre, et il a été convenu d'honneur entre nous deux que le feu cesserait des deux côtés, sur tous les points, à partir de minuit. » Le général Vinoy télégraphiait immédiatement sur tous tous les points : « Suspension d'armes : à minuit, cessez le feu. Exécutez rigoureusement cet ordre; accusez réceptidn. . . j
Le 26 janvier, à minuit précis, Paris tirait son dernier coup de canon contre les armées allemandes I
Comme on a pu le voir par cet exposé succinct des derniers jours du bombardement, l'ennemi n'avait pu réellement entamer la grande forteresse Parisienne. . . elle ne tombait, elle ne rendait les armes qu'en perdant les derniers moyens de vivre. . . ce résultat final, le blocus seul l'eût amené!...
Le bombardement, l'attaque régulière n'ont, en réalité, pas hâté d'une heure la reddition de la Capitale de la France : c'est qu'autant l'investissement et le blocus de Paris ont été bien conçus et rapidement exécutés, autant la dernière partie du siège ou attaque proprement dite a été hésitante et pleine de tâtonnement. . .
Le choix des fronts d'attaque a été changé trois fois : lassiégeant a d'abord eu comme objectif le front Est, puis le front Sud, et enfin le front < Nord qui était le seul véritablement indiqué. (1)... Encore, d'après le pro<pre dire des ingénieurs allemands, la prise môme de Saint- Denis ne devait pas amener la chute immédiate de Paris : c Dans Thypothèse de la prise de Saint-Denis il était toujours douteux que Ton réussit à construire et a conserver des batteries de bombardement contre Paris, dans des positions battues par le fort de TEst et par le front Nord de T enceinte. . . » {Opérations du gé* nie allemand). Néanmoins il n'est pas douteux que la prise de ce grand fauboui^ de Paris eût produit un effet moral des plus considérables et eût sans doute amené une prompte reddition. Il fallait donc concentrer tous les efforts, tous les moyens d'action sur ce point d'attaque au lieu de les disperser sur un front immense allant de Saint-Cioud à la butte d'Orgemont, par les plateaux de Châtillon, de Villîers. . . le Raincy, Pont-Iblon et Pierrefitte. . .
Quant au bombardement, destiné sans doute à con-^ traindre la ville à se rendre, il était d'avance frappé de la plus complète impuissance.
La pluie des obus allemands, si violente qu'elle fût,
(1) « L'attaque de front Est» dit le livre des Opérations du génie allemand ^ devait présenter surtout ua caraclèie défensif. » On ne comprend pas trop ce que cela veut dire... Était-ce pour arrêter toute offensive de notre part de ce câté ? Mais à la fin de décembre, après le Bourget, les Allemands savaient bien que nous n'étions guère en mesure de prendre une sérieuse offensive sur aucun point du périmètre, surtout du cAié dn Raincy, un des points les plus forts des lignes d'investissement. — Dans tous les cas, l'attaque du Sud ne saurait être considéré^ comme une fausse attaque... « Le 9 octobre, dit le récit allemand, le Hoi décida que l'attaque principale aurait pour objectif les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge, » et, le âO janvier, cette attaque, ainsi que l'établissent les rapports des commandants des forts, était, nous l'avons va, bien peu avancée.
u*aurait jamais pu submerger le gratid océan Parisien... efficace pour les petites places de guerre » appelées justement « nids à bombes > , le bombardement est sans danger pour de très-grandes villes, surtout quand elles sont défendues par une ceinture de forts ou camp retranché.
Il est donc permis de dire que le plan définitif d'attaque, plan que l'ennemi avait pu mûrir pendant plus de trois mois, n'a pas été à hauteur des grands succès précédemment obtenus... quoi qu'il en soit, de l'exposé que nous avons donné, journée par journée, des opérations et travaux d'attaque, on peut tirer certains principes généraux d'un intérêt tout particulier pour l'attaque et la défense des places.