‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 59 sur 98 · CONCLUSION GENERALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GENERALE

De tous ces combats, de toutes ces batailles que nous venons d'esquisser à grands traits dans ce résumé succinct, que concluons-nous?

En février 1871, alors que nous venions de remettre répée au fourreau, alors que Paris venait de rendre le dernier souffle de résistance, nous avons dit :

c Quand les passions seront calmées et que les faits seront mieux connus, Thistoire nous rendra justice; elle dira ce qu*ii y a eu de grandeur, de dévouement, dans cette défense d'une grande capitale qui CQmptait deux millions d'habitants et un bien petit nombre de soldats (1). >

Aujourd'hui que nous terminons le récit de cette longue et pénible lutte, nous ne nous rétractons pas.. . !

A Versailles, on prétend qu'à la nouvelle de la demande de l'armistice, im très-haut personnage « saisi d'une gaieté altière > se mit à siffler l'hallali en s'écriant : c La béte est à bas! »... Oui, la béte était à bas, mais elle avait fait vaillamment tête pendant plus de quatre mois à T Allemagne tout entière . . . jamais on n'avait osé l'aborder de front, en face... elle ne succombait même pas sous les coups, sous le feu, elle tombait épuisée, anéantie de fatigue et de faim.

Oui, Paris, malgré la faiblesse relative de ses fortiflfications « qui auraient dû venir au monde vingt ans plus tard »... Paris, malgré le peu de force réelle de son année, où il y avait beaucoup d'hommes, mais peu de soldats- Paris, malgré l'immixtion constante de la politique dans les affaires militaires, malgré les désordres intérieurs,

(1) Lettre du général Ducrot au préfet de la Nièvre, février 1871.

les révoltes de la rue, Paris a fait son devoir, et le relevé exact des pertes que nous donnons aux pièces justificatives permet d'attribuer à chacun sa juste part dans cet ensemble de sacrifices et de dévouements. (1)

Pourquoi le succès n*est-il pas venu couronner tant d'héroïques efforts ! ! !

Parce qu'en dehors des causes que nous venons de signaler, causes secondaires qui ont eu leur importance, mais non une importance décisive, Paris ne pouvait rien sans les armées de secours. . .

« Paris, dit M. Thiers, n'avait qu'un rôle à remplir dans la défense nationale , fermer ses portes, arrêter l'ennemi, autant qu'il le pourrait et attendre. •• >

« L'armée, qui tenait la campagne, ayant été défaite, Paris ne pouvait, dit le général Frossard, être qu'une place de refuge. >

« L'armée de Paris, écrit le major Blume, n'avait qu'une chance pour ne pas trouver de notre côté la résistance la plus vigoureuse. C'était le cas où l'une des armées de province eût remporté quelque victoire et nous eût forcés à détacher d'importantes fractions de notre armée d'investissement . • • >

Comment se fait-il que ce rôle des armées de Province, signalé par l'écrivain militaire allemand, n'ait pas été rempli?

C'est que, pendant que Paris souffrait et luttait cha-

(1) Le total des pertes s'élève à 28,450 hommes pour les troupes de ligne, db mobile, de marine, de garde natlonalo; il se décompose de la manière suivante :

Troupes de ligne 20,000 hommes (l/5« de l'effecUf).

Garde mobile et corps francs. 6,000 hommes (l/20« de l'effectif).

Marine 650 hommes (1/21« de l'effectif).

Garde nationale 1,800 hommes (1/li6« de l'effectif).

Devant ces chifflres tout commentaire serait superflu... (Voir aux pièces justificatives n? I.)

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que jour, au dehors on ne savait ni uUlisep ni diriger les forces vives de la France,

Non-seulement on a mal employé les immenses res* sources en soldats, en argent, que la Province donnait avec tant de dévouement, d'abnégation^ de patriotinne, mais encore on est venu jeter le trouble» le désarroi, la confusion dans la défense même de la Capitale, que Ton se faisait fort de délivrer c en moins de trois semai^ nés 111 a

L'armée de Paris est enserrée dans les lignes alleimandes . . . depuis des semaines^ des mois, elle étudie son terrain«.« par des attaques^ des reconnaissances, des coups de main de ohaque jour, cette armée a pn discerner le point faible des défenses qui Tétreignent; elle a pu s'apercevoir que la partie des lignes, vers la Basse-Seine, est relativement peu gardée. •< elle projette de percer de ce côté, i « elle dispose. . • elle prépare tout. . . elle accumule ouvrages sur ouvrages, batteries sur batteries.*, son matériel » ses équipages de ponts, ses impedimenta sont rassemblée au point convenu * « « Le Gouvernement de Tours est averti ... La plus simple compréhension des ohosee militaires^ le plus vulgaire bon sens mêmei indiquaient, ordonnaient a ce Gouvernement d'aider« coûte que çoûtOi oette tentative suprême ! . . .

Non*-8eulement le Gouvernement de Tours ne veut pas porter ses armées dans la t direction indiquée, » non-seulement il ne veut pas concourir au plan convenu, mais encore il somme Paris d'abandonner son prt)jel de sortie, de bouleverser de fond en comble la Combinaison militaire autour de laquelle avait gravité pendant deux mois toute la défense, et de trouver immédiatement, en quelques jours, en quelques heures, un autre J)lan, qui lui permette d'accomplir le sien ! ! f

L'armée de Paris, enserrée de toutes paris, ne pouvant se mouvoir, au milieu de mille dangers, que dans un espace des plus restreints se rétrécissant chaque jour... bloquée, liée, garrottée, doit, abandonnant Tissue qu'elle a trouvée, se conformer exclusivement, servilement aux mouvements des armées du dehors, qui, libres et maîtresses, peuvent se porter à l'Est et à TOuest, au Sud et au Nord ! ! !

D'une telle conduite nous connaissons le cruel et inénarrable résultat !

Oui, on peut le dire, tout le poids écrasant de la capitulation de Paris, de la défaite, de la ruine Nationale, doit retomber sur ceux qui n'ont pas craint de sacrifier la Patrie à de misérables préoccupations de personnes et de parti ! • . .

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