‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 96 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

eiO DÉPENSE DE PAHIB.

d'y engager ]es troupes, déjà bien épuisées par les deum journées de marche qu'elles venaient d« faire dans la neige des hauts plateaux. Je désirais leur donner le temps de faire des réquisitions dans les villes qpi'eUes oecupaient, et enfin je ne voulais pas engager mon artillerie sur la route de Mouthe avant de savoir si elle pourrait la suivre pour effectuer sa retraite.

En conséquence, je me bornai ft rappeler les troupes dans les villages avoisinant Pontarlier; et ij^ans la matinée du S9| elles prirent les positions suivantes :

Le 18* corps vint se masser à Houtaud, Donunartin, Voilleein^ Arçon et Doubs. La i* division du 10* corps vint oesuper Ghassois et Bulle.

IjS 8* division du âO" fut établie à Dompierre et Fraane, avec la fl* brigade de la division Gremeri qui devait ooeuper Bonne- Vaux avec deux bataillons.

La l'« division dil 18* oerps resta à Sombacourt et la réserve à Goux, Youx et Bians.

La 8* division du 16* corps resta : une brigade à Pontarlier^ et l'autre aux Granges, Narbos et à la RivièrëA

Quant au 14* corps^ il continua son mouvement sur Mouthe, où arriva la division d'Arles, aveo ordre d'appujer la division Grcmer dans l'occupation du défilé.

Au moment où je prenais toutes ces mesures, le 8on»*préfet de Pontarlier m'annonça qu'un armistice venait d'être oondu, et j'appris qu'il en avait affiché la nouvelle* Ma première pensée fut de croire à une manœuvre de l'ennemi pour nous endormir dans une fausse sécurité et troubler le moral de nos troupes»

Je recommandai au soUs-préfet de garder le secret, je fis arracher les affiches qu'il avait déjà mises en placoi et j'attendis, pour commencer le mouvement général de retraite, des nouvelles du général Cramer, m'annonçant que les passages étaient libres. Ces nouvelles me parvinrent dans l'après^midii vers quatre ou cinq heures ^

Le 19, dès le matin, Gremer avait pu gagner Foncine et Saint- Laurent avec sa cavalerie : un poste, détaché de Foncine sur les Planches, tenait le défilé, et un autre poste, détaché de Saint- Laurent, occupait le Morillon. Les deux autres routes sur lesquelles je comptais m'appartenaient donc^ et on devait croire que je les conserverais, la cavalerie envoyée aveq le général Gremer comprenant 900 dragons ou chasseurs d'Afnque, tous armés de chassepots et susceptibles de combattre à pied : de plus, l'infanterie suivait à courte distance ; d'abord la S* légion du Rhône, qui, arrivée à Mouthe le 19, à huit heures du matin, avait reçu du général Gommagny l'ordre d'en repartir le plus

tôt possible : puis, la l** brigade de la division Gremer» qui était arrivée à la Gluze dans la soirée du 28, et qui devait se remettre en route le lendemain de très-bonne heure.

Ces deux troupes se mirent effectivement en marche, comme on le leur avait prescrit : mais vers quatre heures de Taprèsmidi, au moçnent où la tête de colonne arrivait à Ghaielblanc, un cavalier venait annoncer que le détachement mis en position au défilé des Planches n'avait pas tenu, qu'il avait été repoussé, que Foncine-le-Bas môme avait été abandonné, et que toute la cavalerie était allée rejoindre le général Gremer à Saint-Laurent. Il est à regretter que cette cavalerie n'ait pas pris des mesures plus efficaces pour garder la position, et que le colonel du génie, Barrabé, n'ait point rempli la mission dont je l'avais spécialement chargé.

Le colonel qui commandait la légion du Rhône fit continuer la marche, et prit ses dispositions pour attaquer Foncine-Ie- Bas avec sa tête de colonne, après avoir envoyé un cavalier pour hftter l'arrivée de la brigade Gremer. En arrivant à Foncine-le-Bas, vers huit heures du soir, Tavant-garde des mobilisés du Rhône fut reçue par une fusillade qui se ralentit peu à peu et cessa tout à fait à neuf heures : l'ennemi se retirait* dans la direction des Planches. Surpris de ne pas voir arriver la 2* brigade de la division Gremer, et troublé par des bruits d'armistice qu'il avait entendus sur sa route, le colonel de mobilisés du Rhône se borna à laisser un poste à Foncine-le-Bas, et rentra à * Foncine-le-Haut, pour retrouver le colonel Millot, qui commandait la l^* brigade Gremer. Get officier avait, en effet, suspendu son mouvement à la nouvelle de l'armistice, qui lui avait été donnée par le maire de Foncine, et il envoyait un parlementaire à l'ennemi pour lui signifier la cessation des hostilités. Gc parlementaire rencontra les Prussiens à quelques kilomètres au delà de Foncine-le-Bas, sur la route de Ghampagnole par les Planches. Nous étions donc, encore une fois, maîtres de la route de Saint-Laurent.

Autour de Pontarlier, des événements d'une assez gréhide importance se passèrent également dans cette journée du 29. Les troupes avaient, dans la matinée, pris, sans difficultés, les positions et cantonnements qui leur étaient assignés : mais entre trois et quatre heures, la l^^* division du i^^ corps, qui cependant avait été prévenue deux heures à l'avance de l'arrivée de l'ennemi, et qui occupait un défilé facile à garder, fut attaquée à Sombacourt sans avoir pris les dispositions nécessaires pour se défendre. Elle perdit six bouches à feu, presque tous ses bagages, et laissa entre les mains de l'ennemi un grand nombre dô

prisonniers, parmi lesquels se trouvaient le général d'Astugue» qui commandait la division, ainsi que le général Mlnot. Le brouillard intense qui régnait à cette heure explique comment la réserve générale, établie à un kilomètre seulement, n*out con« naissance de Fattaque qu'au moment où Tennemi était déjà maître de Sombacourt : elle se retira sur le 18* corps.

Cette surprise découvrait ]a division Thornton, qui était, à la tvnbée de la nuit, brusquement attaquée dans Ghaffois; mais elle s*y maintint énergiquement.

La nouvelle de oes deux attaques me parvint au moment où je venais de recevoir une dépèche de Bordeaux m^annonçant Tarmistice et où je faisais rédiger des instructions invitant les chefs de corps à s'entendre avec les commandants des forces ennemies pour la cessation des hostilités. J'envoyai ûnmédiatement à Ghaffois un officier qui trouva trois bataillons de la division Thomton solideméSt établis dans le village et tenant l'ennemi en respect depuis deux heures par une fusillade bien nourrie. Le général Thornton fit cesser le feu et envoya un parlementaire. L'ennemi, de son côté» fit avancer un officier escorté par un peloton ; mais pendant qu'on échangeait des pourparlersy l'infanterie prussienne, cpie notre feu n'arrêtait plus, pénétra dans le village sans opposition, profitant ainsi de la surprise causée dans nos rangs par l'ordre de cesser le feu, et de l'inexpérience des officiers de mobiles qui ne surent pas la maintenir à distance, désarma les hommes et les constitua prisonniers.

Il est vrai que l'erreur fut ultérieurement reconnue, et que le général prussien renvoya les hommes le lendemain, attendant, dit-il, pour rendre les fusils, que l'armistice lui eût été notifié par son gouvernement. Ces fusils furent renvoyés plus tard, après notre entrée en Suisse. Quoi qu'il on soit, le village de Ghaffois fut, dans la soirée du 29, occupé partie par nous, partie par les Prussiens.

Il fallait au plus vite faire cesser le malentendu qui régnait au sujet de ^armistice. J'étais bien loin de mettre en doute, sur une matière aussi grave, l'exactitude des dépêches du Gouvernement, qui toutes se confirmaient, et qui toutes étaient conçues dans les termes les plus explicites et les plus formels.

Malgré l'ignorance où paraissaient se trouver les généraux ennemis de la nouvelle que je leur annonçais, j'hésitais d'autant moins à conserver mon opinion, que, dans la journée du 30, je recevais par la Suisse le texte d'une dépêche adressée par l'empereui* Guillaume à l'Impératrice, et conçue dans le même sens ((ue les dépèches venues de Bordeaux.

Je pouvais croire à des retards survenus dans la transmission des télégrammes entre Versailles et le quartier général de M. de Manteuffel, ou peut-être à un désir éprouvé par le général ennemi de rectifier les positions occupées par sa ligne de bataille ; mais je ne pouvais admettre que le malentendu fût de nature à durer bien longtemps.

Dans la journée du 80, je rendis compte au ministre des difficultés qui venaient de se produire, et je reçus une réponse par laquelle on me signifiait que la prétention du général de Manteuffel était la violation formelle de la convention signée à Versailles. De nouveaux échanges de parlementaires eurent lieu entre mon quartier général, établi à Pontarlier, et le quartier général allemand, établi à Villeneuve, à 28 kilomètres de distance. Ces pourparlers furent nécessairement très-longs, et le 31 , vers deux heures du matin, je reçus une lettre du général de Manteuffel, m'annonçant que l'armistice ne concernait point les départements du Doubs et du Jura et de la Gôte-d*Or. Néanmoins, croyant encore à un malentendu que pouvait expliquer la différence des dates entre les dépêches qu'il avait reçues et celles qui m'étaient parvenues, je lui envoyai un deuxième officier pour lui proposer un armistice de trente-six heures, pendant lequel nos gouvernements respectifs pourraient se mettre d'accord, et nous adresser des instructions dans le même sens. Cette dernière proposition fut refusée, et j'en appris la nouvelle le 31, dans Taprès-midi.

Pendant la soirée du 29, du 30, et la matinée du 31, la croyance formelle où j'étais de la réalité de l'armistice avait suspendu notre mouvement. On s'était borné à échelonner des pelotons de cavalerie sur la route de Besançon à Pontarlier, afin d'assurer les communications de cette place avec la France par les routes que nous tenions, et que l'ennemi n'avait pas entamées. Sans cette croyance, j'aurais certainement pu accélérer la retraite de mon infanterie par la Chapelle-des-Bois ou par Foncine, suivant les circonstances, de manière à la rendre à peu près assurée. Je me contentai d'opérer quelques mouvements de détail, commandés par les circonstances. Les bataillons de la division d'Astugue, qui s'étaient échappés de Sombacourt, furent, dans la matinée du 30, dirigés sur Vaux pour renforcer la garde du défilé. Dans la soirée, la division Ségard (20* corps), qui se trouvait à Dompierre, et la 2* brigade de la division Gremer, qui se trouvait à Frasnes, furent prévenues, par le général prussien Zimmermann, d'avoir à évacuer leurs positions ou à s'y défendre, car elles allaient y être attaquées. Le général Ségard ne crut pas devoir attendre l'attaque ; il dirigea sa division sur

Pontarlier, et comme je lui avais fait dire de gairler à toat événement la position de Bonnevaux , qui commande l'entrée dn défilé de Vaux, il dirigea de ce côté la 2* brigade de la division Gremer; mais comprenant mal les instructions qu'il avait reçues, il prescrivit au colonel Poulet, qui avait pris le commandement de cette brigade, de battre en retraite sur Mouthe, n passant par Bonnevaux, laissant ainsi la %^ brigade de la â* division du 15* corps toute seule à la garde du défilé de Vaux. Je fis arrêter la division Ségard en avant de Pontarlier.

Pour résumer en quelques mots la situation» malgré la triste affaire de Sombacourt, malgré le regrettable malentendu de Ghaffois, malgré l'abandon de Dompierre et Frasnes, et riscroyable facilité avec laquelle le général Ségard avait, sans m'ea rendre compte, donné à la 2* brigade de la division Cremer Tordre de se replier sur Mouthe en abandonnant le défilé de Vanx, nous étions encore solidement établis autour de Pontarlier dans la soirée du 30. Je dus, pour empêcher la division Thomton, cantonnée à Bulle, de rester trop en l'air, la faire replier en deçà du Drugeon, et j'eus toute facilité pour prendre, dans la nuit, mes dispositions pour combattre le lendemain, 31, autour de Pontarlier, si l'armistice, sur la réalité duquel je commençais à avoir quelques doutes, était réellement de nulle valeur.

Dans la matinée du 31 las troupes étaient établicB dans les positions suivantes :

Le 18^ corps occupait les hauteurs qui sont au Nord-Est de Pontarlier ainsi que les hauteurs du Sud-Ouest, jusqu'en face des granges Marboz : il surveillait en outre la route de Morteau ptr les Allemands.

. La réserve générale était établie à Pontarlier et aux abords immédiats de la ville.

La division Peytavin (15* corps) occupait la montagne au Sad- Ouest de Pontarlier, depuis la gauche du 18* oorps» jusqu'aux environs de Bonnevaux.

Les débris de la division d'Âstugae (15* corps), ainsi que de la division Ségard, gardaient Vaux et les débouchés en arrière.

Enfin la division Thomton était en réserve à la Gluxe.

Quant au 24* corps, il restait échelonné sur la route de Mouthe, et le général Gommagny recevait l'ordre de faire filer le plus de monde qu'il pourrait par la route de la Ghapelle-des-Bois. C'est ainsi que la division d'Ariès put, dans la journée, prendre la route de Morez.

Mais des événements de la plus extrême gravité avaient ea lieu sur notre gauche.

Dans la nuit du 29 au 90, pendant lee négociatione entamées

DÉPENSE DE PAfllB. 615

entre le oolonel Millot et les officiera prussiens, dont les troupes étaient concentrées à Champagnole, un poste ennemi ét^it venu réoccuper Foncine~le-Bas, se trouvant en face de nos troupes établies dans le reste du village. L'indécision qui résultait des nouvelles contradictoires relatives à Tarmistice, la crainte où S0 trouvaient les officiers français de fournir un prétexte à des hostilités qu'ils craignaient de voir recommencer dans l'état de désorganisation et d'épuisement où se trouvaient leurs soldats; enfin la distance de 45 kilomètres qui les séparait du quartier général, toutes ces causes réunies nous avaient, une seconde fois, fait perdre le passage de Foncine : j'appris cette nouvelle dans la nuit du 80 au 31.

Le général Gommagny avait, le SO au matin, pris ses dispositions pour faire une attaque sur Foncine, afin de reconquérir ce passage; mais les nouvelles de l'armistice l'arrêtèrent, et quand j'ai été à môme de lui donner des indications positives, dans la soirée du Si, l'ennemi occupait la position avec des forces imposantes.

Il ne nous restait plus alors, pour faire notre retraite, que le passage de la Ghapelle-des-Bois. Mais cette route, qui sur quelques points n'est qu'un sentier, était, en outre, obstruée par les neiges qu'on n'avait pas encore eu le temps de déblayer.

C'est dans cette situation que nous trouva le dernier refus de M. de Manteuffel, le 31, vers trois heures de l'après-midi.

Peu après arrivait une dernière dépêche du Ministre, m'annonçant, qu'en effet, l'armée de l'Est n'était pas comprise dans la convention de Versailles, et qu'on me laissait le soin de régler la situation.

Prévoyant, dès le 31 au matiu, que les affaires pourraient en arriver à prendre cette tournure, j'avais déjà ordoi^né de faire filer les bagages et les pares d'artillerie en arrière du fort de Joux avec les écloppés et les malades. Vers trois heures de Taprès-midi, j'avais, en outre, envoyé un parlementaire au général de l'armée suisse pour traiter la question de passage sur le territoire de la Confédération, de notre matériel et de nos malades, dans le cas où nous en serions réduits à cette extrén^ité. Quand je fus définitivement fixé sur les intentions de M. de Manteuffel, je réunis un conseil de guerre auquel je convoquai tous les généraux de divisions présents à Poptarlier, afin do leur bien faire connaître la situation, et de prendre avec eux les mesures les plus efficaces pour assurer le passage en Suisse de notre artillerie, de nos bagages et de nos écloppés, en dirigeant toute notre infanterie sur Les routes qui nous permet^iept de gagner encore le département de l'Ain,

Mais au moment où le conseil venait de se réunir, vers huit heures du soir, je reçus la nouvelle d'un événement qui rendait notre situation plus critique encore que je ne pouvais le prévoir. Un officier envoyé par moi, dès le matin, du côté de Vaux, pour insister sur les ordres donnés, relativement à la garde des défilés, vint m'apprendre que les troupes chargées de cette défense n'avaient pas tenu, et que nous étions menacés de nous voir tournés en arrière de Pontarlier. Cette nouvelle me fut confirmée par une note du général Commagny, annonçant que l'ennemi se répandait sur le lac de SaintrPoint, et nous coupait la route de Monthe, en occupant les gorges Sainte-Marie.

Je demandai aux généraux si, profitant des accidents de terrain, ils pouvaient encore arrêter l'ennemi en arrière du défilé de Vaux à Oye, le Gernois et Montperreux, de manière à sauvegarder encore les derrières de Pontarlier. Ils ne purent rien me promettre. L'évacuation de Pontarlier devenait donc indispensable. Je propesai alors de tenir les crêtes qui se trouvent entre le Lormont, le fort de Joux, Oye, Moulperreux et la frontière suisse.

Les généraux m'objectèrent qu'il leur serait bien difficile, dans ces conditions de voisinage immédiat de la frontière, de conserver leurs hommes sous la main : les chemins étaient, «d'ailleurs, à peu près impraticables. Enfin, nous avions épuisé toutes nos provisions de pain et de biscuit, et il ne nous restait plus que trois ou quatre cents quintaux de farine arrivés la veille, c'est-à-dire de quoi faire vivre l'armée pendant un ou deux jours au plus, et encore fallait-il improviser immédiatement les moyens de transformer cette farine en pain,

La situation était sans issue, les hommes étaient épuisés : l'armistice avait porté au moral des troupes le coup le plus funeste : je ne pouvais plus les nourrir. Il me fallait prendre un parti sans plus attendre, sous peine de voir périr Tarmée. Quelque pénible que fût la détermination dont j'avais à subir la responsabilité, je décidai que nous entrerions en Suisse, tout en prévenant les généraux que j'autorisais à rester en France tous les corps ou détachements qui croiraient pouvoir se frayer un passage, en suivant les sentiers des montagnes dans lesquels il leur serait possible de s'aventurer.

J'envoyai à mon parlementaire l'ordre de traiter définitivement de notre passage sur le territoire suisse, et je me rendis aux Verrières, où je signai la convention dont il avait préparé les bases et qui se trouve jointe au dossier.

Dans la matinée du l*' février, Tennemi exécuta le mouvement tournant que tout faisait prévoir dès la 'veille, Mans l'intention de

aoQs couper notre retraite, pendant qu'il préparait une attaque de front sur Pontarlier; mais il fut arrêté dans la vallée du Lac de Saint-Paul par la présence des troupes qui s'y trouvaient encore, ce qui permit l'évacuation de Pontarlier. La ville fut occupée par l'ennemi au moment où nos dernières troupes en sortaient. Il suivit la queue de nos colonnes dans la direction du fort de Joux, et notre arrière-garde soutint un combat assez vif, dans lequel nous perdîmes peu de monde et pas de matériel.

Les batteries de position que, dès la veille, j'avais fait établir sous la protection du fort de Joux, arrêtèrent la poursuite des Prussiens, et leur firent éprouver des pertes sensibles.

Notre entrée en Suisse s'est effectuée par trois routes, celle des Verrières, que suivit à peu près tout le matériel, celle de Fourgs, et celle des Hôpitaux.

La division Gremer et la 8* légion du Rhône qui, dans la nuit du 31 au l*', se trouvaient entre Foncine-le-Haut et Chaux- Neuve, auraient peut-être pu rester en France, et prendre la route de la Chapelle-des-Bois, qui était encore libre ; mais des renseignements inexacts décidèrent le colonel Pontet à engager sa troupe sur la route de Gernois-au-Sentier.

La division d'Ariès, la division de cavalerie du général de Longuerue, une partie de la cavalerie du 20* corps avaient pu gagner la France. Le général Gremer s'était également rendu en France avec les premières troupes de cavalerie qui avaient eu pour mission de garder la route.

Enfin le 1' février au soir, lorsque tout le matériel de l'armée fut entrée en Suisse, et qu'il ne restait plus en France que quelques bataillons prôts à passer la frontière, dans la matinée du 2, le général Pallu, dont la troupe avait combattu jusqu'au dernier montent, me prévint qu'il profitait de l'autorisation que j'avais donnée d'une manière générale à tous les groupes qui voudraient en user, et qu'il allait longer la frontière [par des sentiers de montagnes poar rentrer en France : il put, de la sorte, gagner le département de l'Ain, avec cinquante hommes robustes et décidés.

Tel est, Monsieur le Ministre, le récit exact des tristes journées de mon commandement. Si je n'ai pu conserver mon armée à la défense du pays, je crois avoir tenté ce qu'il était possible de faire pour la sauver.

Malgré l'état misérable où elle se trouvait le 27 janvier, et qui résultait bien plus des vices de son organisation et des souffrances qu'elle avait endurées, que de la situation fâcheuse où l'avaient mise les mouvements de l'ennemi, je crois que j'aurais pu ramener presqfue toute mon infanterie sans le manque de

Tivres ou je me suis trouvé en arrivant à Pont^rlier, d'où a résulté une grande gène dans les mouvements de Tannée, à partir du 28, et qui a rendu tout à fait impossible une défense prolongée autour de Pontarlier, et surtout sans la fatale nouvelle de l'armistice, qui, pendant quarante-huit heures, a paralysé mes mouvements, tandis que l'ennemi continuait les siens,, et qui a tellement abattu le moral de toutes les troupes, que le 31 au soir, quelques bataillons à peine étaient capables de soutenir la présence de l'ennemi, et encore comptaient-ils à peine le tiers de leur effectif.

Peut-être une diversion du corps d'armée qui se trouvait à Dijon aurait-elle réussi à contrarier les mouvements de M, de Manteuffel. Il ne m'appartient pas de rjen avancer sur la possibilité de faire quelque chose avec des troupes qpi n'étaient pas sous mon commandement : tout ce que je puis dire, c'est que le 1« février, au moment où une partie de mon armée avait déjà passé la frontière, je reçus du général Garibaldi la dépêche télégraphicpie suivante :

« Je me propose de faire une démonstration sur les dernéret de l'ennemi.

4 Tenez-moi informé. •

Je suis, avec un profond respoot. Monsieur le Ministre, votre très-obéissant serviteur.

Signé * Général Glincbast.

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