PRÉPARATIFS DE L*0PÉRATI0N DU BOURGES
Depuis rinvestissementy près de trois mois s'étaient mtaauoa écoulés. • . Nous avons vu pendant ces jours d*efforls et cbampiloy. de résistance laborieuse ce que Tannée de Paris avait fait. • • Où en étail-on à Textérieur ?. . •
Au Sud, Tarmée de la Loire était coupée en deux. • • une moitié, sous Bourbaki, s*en allait se refaire vers le centre; une autre, sous Chanzy, était forcée de se replier successivement de Beaugency sur Vendôme« . .. de Vendôme sur le Mans. • . Au Nord, Faidherbe, bien qu*ap-
puyé à nos places fortes, ne parvenait pas à franchir la Somme ; vers l'Ouest, Rouen venait de tomber entre les mains des Allemands... En résumé, partout nos armées étaient reppussées ou contenues, et Tennemi formait autour de ses forces assiégeantes comme une immense ligne de contrevallation passant par Amiens, Rouen, Orléans, Châlons... t Paris, suivant l'expression du général Trochu, était donc définitivement abandonné à lui-même. . . » Cependant, dès que nos corps parurent avoir repris quelque ressort, une nouvelle tentative de sortie fut décidée.
La direction Amiens étant la plus rapprochée et paraissant !à plus libre, c*est du côté Nord que Ton résolut de chercher à rompre la- ligne d'investissement. Aux considérations stratégiques se joignaient des considérations tactiques exposées plus haut (4), lesquelles nous décidaient également à prendre pour nouveau champ de bataille les vastes terrains découverts et peu accidentés s' étendant entre Saint-Denis érBondy.
L'objectif immédiat devait être tout le grand plateau limité à l'Est par Villepinte, et Aulnai, à l'Ouest, par Gonesse et Garges; une fois maîtres de cette vaste plaine où s'élève Je mamelon dominant de l'Orme de Morlu (112), on se rabattait, suivant les circonstances, i^oit. droit au Nord par les routes de Lille et de Dunkerque, soit au Nord-Est en filiant par la forêt de Bondy., Ensembuda Cette grande attaque principale devait être couverte
projet .' . , i^ j , . "^ ,. ' . .
d'opérauon. sur chacuu de ses flancs par d importantes diversions... A droite, dans la' vallée de la Marne, la 3* armée, sous les ordres du général Vinoy, suivrait la route de Strasbourg, de manière à menacer Chelles et Gournay. A gauche, au l^ôrd-Ouest et aii Nord de Saint-Denis, des
(i) Voir la Journée du 3 décembre.
démonstrations seraient faites contre les positions de ' Stains, Pierrefille, Épinai. Plus à TOuest, le général ' Noél, commandant le Mont-Valérien, opérerait dans toute ' la zone comprise entre Montretout et Chatou. '
Le premier objectif sur lequel devait porter notre ' Le noarget principal effort était le Bourget. Pour arriver sur le «ireie^piTot grand plateau où s'élève le mamelon de TOrme de* opérutioos. Morlu, il fallait franchir deux plis de terrain arrosés par deux ruisseaux marécageux : la Mollette d'abord, la Morée ensuite... la grande route de Bruxelles et celle des Petits-Ponts traversaient la Mollette ; sur la première était le Bourget, destiné à devenir en quelque sorte le pivot de T opération.
Ce village, gardé par les Prussiens depuis le 80 oc*' tobre, était pour eux de la plus grande importance; il couvrait la ligne de la Morée (1), une série de routes en très-bon état ; de plus, il leur permettait de donner à leur ligne de circulation au Nord de Paris le moini de développement possible. Bien décidés à ne plus se laisser enlever cette position avancée, ils y avaient fait à diverses reprises de nombreux travaux défensifs..*: c Au milieu de novembre, dit le capitaine du génie al^ c lemand Goetze, on régularisa les retranchements du € Bourget. . . On acheva d^ dégager les abords du vilc lage, on fit sauter les bâtiments de la gare, ainsi qu'un € pâté de maisons à l'extrémité nord, on détruisit com- € plétement la voie du chemin de fer entre celte extré^ « mité et la Gourneuve, on renversa a la poudre un € grand nombre de maisons et de murs à l'intérieur du
(1) n couvrait aussi les barrages de PonMblon et de Dugny qui for* maient l'idondation comprise entre ce dernier point et Aulnai-lès-Bondy* Celte inondation a toujours été entretenue avec soin; de RomaioTille OQ Yoyaît facilement les barques qui circulaient sur les blancs d'eau etbrit saient la glace.
L'ennemi
est averti de
Dotre nouvelle
tentative de
«ortie.
Hésumé des instructions.
€ village,et Ton organisa ou acheva d'organiser la lisière « extérieure, ainsi que les deux lignes de défense inté- « rieure sur une longueur totale de plus de 5 kilomèc très. On fit en tout 525 mètres courants de barricades c de forts profils , trois abris à Tépreuve des obus, c 900 mètres courants d'abatis à distance, 600 mètres c de tranchées avec de nombreuses traverses, de Ionc gués fdes de trous de loup sur trois rangs et de ré- € seaux de fil de fer, enfin 750 mètres de communica- € lions blindées, etc. . . etc. • . »
Dès le 18 décembre, le général Trochu avait adressé à Tarmée une proclamation chaleureuse se terminant par ces mots : t Puisse votre général faire pénétrer dans c vos âmes les espérances, les fermes résolutions dont € son âme est remplie ! »
La lecture de ce document fit soupçonner l'imminence d'une grande entreprise ; il n'y eut plus de doute quand le général Schmilz porta à la connaissance du public que toutes les portes de Paris seraient fermées le 19 décembre. •• Les Prussiens furent naturellement avertis*. • ils étaient si bien renseignés sur le jour, le lieu de nos opérations qu'ils avaient c fait appeler une partie du 2' corps pour soutenir au besoin l'armée de la Meuse contre l'attaque qu'ils voyaient se dessiner (1). »
Le premier objectif est le village du Bourget qui doit ensuite servir de point d'appui de gauche â l'armée dans son mouvement en avant.
La prise de ce village est confiée au corps d'armée
(1) Parmi les maraudeurs qui allaient chercher des légumes dans les campagnes désertes, un grand nombre traversaient impunément les lignes prussiennes, où ils distribuaient des journaux, colportaient les nou- Yelles... A la séance du Gouvernement du 31 décembre, le vice-amiral de La Roncière déclare que si la dernière entreprise du Bourget a échoué e'est que les Prussiens en avalent été prévenus, ainsi que l'ont annoncé tous les prisonniers.
de Saint-Denis, sous les ordres du vice-amiral de La Roncière le Noury, qui sera soutenu : à droite, par la division Berthaut, chargée d'enlever Drancy; en arrière, par la division de Susbielle, établie prés d'Aubervil-liers.
Pendant que s'opérera l'attaque du Bourget, la deuxième armée prendra ses dispositions pour se porter sur Blancmesnil et Âulnai-lés-Bondy : la division Courty, s'établissant entre le Petit-Drancy et la route de3 Petits-Ponts ; la division de Bellemare, en arrière du chemin de Bondy à Drancy ; ces deux divisions devant gagner aussitôt que possible le chemin de fer de Soissons et s'y fortifier.
La division Faron leur servira de réserve.
La brigade Reille, s'avançant jusqu'au chemin de Bondy à Drancy, reliera nos colonnes d'attaque aux troupes de Bondy ; la division Mattat restera près de ce village, derrière le canal, prête a se porter soit vers Groslay, soit vers Bondy, suivant les circonstances.
La cavalerie s'établira à l'ouest de Bobigny, se masquant autant que possible des vues de l'ennemi.
Une fois que nous serons maîtres du terrain depuis le Bourget jusqu'au point où la route des Petits-Ponts traverse le chemin de fer de Soissous, que notre artillerie de position et notre artillerie de campagne auront suffisamment battu les points occupés par l'ennemi entre Aulnai, Blancmesnil, Pont-Iblon et Dugny, nous reprendrons l'offensive. La division de Bellemare et la brigade Reille attaqueront Aulnai par la gauche et chercheront a s'y loger pendant que la division Courly franchira la Moré^ entre Aulnai et Blancmesnil, cherchant à tourner ce dernier village par Test, et que la division Berthaut l'abordera par le sud-ouest. La division de Susbielle, ffoà se sera portée successivement sur Drancy et le cho-
ra. 10
Batteries
construites
en vue
de Toperai ion
du Bour($el.
Batteries de Bondy.
nûn de fer de Soissons, soutiendra le mouvement, passera la Morée derrière la division Courty et prendra position sur le plateau entre Âulnai et Blancmesnil.
. La division ^ Faron s'avancera vers Groslay, prête à repousser une attaque de flanc.
Notre droite sera appuyée par la réserve d'artillerie d^2' corps et la réserve générale de l'armée qui s'attacheronj; particulièrement à balayer tout le terrain entre le canal de TOurcq et la route des Petils-Ponts ; notre gauche sera soutenue par la réserve d^artillerie du 1*' corps, qui s'occupera surtout de Blancmesnil et 4e Pont-Iblon.
Aussitôt que nous serons maîtres d'Âulnai et de Blancmesnil, une partie de la réserve générale montera mv le plateau pour battre avantageusement Pont-Iblon, la ferme de Savigny et le village de Villepinte. Nous chercherons alors a établir notre ligne de bataille de yillepinte au Bourgeti nous échelonnant ainsi par notre droite.
. Solidement installés dans ces positions, nous prendrons pour nouvel objectif la hauteur dite Orme-de- Morlu, d'où Ton commande la patte d'oie de Gonesse et la route de Lille.
Da nombreux épaulements de batteries furent cens* truits depuis Bondy jusqu'à la Courneuve pour soutenir le mouvement offensif de nos troupes.
Le premier groupe formé des batteries de Bondy, et destiné à protéger la droite de l'armée, comprenait, sous les ordres du vice-amiral Saisset :
. Batterie A. — Trois pièces de 24 court de siège, au pont du chemin de fer de la station de Bondy, battant le Raincy.
Batterie B. — Six pièces do 12 de siège et deux.
mitrailleuses aa cimetière, battant le Raincy et le pont de la Poudrette.
Batterie C. — Quatre canons de 12 de campagne et deux mitrailleuses^ au nord du village» battant le Dépotoir, l'intervalle entre la route, le canal et le pont de la Poudrette.
. Batterie D. — Deux canons de 12 de campagne, un peu plus au nord, battant Nonneville.
Batterie E. — Trois pièces de 24 de place, à rentrée de Bondy, près du pont, battant Nonneville, Groslay et Aulnai ; deux pièces de 16 de marine, battant Âulnai et NonneviUe.
Batterie G. — Trois pièces de 24 se chargeant par la calasse, au nord du pont, battant Âulnai et Groslay.
Batterie H. — Six pièces de 12 de siège, deux mitrailleuses, sur la route de Drancy, battant le Dépotoir.
Batterie L — Trois pièces de 0*16, à la Tannerie, battant Groslay, Blancmesnil, et devant se déplacer suivant les besoins (1).
Batterie M. — Une pièce de 0*16 de la marine, sur le bord du canal, à hauteur de Bobigny, battant le Bourget.
Six pièces de 7 disponibles.
On avait utilisé le remblai de la route de Bondy à Drancy en y pratiquant de distance en distance des em* placements pour deux pièces de campagne; pièces et caissons se trouvaient protégés par Tépaulement naturel que formait la route.
En avant de Bobigny était une batterie N contenant ^^^l six pièces de 24 court prêtes à être transportées à Drancy» dès que ce village serait en notre possession.
(1) Le UeutoDant de vaisseau Lavison avait inveoté un système pour mobiliser les grosses pièces de marine. Ce système de Iransporl d« grosses pièces a rendu de grands services pendant la Journée du 21 dé* ecmbrc, et surtout pendant le bombarJemont dos forts*
de u*cro?x'do- 'Aux" abords de la Croix-de-Flandre, devaient soutenir Flandre. directement l'attaque du Bourget :
Batterie O. — Six pièces de 12 de siège, à droite de la route de Lille, battant le Bourget et Drancy.
- Batterie P. — Deux pièces de 24 court, à gauche de la route, tirant sur le Bourget et Dugny.
•' Ces deux batteries 0, P, destinées à prendre position au Bourget, dès qu'il serait occupé, afin de battre les bords de la Morée.
doiJciîSïeuve. Notro gaucho était appuyée par la batterie de la Cour-neuve /?, armée de quatre pièces de O^'IG de la marine et de deux pièces de 12 de siège, tirant sur le Bourget et Dugny.
Ponts BUT le Enfin, pour faciliter les communications, trois ponts
c&nal de rourcq. ^ ' r
praticables pour Tartillerie, furent établis sur le canal de rOurcq, sous la direction de M. l'ingénieur Ducros. instriicuons Daus la îournée du 20 décembre, toute la deuxième
pour •
ift concentration armée doit so Concentrer au nord-est de Paris, dans les
de la '
V armée. positions suivautes (1) :
1" Corps. — Division de Susbielle, dans le village d' Aubervilliers ;
Division Berlhaut, entre Aubervilliers et la Courneuve ; la 1^ brigade, à droite de la route de Lille, la 2% à gauche ; l'artillerie entre les deux brigades, à hauteur du fort d'AubervilIiers.
Division Gourty, entre le fort d'AubervilIiers et le village de Bobigny ; la 1'* brigade, à droite de la route des Petits-Ponts, la 2% à gauche; l'artillerie en arrière des deux brigades, à cheval sur la route ;
Réserve d'artillerie, en arrière de l'artillerie division* naire du général Courty ;
2* Corps. — Division de Bellemare, dans le village âe Merlan;
(1) Voir pour leB détails l'ordre géaôral, pièce jusUfleative n^ XVII.
Division Mattat, entre Bondy et Noisy, en arrière de la roule de Melz ; Tartillerie entre les deux brigades ;
Brigade Reille, à gauche de la division Maltat, entre le chemin de fer de Strasbourg et la route de Metz.
Réserve d'artillerie, a l'ouest de Bondy.
Corps de réserve. — Entre Bagnolet, Romainville et le fort de Noisy.
Réserve générale (Tartillerie. — Au pied du fort de Romainville, non loin de la route de Metz.
Cavalerie. — En avant du chemin de fer de Strasbourg, à droite et à gauche de la route des Petits-Ponts.
Services administratifs. — 1* Corps. — Derrière ÀubervUliers.
2*. Corps. — Entre Merlan et Noisy, derrière le cho min de fer de Strasbourg ;
Corps de réserve. — Entre Romainville et Noisy.
Pontonniers. — A Pantin, près du canal de TOurcq, à portée de la route des Petits-Ponts.
Les troupes avaient touché six jours de vivres et quatre jours d'avoine ; les hommes n'emportaient que leurs tentes, demi-couvertures, cartouches, boîtes à graissé, vivres et ustensiles de campement ; les souliers, chemises de rechange, etc., formés en ballots, étaient laissés à la garde des hommes malingres.
Chaque batterie avait reçu un petit pont destiné à franchir les nombreux fossés qu'elle devait rencontrer sur le terrain des opérations. Chaque pont, divisé en deux demi-ponts de 2"70 de long sur 1*20 de large, pouvait être placé sur un arrière-train de caisson.
j CHAPITRE IL