‹ La défense de Paris, 1870-1871Chapitre 29 sur 52 · ARMISTICE POUR ENTERRER LES MORTS DE CHAMPIGNY · texte numérisé non relu

ARMISTICE POUR ENTERRER LES MORTS DE CHAMPIGNY

(6, 7, 8 décembre 1870.)

Un rapport prussien, envoyé par voie parlementaire, dans la soirée du lundi 5 décembre, ayant signalé la présence d'un assez grand nombre de cadavres des deux armées sur la ligne des avant-postes, les ambulances de la Presse furent désignées par le général en chef pour rendre les derniers devoirs à nos soldats, du eTteembre. ^® ^ ^^ matin, M. de la Grangerioj secrétaire général de la Société, le commandant d'état-major Vosseur, et le docteur Sarazin (1), médecin en chef du quartier général, se rendirent, précédés du drapeau parlementaire, aux avant-postes ennemis; soixante Frères de la Doctrine chrétienne, une escouade de terrassiers, avec deux fourgons remplis de brancards et d'outils, les suivaient.

Les conditions d'armistice réglées, on se mit aussitôt à l'œuvre (2).

Comme on était près du Four à chaux, un obus vint à tomber au milieu des travailleurs sans atteindre personne. •• «C'est une trahison ... » s'écrie l'ofiQcier

(1) M. le docteur Sarazin, parlant très-bien Tallemand, avait été pi>r-^ sonnellemenl désigné pour servir d'interprète.

#(2) Il n'avait pas été permis aux Frères de dépasser la ligne dn chemin de fer; les soldats allemands, après avoir ramassé nos morts, devaient les charger sur les voitures et les amener près des fosses. Pour plus de précautions encore, on avait fait descendre nos cochers de leurs sièges et on les avait remplacés par des soldats du train allemand.

wurtembergeois qui assistait à Topération, et i! ordonne à M. de la Grangerie de se retirer immédiatement avectout son monde dans les lignes françaises. . • Presque au même instant éclatent deux nouveaux obus. • . Furieux, les soldats allemands se jettent sur M. de la Grangerie et le docteur Sarazin, les injurient, les bousculent. •• les menacent de les emmener prisonniers.

En vain ces messieurs affirment que c'est un regrettable malentendu, et non une trahison, c Dans tous les cas, disent-ilsy ne sommes-nous pas aussi exposés que vous aux obus français? » Â la fin, après de longs pourparlers, on se décide à les relâcher, mais ils sont obligés de renoncer à leur mission et de retourner au camp.

Le lendemain, à la même heure, M. de la Grangerie . Armutice

,,.,,.,, ^tt "ï décembre.

et le convoi reprennent le chemm de la veille.

Cette fois toutes les précautions ont été prises ; le Directeur des ambulances est porteur d*un laisser-passer en règle et d'un ordre de cesser le feu transmis la veille à tous les forts (1).

(1) Cet ordre était ainsi conçu :

« Le général Dacrot au commandant du fort de Nogent, au général K d'Exea, à Fontenay-sous-Bois, au commandant de la redoute de la s Faisanderie, au commandant de Gravelle, au commandant de Saint» « Maur, au commandant d'André, à Poulangis,

« Demain, à 10 heures du matin, un perlementaire se rendra aux c avant-postes prussiens, en avant de Poulangis et sur le plateau de « Villiers, pour procéder & l'enlèvement des morts.

« Le drapeau parlementaire devra être arboré sur le fort de Nogent, c la Faisanderie, Gravelle, Saint-Maur, et le feu devra cesser sur toute la « ligne, infanterie et artillerie, à partir de 10 heures.

« Veuillez m'accuser réception de cette dépêche.

« Mardi, 6 décembre 1870.

« Général Docrot. »

Le capitaine wurtembergeois avait rédigé les termes de la suspension d'armes. Cette nièce, écrite en allemand et en français, était ainsi conçue :

iS8 DÉFENSE DE PARIS.

r Pendant que les terrassiers creusent les lombes, les^ .Frères parcourent le champ de bataille et rapportent les morts sur des brancards. » •

. Les autorités allemandes ayant prescrit que nul ne franchirait leurs lignes, les voitures sont conduites comme la veille par des soldats allemands. Les Prussiens, après avoir réuni les cadavres le long du chemin de fer, les posaient par dix dans les fourgons qu'ils BOUS renvoyaient pleins (1).

Malgré la plus grande activité, à 5 heures on n*avait encore enseveli que 485 morts.,. L'armistice expirait, on convint de part et d'autre de le reprendre le jour suivant pour achever cette pénible mission, ârminiea Le lendemain 8 décembre, la neige tombée la nuit,

, 8 décembres ' t? *

couvrant au loin tout le terrain, formait comme un blanc linceul : c Quelle lugubre scène ! dit le docteur Sarazin. € Sur cette route longue, triste, droite, gelée, sous un c ciel gris, on nous amenait des charretées de cadavres, c II y en avait de longues files alignées sur le bord c des fosses : artilleurs, zouaves, soldats de la ligne, c mobiles, en rangs serrés, sur la terre gelée, gelés c eux-mêmes dans les contorsions fantastiques de l'agoc nie. Des officiers de toutes les armes formaient la .€ premièi*e ligne.

« Le soussigné vient de faire une convention avec le plénipotentiaire .« avançais, ayant pour but de livrer les morts éparpillés sur le champ ^« de bataille. Dès ce moment, le feu cessera sur toute la liKne entre m Noisy et Ormesson jusqu'à ce soir 5 heures. Toute hostilité cesse de « droit. Les forts de Nogent, Faisanderie, Gravelle, la redoute de Saintm Maur et les batteries de campagne placées sur toute cette direction c sont compris dans la ligne mentionnée plus haut. De môme Noisy ne « sera pas incommodé par le plateau d*Avron.

« Le CapiUiae déut-major, « Sarvey.

« De LA Grangeuiz. »

(1) Les cadavres étaient tous dépodillés de leur argent. . .

DÉFENSE DE PAIUS. 439

c Les Frères avec leurs longues robes noires qui tranc chaient sur la neige allaient et venaient au milieu de c ces morts. Il y avait dans ces choses lugubres une syc métrie horrible. Les fosses étaient longues, larges et € profondes, près de 700 cadavres devaient y trouver € place (1) ... »

A la tombée de la nuit seulement, le travail était terminé. . • toutes les fosses comblées; 685 cadavres d'ofliciers ou soldats y reposaient (2) . . .

(1) Les tranchées sont au nombre de qualre; au nord de la route n*45, à l'angle formé par un petit chemin qui mène au Tremblay.

La première tranchée, perpendiculaire à la routera S3 mètres de long; la deuxième, qui lui fait face, n'en mesure que 16; elle est réservée aux ofllciers et encadrée dans deux autres tranchées parallèles de 52 mètres de long chacune.

La largeur uniforme est de 2 mètres et la profondeur à peu prés équi • ▼alente.

Le développement général se trouve être de 153 mètres.

(2) Sur chaque tumulus on planta une croix de bois noir avec cot!e inscription :

Ici reposent

SIX CENT QUATHEVlNaT-GINQ

soldats et officiers français tombes

sur le champ de bataille.

Ensevelis par les Ambulances de la Presse

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