CHAPITRE V
ATTAQUE DE BRY PAR LES SAXpNS.
Comme nous l'avons vu, la plus grande activité avait positions
, défensives des
été déployée pour mettre Bry en état de défense... bar- 5''i**^c*%t ricades, coupures, murs crénelés, communications latérales.., tout était prêt le matin du 2 décembre.
Les brigades Daudel et Courty, échelonnées sur la crête et les pentes, étaient disposées de manière à faire face à Noisy-le-Grand et à Villiers.
Le 125', appuyant sa droite au chemin creux et se reliant à la division Berlhaut, défendait le bord du plateau, avec le l** bataillon du 108* et le 2* du 107* occupant les abords du chemin de Bry à Villiers ; le 3* bataillon du 107*, en potence, gardait les pentes^ appuyé à gauche par les 2* et 3* bataillons du 108% qui tenaient la tête du village
f2 DÉFENSE DE PARIS.
du côté de Noisy. Le 126* formait seconde ligne à hauteur du grand parc, et le 1" bataillon du 107* était en réserve prés de Téglise, couvrant les ponts (1).
L'ennemi Avant le jour, le Saxons se mettent en mouvement.
6 empare des v '
mauoM de^Br» Pendant qu'une batterie de gros calibre, en position dans le parc de Noisy-le-Grand, canonne nos ponts de Neuilly, les 2* et 1" bataillons du régiment n**107, suivis du 3* bataillon du régiment n"" 104, s'avancent par la route n* 44, flanqués à droite d'une compagnie de pionniers.
A la faveur du brouillard cette colonne arriye sur nos grand'gardes sans être aperçue; nos postes sont enlevés, le parc Dewinck est envahi.... l'ennemi, faisant irruption sur le village de Bry, s'empare de la première barricade et de quelques maisons.
X . î* . , Le général Daudel. le colonel Coiffé du 108% rame-
fénéral Daadel ^ ' '
coione/coiffé ^^^^ ^^^ Compagnies ébranlées par celte brusque attaque, ufwmbau accourent au combat... La deuxième barricade, les maisons voisines sont solidement occupées, et le 107* saxon qui cherche à déboucher par la grande rue, est reçu par une fusillade qui l'arrête court.
A l'est du village, le 1" bataillon du 126* se précipite au secours de nos avant-postes; mais les Saxons garnissant déjà les jardins, les enclos, l'accueillent par un violent feu de mousqueterie presque à bout portant... un grand nombre d'officiers, de soldats tombent : le commandant Gillant est tué... nos hommes, vivement pressés, se replient vers le milieu des pentes. Là, soutenus par une fraction du 2* bataillon de leur régiment, ils s'arrêtent, se reforment, sous la direction du lieutenantcolonel Neltner et du commandant Méda... couchés dans les sillons, embusqués derrière les haies, les broussailles, les arbres, ils engagent avec les Allemands' un
(i) Voir croquis n* d
DÉFENSE DE PARIS. Sa
feu très-vif qui les force à rentrer derrière leurs abris.
Des compagnies des 108* et 126% postées dans le grand parc dont les murs crénelés flanquent tout le côté Est du village, contribuent également à repousser les Saxons et à rendre vaines toutes leurs tentatives pour se maintenir sur les pentes.
Du côté de la grande rue, les Allemands, excités par un premier succès, renouvellent leur attaque... ils se précipitent au pas de course sur la barricade. .. des fenêtres, des toits, part un feu des plus violents... Forcés de se replier, les Saxons, après un instant de répit, reviennent de nouveau à la charge... nos soldats les reçoivent encore par une fusillade nourrie qui jonche la rue de morts et de blessés.
Voyant qu'il ne peut enlever nos défenses de front, Tennemi tente de les tourner ; un bataillon s'engage entre le village et la Marne, mais de ce côté les Saxons ne sont pas plus heureux ; repoussés de toutes parts, ils se replient sur les premières maisons du village, d'où ils continuent à riposter vivement aux nôtres.
Pendant que toute la partie Nord de Bry est assaillie Attaque par trois bataillons, une autre colonne, formée par le 3* "^'pentes! ^*' bataillon du 107* saxon, arrivant par le haut des pentes, se jette sur le 3* bataillon du 107* français (1). Tout d'abord, un peu surpris par la soudaineté de l'attaque, les hommes reculent, mais bientôt ramenés par leur énergique commandant, M. Du Hanlay, officiers, soldats, foncent sur l'ennemi, le bousculent et reprennent leur ancienne position.
L'artillerie du 3* corps, postée sur la rive droite de la L'artuierie
du 8* corps
Marne, prête à nos troupes un appui des plus efficaces, couvre notre
' *^ * * *^ * flanc gauche.
(1) Coïncidence bizarre : les mSmes numéros de régiment, de bataillon, étaient opposés l'un à l'autre*
2i DÉFENSE DE PARIS.
Deux batteries de 12, aux ordres du commandant Babinet, établies en amont des ponts de Neuilly, croisent leur feu avec les pièces d'Avron et obligent bientôt à la retraite la batterie du parc de Noisy. Six autres batteries de douze, aux ordres des commandants David et Foncin, en position sur le mamelon du Ferreux et ses pentes, battent la plaine et le versant par lesquels Tennemi cherche à nous tourner, ou tirent à toute volée sur le plateau de Noisy- Villiers pour inquiéter ses réserves. Les mitrailleuses du capitaine Clavel (division Mattat), reprenant leur emplacement de Tavant-veille au sommet du Ferreux , contribuent pour leur part à refouler les colonneB allemandes tentant de déboucher de Noisyle-Grand, et à disperser les groupes qui nous attaquent par les pentes.
Combat acharné ^icn que Bry fût en grande partie resté en notre posvii:8gc°de*Bîy. session, une lutte acharnée, de maison à maison, de barricade à barricade, de jardin à jardin, s'y poursuivait (1) ; sur les pentes Taction n'était pas moins vive (2)... embusquées dans les premières maisons, quelques fractions du 107* saxon prennent à revers nos troupes établies sur la crête... déjà attaquées de front par Villiers, de flanc par le bord du plateau, elles se trouvent dans une situation des plus critiques... Pour les dégager, le général Daudel donne Tordre au capitaine d'artillerie Baudoin (3) de canonner la partie Nord du village
(1) Au début de Tatlaque, la compagnie du génie du capitalna L^nclos Iravaillait aux tranchées sur le bord du plateau de Villiers ; forcée de se replier, elle fut employée dans le village de Bpy à percer des murs de clôture, à enfoncer des portes de maisons et de jardins où l'ennemi avait déjà réussi à s'embusquer. Dispersés en petits groupes, ies sapeurs, sous l'énergique impulsion do leur chef, facilitent les progrès de notro aile gaucho, qui ne tarde pas à reprendre le dessus.
(2) Voir croquis n© 7.
(3) La 4* batterie du 10* appartenant à la division Mattat, avait été mise à la disposition du général Daudel et se tenait près des ponts de Bry.
et d'en chasser les tirailleurs ennemis qui nous faisaient tant de mal. Sur les pentes escarpées, le capitaine Baudoin trouve un emplacement favorable : deux pièces grimpant au galop s'établissent au nord du chemin de Villiers, près de la crête, à cinq ou six cents mètres de leur objectif, faisant face à Bry et tournant le dos à Vilhers ; dès qu'elles sont en vue, les balles arrivent de tous côtés... nos artilleurs tiennent ferme... Le capitaine Baudoin, pointant lui-même, fouille chaque maison, et en moins d'une demi-heure soixante-huit obus, tirés avec une précision remarquable,- ont raison de l'ennemi, qui s'enfuit en désordre dans le parc Dewinck.
A peine l'artillerie a-t-elle accompli son œuvre et dégagé les derrières de nos troupes postées sur le plateau, que celles-ci sont attaquées de front par de fortes colonnes débouchant du parc de Villiers ; mais ces dernières, reçues par un feu de mousquelerie bien dirigé, sont obligées de s'arrêter, et, sur le plateau, dans le village, sur les pentes, ce n'est plus qu'une succession de combats partiels, où Tardeur, l'entrain de nos jeunes troupes ne le cèdent en rien à Tacharnement de l'ennemi. Déjà les cartouches commençaient à manquer ; trois caissons do munitions amenés par le capitaine d'élat-mnjor Allmayer tirent d* embarras le général Daudel et lui permettent do continuer la lutte.
Les Allemands, malgré leur brusque offensive, malgré Résumé leurs attaques multiples et acharnées, avaient complète- à s h!* 1/4.*°° ment échoué dans leur entreprise (l)-... Nos hommes, engourdis par le froid, par la lassitude, s'étaient laissé surprendre sur quelques points... pendant un instant, la situation avaient été gravement compromise (2).
(1) Voir croquis n* 8.
(2) Vers 8 heures le général en chef avait cru devoir prescrire d'ahaa-
Mais les premiers moments de confusion passes, on s'était maintenu partout. La division Faron à Ghampigny, les brigades Daudel et Courty à Bry, sur lesquelles pesèrent les principaux efforts de Tennemi, avaient opposé
donner le village de Bry et de reporter la brigade Daudel sur la rive droite de la Marne.
Voici dans quelles circonstances il avait pris cette grave détermination :
Le capitaine Louis, aide de camp du général commandant le 3* corps, avait été envoyé près du général en chef pour lui faire connaître que, par suite du mouvement de la division de Bellemare, il ne restait plus sur la rive droite de la Marne que la brigade Reille fort en l'air dans le village de Neuilly, et la brigade Matlat, chargée de la défense des ponts de Bry et de Neuilly; si les colonnes ennemies qui débouchaient de Noisy-le-Grand parvenaient à gagner du terrain entre la rivière et le village de Bry, la retraite de la brigade Daudel pouvait se trouver trèssérieusement compromise.
Au moment où ces renseignements étaient apportés au général Ducrot, la lutte était dans toute sa vivacité sur notre droite, le village de Ghampigny en grande partie aux mains de Tennemi, la brigade Martenot en complète déroute, et, par suite, la droite du 2* corps était très-menacée, d'autant plus menacée que les divisions Berthaut et Courty, n'ayant pas perdu un pouce de terrain sur leur firont, se trouvaient par conséquent en flèche. Si l'ennemi parvenait à se rendre définitivement maître de Ghampigny, le 2* corps était nécessairement forcé d'abandonner le bord du plateau de Villiers et de reculer jusqu'au chemin de fer et au bois du Plant.
Dans ces conditions, la brigade Daudel, déjà fortement menacée sur sa gauche, serait également tournée par sa droite et pourrait être cernée complètement.
G'est la perspective d'un aussi fâcheux résultat qui détermina le général en chef à faire donner au général d'Exea l'ordre de reporter la brigade Daudel sur la rive droite de la Marne par les ponts de Bry, de replier les ponts de Neuilly, et de faire évacuer le village de Neuilly par la brigade Reille qui devait prendre position au village de Plaisance.
Mais à peine le capitaine Louis venait-il de s'éloigner que le combat prenait une autre face devant l'énergique résistance de la division Faron et la vigoureuse offensive du général Paturel. Le village de Ghampigny était en partie reconquis, les positions du four à chaux maintenues, le ravin de la Lande dégagé, et l'ennemi refoulé de tous côtés.
Dès lors la position du 2« corps était assurée et le mouvement de re* traite de notre gauche n'avait plus sa raison d'être. Aussi, le général Trochu arrivant à Bry au moment où le général Daudel commençait à regret, et par suite très-lentement, son mouvement rétrograde, n'hésitait pas à lui donner rordre de se reporter en avant et de reprendre toutes ses positions.
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DÉFENSE DE PARIS. tl
une indomptable résistance ; au centre la division Bcrthaut était restée inébranlable derrière ses tranchées, et la brigade Palurel, énergîquement entraînée, avait refoulé jusque dans Villiers les colonnes prussiennes qui avaient tenté de nous enlever le Four à chaux.
En un mot, de Bry à Champigny, le champ de bataille nous restait.
Pendant que le général en chef, aidé de ses divisionnaires, organisait et maintenait la résistance, les forts et les batteries de position appuyaient vigoureusement notre artillerie et nos troupes de première ligne : Avron, avec ses gros calibres, battait toute la vallée de Chelles et le débouché du pont de Gournay ; ses pièces de 7, croisant leur feu sur le plateau de Villiers avec les batteries de Nogent, obligeaient Tartillerie saxonne à changer fréquemment de position; le fort de Nogent, battant le ravin de la Lande et les pentes de Cœuilly, contribuait efficacement aussi à arrêter les nouvelles tentatives de l'ennemi.