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PREMIERE PARTIE

LA DlfiFENSE DES MiTATS

GHAPITRE PREMIER

CONSIDERATIONS HISTORIQITBS

La forUfication n'a &i& pendant longtemps que I'art de mettre lespeuplades et lieurs biens a I'abri des attaques des peuplades voisines.

Alexandre-le-Grand trouva le pays des Hyrcaniens et des Modiens d^fendu, k la frontiere, par des bales et des rang^es d'arbres plant^s tres-serres. A la mSme ^poqne les petits £tat3 de Tlnde etaient entour^s de remparts en terre, revetus de fascines ou de pieux relics par un clayonnage d' osier.

Ces remparts avaient une grande analogie avec ceux

BRIALMONT. 1

2 LA. DAFEXSB DKS tTATS

decrits par Bomere et que les Grecs ^erereni defani Trae poor mettre leur camp i Fabri d'insiille. Tdles etaient aossi, Traisemblablemait, les enceiotes dmit les habitants de TAtdqiie entoormnt douze de leors TiUes, da temps de Cecrops, poor se defendre oontre les Beotiens et les eorsaires qoi raTageaient le pays.

L'idee de protege la frontiere an mojoi d'one ligne continne d'obstades se retronTe dans la fameose moraille de la Chine, qoi fot eleTee environ 200 ans avant Jesos-Christ, poor mettre le Xord de Tempire k Fabri des incorsions des Tartares, depois le golfe Pe-ce josqo'a Si-ning, sor one etendoe de iOOO lieoes (5,290,000 m.). EUe avail 26 pieds de haoteor, 25 pieds d'epaisseor a sa base, et 15 i la plateforme ; elle itait crenelee et flanqoee par des toors, etablies k deox portdes de fleche Tone de I'aotre.

Les grandes nations de i'Orient constroisirent, plosieors siecles avant I'ere chretienne * , de vastes enceintes poor proteger leors principales villes, sitoees d'ordinaire sor des coors d'eao oo sor les bords de la mer. En temps de goerre ces enceintes servaient de refoge aox habitants des contrees environnantes et qoelqoefois a ceox de toot le pays ; ils s'y rendaient avec leors troupeaox et leors biens et prenaient one part active i la defense 2. Telles forent Babylone et

i. NiDive fut fondee 2170 ans avant Jesus-Christ, Babylone 2120 ans, Carthage 1200 ans, Syracuse 758 ans, Rhodes 740 ans, etc.

2. C'est ainsi qull y avait a Carthage 700,000 habitants, lorsque les Romains s'en emparerent et la detruisirent, 145 ans avant Jesus-Christ.

Ninive, qui avaient 90,000 metres de pourtour (ou huit fois Tetendue de Paris), Thebes, Memphis, Ecbatane, Pers6polis et d'autres villes d'un d^veloppement analogue •

Ces immenses citSs ^taient dSfendues par plusieurs enceintes concentriques ^ et, quelquefois, divisSes en quartiers^.

Les enceintes etaient formees de murs de 60 a 100 pieds de hauteur et de 20 k 35 pieds d'^paisseur, ilanqu^s par des tours qui les dSpassaient de ^ k 60 pieds. Ces dimensions les mettaient a I'abri de Tescalade et des moyens de destruction de Tassiegeant,^ et elles permettaient aux dSfenseurs de circuler sur la plate- forme ou partie superieure du mur, et d'y installer leurs machines de guerre.

Quelquefois, pour fournir aux assieg^s un dernier refuge, apres la prise de la ville, on construisait soit sur le cote de celle-ci, comme k Jerusalem et k Carthage,, soit k rint6rieur, comme a Athenes, 4 Thebes et k Rome, un ou plusieurs forts s6par6s de Tenceinte et pouvant recevoir la plus grande partie de la garnison. Ces forts ou citadelles servaient au besoin k contenir les habitants.

Dans rOccident et dans le Nord de I'Europe oil les

1. Jerusalem avait du temps de Salomon (1008 ans avant J.-G.) trois enceintes; Ecbatane, la capitale des M^des, ^i avait sept, et Rhodes trois.

2. Syracuse avait cinq quar tiers fortifies, renfermes dans une seule enceinte. G'^tait une application remarquable du principe de la defense interieure, qui a ete preconis6 par un grand nombre d'ing6nieurs modernes.

4 LA DEFENSE DES fiXATS

populations ^talent moins denses, plus incultes etdivis^s en peuplades peu nombreuses, on construisit de petites forteresses, de preference dans des lieux Isolds, d'une defense facile, par exemple des iles au milieu des fleuves et des lacs, des rochers escarpes ou des langues de terre abordables seulement d'un cote. Ces forteresses faciles k construire, a surveiller et k defendre, servaient k abriter les recoltes et le butin des membres du clan ou de la tribu qui les avait elevees i.

Les Gaulois et les Germains construisaient des forteresses sans murs ni tours flanquantes. L'enceinte de Bourges, decrite par C6sar, etait compos^e de murs mixtes en magonnerie, bois et terre de 42°» 50 d*6paisseur.

Max Wirth, dans son Histoire de la formation des Etats GermaniqueSy pretend que les Germains avaient peu de places fortes. « 11 parait, dit-il, que la capi- € tale du roi Marbod etait seule fortifi6e, c'etait une « grande place situ^e en Boheme, dans le royaume « sueve des Marcomans. Le roi avait mis le tr^sor de « TEtat dans cette place, qui portait le nom de Maro- « boduura. Les Germains possidaient en outre quel- <c ques chateaux forts, car il est dit que Segeste fut a assi^ge dans le sien par les partisans d'Armin. »

Plusieurs auteurs affirment du reste que lorsque, sous Auguste, les Romains s'avancerent entre les Alpes maritimes et Tlllyrie, pour conquerir la rive droite du

1. Esaai historique sur la Fortification j par le colonel Cosseron de Yillenoisy. 1869.

CONSIDERATIONS HISTORIQUKS 5

Danube, ils s'emparerent de toutes les forteresses ^le* vees par les Gerraains dans les vallees, et qu'ils y itablirent des garnisons.

Le people romain est le premier qui ait construit des forteresses d'apr&s des vues strat^giques. Dans les beaux temps de la r^publique il erigea de petits forts le long des routes mililaires, pour couvrir ses lignes d'operations, proteger ses dep6ts et annoncer par des signaux Tapproche des corps ennemis.

Plus tard il construisit des tours et des enceintes permanentes pour defendre les fleuves le long desquels ses legions etaient echelonnees.

A toutes les epoques les Romains ont eleve autour de leurs armies en marche ou en position, de solides retrancbements passagers i ; pour en rend re la construction plus rapide, ils donnaient k chaque legionnaire un outil de pionnier et une palissade durcie au feu, ce qui faisait dire k V6gece qu'une armie consulaire, charg^e de ses outils et de 18,000 palissades, « ressemblait k une forteresse ambulante. »

Enfin il est constat^ qu'ils bdtissaient des forteresses dans les pays nouvellement conquis, pour en rendre Toccupation plus sftre et plus facile.

Bien que Machiavel ait ni6 ce fait, pour soutenir la

1. Lorsque le camp devait Stre occupe longtemps, on le renforgait presque toujours par des tours en bois a deux ou I

trois etages, placSes sur les remparts a une portee de trait Tune de I'autre. Elles etaient carrees, avaient 12 pieds de c6te, et Etaient revalues en clayonnage. On les utilisait pour flanquer la palissade et plonger dans le foss6.

these de rinutilite des places fortes^ il n'en est pas moins ^tabli par des faits et des temoignages irr^cu* sables.

Les historiens les plus dignes de foi rapportent en effet que Drusus, gendre de Tempereur Auguste, bStit des forteresses sur les frontieres de Tempire pour contenir les belliqueuses populations germaniques, et que, pour maitriser les Gattes, il erigea le fort d'Aliso 1, sur la haute Lippe, k 30 lieues du Rhin, pr6s de Paderborn. Ge fort fut reli6 au fleuve, base d' operations des Romains, par une route militaire sur laquelle on 6leva plusieurs forteresses (probablement des tours jdestin6es k d6fendre la route contre les hordes germaniques).

Vers la meme 6poque^ les Romains 6tablirent k Tembouchure de la Marck une grande place d'armes (Garnuntum), qui devait servir de point de depart k des expeditions contre les peuplades voisines.

11 est prouve aussi qu'Agricola bfttit plusieurs citadelles en Angleterre pour contenir les populations et appuyer ses troupes.

Max Wirth pretend qu'apres la soumission partielle des Gattes, par Drusus, les Romains eiev^rent promptement sur les deux rives du Rhin central environ 50 forteresses; qu'ils construisirent, en outre, des places d'armes dans le voisinage du fleuve, et qu'ils

1. Ce fort fut d^truit par les Germains apres le desastre de Varus. Chaque fois qu'ils chassaient les Romains d'une contree, lis s'empressaient de raser les forteresses que ceux-ci avaient elevees pour les contenir.

avancerent leurs travaux de defense jusque dans le Taunus.

Mais dk]k ant^rieurement au r^gne d'Auguste, il existait en Italie des forteresses destinies k contenir les populations et k servir de points d'appui aux armies charg^es de defendre les frontieres de la r^publique.

Ainsi Annibal, aprSs la bataille de la Tr6bie, s'avanpa jusqu'^ Plaisance, dans la valine du Po, et fit de vains efforts pour s'emparer de quelques places de d^pdt des Romains. Apr&s la bataille de Trasimene il se trouva au centre de Tltalie, sans une seule place forte, et menac6, par consequent, de tout perdre en cas de revers.

Quand Fabius eut ^te nomm6 commandant de I'arm£e de Rome^ il r^solut de combattre Annibal par la |amine;& cet effet,il enjoignit k tons les habitants des campagnes de se r^fugier dans les villes fortifiees k Tapproche des Carthaginois, avec leurs denrSes et leurs troupeaux ; il fit en outre ^vacuer et bruler toutes les villes qui ne pouvaient pas se defendre. « L'ltalie^ dit < le g6n6ral Rogniat ^ 6tait admirablement preparie « pour rex6cution de ce plan de campagne, en rap- « port avec les circonstances, car toutes ses villes qui « avaient forme autant de petits Etats ind6pendants, tt toujours en guerre entre eux, s'etaient fortifiees « pour se mettre a I'abri des insultes de leurs voisins ; tt et les habitants des campagnes, habitues a se refu-

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