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Considerations suv I' art de la guerre

8 LA DISPENSE DBS liTATS

« gier dans les places pour iviter les ravages de la n guerre, n'habitaient que quelques cabanes Isoldes, tt qu'ils quittaient sans peine k I'approche de Ten- « nemi.

c( Annibal, qui ne pouvait sesoutenir sans inagasins i et sans places fortes, dans le coeur de I'ltalie, que c( par des victoires continuelles, ^tait d^sespirS de ce « genre de guerre... II prit le parti de changer sou- (( vent de camp pour subsister. >>

fitant parvenu k s'emparer deGerunium, petite forteresse de TApulie, il y mit en sAret^ ses prisonniers et ses magasins et en fit son camp d'biver.

Ainsi appuy6 il put completer son arm6e et battre ensuite Yarron & Cannes. S'il ne marcha pas sur Rome imm^diatement apres sa victoire, c*est qu'il savait que la capitale ^tait entour^e d' allies et prete k lever pour sa defense 160,000 citoyens en elat de porter les arraes. Or, il n'avait plus en ce moment qu'une armee de 40,000 hommes^ qui manquait de machines de si6ge et de munitions.

Pour la meme raison il dut renoncer k faire le si6ge de Naples avant de se rendre k Gapoue, dont les portes lui avaient 6te ouvertes par une faction hostile aux Romains.

Si, malgre ces conditions d^favorables, Annibal resta encore 43 ans en Italic, c'est qu' apres la bataille de Gannes il avait trouve des allies, forme des magasins et conquis des places fortes qui lui permirent d'appuyer et d'alimenter son arm6e.

Quand il eut constat^ qae les Romains n'osaient plus risquer une grande bataille en plaine, il changea la nature de la guerre et commenga une s^rie de sieges.

Ces operations, pour lesquelles son armee 6tait mal pr^par^e, trainerent en longueur et permirent aux Romains d'accroitre leurs forces par de nouvelles levees, tandis que les siennes, ne recevant aucun renfort de la mere-patrie, diminuaient d'annee en ann^e. Cependant, bien que forc6 de rester sur la defensive , il inflrg^a de grandes pertes k I'ennemi en faisant des sorties de la presqu'ile de Brutium^ qu'il avait transformee en une vaste place d'armes. Ses magasins, ses depots et ses recrues s'y trbuvaient i Tabri des entreprises des Romains. Appuye sur cette excellente.base, il se jetait tantot sur une arm^e, tantdt sur une autre, et, quand la fortune lui 6tait contraire, il y trouvait une retraite assuree.

Lorsque les Romains eurent enfin acquis la certitude qu'il etait impossible de forcer Annibal dans sa redoutable position (qui rappelle celle de Wellington a Torres-Vedras) , ils se deciderent h transporter la guerre en Afrique, resolution bardie, qui fut couronnie par la d^livrance de I'ltalie et la ruine de Cartbage.

L'etude des campagnes d' Annibal prouve que ce grand capitaine avait des id^es justes sur le role des places fortes, consider6es comme pivots de manoeuvres et bases d'operations.

Les forleresses que les Carthaginois avaient trouvees

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au Nord de Vltalie existaient encore du temps de Marius. L'histoire rapporte en effet que les Gimbres, aprSs la d^faite de Tarm^e romaine de Catulus, perdirent leur temps h faire le si^ge des places de TAdige, faute qui permit k Marius de completer ses forces et de d^truire ensuite les barbares dans une bataille decisive (101 ans avant J.-C).

Vers la fm du rSgne de Tempereur Auguste, les Remains, renonc^ant aux places ou camps offensifs, ^tablis presque toujours au deli des grands fleuves, se bom^rent k d^fendre ces fleuves, en les consid6ranl comme des barrieres oppos6es i Tinvasion des barbares. Les camps permanents qu'ils 6tablirent sur ces fleuves, principalement sur le Rhin et le Danube, attirSrent un grand nombre de marchands et d'artisans, qui se logerent k proximity des retranchements et form^rent ainsi des faubourgs. Ges agglomerations s'^tendirent peu k peu et devinrent dans la suite des villes importantes, au nombre desquelles se trouvent Xanten, Gologne, Mayence, Treves, Gonstance, Salz« bourg, Ratisbonne et Vienne.

Comme les empereurs ne songeaient plus a prendre roff*ensive au deli des fleuves, ils avaient etabli les camps permanents sur la rive romaine.

Trajan seul fit une exception k cette regie, en construisant k Orsowa, au-dessous de Vienne, un double camp et une double tete de pont sur le Danube, pour attaquer, au dela du fleuve, les peuples belliqueux du Nord, qui commenfaient k menacer Tempire.

<c Lorsque, dit Montesquieu, Rome n'eut plus que « de mauvaises armies, que souvent mSme elle n'en « eut point du tout, la frontiere ne defendant plus Tina terieur, il fallut le fortifier ; et alors on eut plus de « places et moins de forces, plus de relraites et moins tt de sftretS ^. La campagne n'etant plus habitable « qu'autour des places fortes, on en batit de toutes « parts. II en 6tait comme de la France du temps des « Normands, qui n'a jamais 6t6 si faible que lorsque « tons ses villages etaient entoures de murs.

« Ainsi toutes ces listes de noms des forts que Jus- « tinien jRt batir, dont Procope couvre des pages en- « tieres, ne sont que des monuments de la faiblesse « de r Empire 2. »

A cette 6poque de decadence se rattache la construction du rempart-frontiere, que les Romains elevdrent au commencement de I'ere chretienne entre le Rhin et le Danube ^, et dela muraille des Pictes, qu'ils

1. II n'est done pas vrai, comme Tont dit plusieurs historiens et comme Mandar Ta repet^ dans son livre : Architect ture des forteressesy que « I'empire remain fut detruit par les barbares parce que les conquerants du monde negligerent de consolider leur puissance par des forteresses. 9

La chute de I'empire doit dtre attribuee uniquement a la corruption des mceurs, a Tabaissement des caracteres et k la decadence de la milice romaine. Quand les armees sont mauvaises, les meilleures forteresses ne peuvent sauver les fitats; et quand elles sont bonnes, il suffit de peu de places fortes^ mSme mediocres, pour obtenir de grands resultats.

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