‹ La défense des états et les camps retranchésChapitre 8 sur 44 · LIGNES FRONTIERES · texte numérisé non relu

LIGNES FRONTIERES

S'il n'y avait qu'une ligne frontiere Tennemi n'aurait qu'une seule marclie dangereuse a faire. Les corps faibles et les convois pourraient se presenter inopinement, choisir les nuits obscures, doubler leur Vitesse et passer ainsi en grande partie sains et saufs.

U faut done une seconde ligne, dont Taction commence oil finit celle de la premiere. Or Taction d'une place finit k 1/2 marche (3 lieues), parce que les troupes de sortie doivent le m§me jour pouvoir rentrer ou du moins camper sous le canon de Tenceinte. La seconde ligne sera done k une marche en arriere de la premiere, et les places dans chaque ligne se trouveront a cette meme distance I'une de T autre.

Quand celte condition est remplie le danger du fraclionnement augmente si forlementpour Tennemi, qu'il doit se resoudre k faire des sieges pour permettre aux convois et aux pelits detachements de passer.

Une troisieme ligne est occupee par les places de depot, necessaires pour Tapprovisionnement des forteresses menacees des deux premieres lignes. Si elles n'existaient pas il faudrait approvisionner toutes les places avanc^es, ce qui conduirait k une depense excessive et a une dissemination dangereuse.

Les depots sont a une marche de la deuxieme ligne; ils contiennent les approvisionnements de plusieurs places de cette ligne et de la premiere. Leur nombre, et par suite Tetendue de leurs intervalles, depend du nombre de places des lignes avanc6es aux besoins desquelles une seule d'entre elles doit suffire.

naiALMO.NT. 3

Le syst&me des lignes frontiires 6tait encore pr&conis^ da temps de NapoUon V^ par Noizet de Saint- Paul (voir son Traite de fortification, public en 4811). c U faul, disait-il, multiplier les places au point

< d'ctablir trois rangs de places plutdt que deux, sans c craindre la d^pense , dans les pays ouverts, fertiles « et bien peupl^s. »

a Dans ce dernier cas il est n^cessaire que les platt ces soient 61oign6es les unes des autres de 6 a « 7 lieues, et il convient de les disposer de maniere « que celles de la deuxieme soient vis-a-vis des intertt valles de celles de la premiere, aiin que les garnitt sons puissent toujours se porter k demi-chemin des tt places voisines^ pour s'opposer au passage des

< partis ou des convois ennemis, avec certitude de c( pouvoir Stre rentr^es dans la place avant la nuit. »

Plus r^cemment, en 1859, le general Noizet, auteur d'un cours de fortification donn6 k TEcole de Metz, professait ce qui suit :

tt Les places doivent Stre d'autant plus multipli^es tt sur une frontiere, que le pays est plus ouvert ; et (( dans un grand Etat, toutes les villas de quelque imtt portance doivent etre forlifiees, aiSn d'enlever k Yentt nemi les ressources du pays et de lui intercepter les « routes principales. »

Ce meme auteur soutient que, dans certains cas et dans cerlaines contrees, on doit construire quatre et m£me cinq lignes de places frontieres !

LIGNES FRONTlfeRES 35

Savart, dans son traits de fortification, r^dig^ pour I'Ecole de St-Cyr, avait et6 plus loin encore, puisque, ind^pendamment d*un r^seau de places, organist k la mani^re de d'Arfon et de Noizel, il demandait que sur chaque frontiere d'un acces facile on construisit des forts de campagne « en beaucoup de points intermediaires ^ »

C'etait revenir aux fameuses lignes defensives que d' Argon lui-mSme appelait « un diminutif des murallies de la Chine. »

L'erreur de ces ing^nieurs provient de ce qu'ils consid6raient les forteresses comme 6tant uniquement des obstacles mat6riels, destines ft arre/er I'ennemi. De la ces expressions impropres de cMines et de barrieres dont on se sert encore aujourd'hui dans quelques ouvrages didactiques, pour designer les travaux defensifs 61ev6s sur certaines frontieres.

On a eu tort d'attribuer k Vauban la paternity de ces systemes absolus et contraires aux saines id6es strategiques; il est prouv6 en effet : 1** que Tillustre ing6nieur ne voulait ^tablir sur la frontiere trSsaccessible du nord de la France, que deux lignes de forteresses occupant des points stratfigiques ; 2** qu'il proposa de demolir ou de d^classer les forteresses de rintirieur; et, 3^, que dejft en 4687 il se plaignait k Catinat de ce qu'il y eut alors « trop de places fortes. »

Page 1