JANE. - ANDRÉ
JANK, réiiêlanl.
« C'est moi, mon cher André »
ANDRÉ, éperdu.
Vous ! ô mon Dieu ! c'est elle f
Il tombe à genoux et porte à ses lèvres, le bas de la robe de Jane.
Soyez bénie I ù vous, pitoyable et si belle!
Mon cœur vivifié vous devina venir ;
Ainsi que pour prier, mes mains veulent s'unir !
Il se relève.
O Jane, me voici... Je vous aimel
JANK.
Je t'aime !
Ils tombent enlacés.
J'ai souffert loin de toi.
ANDRÉ
J'ai tant souffert moi même I
JA.NE
Mais j'attendais sans peur l'iieure Je te revoir... Le sort me fut mécliant.,.
ANDRÉ
Je ne veux rien savoir ; Ne dis rien : rien n'est plus ; je pleure et je suis ivre. . 0 soleils d'autrefois ! il me semble revivre, Dans l'instant où je suis, tant de jours révolus, Que le passé seul est, et le présent n'est plus I
JANE
Ne me dis rien ; par toi je suis et par toi j'aime! Ce doux et pur amour est au fond de moi-même Gomme un parfum de fleur gardé dans du cristal...
ANDRÉ
Rien n'est qui soit meilleur, rien n'est qui soit égal! Ce n'est pas du réel que l'on vit, c'est du songe. Ne me dis rien : tout ce qui trompe et ce qui ment Me protège à cette heure indéfectiblement : Seul le mensonge est vrai, le vrai n'est que mensonge!
JANE
Ne me dis rien : vivons ce songe pour nous deux ! 0 rêves des avrils, rêves purs et farouches Qui, comme des aiglons, volâtes de nos bouches, Ressuscitez pour nous, pour nos cœurs hasardeux!
ANDRÉ
Nos deux âmes d'enfants, nos simples âmes blanches.
LA DEKENSE DU BONHELK :^ 1
Nous les retrouverons au chêne radieux
Où la preniith'e fois j'ai baisé les f^rands yeux,
Nous les retrouverons, vier^,'es parmi les branches.
JANE
Graves et frémissants de notre émotion, Nous nous prosternerons devant l'aurore blonde Et nous nous sentirons palpiter sur le monde, Comme au jour primitif de la création.
ANDRÉ
De nos cliers souvenirs, pieux et nostalgiques, Nous saurons reforger les mots sacrés d'amour Que chacun croit avoir invent-'s à son tour Et qui nous ont hantés, pareils à des musiques,
jANt:.
Lorsque s'embrasera le couchant somptueux. Je verrai l'incendie en ses rouges nuées Passer dans ta prunelle en flammes remuées Et je réchaulïerai mon âme dans tes yeux !
ANDRÉ
Quand le vent fanera les lents baisers des roses. Des halliers haletants et des rocs sourcilleux, Nous entendrons monter ce credo merveilleux Que, par milliers de voix, chante l'àme des choses...
On sonno à la grille — Ils s'arrêtent interdits. JANE, l'observant.
Qu'as-tu donc? Tu pùlis ?
ANDRÉ
Non, non!
JANE
Réponds.
ANDRlî, égaré.
Non, non!
A part.
Dieu I si c'était... Christine ?
JANE, éperdue.
André, tu dis un nom ?
ANDRÉ, se ressaisissant et cherchant à l'entraîner dans l'ombre que fait à droite une charmille.
L'ombre de la charmille est invitante et douce. Jadis j'y fis pour toi, tu sais, ce banc de mousse...
JANE, se laissant entraîner.
Réponds-moi... réponds-moi...
ANDRÉ, répétant les mots de tout à 1 heure comme dans un rêve.
Seul le mensonge est vrai...
Pendant ce temps, Henri descend le perron, ouvre la grille, Christine paraît ; il l'entraîne vivement dans la maison en mettant un doigt sur ses lèvres. Elle entre sans les avoir vus.
JANE, à part elle.
Rêve, songe, mensonge.... Ahl mon Dieu, je saurai...
Prise tout à coup d'un horrible soupçon.
Vous ne m'attendiez plus ..
ANDRÉ, vivement.
Si, je t'attendais, chère !
Un silence.
LA HEFKNSE DU «ONIIEUR 2'4
.) ANK, docidôo.
Une femme est ici... je suis une étrangère I
Amèromont.
Le jour anniversaire était môme oublié.
IClle ploure.
ANDRÉ
Regarde ce coffret, ce papier déplié...
Ma passion, tu vois, s'était bien souvenue Mais je n'osais pas, Jane, espérer ta venue...
JANE, n'écoutant pas.
Cette femme ? Qui?... Non! Dis-moi la véritél... Oh ! ne va pas, André, mentir par charité!
ANDRÉ, avou.int d'une voix formo et basse, dit lontomont.
Je l'avais éloignée...
.TANE, le regardant, les yeux agrandis.
Ah ! Dieu ! c'est l'aveu.
EUe fait mine do gagner la grille.
.VNDRÉ, suppliant.
Jane !
•lANE^ le regardant de nouveau.
Suprême lâcheté ! l'amour qui se profane !
Elle fait encoro un pas, en chancelant. ANDRÉ.
Ne pars pas...
JANE, so redrossant.
Je ne partirai pas ; je veux voir Cette femme. J'attends.
Christine apparaît avec Henri et s'arrOte au haut du perron.
ANDRÉ, la voyant, à lui-même.
Christine !
André va s'asseoir sous la charmille en se cachant la tête dans les mains.
Désespoir !
Pendant que Christine descend :
JANE
Et c'est moi dont l'orgueil à ce point se ravale t.. . Et je ne cède pas devant cette rivale ! Cœur infirme, cœur faible et sombre, cœur humain. Gomme on te connaît peu quand on te connaît bien.