SCÈNE II
ANDRÉ, seul.
Là-bas, au fond du val, sous le ciel opalin, L'étang se met déjà son lourd collier d'étoiles ; L'air est plus embaumé, sonore et cristallin ! Bleue et claire, la nuit étire ses longs voiles
Il se lève.
La paix descend. Le parc, où riait notre enfance. Se souvient que jadis il nous fut confident ; Il sait que, dans mon être, il entre en ce moment Plus d'ennui que le soir n'enferme de silence.
Je veux croire qu'ici, lente, Jane s'avance.
Une touffe d'oeillets fleurit entre ses doigts...
Et c'est tout mon vieux cœur et c'est tout l'aulrefois
Que Jane serre ainsi, dans sa main, en silence.
Son sourire est plus grave et sa grâce est moins frêle; Mais le soleil du soir est le même soleil Que celui qui dora l'aube du ciel vermeil Et le même prestige émane toujours d'elle.
Non, elle n'est pas là. Mais chaque fleur embaume Gomme jadis. — Un soir, un soir, elle viendra : La grille du jardin sans effort s'ouvrira Et Jane entrera, blanche ainsi qu'un blanc fantôme.
Sur ces derniers vers, Jane est entrée : elle fait jusqu'à la fin de la scène, les mouvements qu'il indique.
Aux jours clairs de jadis, ainsi je l'attendais ; Comme deux vols d'oiseaux, ma pensée et la sienne Se mêlaient tout d'abord et ce n'était qu'après Que, tremblante, sa main s'approchait de la mienne.
Ainsi qu'une déesse en queliiue bois sacré Elle venait muette, amoureuse et hautaine ; Dans ma nuque soudain, je sentais son haleine Et sa voix me disait : « C'est moi, mon cher André »
Il pleure.