ANDRÉ, JANE
ANDRÉ, lui prenant la main.
Jane. . la Vie est la tueuse d'idéal
Et nous ne portons pas en nous assez de force
Pour goûter au fruit d'or dont elle fait amorce...
Elle m'a fait trop lâche et trop irrésolu
Et, si ce cœur faiblit, c'est qu'elle l'a voulu.
JANE
Non, tu ne pourrais pas, sans m'avilir, chère âme, — Car cette hypocrisie apparaîtrait infâme — M'apporter un amour trop inégal au mien... Ce que nous n'avons plus, c'est l'état ancien Où nos cœurs étaient purs et vierges nos pensées! Le miroir s'est terni des sources irisées... L'Amour qui se leva pour nous à l'Orient, Tu serais sacrilège en le parodiant.
ANDRÉ
Pars, nous ne saurons plus l'extase souveraine; Les astres qui marquaient notre route lointaine Se sont l'un après l'autre éteints et refroidis. Puisque la vie a pris nos candeurs de jadis!
JANE
II faut que nos deux mains, d'un ongle impitoyable. Tandis que se cloront dans la nuit insondable
Nos chers, nos tristes yeux un instant amoureux, Déchirent nos deux cœurs sanglants et douloureux.
Christine paraît.
ANDRÉ, à part lui.
Tu seras bien souvent en silence évoquée
O cœur rouge d'orgueil, grande âme inexpliquée!
JANE
Oui,, puisque sur les yeux du passé triste et cher,
Afin qu'il ressuscite aux baisers de ma chair,
J'ai collé vainement ma lèvre inconsolable,
Il faut bien, n'est-ce pas, croire à l'Irréparable I
De l'ombre d'où je viens je rentre dans la nuit.
Je m'en vais sans pleurer, sans espérer, sans bruit...
Montrant Christine qui est descendue.
Et puisque ces mains-là, douces et maternelles, Ont su fermer pour toi les blessures cruelles De notre amour d'enfant, — eh bien, mon Dieu, mon
[Dieul Aime-les, aime-les— Aimez-vous bien. — Adieu...
Imprimerie Générale de Châlillon-s-Seine. — A. Pichat.
Librairie PAUL OLLENDORFF,