IOSi:i»H LE BOX
Cambrai (1) en m'engaLToant à prendre sur-le-champ un parti.
Quelques jours auparavant, les i)ai)iers i)ublics, anticipant sans doute sur le fameux rapi)ort de \adier (2), avaient donné l'éveil sur des manieuNres fanatiques dont le directoire était à Paris et faisait jouer des ressorts dans les départements. Je ne me pressai pourtant pas de renvoyer les pré\enus au trilmnal, espérant apprendre d'eux quels conseillers perfides les avaient fait agir. \ùm espoir. Je viens à Arras le 21t. Il n'y était bruit que du Saint, Je résolu de l'interroger moi-même en {)uljlic, ainsi que ses [)arents. Jamais, non jamais ligures n'annoncèrent un fanatisn;e aussi profond, aussi incurable. Je les tourmentai de toutes les manières pour les ramener à la raison et à leur caractère d'homme : invitations, encouragemens, menaces, je mis successivement tout en œuvre, mais je ne pus en tirer d'autres renseignements que ceux qui m'avaient été envoyés par le district. Je me décidai donc à les traduire au tribunal révolutionnaire.
Le même soir [)ré('isément arrivent le rapport du Comité de sûreté générale et le décret contre la mère de Dieu et ses adliérens. Quelle circonstance ! Je ne doute point, ainsi que tous les patriotes, «]ue l'affaire de Wailly ne tienne à la grande conspiration dénoncée. Le tribunal s'empresse de faire un exemple, et le Saint et ses complices, convaincus d'avoir clierché à exciter des troubles et des soulèvemens contre-révolutionnaires, sent condamnés à mort.
Combien de fois les rapports des comités de gouvernement, insérés au bulletin, ont-ils ainsi doublé, triplé l'énergie des fonctionnaires publics et de leurs agens subalternes. S'ils en imposaient à la Convention nationale, quelle impression ne devaient-ils pas faire sur de simples individus dans l'éloignement. Quand on avait annoncé à la tribune des conspirations de prisons, très dangereuses et sans cesse renaissantes, je ne revois plus que des conspirations de prisons, je craignais à chaque instant de trouver ma vigilance en défaut. Il est vrai que cette crainte ne me porta jamais à recourir aux mouchards et à leurs listes vénales ( je ne soupçonnais pas qu'on employât en France ces infâmes moyens), mais j'ordonnais des visites, des recherches dans les maisons d'arrêt, je faisais saisir, examiner les papiers pour découvrir les correspondances suspectes et criminelles qui i)ouvaient s'y être introduites et j'aurais cru très mal faire que de ne pas prendre toutes ces jirécautions. Car me disais-je, ne doutant pas de la véracité des Comités de Salut public et de sûreté générale, si les détenus de Paris conspirent et s'entendent avec l'étranger combien cette intelligence est-elle plus facile aux détenus des communes frontières.
Je reviens à la traduction du saint et de sa famille au triltunal. l'n autre que moi en aurait déjà dit sutrisamment pour se justilier sur cet article. Joseph Le l'.on doit, autant que possible, a^■oir 10 fois raison.
Le prétendu saint était un jeuiu^ homme déserteur de la l^e réquisition depuis ni\ôse. (»r, considéré sous ce point de \ue, il
(1) Le Bon avait été appelé d'urgence à Cambrai, par Saint-.tusl ol Le Bas, pour délivrer la ville des « suspects et des espions •.
(2) Voir ALvTiiiKz, CnnlrilniHun à l'hitttoirc religieuse de lu révohilion française, Paris, 1907, p. 00-142 ; Annales révohiUonnaires, 1919, t. XI, p. 388-392 el Anlmir de Robespierre, Paris, 1925, p. 129-135.
n'était pas moins coupable aux yeux de la loi, lui et ceux qui l'avaient recelé.
Je n'ai pu me procurer le décret de la fin de brumaire ou du commencement de frimaire, qui le rangeait dans la classe des émigrés, et assimilait ses parents aux parens de ces derniers.
Mais je vois, en septembre 17'.»3,la Convention confirmer l'arrêt du département de l'Ariège, portant que tous les jeunes gens qui n'obéiraient pas à la réquisition, seraient traités comme déserteurs (1).
Je la vois en août de la même année, décréter que tout citoyen (}ui quittera son drapeau sans avoir obtenu son remplacement, sera puni de mort (v*).
Je la vois en floréal, an II, ordonner l'exécution dans tous les arrondissemens des armées de la République, d'un arrêté pris à Nice, le 5 germinal, par les représentans du peuple. En vertu de cet arrêté, tout citoyen qui n'a pas rejoint l'armée dans le délai d'un jour par cinq lieues, est réputé lâche, par conséquent royaliste, et doit être puni conformément aux lois. Après le délai cidessus prescrit, les membres des municipalités et des comités de surveillance sont tenus de le faire arrêter comme traître à la Patrie. Les parens eu autres citoyens qui donneraient asyle ou employeraient un citoyen que la loi appelle à la défense de la patrie, doivent être arrêtés et punis comme ennemis de la révolution (3).
Certes ce jeune homme et sa famille étaient évidemment dans le cas des lois que je viens de rappeler. Ce qui me détermina à les faire poursuivre de préférence pour leurs manoeuvres fanatiques, fut la considération du lieu et des circonstances.
J'aime bien que Guffroy s'apitoie sur leur sort : je n'ai pas été le dernier à y être sensible parce qu'ils me paraissaient plutôt des instruments que des chefs. Mais enfin ils étaient atteints, non seulement par cette multitude de lois vagues et larges, au moyen desquelles toute espèce de délits, toute espèce d'actes pouvaient prendre le caractère de contre-rév^olution (4) mais encore par des décrets précis et positifs.
D'ailleurs ils ne tenaient en rien au triomphe de la liberté ; ils auraient tout fait pour l'empêcher.
La sensibilité de GufTroy eût pu, à mon avis, s'exercer sur des objets plus intéressants. Nul doute que, comme hommes, nous ne devions regretter le sang même du plus acharné royaliste, l'humanité ne frémit-elle pas à l'aspect des autrichiens frappés, étendus sur le champ de bataille ? Mais, comme citoyens, nos premiers pleurs appartiennent de droit à ceux qui ont marché avec nous dans la carrière de la révolution, y eussent-ils fait quelques faux pas.
Pleure donc philanthrope GufTroy, pleure sur les quatre familles d'Emilion que le club national de cette commune annonçait, en messidor, être réservées à expier sous peu le recèlem.cnt de Guadct,
(1) Journal des Débais, septembre 1793, p. 197.
(2) Journal des Débals, août 1793, p. 201.
(3) Journal des Débals, floréal an II. p. 147.
(4) Voyez plusieurs décrets proposés par le Comité de législation, notamment p. 217. Journal des Débals, prairialan II, p. 240, messidor an II.
Salle, Barbaroux, Buzot et Petion, de ces représentans sur lesquels tu as invoqué tous les maux (1).
Efface de tes larmes presque toutes les pages de ton Rouj^yrt', surtout cette phrase écrite bien longtemps avant le 13 ventôse, que désormais les hommes d'état, ces ennemis du bonheur, ne trouvent ni feu, ni eau, ni pain, ni asyle ; l'abandon absolu doit être la première punition de ces fourbes politiques {'Z).
Assurément tout cela n'est guère humain et mériterait bien une censure de ta part, mais la passion t'aveugle et tu ne veux pas voir que l'excès de mon zèle contre les royalistes et les fanatiques ne devrait, dans le fond, m'ètre imputé à crime que le jour du rétablissement du trône (ce qu'à Dieu ne plaise !) tandis que tu es depuis longtemps coupable d'une persécution ardente contre tes collègues et les patriotes qui partageaient leurs opinions (3).
(1) Rougvff, N» 19.
(2) Rougyff, N" 21.
(3) Girondins proscrits, qui moururent sur l'échafaud à Bordeaux, ou dans la campagne de Saint-Emilion.
Lettre justificative No V
J'ai, hier !«'' messidor, attendu 7 heures au Comité de sûreté générale l'ordre du président de la Convention, pour assister au rapport de la commission des 21. Si j'eusse été admis et que l'on m'eût ensuite accordé la parole, j'aurais prononcé le discours suivant :
Citoyens représentans.
Promis à la mort depuis tantôt un an, je n'ai point cherché à fuir l'étrange récompense qui m'était réservée. Mon impitoyable persécuteur pouvait s'épargner bien des manœuvres coupables. Dès les premiers jours de mon arrestation, je l'eusse moi-même débarrassé de son inquiétante victime, s'il avait voulu se contenter de ma vie.
Mais non ; il a essayé de me ravir l'honneur, il a attaqué me& mœurs et ma probité. Cet excès de haine m'a obligé de vivre, et d'attendre, dans le calme de l'innocence, l'instant de me justifier. Il est enfin venu, cet instant propice, et j'en profiterai pour démontrer que je ne suis pas un malhonnête homme.
Que toute le France apprenne déjà que l'histoire de la femme aux 25 livres, guillotinée en sortant de mes bras, est la calomnie la plus complète, comme la plus atroce. Les autres accusations qui pourraient me faire rougir, sont à peu près du même genre. Quelle que soit leur gravité apparente, cette gravité ne tient qu'à des circonstances changées ou omises, qu'il me suffira de rétablir lors de l'examen de chaque article.
Pour ce qui est de l'exécution des mesures révolutionnaires commandées au nom du salut de la patrie, par l'autorité la plus respectable du ir.onde, mesures que je n'ai cependant ni provoquées ni regrettées, parce qu'elles me semblaient inséparables d'une multitude d'abus, je m'abandonne au jugement de la postérité.
Arbitre impartial, elle répudiera toutes les allégations mensongères de la vengeance ou de la peur, qui ne sont pas moi ; ellen'interrogera que mes actes et, les comparant avec ma position et le bouillonnement général de la république, elle ne m'imputera pas ce crime de n'avoir point été, seul, plus impassible et plus sageque tous les autres ensemble.
D'ailleurs, je prétendrais en vain à vous démontrer toute la rectitude de mes diverses opérations; j'aurais besoin pour cela de mes trois paniers de papiers justificatifs. Or, tous, ainsi qu'environ 7 mille livres d'assignats dont ma femme se trouvait dépositaire, ont été enlevés en mon absence, sans inventaire, sans procès-verbal; et mon accusateur, qui ne s'était pas fait nommer sans motif membre et président de la commission chargée de les examiner, s'en est loyalement emparé. Oui, mon accusateur, il lui a fallu pour me battre, non seulement ses propres armes, mais les miennes.
L'histoire recueillera sans doute ce trait de lumière.
Deux mots sur l'esprit de faction dont on m'a dit i)ossédé. Les factieux ont des protecteurs et des appuis, où sont les miens ? quelles voix se sont élevées en ma faveur ?
Combien de ^ens, au contraire, pour se sauver, n'auraient point hésité de m'ofirir en sacrilice expiatoire. Le premier prairial eni'ore n'étais-je pas excepté de la réinlé^-ration de tous les représenlans arrêtés ou bannis ?
Heureuse et honorable exception (jui prouve jusfju";! révideuce, que je n'appartiens à i)ersonne, et ({ue je suis étranirer à toutes les intrijçues.
Apres le '.) thermidor, Guffroy s'est avisé tout à coup de me faire un robesjierriste enragé, mais vous saurez qu'un mois auparavant il me dénonçait à Robespierre comme anti-robespierriste, girondin, fédérali'.le, anti-jacobin, etc. (1).
Qu'importe sous quel nom pourvu qu'il me rende odieux et me perde ?
Eh bien ! citoyens représentans, Guffroy a également tort dans l'une et l'autre de ces dénonciations contradictoires. Toujours soumis à la loi de la majorité, à peine j'eus appris l'arrestation de Robespierre, Saint-Just, Couthon et Lebas. que je me rendis au district d'Arras où je pris un arrêté conjointement avec l'administration, pour rallier à la Convention nationale toutes les communes que ce coup inattendu aurait pu ébranler (2).
Par la même raison, je souscrivis, en ma qualité d'administrateur de département, au décret des 31 mai, !«'' et '2 juin, rendus à r.(i lieues de moi.
(1) Guffroy, censure républicaine, p. 75 et 76.
(2) Extrait du registre aux arrêtés de l'administralion du district d'Arras, •séance publique et permanente du 11 thermidor, l'an II de la Répubhquc française, une et indivisible, onze heures et demie du soir. Un memljre donne lecture du messager du soir et du monileur, dans lesquels est inscrit le décret qui met en arrestation Robespierre aîné, Roluspierre le jeune, Couthon, Lebas et Saint-Just, tous représentans du peu;. le français. 11 propose de réitérer le serment de vivre libre ou de mourir, et de dem.eurer fermement attaché à la Convention nationale, de défendre la liberté et l'égalité par tous les moyens que les lois mettent entre les mains des administrateurs '■ de mourir pour leur défense ; de vouer une haine éternelle ù tous les pouvoirs qui voudraient s'élever au-dessus du peuple et de la Convention nationale, et à tout individu qui tenterait de ramener le despotisme sous quelque iriasque •que ce soit. Cette proposition est adoi^tée à l'unanimité, et l'assemblée d'un mouvement spontané, jur(^ attachement inviolaJ>le à la Convention nationale, et de mourir s'il le faut, pour la défense de la liberté et de l'égalité, et déclare qu'elle demeurera en séance jiermanente ; arrête qu'il sera écrit ;'i toutes les conununes du district pour leur rappeler i]u'ell(S doivent rester constamment unies à la Convention nalionali', et préférer toujours la patrie aux individus quels qu'ils soient. L'admiiiislralion arrête que le présent ■sera envoyé par un courrier extraordinaire à la Convention nationale ; qu'il
sera imitrimé et envoyé aux communes pour y être lu et pu!)lié. Cet arrêté a été pris en présence du représentant du peui)le .Joseph Le l?on (pii a signé. Suivent les signatures (1) (No!e de Le Bon).
(1) .\rehives départementales du Pas-de-C:il;iis. Série L. District d'Arras. Registre des arrêtés. N" 17, feuillet 211 et suivants. Le l'.on rapiiorle, :ivcc Je plus grand scrupule cette déliJ)ération du dislrict.
Il est vrai que, quelques jours avant le prononcé de ces décrets, trouvant inconvenable, impolitique, contraire à tous les principes, l'incarcération proposée des 22 membres, j'avais voté une adresse différente de celle que GufTroy sollicitait de la société populaire pour cette même incarcération: je ne m'en repens point(l). Qu'il s'applaudisse exclusivement, s'il le juge à propos, d'avoir joué un des prem.iers rôles dans la persécution d'une partie de cette assemblée, ce ne m'est pas une faible consolation de songer que celui qui demande ma tête au nom de l'humanité et de la justice, est le même qui a successivement demandé les vôtres au nom de la justice et de l'humanité, le même qui a appelé à grands cris les mesures arbitraires dans ses feuilles vendues au gouvernement, le même qui la ti'ouvait chaque jour intéressante, le même qui n'aurait pas craint de sceller la révolution du sang de 5 millions de français (2).
O Guffroy, si le zèle m'a entraîné trop loin, si, placé devant quatre forteresses envahies par l'étranger, sur une frontière constamment trahie, sans autre boussole que l'incertitude des événements, le vague des lois et l'am.our de la république, j'ai commis des erreurs et des imprudences, était-ce à toi de me poursuivre, toi dont les journaux et les correspondances particulières avaient tellement volcanisé les patriotes du Pas-de-Calais, qu'en pluviôse encore j'y étais taxé de modérantisme ?
jMais j'abuse de votre temps, représentans du peuple, les dangers de la patrie me sont connus ; ils réclament toute votre sollicitude, sauvez-la, sauvez-vous avec elle, et que mon nom périsse ! Onze mois d'opprobres et d'infortunes ; les latrines des cachots de Meaux, où j'ai été, dix-neuf jours et dix-neuf nuits, enfermé sous triple verroux avec dix personnes, dans un lieu long de dix pas et large de trois (3) ; la prison où ma mère est morte ; celle où ma femme est accouchée et nourrit ses enfants ; les fers dont sont chargés mes autres parens et amis (4) ; cent familles compromises, ruinées dans mon affaire pour n'avoir pas voulu micntir à leur conscience ; tout cela m'a rendu la mort désirable.
Qu'elle se hâte de venir, cette douce bienfaitrice, et que l'effusion de mon sang épargne celui de tant d'hommes précieux qui n'ont vécu que pour la liberté.
A Paris, de l'Imprimerie Nationale, messidor, l'an II.
(1) Guffroy, 1'« censure, p. 7G.
(2) Voyez Rougyff. N° 7.
(3) Le Bon fait allusion à son emprisonnement à Meaux.
(4) La femme de Le Bon était en effet détenue à Arras, durant sa détention elle mit au monde son deuxième enfant : Emile Le Bon.
Lettre justificative IS^ VI
Citoyens représentans,
Depuis onze mois cent pères de famille souffrent, à mon occasion, l'opprobre et les fers; et, ni le spectacle de leurs femmes et de leurs enfants sans ressources, ni le désir de la liberté, ni la crainte de partager mon supplice, rien n'a i)U les engager à se joindre à mon persécuteur tout-puissant, pour consommer ma ruine.
Cet argument me semble digne de votre attention.
Quoi ! je suis un monstre sans égal, un homme pétri de bassesses et de crimes et j'ai eu le rare bonheur de ne m'entourer que de gens de probité et de courage. Etrange scélérat en effet qui, du fond de ses cachots et dès longtemps marqué du sceau de la proscription, inspire encore un tel héroïsme à ses prétendus complices !
Ah ! si, comme GufTroy l'a répandu et fait répandre, ils n'eussent été jadis que de vils instruments entre mes mains, d'où leur serait venue cette énergie subite qui n'appartient qu'a la vertu ? Est-ce à l'instant qu'un homme est dégradé, avili, traîné dans la boue, voué à mille morts, que des êtres, jusques là passifs et exclaves du pouvoir, osent seuls protester, par leur conduite, contre l'opinion publique égarée ?
Mais, dira-t-on, leur silence est l'effet de leur coupabilité per- ■sonnelle (1) ?
Que de gens sans réflexion, sans connaissances du cœur humain, se parent d'une induction semblable, vous n'y trouverez vous, représentans du peuple, qu'un misérable sophisme. Des coupables ont besoin de pardon ; à tout prix il faut qu'ils l'obtiennent : la lâcheté est le premier de leurs caractères.
D'ailleurs, ces hommes que GufTroy appelle aujourd'hui m.a bande, mes satellites, sont, pour la plupart, ses anciens amis et correspondans (2), ceux avec lesquels il a fondé la révoluticn à Arras, ceux qu'il m'aurait fait un crime de ne pas employer. Pres-
(1) Je sais que, pour me rendre plus odieux, on leur a imputé des vols, des dilapidations et autres délits qu'un temps de révolution n'excuse pas ; mais ils n'en sont point convaincus et après les calomnies affreuses dont j'ai été moi-même l'objet, il m'est permis de douter de tout (Note de Le Bon).
(2) Je liens encore entre les mains trois de ses lettres à son ami, Célestin Lcfetz, la dernière porte la date du 25 ventôse an II : « Souviens-toi, mon ami, lui dit-il, que toujours la vertu fut en minorité sur la terre. Soyons loujoars les mêmes, et soutenons la révolution avec les principes de lu ve-Ui el de la pr-obilé >. Eh bien, c'est ce même ami, ce même Célestin Lefetz qu'il peint, trois mois après, sous les couleurs les plus noires, et qu'il traduit dans les prisons de Paris, où il est mort. Ab uno disce omnes (1).
(1) Célestin Lefetz était vice-président du district d'Arras. GufTroy l'attaque violemment dans sa 2* censure, p. 347 et suivantes.
que tous sont des fonctionnaires publics nommés par le peuple en 1792 les plus fermes appuis de la liberté et de la représentation nationale.
Et c'est sur des hommes de cette trempe remplissant les fonctions de jurés révolutionnaires, que l'on m'accuse d'avoir exercé une influence tyrannique.
J'observerai d'abord que si j'eusse voulu exercer une influence quelconque, au lieu d'un tribunal nombreux rassemblé de tous les points du département, j'aurois dû me borner à établir une commission de cinq ou six personnes dévouées, que j'aurois, dans l'ombre, dirigées selon mes caprices (1).
Mais \-oyons en quoi consiste l'influence que l'on me reproche : fo — J'ai parlé dans la société populaire d'Arras d'individus qui devaient être mis en jugement et j'en ai parlé d'une manière défavorable.
Cela m'est effectivement arrivé dans les deux circonstances remarquables que l'on cite.
On avait découvert un registre enterré, ce registre contenoit une protestation des ci-devant nobles des états d'Artois, contre toutes les opérations de l'Assemblée nationale, nuisibles à leurs privilèges. Quelques jours après, me trouvant à la société populaire, je parlai de cette protestation et de ceux qui l'avoient signée. Je n'oubliai pas le nom de Thieulaine ; je m'y arrêtai d'autant plus que cet îiomme, durant la révolution, avoit affecté de fréquenter des patriotes. Ne serait-il qu'un traître mieux déguisé que les autres personnes de sa caste? Puis me voilà communiquant mes soupçons et réveillant la défiance des citoyens envers l'ex-noblesse.
Toutefois, Thieulaine, traduit au tribunal, est acquitté, le jury regardant sa conduite comme un véritable désaveu de sa protestation, sait le distinguer de ses co-signataires.
Certes, si Guffroy eût voulu prouver l'indépendance des jurés du tribunal d'Arras, il n'eût pu choisir un plus frappant exemple. Des papiers inciviques, des lettres de prêtres émigrés accusant réception de secours, d'autres lettres contre-révolutionnaires de l'intérieur, sont saisis chez la veuve Bataille (2) ; on y saisit également un cahier contenant les noms des personnes qui donnent pour nos prêtres. Chaque page indique les souscripteurs pour tel et tel mois, depuis janvier 1792 jusqu'au mois d'août 179.3, avec les sommes partielles qu'ils ont fournies, et les totaux sont suivis d'une déduction de... pour la conversion des assignats en argent. Je communiquai encore à la société populaire cette découverte; j'y citai les noms des individus compromis, et j'annonçai que le tribunal ne tarderoit pas à s'occuper de leur affaire. Je plaignis Boniface, à qui tous les patriotes s'accorderont à rendre justice, de ce qu'un moment d'erreur l'impliquoit dans cette malheureuse procédure. Je dévoilai en même temps plusieurs intrigues que l'on avait fait jouer auprès de moi en faveur de l'ex-avocat Dauchet qui figuroit principalement, soit par lui-même, soit par son épouse, sur le cahier en question.
(1) La liste des jurés en effet établie par Le Bon comprend des citoyens pris sur tous les points du Pas-de-Calais.
(2) Voir le procès Bataille, thèse principale : Le conventionnel Joseph Le Bon, 1765-1795.
DaucheL n'en fui pas moins acquiLté par le tribunal.
Seconde preuNC aussi irréfrairahle que la première, de l'influence de mes discours.
Que si l'on me demande pourfpidi je Iraitois de pareils objets dans les sociétés républicaines, c'est qu'alors elles étaient investies de la pleine conliance du Comité de Salut public et de la Convention nationale, c'est qu'elles étoient en quelque sorte associées aux opérations des représonlans du peuple dans les départements.
En frimaire an •2, la Convention nationale invitoit les sociétés populaires de la République et les bons citoyens qui les fréquentoient à réunir tous leurs efforts et leur surveillance à celle des représcntans du peuple, pour déjouer tous les complots des conspirateurs et des faux amis de la liberté (1).
A la même époque, le Comité de Salut public leur donnoit l'initiative de toutes les élections (2).
En floréal, nouvelle invitation de sa part aux sociétés populaires de dénoncer tous les attentats aux droits du peuple (3).
■2° ■ — J'ai blâmé les acquittements prononcés par le tribunal : celui de Thieulaine, celui de Béthune, celui de Lallart-Berlettes (4), celui de Dauchet (5).
L'accusation est de toute fausseté, relativement à celui de Thieulaine. î^ans celui de Bétliune, je n'ai blâmé (juele défenseur officieux qui en avoit imposé aux jurés par des certificats de résidence annulés le 18 mars 1793. Je crus même devoir ordonner son arrestation, non seulement par ce motif, mais encore d'après une autre dénonciation qui m'a\aiî. été faite antérieurement à sa char^-e.
Cependant, l'ayant interrogé, je l'élargis, en considération des services gratuits qu'il rendoit aux malheureux et je l'engageai à manifester davantage dans le public le civisme dont il se dise il animé.
Je n'ai blâmé personne dans l'acquittement de Lallart-Berlettes. Tout ce qui s'est dit dans cette conjecture, par quelques membi'es de la société populaire et par moi, ne s'est, dit (}ue comparaliuemenl.
Plusieurs individus jiauvres avaient été l'éeUemcnt condamné.; I)Our distribution de faux assignats. Chacun trouxa étrange que Lallart, parent d'émigrés, détenu comme suspect et convaincu du même crime, fût absous sur la (juestion intentionnelle. Le zèle irréfléciii alla jusqu'à soupçonner la probité des jurés ; mais je repoussai aussitôt ce sou{>çon injurieux, et j'aimois mieux attribuer l'absolution de Lallart à cette répugnance naturelle que l'honîmc éprouve quand il s'agit de prononcer sur la destruction de s(in semblalile ; j'offris mêuie d'accepter la démission de ceux qui se sentiroient inca[)ables de remplir ce rigoureux ministère. « Je ne les en estiniei-ai pas moins, disois-je. ils n'en seront pas moins pa-
(!) Journal des Déhals, fii.aaire, p. 30G (Note do Le Bon).
(2) \'oyoz dinériMiles circulaires im]iriiiu'!OS (Plein).
(3) Journal des Dclmls, floréal, p. 133 (Idem;.
(4) Vicliiiies du irihunnl rèvolulionnaire d'Arras.
(.5) Dau'jlicL éclianpa à la con<lamnalion et fut envoyé par Le Bon ù Paris.
<riotes (1) à mes yeux. S'il fallait combattre rautrichien, je sais bien qu'il sufTiroit de les appeler ; mais je ne dissimule pas quelle vaste différence il y a a entre tuer de loin les ennemis armés de sa patrie, que l'on ne connoit point, et envoyer légalement à la m.ort leurs complices de l'intérieur, avec qui l'on vivoit encore deux jours avant la révolution (2).
Quant à l'acquittement de Dauchet, il révolta tous les patriotes, je l'ai cru moi-même le fruit de l'intrigue, et j'en ai parlé dans ce sens. Mais ce n'est point parmi les déclarations intéressées de Gabriel Leblond (3) qu'il faut chercher ce que j'en ai dit ; celles de Regnaud, Deleville, Gressier (4), etc., approchent beaucoup plus de l'exactitude. La dénonciation d'Asselin (5) n'est qu'un tissu
(1) Ai-je cessé d'estimer, de fréquenter Ansart (1) parce qu'il répugnoit méiiie à siéger dans un tribunal criminel ordinaire ? Et toi, Siinonis (de Calais), âme tendre et sensible, quels délicieux moments j'ai passé dans ta société. Que dis-jc, dans la tienne ! dans celle dos habitans paisibles et unis de ton intéressante commune (Note de. Le Bon).
(2) Combien il en coûte pour réprimer, dompter les sentimens de la nature. Puissent à l'avenir toutes les lois humaines s'accorder tellement avec elle qu'on ne se voie plus dans la cruelle alternative d'être raéchanu homme ou mauvais citoyen ! Ce souhait m'explique tout entier, il donne la clef de Joseph Le Bon. Non, ce n'est point parce que les lois étaient terribles et révolutionnaires que j'en ai pressé, facilité, assuré l'exécution, c'est parce qu'elles étoient censées lois, et que j'étois trop vivement pénétré des obligations de l'homme social ; douces et pacifiques je ne les eusse pas exécutées avec moins de zèle ; dures et exigeantes envers moi-même, elles m'ont disposé à tous les sacrifices. Quand le 16 floréal, je reçus l'ordre d'aller surle-champ m'enfermer dans Cambrai, calculai-je avec le devoir ? Qu'on me suive dans tout le cours de ma mission, partout je m'immole le premier dans ma personne ou celle de mes proches à l'intraitabilité de la loi. Ici c'est le mari ci-devant noble d'une de mes parentes roturières que je laisse en arrestation, malgré son patriotism.e reconnu et attesté, parce qu'un arrêté de Saint-Just et Lebas incarcère, sans exception, tous ceux de son ancienne caste, là, c'est un frère de ma femme, revenu momentanément en congé avec une permission illégale que je fais arrêter sous les yeux même de sa mère et reconduire à sa garnison ; ailleurs, c'est Pauline, une jeune fille qui va périr, si je ne rends à la liberté un très habile artiste, que le décret du 17 septembre (2) et l'opinion publique retiennent dans les fers. Quelle position pour un père, quel combat douloureux. Eh bien, il faut encore que la nature cède, il faut que je me montre un homme affreux et barbare, pour rester citoyen.
Tu vis cependant, ô Pauline, le ciel t'a conservée. Ah ! si ces feuilles tombent un jour entre les mains, quand ta mère t'aura fait le récit de ma tendresse paternelle, tu me jugeras sans doute différemment de ceux qui m'accusent.
Avec quel zèle diras-tu, avec quelle satisfaction il eût servi son pays sous des lois conformes aux affections de son cœur, puisqu'il n'hésita pas à lui sacrifier ces mêmes affections, lui, le père, l'époux le plus tendre, le fils le plus respectueux, l'ami le plus sincère et le plus constant (Note de Le Bon).
(3) Gabriel Leblond, membre du Comité de surveillance d'Arras, ami de Guffroy, arrêté par ordre de Le Bon. Voir thèse principale.
(4) Citoyens d'Arras qui déposèrent contre Le Bon.
(5) Poursuivi par Le Bon, réfugié à Paris, où, grâce à l'appui de Guffroy, il était devenu chef d'un bureau des émigrés.
(1) Ancien Oratoricn, nommé par Le Bon agent national près le district d'Arras.
(2) Décret sur les suspects, ordonnant leur arrestation.
(le mensonges, il w.o fait, entre autres calomnies, assister aux débats de ce procès et je n'y ai point assisté. Si j'y avais été présent, on peut croire que Gabriel Leblond, et duHroy après lui, n'auraient pas manqué dcTannoter coiiiine ils ont annolé la présence de L)uciuesnoy (1).
■p.o — J'ai traduit de nouveau en juj,'ement des individus acquitlés : Béthune, Dauchet, I.allart-I^erlettes.
Il ist faux que j'aie fait subir à liéthune double ju^fement. Cet ex-comte était prévenu de complicité d'émij^rration et d'émigration personnelle, le pron.ier objet appartenait aux tribunaux, le second au département. Le tribunal, en l'acquittant sur le chef de complicité, le renvoya, pour l'autre clief, par devant l'administration.
Toute mon intervention dans cette affaire, se borna à requérir le greffier de remettre incessamment les pièces aux administrateurs du Pas-de-Calais.
Dauchet iiîc fut dénoncé par ] -uquesnoy, sur des faits étrangers à son premier acte d'accusation, je l'adressai au tribunal de Paris ; le 9 thermidor l'a rendu libre.
Je n'eus pas, à la vérité, la même prudence, deux mois auparavant, à l'égard de Lallart-Berlettes. De nouvelles pièces m'ayant été remises contre lui quelques jours après son acquittement, je l'envoyai au tribunal qui l'avoit déjà jugé sur l'émission de faux assignats, et il y fut condamné. IVfais quel étoit, à cette époque, refïervescence populaire ? Les ennemis de la liberté sembloient ne pouvoir être assez tôt punis.
4° — J'ai paru aux audiences du tribunal, placé devant les jurés.
Jamais je n'y ai paru à Cambrai, très rarement à Arras, et non dans les procédures mentionnées ci-dessus. Je n'avais point de place distinguée comm.e on voudroit l'insinuer ; l'enceinte où je suis entré étoit habituellement remplie par des membres des autorités constituées.
'■)(> — Dans un arrêté relatif aux vingt-quatre prévenus d'avoir fait passer des secours aux émigrés, j'ai dit qu'ils étaient tous condamnables, à l'exception d'un seul.
Je n'ai pas dit cela. J'ai inséré seulement, parmi les nombreux motifs qui m'engageoient à traduire ces individus au tribunal, que si l'on n'exceptoil Boniface, réuni depuis un certain temps aux patriotes, tous avoient la réputation d'aristocrates fiefTés.
Dira-t-onque par là, j'influençois l'absolution de Boniface ? Je n'en suis pas fâché, ma conscience me crioit de fixer sur lui l'attention (k's jurés, ne pouvant l'exempter de la mise en jugement.
Prétendra-t-on encore que la phrase à déciiarge de ce même Boniface étoit un arrêt de mort pour tous ses coaccusés ? Mais l'événement détruit cette induction perfide, puisque trois d'entre eux ont été acquittés, savoir : Dauchet, sa femme et la fille Arrachart. Si les patriotes ont vu de mauvais œil l'innocentation de Dauchet, ils n'en ont pas moins applaudi à celle de sa femme et de
(1) Dl'Ol'esnov (Ernest-Doniiniquc-Francois-.Ioseph) né à llouvijzny- Boyefllos (Pas-de-Calais) le 7 mai 1749. Député du Pas-de-Calais à la législative, puis à la Convention. Arrêté après l'insurrection de prairial, il se suicida le 29 prairial. 11 avait été violemment attaqué par Guffroy dans sa deuxième censure, p. 211-3-1!.
la jeune fille, dont l'une avait pu être entraînée par son mari et l'autre par sa mère ; et je crois qu'ils auraient accueilli de même l'acquittement de cinq ou six vieilles dévotes, par la considération de leur âge et la force de leurs préjugés.
C" — • J'ai requis le tribunal de donner lecture de mon arrêté aux jurés, immédiatement après celle de l'acte d'accusation.
Une raison essentielle, selon moi, me porta à faire ce réquisitoire, le désir de confondre certains bruits semés par la malveillance, tendans à persuader que je m'étois déterminé à la légère dans la poursuite d'un si grand nombre de prévenus.
70 — J'ai destitué et incarcéré les juges qui avoient acquitté Dauchet.
Personne n'a été destitué, incarcéré pour cause de cet acquittement. Depuis le 25 germinal où il fut prononcé, le tribunal continua ses fonctions sans aucun changement, jusqu'au 29. Je m'étois même formellement refusé à l'arrestation de Gabriel Leblond proposée par Duquesnoy. Mais, le 30, instruit par diverses dénonciations que Beugniet, président, Gabriel Leblond, membre du Comité de surveillance et Démuliez (1), accusateur public, non content de s'être compromis dans l'afïaire Dauchet, alloient en déclamant dans les cafés et sur les places contre la sévérité des mesures rév^olutionnaires, je les destituai de leurs emplois respectifs, et je les fis arrêter (2).
(1) DÉMULIEZ, accusateur public près le tribunal révolutionnaire d'Arras, arrêté par ordre de Le Bon. Voir thèse principale.
(2) Ce serait une erreur de croire que je me décidai, sur un fait unique, à sévir contre Beugniet, Leblond et Démuliez. Depuis quinze mois, le dernier était dénoncé comme prévaricateur et iniprobe, et le souvenir seul des anciens services qu'il avait rendus à la liberté empêchoit de déchirer absolument le voile. Quant à Beugniet, Leblond (l) et quelques autres, des déclarations non suspectes les chargeoient aussi gravement. Je bénis néanmoins le ciel de ce que Guffroy les a soustraites. Ces hommes peuvent encore servir la patrie, et ce n'étoit pas un bon système que celui qui ordonnoit de poursuivre les patriotes accusés avec les mêmes armes dont on frappoit révolutionnairement les aristocrates.
Je ne retracerai donc pas ici de mémoire des dénonciations que je souhaite être fausses, malgré toutes leurs apparences de vérité, des dénonciations que le zèle a déjà rendues trop publiques, et dont une plus grande publicité de ma part m'assimileroit en quelque sorte à l'homme méchant qui spécule sur mon déshonneur et ma mort.
Je me contenterai d'extraire un passage du journal de Gufîroy N» 4, il est relatif h Démuliez : « AUerte ! Allerte ! s'écrie RougyfT. Dans le Pas-de- Calais, je vois les braves patriotes de Noyelles tracassés par l'aristocratie d'un riche laboureur. Qu'entends-je ? l'accusateur pub Uc se mêle de tripotage, il soutient le plus fieffé des aristocrates I Dites donc Louis (nom du laboureur) et compagnie, voudriez-vous essayer du collet à Louis ? Et toi, accusateur public, qu'une poitrine et quelques travaux civiques ont fait nommer au poste que tu occupes, et toi, tu as osé mettre ta volonté à la place de la loi, tu as osé menacer un corps municipal qui a fait incarcérer des hommes suspects et les souteneurs des calotins factieux. Eh quoi, tu as osé menacer le secrétaire-grefTier de cette excellente commune, tu as osé lui dire que si, dans les vingt-quatre heures, les Louis n'étoient pas hors de la maison d'arrêt, tu montrerois tes cornes aux officiers municipaux, etc., etc.. :
Je ne te savais pas encorné, je ne te croyois pas paré des cornes du despo-
(1) Voir thèse principale : chap. Rappel de Le Bon.
80 — J'avnis placé parmi les jurés cL juges du tribunal de Cambrai, le frère de ma femme, trois de ses oncles et le mari de ma sœur.
Le mari de ma sœur, juge au district de Saint-Pol longtemps a\ ant ma mission, est venu siéger à son tour non à Cambrai, mais au tribunal d'Arras ; il n'étoit pas encore mon beau-frère lors de son arrivée.
Le frère de ma femme et ses trois oncles étaient sur la liste des soixante jurés révolutionnaires parmi lesquels le sort en désignoil onze chaque quinzaine.
Le frère seul et un des oncles furent requis i)ar le tribunal de Cambrai, parce qu'il s'agissoit d'affronter des i)érils, et qu'ils étoient plus décidés à faire, au besoin, le sacrifice de leur vie, le premier n'étant point marié, le second n'ayant point d'enfans.
90 . — . J'ai logé et nourri les juges aux frais de la République.
Cet article ne peut concerner le tribunal d'Arras. Rarement je me suis trouvé à dîner avec quelques-uns de ses membres.
Le 16 floréal je fus appelé dans Cambrai par Saint-.Iust et Lebas (1), avec une section de ce même tribunal. La place était prête d'être cernée. La colonne de l'armée française décampoit pour porter ailleurs un plus pressant secours et nous restions en présence de l'Autrichien avec une foible garnison, le courage des hommes libres et la résolution inébranlable de tenir nos serments.
Dans cette circonstance, prévenus par divers rapports contre les autorités constituées et contre une grande partie des Cambrelots, nous crûmes utile de ne point nous séparer. En vain d'ailleurs, j'aurais voulu habiter seul, mes compagnons de voyage ne l'auroient point souffert.
.le me déterminai à demander au district une maison nationale pour nous y loger tous, dussions-nous la plupart coucher par terre sur un matelas ou une paillasse, comme cela a eu lieu les premières nuits.
Quant à la nourriture (2) elle fut par le fait diminuée sur le traitement que je me proposais d'assigner à chacun, et, après tout, c'était bien la moindre des choses que des hommes qui abandonnoient leurs familles pour courir an-devant des dangers fussent
tisme et tu menaces de heurter tes concitoyens. Ah... c'est par trop brutal aussi... Citoyens, dites à Démuliez : A bas les cornes, à bas le despotisme d'un fonctionnaire public. Va apprendre dans ton village à redevenir modeste. ÎMinistrcs de la justice, à vous la balle... Députés, commissaires, à vous la commission de prononcer la destitution. Ainsi parlait Guffroy sur le compte de Démuliez en 1793; et c'est le même Démuliez qu'il me reproche d'avoir destitué en 1794 (V. S.), sur des accusations bien plus fortes. Mais tout Arras sait à quoi s'en tenir sur cette contradiction étonnante. (In sait les menaces et les fureurs de Démuliez quand il reçut le N° 4 de Rouf^yff, la pièce qu'il évoqua pour servir ses vengeances, le voyage prépicilé de Guffroy, le mode et les articles de la réconciliation (Note de Le Bon).
(1) Voir l'arrêté de Saint-.lust et Lebas, thèse principale.
(•2) Celte dépense n'a point été onéreuse à la République. Nous étions je crois 28, y compris les cinq ou six citoyens qui nous avoient engagé leurs sorvices. Tous les deux jours on me faisoil signer une réquisition de soixante rations de pain et de trente rations de viande, ce qui donnait à chacun par jour environ une demi-ration de viande et une ration de pain.
.Je voudrais pouvoir établir d'une manière aussi précise ce qui a coûté de plus pour salurer ces prélendus faiseurs d'orgies. A défaut de mes notes
nourris gratuitement et transmissent leurs indemnités entières à leurs enfans et à leurs femmes délaissées.
\'oilà citoyens représentans, les explications que je puis vous donner sur une multitude de faits et de discours dénaturés par la calomnie.
Je ne prétends pas justifier devant la froide raison tout ce que les circonstances et l'enthousiasme m'ont conseillé dans des temps qui ne sont plus. Qu'ils me condamnent les patriotes qui partageoient alors les fers de l'aristocratie, ou qui, plus malheureux encore, erroient çà et là, proscrits et couverts d'opi^robres.
Pour les autres qui ont cédé plus ou moins au torrent révolutionnaire, et dont l'impulsion en a souvent précipité le cours, qu'ils me permettent de me rejeter, comme eux, sur la pureté et la droiture de mes intentions.
Quoi... ils se sont laissés entraîner, et ils me feront un crime de n'avoir pas résisté... La Convention elle-même a été poussée à des actes qu'elles a désa^•oués depuis, et je serai un monstre si, près du danger, tous les actes n'ont pas été marqués au coin de la sagesse...
Tu me vengeras, postérité impartiale ; oui, tu me vengeras des mille ignominies gratuites dont j'ai été abreuvé, tu verras mes erreurs, mes imprudences, les excès de mon zèle, comme tu verras ceux de tant de républicains à qui il n'a manqué qu'un Guffroy pour les dénigrer et les perdre ; mais vainement tu cliercheras mes crimes.
Car enfin, de ce que j'ai mangé et logé avec des jurés, surtout dans la crise difncile que j'ai rapportée plus haut, s'ensuit-il que je les ai influencés, corrompus ? s'ensuit-il même que j'en aie eu le dessein ? Tout ce que la malveillance a le droit d'en induire c'est que j'ai pu former ce projet, et son accusation repose sur an peut-être.
Un autre peut-être se tire encore de l'inscription de quelques parens de ma femme sur la liste des jurés révolutionnaires. Je dé-
et pièces justificatives qui ne sont pas en ma possession, je vais présenter
un état approximatif.
Deux bouteilles de vin ordinaire par jour à chacun, l'un portant l'autre, durant deux mois et demi, c'est-à-dire jusqu'à la fin de messidor, le dit vin volant 40 sous la bouteille. . . . 8.400
Deux bouteilles de ce même vin par jour, à chacune des dix personnes restées pour l'arrangement de mes papiers et de ceux du tribunal pendant les 10 premiers jours de thermidor 400
Ge qui fait S. 800
Il a dû S8 dépenser encore à Cambrai, environ 12.083 15
Total 20.883 15
Or, divisez en 28 la somme de 12.083 L. 15 sous, elle donnera à chacun 431 L. 11 sous, laquelle dernière somme subdivisée en 85 jours donne 5 livres 1 sou par jour.
D'où il suit que la ration de pain, la demi-ration de viande, les deux bouteilles de vin déduites, chacun a occasionné par jour une dépense de 5 livres, 1 sou pour le restant de sa nourriture, pour blanchissage, perruquier, salaires de domestiques, et loiiks les orgies possibles.
Je ne crois pas qu'on achète à si bon marché des patriotes.
Au surplus, qu'ils le disent, ceux des juges et des jurés du tribunal de Cambrai, dont j'ai influencé la conscience.
Ils sont bien fous de se taire si je suis coupable. Mais non, nous avons logé
fierois bien, en effet, un lâche, une âme étroite, de deviner le motif qui me fit consentir à cette inscription. Je m'y étois d'abord oppoi^é
sous le môme toit, nous nous soinines assis à la môme table et nos âmes sont
restées libres et indépendantes parce qu'elles n'ont point cessé d'aimer la
justice.
Puisque j'ai parlé de comptes et de dépenses dans cette réponse, je profiterai de l'occasion pour rendre approximativement mon compte f,'énéral.
Soixante-sept jours passés en mission avant de m'arrôter à Arras, pendant lesquels j'ai eu habituellement à table deux personnes qui m'aidoient
de lours travaux, deux mille dix livres, ce qui fait 30 1. par jour pour trois
jtersonnes 2.010 L.
Cinquante-cinq jours passés à Arras avant mon retour de Paris en ventôse, pour ma dépense et celle d'un
collaborateur 1 . 100 L .
Soixante jours passés à Arras depuis mon retour de Paris avec deux collaborateurs jusqu'au départ pour Cambrai 1 . 800 L .
Plus 600 L. payées au citoyen Faguet, secrétaire commis
demeurant à Saint-Pol GOO L .
Plus 3.00G L. 5 s. en frais de voyage, savoir :
Pour aller de Paris à Calais, par Arras, Saint-Pol, Aire, etc., trente-huit postes, trois chevaux et un postillon, à 45 s 340 L .
De Calais à Hesdin, quatorze postes 126 L,
D'Hesdin à Boulogne, six postes et demie 58 L. 10 s.
De Boulogne à Calais par Hardinghen, Guincs, etc.,
cinq postes et demie 49 L. 10 s.
De Calais à Saint-Omer, cinq postes 45 L.
De Saint-Omer à Béthune, cinq postes 45 L.
De Béthune à Saint-Pol, quatre postes et demie 40 L. 10 s.
De Saint-Pol à Arras, quatre postes 36 L.
Plus divers voyages, non en poste, à Bapaume et dans
les environs d'Arras 50 L.
D'Arras à Paris par Saint-Pol, vingt-sept postes, quatre
chevaux et deux postillons 366 L.
De Paris à Arras, vingt-trois iiosles 310 L. 10 s.
D'Arras à Gajubrai, quatre postes et demie, six chevaux
et deux postillons SI L .
De Cambrai à Paris, quatre chevaux, deux postillons. 310 L. 10 s.
De Paris II Cambrai 310 L. 10 s.
De Cambrai à Arras, trois chevaux, un postillon 40 L. 10 s.
50 voyages d'Arras à Cambrai ou de Cambrai à Arras,
quatre chevaux, deux postillons 303 L. 15 s.
De Cambrai à Paris, deux chevaux, un postillon 155 L. 5 s.
De Paris à Cambrai 155 L. 5 s.
De Cambrai à Arras 60 L. 15 s.
D'Arras à Paris 155 L. 5 s.
Joignez la dépense faite à Cambrai 20.883 L. 15 s.
Total 29.435 L. 10 s.
Or, j'ai tiré du trésor public, à Paris :
En brumaire 2.400 L.
Du trésor public à Paris, en ventôse 3.000 L.
Du receveur du district d'Arras, en nivôse ou pluviôse. . . . 4.000 L.
Du même, en floréal 8.000 L.
Du receveur du district de Cambrai 6.000 L.
Du même 6.000 L.
D'ailleurs, rien, absolument rien 0.000 L.
Total ~. 29.400 L. (1),
(1) Le Bon avait conservé, dans un petit portefeuille de cuir rouge, con-
par délicatesse mais les patriotes que je consultois sur la formalion de la liste, m'ayant représenté qu'elle devait être une liste honorable de proscription, si les Autrichiens pénétroient dans Arras : Ah... je vous entends, leur dis-je, il convient, en pareil cas, que ma famille ne puisse être épargnée, et je ne considérai plus autre chose (1).
M'arrêterai-je sur mes apparitions rares et fortuites aux audiences du tribunal d' Arras ? Ces apparitions n'ont pas empêché les jurés de manifester des opinions différentes dans la même affaire, lorsque leurs consciences n'étaient pas bien également convaincues.
En lisant mon arrêté relatif aux vingt-quatre, et l'injonction d'en donner connaissance aux jurés, qu'on se souvienne que, dix jours auparavant la Convention décrétoit l'env^oi, au tribunal révolutionnaire de Paris, du rapport de Saint-Just contre Danton, (laniille, etc.. avec l'injonction d'en faire lecture publique (Jourral -les Débals, germinal an 2, page 258). Si, parfois, je me suis expliqué défavorablement, et avant le prononcé du tribunal, sur des individus prévenus de délits contre la liberté, que de lettres de mes collègues, insérées au bulletin, commettoient la même indiscrétion.
J'ai blâmé des acquittemens ; j'ai poursuivi, sur de nouvelles dénonciations, deux personnes acquittées ; j'ai destitué et fait arrêter des fonctionnaires publics qui paraissoient protéger l'aristocratie : mais que faisait alors la représentation nationale ?
En août 1793, on traduisoit au tribunal révolutionnaire deux particuliers de la commune de Rouen, que le tribunal de police correctionnelle n'avoit condamnés qu'à huit jours de prison et à l'affiche ; elle cassoit ce jugement inique ; elle décrétoit les juges d'arrestation {Journal des Déha's, août 17'J3, page 436).
En germinal an 2, elle faisoit également conduire au tribunal de Paris, Richard, ex-procureur général syndic du département de la Vendée, que la commission militaire établie à Fontenay-le-Peuple avoit condamné à la simple réclusion, elle chargeoit son Comité de sûreté générale de prendre des renseignements sur la conduite des juges {Journal des Débals, germinal an 2, page 163).
Elle annuloit le jugement prononcé le 18 nivôse par le tribunal criminel du département du Gers, dans la cause des nommés Barboton et Nègre, et décrétoit leur traduction au tribunal révolutionnaire, le Comité de législation regrettoit à la tribune de ne pas connoître les trois jurés qui avoient contribué à l'acquittement ; « il les eût dénoncés nominativement à la France entière, comme ayant forfait à leur devoir, ou par principe de mauvaise foi, ou par une ignorance inconcevable. Il eût proposé de prendre à leur égard des mesures vigoureuses, sans redouter de porter atteinte à l'institution sublime des jurés, elle est sacrée à nos yeux, ajoutoit-il, mais elle ne saurait servir d'égide aux protecteurs du
(1) Il est bon d'observer que Gufîroy ne me donna aucun de ces parens aiïîdés pour conseillers spéciaux (Note de Le Bon).
signés sur de simples feuilles, tous les frais occasionnés par ses divers déplacements. Ainsi il put facilement reconstituer ses dépenses. Ce portefeuille se trouve aux Archives nationales (F ^ 4774 *), il contient encore les morceaux de papier dont Le Bon se servit pour dresser la liste ci-dessus.
crime. D'ailleurs, là où la préxarication coramence, la confiance doit cesser, car cello-ci se compose de droits et de devoirs... En général, les tribunaux criminels ordinaires ne se sont pas pénétrés suffisamment de ces vérités politi([ues, et ne se sont pas montrés assez révolutionnaires contre les conjurés {Déba's, germinal. pages 158 et 161).
En floréal, mêmes mesures envers Jean Marel, condamné au bannissement par le tribunal criminel de la Lozère {Délais, floréal, page 329) et contre Corentin Perron, Mathieu Toupin, Thomas André, condamnés par le tribunal du Finistère, les deux premiers à être déportés, le troisième à un an de détention. La conduite des juges sera en outre examinée {Débals, floréal, page 379).
En [)rairial on annonce que le représentant du peuple Bô a cassé trois jugements rendus au tribunal du Cantal, qu'il a mis en arrestation tous les jurés comme complices des contre-révolutionnaires. \'ifs applaudissements. Décret qui ordonne l'examen des susdits jugomens par les Comités de législation et de sûreté générale. (;ctte disj)(>sition est étendue aux jugemens du triitunal de l'Ardèche {Débals, prairial an 2, pages 1.52 et 153).
Louis Menon, acquitté au tribunal de la Marne, est traduit au tribunal révolutionnaire. Les Comités examineront la conduite do ses premiers juges {Débals, prairial, page 517).
Les Comités de Salut public, de sûreté générale et de législation réunis, sont chargés d'examiner s'il ne conviendroit pas de revoir les jugemens des tribunaux criminels de tous les départemens {Débals, prairial, page 426).
O mes collègues... quand, au milieu de l'incandescence et de la tourmente universelle, vous adoptiez des mesures semblables, vos intentions étoient-elles criminelles et perfides ? Non sans doute. Pourquoi donc ne jugeriez-vous pas des miennes par les vôtres.
LETTRE JUSTIFICATIVE N^ yn
Lettre justificative No VII (1)
Citoyens représentans,
Ah ! pour le coup, c'est trop fort. Des vols ! Des dilapidations ! Non, jamais Guffroy ne réussira à le prouver; mais, il faut en convenir, ce trait est le chef-d'œuvre de sa haine. S'il m'avait traduit devant vous pour ma seule conduite révolutionnaire, sa vengeance risquait d'échouer contre votre justice. « A quoi bon, eussiez-vous dit, poursuivre cet homme de préférence à tant d'autres ? Ses mœurs sont pures, sa probité est intacte. Arrêté depuis onze mois, il n'a aucunement contrarié le nouveau système que nous avons adopté. Est-il en son pouvoir de faire que l'effervescence générale qui a précédé le 9 thermidor, n'ait pas eu lieu ? Si la Convention a été entraînée, il a pu l'être ! Certains actes lui sont reprochés comme des crimes ; mais peut-être trouvent-ils leur excuse dans nos propres erreurs, dans les excès mômes de notre zèle ».
« Quelle différence entre sa position et celle des membres de l'ancien gouvernement, par rapport à la représentation nationale ! Ceux-ci ont été les provocateurs, les directeurs des mesures extraordinaires, ils nous ont en quelque sorte donné l'impulsion. Mais Joseph Le Bon, mais un grand nombre de patriotes éloignés ont pu, de bonne foi, modeler leur marche sur la nôtre. Le moyen qu'ils songeassent à se garantir de l'influence de Comité de Salut public, quand nous renouvellions ici, chaque mois, son existence, au milieu des plus vifs applaudissements » {2).
(i) Dans le N° G de ces lettres, lisez page 5, ligne 27 : récemment, et non pas réellement. Même page, ligne 3.3 : j'aimai et non pas j'aimais. Page 7, ligne 6 : Grenier et non pas Gressier. Page 8, ligne 13 : l'on exceptait et non pas l'on n'exceptait. Page 10, ligne 11 : pour et non paspor. Page 13, ligne 17 : miens et non pas actes. Page 14, ligne 8 : supprimez le mot bien ; ligne 25, lisez elle et non pas en. Ligne 32 : Pichard et non pas Richard. Ligne 37 : donne et non pas donna. Même ligne, ajoutez le mot pour après le mot parons.
(2) Qui le croirait ? Un des grands prôneurs du Comité de Salut public a été Guffroy, il le trouvait même souvent au-dessous de ses fonctions. (, Bravo, cent fois bravo au républicain CoUot d'Herbois qui, le 20 septembre, reprochait aux Français, aux Conventionnels, au Comité de Salut Fublic, de so traîner sur de vieux sentiers ». N° 27 du Rougyff. « Honneur à la Convention nationale pour avoir déconcerté le coup monté par l'iiydre du royalisme le jour où le Comité de Salut public, attaqué de toutes parts, fut obligé de se défendre. Haro, Haro ; extermination pour ceux qui attaquent personnellement les défenseurs de la Patrie, les arcs-boutants de la révolution, alors qu'ils sont les plus occupés des grandes mesures de salut public...- Mais que le Comité de Salut public ne fasse pas comme les charlatans patriotiques, qu'il se garde bien de nous endormir. Quand il ira bien, nous chanterons \icloire, quand il mollira claclv, clacl<, clacl<, un grand coup de fouet sur les reins, un coup de tocsin sur le nez (N° 28). Le Comité de Salut public et le Comité de sûreté générale sont inflexibles, comme le peuple le veut ; ils sont justes comme lui (N" 58).
\'oilà citoyens représentans ; oui voilà le langage qui se serait fait entendre clans le cœur de chacun de vous. Des considérations non moins fortes eussent agi sur râmc de mes collègues rentrés. Vous eussiez pu continuer à mon égard une mesure politique, mais vous ne m'eussiez pas mis dans raltornalivc de jtérir sans défense, ou de me défendre en réveillant des souvenirs dont ^•ous voudriez elTacer la trace.
Guffroy l'a bien senti ; c'est pourquoi il m'a fait voleur, dilapidateur. Ces deux titres particuliers enlèveront, selon lui, le décret d'accusation, et, une fois accusé, je suis mort (1). Que lui importe, en effet, qu'à un tribunal je démontre mon innocence «ur ce point ? L'essentiel est que je meure et que sa vengeance soit satisfaite.
Cependant, représentans du peuple, les inculpations de vols et de dilapidations jetées sur moi, ne sont {)as mieux fondées que l'histoire de la femme au -27) livres.
Le seul objet précisé est le collier de diamans de l'ex-comtesse de Ranguilly ('2). Des témoins assuraient l'avoir vu au col de mon éi)Ouse ; depuis on l'a retrouvé sous les scellés de l'ex-comtesse : j'ai le procès-verbal qui le constate, et j'en ai justifié à la commission (3).
A cela on demande si l'ex-comtesse n'avait pas plusieurs colliers semblables ; je n'en sais rien ; mais il y a apparence que non, puisque les commissaires chargés de la levée des scellés, ne purent s'empêcher de témoigner publiquement leur surprise, en revoyant ce colifichet qu'on disait être en la possession de ma femme.
D'ailleurs ceux qui ont fait des déclarations relatives au vol de ■ce collier ne parlent pas d'un collier, mais du collier de diamans de la Ranguilly ; ils ne lui en connaissent donc qu'un de cette espèce. Il est vrai que, parmi ces déclarations, figure un de mes cousins, à qui je n'ai fait aucun mal, et qui n'a {toint sujet de ma haïr. Comment douter d'un pareil témoignage ?
(1) C'est une belle Loi, sans contredit, dans un temps de calme, que celle sur la garantie de la représentation nationale ; mais, dans un temps d'orages, elle ne fait qu'assurer la perte de celui qui est soumis à ses formalités, surtout si d'avides et d'éhontés pamphlétaires .spéculant sur sa dénigration, l'ont assassiné onze mois à l'avance par les calomnies les plus atroces. Les préventions ne s'effacent pas en un instant, et quoique fasse l'infortunée victime pour guérir les plaies qu'elle a reçues, la cicatrice reste. Tel est mon état : GufTroy devrait en être content, je ne peux plus guère lui échapper, et, cependant, lorsque la Convention n'a pas encore prononcé sur ma mise en jugenient, lorscjue la commission des 21 déclare déjà m'avoir trouvé bien au-dessous de ma réputation de colossale scélératesse, des pétitionnaires de commande viennent revendiquer pour tel ou tel tribunal l'effroyable privilège de faire tomber ma tête. On semble craindre que je sois immolé loin du théâtre des ressenlimens et des vengeances! O Convention ! Tu apprécieras ce trait (.Note de Le Bon).
(2) La comtesse de Ranguilly ne figure pas dans la liste des condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire d'Arras.
(3) L'article est ainsi conçu : Une sclavage avec sa pendeloque tenant ensemble, montée en diamans en ro/.e, dont une partie taillée d'Hollande et l'autre taille d'Anvers (Je transcris le tout sans corriger les fautes d'orthographe, craignant d'errer moi-même dans la correction des termes techniques qui me sont inconnus). Un de mes camarades de prison n\'assure qu'un esclavage ou une sclavage est un collier beaucoup plus beau qu'un collier •ordinaire (Note de Le lion).
Je dirai, moi, avec plus de raison encore, comment croire à tant d'autres dépositions provoquées par l'intrigue, dictées par le ressentiment ou la crainte, lorsque celle d'un proche parent, d'un homme qui n'a eu qu'à se louer de mes procédés, se trouve fausse ? Oui fausse, et de toute fausseté. C'est ici que les yeux de la bonne foi trompée doivent s'ouvrir. Malheureux calomniateurs ! que ne vous borniez-vous à tronquer mes discours, à noircir mes actes révolutionnaires, alors du moins votre malignité ne se mettait pas entièrement à nu ; mais vous avez osé m'attaquer sur la probité et l'honneur, cette manœuvre indiscrète ne pouvait que tourner contre vous-même. Joseph Le Bon improbe ! Joseph Le Bon homme immoral ! Ah ! les ennemis de la révolution, 'à qui vous prétendez me sacrifier, vous croiront moins que personne sur ces deux articles.
Ils n'ont que trop éprouvé la rudesse de mes mœurs et l'austérité de mon désintéressement.
J'ai exposé, dans le précédent numéro, mes dilapidations pour la nourriture du tribunal de Cambrai ; puisse la République n'en essuyer jamais d'autres (1).
(1) J'ai oublié d'observer, en parlant de la nourriture commune du tribunal de Cambrai, que la plus haute indemnité assignée à un de ses membres, était de 10 livres par jour ; le président seul avait un traitement égal à celui des présidents de tribunaux criminels (Note tic Le Bon).
Lettre justificative No VIIî
Quel homme insensible, il ne jileure poiul.
D'autres diraient peut-être avec autant de raison : quel homme sensible, il est tellement affecté qu'il ne saurait pleurer.
Je use souviens que, dans ma jeunesse, lorsque j'ajjerceN'ais un pauvre, et que je n'avais ni j.ain ni argent, je me hâtais d'enfiler un(^ autre rue pour ne point ie rencontrer. Quelqu'un à qui l'on aurait dit que je fuyais ainsi l'approche des malheureux m'aurait irnmancjuablement jugé pervers et cruel. Cependant même à cette époque, je partageais chaque jour mon déjeuner, en allant au collège, avec le paralytique habillé de bleu, qu'il me semble Noir encore dans sa brouette sur le pont de Saint-Waast (I).
D'où proviennent donc des actions si contradictoires ? Elles ne sont point telles, représentans du peuple, elles partent de la même source, et vous le sentez bien.
Il n'appartient qu'à Guffroy de vouloir s'y tromper. Ses déclamations contre l'inscription comminatoire (2) appliquée à la porte de mon bureau sont aussi absurdes que les inductions qu'il en tire. Était-il en nion pouvoir de relâcher et d'accorder aux larmes de l'amitié ou de l'amour, les individus dont les lois et les circonstances commandaient la détention ?
(!) \'oir;'i ce sujet laleLîro d'au ancien élève de Le Bon. Thèse principale (i" .-hapitre^
(2) Par celte inscriplion, je menaçais de faire arrêter ceux qui viendraient solliciter la liberté des aristocrates détenus ; seul et efficace moyen de n'avoir lias sans cesse à lutter contre son propre cœur. On i)rétend que j'ai fait exécuter celte menace, et l'on en cite un exemple : mais, outre que l'homme de Saint-Omcr dont s'agit n'est pas clairement désigné, il est très probable que son arrestation a eu d'autres motifs, car, n'étant point d'Arras et présumé par conséquent ignorer la défense, comment l'aurais-je traité avec plus de rigueur que tant d'autres à qui je me contentais d'en ordonner la lecture tandis que je me dérobais dans un caliinel voisin, pour épargner leurs vaines et inutiles réclamations '?
Je m'élonne que ce dernier genre de démarche ail été oul»lié par Guffroy» rien n'était plus susceptible, à mon avis, d'être empoisonné. Fuir, se cacher pour ne point répondre à des pétitionnaires !... quelle atrocité ou quelle folie !... ni l'une ni l'autre, représentans du peuple, il faudrait avoir été témoin des circonslancrs qui ont déterminé chacune de mes actions, pour bien la juger. Tous les jours des cultivateurs égoïstes, requis d'approvisionner telle ou telle coîumune venaient demander des exemptions, des délais, ils pleuraient, ils se lamentaient, ils affirmaient sur tout ce qu'il y a de plus sacré,, n'avoir pas de grain à fournir. Quel parti prendre ? Raisonner, discuter entrer en composition. Non, je m'élançais a\ecune indignation affectée» dans une autre pièce de l'appartement ceux qui travaillaient avec moi,, ayant le mot d'ordre, faisaient le reste. « Hâtez-vous de vous retirer, disaientils aux inconvertibles fermiers, car il est allé faire un mandai d'arrêt ». On se relirait effeclivement, et le lendemain ou le surlendemain la réquisition était remplie. O amour de la réiiubliiiue ! que d'expédients semblables ta m'as suggérés !
Non certes (1). A quoi bon dès lors me laisser solliciter ? je conçois comment un ju^c, un homme public qui spéculent sur les pleurs de l'orphelin et de la veuve, d'une fille ou d'une épouse infortunée, ont le triste courage d'en être les témoins. Ce n'est point la sensibilité qui leur rend supportable la présence de ces douloureux objets. Mais trouvez, s'il est possible, un fonctionnaire désintéressé qui ait constamment exécuté les mesures rigoureuses, sans se soustraire à toute espèce de sollicitation (•..>) et j'aurai eu tort.
Ah !... si les parents, les amis, les femmes, les enfants des gens suspects avaient pu se saisir de moi, et m'assaillir de pétitions verbales, que devenaient vos décrets ? autant eût-il valu ouvrir de suite toutes les prisons. On est vertueux de loin, de près on n'est qu'un homme (3).
(1) On a dû trouver parmi mes papiers une lettre du Comité de sûreté générale, qui se réservait exclusivement de prononcer sur la mise en liberté des individus atteints par la loi du 17 septembre. Je ne pouvais de même statuer sur les pétitions des ci-devant nobles, civiques ou non civiques, leur arrestation universelle dans les quatre départements ayant été ordonnée par Saint-Just et Lebas, envoyés spéciaux des comités.
(2) Si un pareil honime existait je le trouverais plus monstrueux que le Joseph Le Bon des pamphlets de Guffroy, puisqu'il aurait commis froidement une multitude d'actes que le seul enthousiasme de la liberté pouvait arracher au cœur humain. Voir sans cesse couler les larmes ; n'entendre que des soupirs et des sanglots, les entendre avec un certain intérêt , et ne pas les faire cesser quand on en a l'occasion, me semble le comble de la méchanceté et de la perfidie, aussi les plus ardents provocateurs des mesures terribles ont-ils été les premiers à en négliger, à en condamner l'exécution, dès qu'ils se sont laissés approcher. Ceux d'entre eux sur qui la corruption n'a eu aucune prise, n'ont pu résister longtemps à cette voix éloquente de la nature, que des institutions sociales réussissent quelquefois à comprimer mais qu'elles n'étouffent jamais. O Camille... Les femmes et l'argent, Pitt et Cobourg t'avaient-ils corrompu, toi l'ainé des enfants de la révolution ? Non, un instant tu te souviens que tu étais homme et l'échafaud t'a dévoré, et mon sensible persécuteur annonçait ta mort avec complaisance, ainsi que celle de tes camarades d'infortune (Rougyff, N^OS) tandis qu'à la société populaire d'Arras je m'opposais ù ce que l'on la célébrât par des adresses de félicitations. Inconcevable bizarrerie... L'homme humain par excellence — Guffroy se réjouissait de ta chute — et le tigre — Joseph Le Bon la déplorait... Ah... c'est que j'appréciais ton âme par la mienne; c'est qu'obligé de me faire une violence presque continuelle pour ne rien rabattre de cette sévérité qui pouvait seule, disait-on, sauver la patrie, je n'en sentais que mieux combien tu étais excusable d'avoir obéi aux mouvemens de ton cœur.
Je ne t'imitai pas néanmoins ; au contraire, jugeant des périls de la Bépubliquepar le sacrifice que l'on avait fait de ta personne, étranger d'ailleurs à toutes les intrigues, je redoublai de zèle et d'inflexibilité envers les aristocrates. Que je me sois trompé,:» la bonne heure, mais j'étais conséquent.
(3) Je sais bien ce que me dirait Rousseau dans un moment de mauvaise humeur : « Imbécille (sic)... que ne préférais-tu d'être homme... A quel plus beau titre pouvais-tu prétendre ? Reproche sans réplique au tribunal de la nature. Mais ce bon Jean-Jacques, ne le surprend-on jamais faisant l'éloge des institutions anti-naturelles de la société ? « Les bonnes institutions sociales, dit-il, au commencement de son Emile, sont celles qui savent le mieux dénaturer l'homme, lui ôtcr son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le moi dans l'unité commune, en sorte que chaque particulier ne S3 croit plus un, mais partie de l'unité et ne soit plus sensible que dans le tout ».
Puis, après avoir cité une multitude de traits qui étonnent, qui alarment
Au surplus, je n'ai point rejeté les rcclanialions par écrit, je les ai mènie provotjuées, et j'ai fait droit à un irrand nombre (1). La menace de faire arrêter les solliciteurs n'est donc pas une preuve de cruauté, elle est l'acte d'un homme probe, ai)i)elé à remijlir des devoirs pénibles et qui se défie de lui-même {-l).
l'humaniié, il ajoute : « Colui qui, dans l'ordro civil, veut conserver la primauté des seatiiuenls de la nature, ne sait ce qu'il veut. Toujours en contradiction avec lui-iuèiuc, toujours flottant entre sespenc'ans et ses devoirs, il ne sera janiais ni lioiume ni citoyen. 11 ne sera bon ni pour lui, ni pour les autres ; ce sera un de ces hommes de nos jours — ce ne sera rien ».
Quant à moi, je le déclare, j'ai voulu être définitivement quelque chose, cl, n'étant plus libre d'opter entre l'état de citoyen et celui d'homme, j'ai résolu d'être citoyen dans toute la force du terme, je l'ai été sous les lois de fer, il m'eût été plus doux d'en exercer les devoirs sous un régime moins rigoureux (Note d^) Le Bon).
(1) Je ne parlerai pas d'une multitude de lettres écrilos aux divers agens nationaux, pour qu'ils m'indiquassent les détenus qui pourraient être élargis sans danger pour la chose publique. J'avais établi à Arras une commission de 7 personnes, dont l'unique travail était de prendre des renseignements sur cet objet, et de me proposer des mises en liberté (1) (Note de Le Bon).
(2) En frimaire, an U, la Convention nationale décrétait que les comités de Salut Public et de sûreté générale nommeraient des commissaires pris dans leur sein pour rechercher les moyens de mettre en liberté les patriotes qui auraient pu être incarcérés, et que les noms de ces commissaires demeureraient inconnus du public, pour éviter les dangers des sollicitations (Note de Le Bon).
(1) ^'oir thèse principale : La commission des 7, ses délibérations.
Lettre justificative N^ IX
On nie reproche de n'avoir pas respecté l'amnistie de 1791.
Je consultai à cet égard le Comité de Salut public ; voici sa réponse, extraite d'une lettre que je n'ai pas entre les mains, mais que Guffroy cite dans sa seconde censure :
a L'amnistie prononcée lors de la constitution capétienne et invoquée par tous les scélérats, est un crime qui ne peut en couvrir d'autres. Les forfaits ne se rachètent pas contre une république, ils s'expient sous la glaive, le tyran fut frappé.
Les membres du Comité de Salut public.
Signé : Barère, Garnot, Billaud-Varenne (1) »,
Je me guidai sur cette réponse avec d'autant moins de soupçon, qu'au sein de la Convention nationale même on faisait presque un crime aux ex-constituans de leur ancien caractère.
(1) La pièce est conservée aux Archives nationales, F ^ 4774 ^ (Voir notre thèse principale).
Lettre justificative N^ X
J'ai reçu hier soir, 10 messidor, le rapport de la commission de; 21 (1); je me hâto de consigner mes observations sur ce rapport et les pièce? y annexées (2).
A peine le succès de cette journée (9 thermidor) était connu sur les frontières, et déjà de nombreuses dénonciations s'élevaient contre la tyrannie exercée par Le Bon dans les départemens du Nord et du Pas-de-Calais pendant le cours de sa mission.
Il n'est pas étonnant que j'ai été dénoncé le premier des commissaires de la représentation nationale. Depuis trois mois Gufïroy provoquait ces dénonciations par mille intrigues qu'il détaille lui-même dans sa seconde censure. Longtemps ses efforts avaient été vains. Des réclamations subites et simultanées s'étaient élevées pour démentir les assertions calomnieuses qu'il avait proférées contre moi à la tribune de la Convention. Mais le 9 thermidor arriva, et ce moment de crise servit merveilleusement ses projets à mon égard. Deux individus mécontens me dénoncèrent le 15, en leur propre et privé nom. Je fus arrêté avec éclat et mon arrestation devint comme le prélude et le signal de l'affreuse tempête que j'ai essuyée.
En même temps, Guffroy faisait jeter dans les fers mes parens, mes amis, mes connaissances ; il répandait l'annonce de mon supplice prochain et inévitable. Tout pâlit, tout trembla. Ceux qui avaient souffert de l'exécution des mesures révolutionnaires prirent le dessus ; ils enfantèrent les diatribes les plus monstrueuses et GulTroy les recueillit avec d'autant plus d'ardeur qu'il y voyait double i»ront à faire. Bientôt ma vie, ma réputation, furent soumises tout à la fois aux fureurs de la vengeance et à des spéculations d'imprimerie. Semblable à ces animaux utiles que l'homme conduit à la mort après s'être enrichi de leurs sueurs et de leurs fatigues, je fus réservé à enrichir d'abord, aux dépens de mon honneur, l'imprimeur cupide qui me persécute, et à tomber enfm sous ses coups, quand le public se lasserait d'acheter mes secrets et mes crimes.
Elles (ces dénonciations) vous ont paru si graves, que, dès le 13 thermidor, vous avez décidé mon arrestation provisoire. Je dois moins ce décret à la gravité des dénonciations qui exis-
(1) Rapport fait par Quirol.
(2) Voir ce rapport : Moniteur (réimpression), t. XX\', p. 31.
taient alors, qu'à celles que Guffroy espérait obtenir au moyen de mon arrestation. Je n'ai pas besoin de rappeler à mes collègues combien il avait empoisonné leurs oreilles sur mon compte.
Sans doute vous serez étonnés d'apprendre que, dans cette foule de pièces, il n'existe aucune preuve d'un crime atroce dont quelques journalistes avaient accusé Joseph Le Bon...
J'aime ce sans doute. On croyait donc à cette infernale histoire de la femme aux 25 livres? Eh... pourquoi pas ? Fréron n'avait-il pas déclaré la tenir de deux témoins ? Ne l'avait-il pas donnée pour une aventure très connue dans le pays ? Courtois ne l'avait-il pas consacrée dans son rapport du 16 nivôse ?.
La Convention nationale pourrait, ce me semble, sommer Fréron d'indiquer ces deux témoins sans pudeur, non (jue je désire les voir poursuivis, mais parce qu'ils jouent peut-être un rôle dans les diclnrations à ma charge.
Tels sont, représentans, les principaux délits dont nous avons trouvé les preuves ou les indices dans les papiers qui ont été remis à la commission des 21.
Le rapporteur est très exact quand il dit : ou les indices.
Ce n'est guère qu'à force d'induction que l'on m'accuse.
Tous les citoyens du département du Pas-de-Calais accusent Joseph Le Bon d'avoir organisé dans la ville d'Arras un tribunal de sang dont il était le principal régulateur.
Ce tribunal s'appelle aujourd'hui Irihunal de sang ; il n'avait point alors ce nom odieux. J'ai travaillé à son organisation, autorisé par le Comité de Salut public, et ce même comité l'a confirmée à diverses reprises. Plusieurs tribunaux semblables existaient sur la surface de la France, la Convention avait applaudi à leur établissement, elle en avait un sous les yeux qu'elle multiplia en quatre sections parce qu'il ne pouvait suffire à la besogne. Si cette institution était tolérable quelque part, c'était sur une frontière constamment trahie, et sur laquelle l'étranger avait de nombreux et chauds partisans. Je ne parlerai pas des bals particuliers, des réjouissances presque publiques qui eurent lieu à la trahison de Dumouriez, à la déroute du camp de César. A cette dernière époque surtout, les amis de l'ancien régime levèrent si audacieusement la tête qu'ils dressèrent la liste des républicains pour |la remettre aux Autrichiens.
« Les papiers trouvés, disait Barère, au no in du Comité de Salut public, en août 1793, énumèrent diverses sommes envoyées à Lille, à Dunkerque, à Arras, à Ostende, à Saint-Omer, à Boulogne » (1).
Les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais écrivaient
(1) Débal-, août 1793, p. 194 (Xole de Le Bon).
à la même époque : a Les comiDissaires de la Convention regorgent d'agents de Pitt, de prêtres et d'émigrés, nous en avons la triste certitude » (1).
« Nous avons des émissaires répandus dans le Nord — portait une lettre étrangère interceptée — pour empêcher les halntans des campagnes de se lever en masse, et cela réussit à merveille » ('2).
« Une conspiration qui devait livrer à l'ennemi le poste d'Armentières, mandaient les représentans près l'armée du Nord, a été découverte par une note trouvée sur un oiricier qui a été tué dans une des dernières affaires. C'étaient une trentaine d'habitants de ladite ville qui travaillaient pour cela d'intelligence avec les ennemis. Ces indignes français avaient fait passer la liste des royalistes qui étaient dans cette ville, avaient donné tous les indices et renseignements qu'il fallait à l'ennemi pour entrer dans la ville et prendre ses postes. Heureusement nous avons découvert ce complot infâme. Les coupables sont arrêtés, douze sont traduits au tribunal révolutionnaire à Paris... Nous faisons passer toutes les pièces à l'accusateur public... et nous l'engageons fortement à traiter cette affaire avec la plus grande rigueur. Peut-être que les suites nous feront découvrir de plus grands complots, car nous a\ ons tout lieu de croire que dans les autres villes qui, comm.e Armentières, vis-à-vis de tout l'ennemi, il se trouve d'aussi mauvais citoyens que ceux qui voulaient livrer cette ville » (3).
« Une chose que je cherche à découvrir, écrivait Laurent, c'est l'auteur des signaux faits à l'ennemi la veille de notre sortie de Cambrai. Plusieurs fusées furent lancées, on prétend qu'il en est parti de la citadelle » (4).
Le Comité de Salut public, m'annonçaient le 26 brumaire an II, Barère, Carnot, Billaud-Varenne, est instruit que le projet infernal de livrer les places de première ligne existe. Portez l'œil de la surveillance sur tous les points depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge. Le centre de ces intelligences paraît être Douai. Dirigez sur Douai l'activité de l'observation. Souvenez-vous de Givet et des trahisons. Secouez sur les traîtres le flambeau et le glaive. Marchez toujours, citoyen collègue, sur cette ligne révolutionnaire que vous décrivez avec courage. Le Comité applaudit à vos travaux (5).
Et comme j'hésitais sur les mesures à prendre, craignant de trop faire ou de ne pas faire assez pour assurer le triomphe de la liberté, comme je consultais sans cesse le Comité de Salut imltlic, moins pour garantir ma responsabilité personnelle, que pour éviter des erreurs préjudiciables à la révolution, ce môme Comité ajoutait dans la même lettre : « Le Comité de Salut public vous observe qu'investi de pouvoirs illimités, vous devez prendre dans votre énergie toutes les mesures commandées pour le salut de la chose publi(jue ». ]"^t dans une autre réponse, signée Hillaud-Varenne,
(1) Débals, août 1793, p. 408 (Note de Le Bon).
(2) Débals, août 1793, p. 1G7 (Note de Le Bon).
(3) Débals, sepleiiibrc 1793, p. 378 (Note de Le Bon).
(4) Débals, brumaire, an II, p. 46.
(5) Lettre du Comité, citée par Guffroy (1) (Note de Le Bon),
(1) GuFFnoY, 2" censure, piè-ccs justificatives, p. 67, N» 26.
Carnot, Barère et Lindct, également citée par GufTroy : « Le Comité de Salut public applaudit aux mesures que vous avez prises, il vous observe que les autorisations que vous demandez seraient surabondantes. Toutes les mesures vous sont non seulement permises, mais commandées par votre mission. Rien ne doit faire obstacle à votre marche révolutionnaire, abandonnez-vous à votre énergie ; vos pouvoirs sont illimités, tout ce que vous jugez convenable au salut de la chose publique, vous pouvez, vous devez le faire sur-lechamp » (1).
Si mes trois paniers de papiers justificatifs étaient en mon pouvoir, que de pièces je produirais encore ! Guffroy va y suppléer par son journal : « Vois toute la côte du Pas-de-Calais, infestée par les brigands soudoyés ; Vois Ardres, Calais, Montreuil, Boulogne, Dunkerque, Saint-Omer, Cambrai. Arras même, infestés de ce brigandage. Comité de surveillance d'Arras. trouve-moi sur-lechamp et conduis à la guillotine le triple gredin qui a reçu le 11 juin dernier 7.000 livres ; son nom commence par un L. » « Que chacun en fasse autant, on aura bientôt trouvé tous les plats jean-foutres qui veulent notre ruine, mais qui battent déjà le savon dans le plat à barbe de la guillotine. Et toi, brave sac-à-cordier de Saint-Om.er, qui te fâchais de ce que j'avais inséré dans le journal des hommes libres, lis, lis, et tu verras qu'en rendant justice aux sans-culottes, aux vrais républicains de Saint-Omer, qui ne se sont pas laissés buzotino-personiser, j'ai dû tomber à bras raccourcis sur ces bougres d'hypocrites prétendus amis des lois, qui mâtinent le patriotisme avec l'hypocrisie. ..Tiens, vois le district de Saint-Pol, ses curés insermentés ? Vois comme ce moine caracolle la femme fanatique de ce gros fermier, vois comme celle-ci, sortant de confesse, arrache les cheveux de son mari qui revient des champs... Reporte ta lunette sur Saint-Omer ; vois comme c'est embrouillé, tu dois d'ici sentir l'odeur puante du feuillantisme dont la masse est infectée. Vois Boulogne : en un jour il y arrive 150 scélérats que l'incivisme y conduit et le Comité de surveillance de la Convention (2) ainsi que le bureau que quitte Joseph Le Bon à Arras (3) sont encombrés par des tombereaux de certificats de résidence. Je dénonce à la France entière ce canton du département du Pas-de- Calais (4) ».
« Le règne du républicanisme commence à Dunkerque, depuis l'arrestation de 30 scélérats soudoyés par Pitt, entre autres l'aubergiste de l'Hôtel d'Angleterre, nommé Morel, ancien geôlier de la prison militaire, qui avait reçu deux cents guinées, et s'est trouvé muni d'une quantité de mèches artificielles >> (5).
Vois-tu ces 50 hommes d'infanterie avec 25 de cavalerie ? Eh bien ! qu'est-ce que cela ? ... Ce sont les administrateurs du district d'Arras qui vont faire la chasse aux aristocrates, aux enragés modérés, aux nobles perfides, aux prêtres scélérats. Aussi ils sont
(1) Guffroy, 2" censure, pièces justificatives, p. 68, N» 26.
(2) Guffroy était membre de ce comité.
(3) Bureau des émigrés dont j'ai été chargé constamment pendant mon administration, et dans lequel j'aurais pu ni'enrichir sans dilapider la république, si j'eusse été susceptible de me laisser corrompre (Note de Le Bon).
(4) RougyfT, N" 9 (Note de Le Bon).
(5) Rougyff, NO' 12 et 13 (Note de Le Bon).
coiuluils pur des administrateurs... ils ont du [x.'ids ceux-là. Ah Dame !...
a Oh Hé ! Sentinelle ! en voici bien d'une autre. Qu'est-ce que ci^ convoi, ce charriot ? Eh, foutre hête, ne vois-tu pas que c'est un rasoir national ? Il y a des barbes à faire dans le district de Saint- Pol, et frotte dur, rase près, va faire des pratiques. Quatre cents royalistes s'étaient rassemblés dans un bois, mais on n'a pas donné le temps à la iruillotine d'arriver (1) les communes se sont levées, on a marché contre les briirands ; ils ne sont i)lus... Eh, voilà justement, voilà morbleu comme on les mène » (•.*).
0 Je chante victoire quand Duquesnoy et llentz (3) vont vou.s foutre le camp à 200cons{)irateurs qui empoisonnaient Uunkerque».
« Duchâtelet était à la tête de l'insurrection des bois de Pernes, département du Pas-de-Calais. Ce Duchâtelet avait une correspondance immense dont il était l'âme. On sait de lui-même sa coupable trame. 11 allait tous les quinze jours en Angleterre (et cependant il était muni de certificats de résidence). Un souterrain lui servait à ces voyages clandestins. Les frères Truyard, chefs appareils de l'insurrection dans le Pas-de-Calais (4), n'étaient que les cassecols des scélérats royalistes qui voulaient soulever le Pas-de-Calais et se joindre A'ers Dunkerque aux brigands que le duc d'Yorck commande » (5).
« On était parvenu, dans les départements du ?Nord et du Pas-de- Calais et ailleurs, à persuader aux gros fermiers, presque tous aristocrates et fâchés contre le maximum, de ne pas semer tant de bled » (6) etc..
\'oilà, citoyens représentans, de quoi vous former une légère idée du poste où je fus placé, j'y ai pris, à l'instigation du C<^rnité de Salut public et avec son approbation, toutes les mesures que j'avais vu antérieurement appliquées par d'autres et insérées au bulletin.
De ce nombre, est l'organisation d'un tribunal révolutionnaire, à Arras lequel fut établi de préférence en cette commune, parce que, depuis la déroute du Camp de César, ses prisons étaientdevenues celles d'une grande partie du Nord et du Pas-de- Calais.
On me reproche d'avoir été le régulateur de ce tribunal, cela veut-il dire que je l'ai surveillé, que j'ai pris garde qu'il ne frappât les patriotes, et qu'il ne se relâchât en faveur des contre-révolutionnaires ?
D'accord, j'ai cru remplir le devoir qui m'était imposé. Si Ton entend que ce tribunal n'a été qu'une machination entre mes mains, j'ai déjà répondu dans mon numéro G.
(1) GuFFBOv se trompe sur cotte circonstance (Note tio Le Bon). (-2) Rougylî, N" 19.
(3) IIkntz (Nicolas-Joseph). 11 y a disiussion au sujet du lieu de sa naissance. Kuscinski (p. 328) affirme qu'il est né à Thionvillc en ITGS, mort au lac Erié en I."30. Il avait été chargé d'une mission à l'anuée du .Nord au iKois d'août 1793.
(4) 'inuvAUT (les frères) célèbres contre-révolutionnaires do Pernes (Pasde-Calais), il- furent les clicfs de la Pclitc-Vcndée.
(5) Hougylï, NO -23 (Note de Le Bon). (C) RougylT, N" 54 (Note de Le Bon).
La lettre de (;iioudieu (1) est suspect par sa seule date.
A Marquette, près de Lille, 17 thermidor, l'an ■>. r/cst-à-dirc au n:oincntoù l'on apprit dans le Nord mon arrestation, décrétée le 10. Quel courage !... Mais il fallait, à tout prix, ne point passer pour un robespierriste. « En conséquence, crions, s'est-on dit, contre ce Le Bon qui, sous peu, va périr ; accusons-le, auprès du Comité, d'avoir été soutenu par Robespierre ; déclamons contre le tribunal d'Arras qui est son ouvrag-e, annonçons que, depuis lonj^temps, nous regrettions de ne pouvoir le casser, nous éviterons parla le soupçon».
Fort bien, Choudieu, m.ais si tu avais une pareille opinion dû tribunal d'Arras, pourquoi, en messidor encore, y traduisais-tu desprévenus (2) ? Pourquoi ne m'avertissais-tu pas franchement des propos dont tu dis avoir été le témoin auriculaire ? Quel est le re[)résentant du jteuple dont j'aie contrarié les opérations ? Quel est celui dont je n'ai pas accueilli les renseignements et les conseils ?
Tu parles de chemises décolletées, de sabres trainans... La chemise décolletée n'est proscrite par aucune loi; notre manie de cols fait même pitié à Rousseau, et à bien d'autres écrivains qui ont traité de l'éducation ; quant aux sabres, je n'en ai jamais vu aux membres du tribunal d'Arras, mais seulement à ceux de Cambrai. Deux raisons avaient pu engager ces derniers à être armés habituellement : les dangers dont on les avait menacés dans une commune que l'on disait peuplée, en partie, d'agents de l'Autriche, et l'attribution particulière donnée au tribunal par Saint-Just et Lebas, de juger les délits militaires.
Au surplus, on doit se rappeler que les costumes n'étaient guère observés dans les fonctions publiques, que les tribunaux surtout se faisaient gloire d'abjurer le leur, et que cette abjuration obtint plus d'une fois mention honorable.
Il est injuste de rejeter sur le tribunal révolutionnaire les détours que prenaient les étrangers pour ne point passer par Arras. Le Tribunal n'avait aucune relation avec les voyageurs. L'effroi dont s'agit était causé par la sévérité extrême des comités de surveillance qui s'étaient succédés depuis la trahison de Dumouriez.
Choudieu n'a pas moins de tort quand il me gratifie de la protection de Robespierre. Je n'ai vu quelquefois celui-ci, dans ces derniers temps, que pour détruire les fâcheuses impressions que Guffroy lui donnait sur mon compte ; je le crus un instant détrompé, mais la première censure ayant paru, je ne sais si les accusations de fédéralisme et d'anti-robesi^ierrisme que me prodiguait alors mon persécuteur, produisirent leur effet ; Robespierre me refusa sa porte.
Il n'est pas inutile d'observer que les tribunaux de Cambrai et d'Arras étaient supprimés depuis un mois environ, à l'époque où Choudieu écrivait sa lettre, et que son empressement à solliciter leur suppression le 17 thermidor, couvrait probablement d'autres motifs.
(1) Choudieu (Pierre-René), né à Angers en 1761, mort ù Paris en I83S. Député du Maine-et-Loire ; la Législative et à la Convention. Il fut envoyé en mission, avec son collègue Richard, à l'armée du Nord le 17 pluviôse an II. Sa lettre dénonçant le tribunal révolutionnaire d'Arras est citée par Gufîroy, 2'^ censure, pièces justificatives, p. 78.
(2) Cela m'a été attesté par l'ex-ascusateur public, Caron, ù la Bourbe (Note de Le Bon).
Lettre justificative N^ XI
Je n'ai point conservé rexislence du Iriltunul d'Ari-as malgré la disposition formelle de la loi du 27 germinal qui le supprimait.
1» La loi du 27 germinal ne supprimait pas explicitement les tribunaux ou commissions révolutionnaires établis dans les déparlemens ; elle disait seulement que tous les pré\cnus de délits contrerévolutionnaires seraient, des divers points de la République, traduits au tribunal de Paris. Or, jusqu'à cete époque, les tribunaux criminels ordinaires avaient été autorisés à juger jtlusieurs espèces de délits contre la révolution, concurremment avec le tribunal révolutionnaire. Ma première pensée fut donc que le but unique de la loi nouvelle était de supprimer cette concurrence. Cejiendant je n'agis point en conséquence de mon opinion, je voulus savoir précisément à quoi m'en tenir. J'écrivis sur-le-champ à Lebas, par un courrier, l'engageant à se rendre auprès du Comité de Salut public et à lui demander, si, d'après le décret du 27, le tribunal révolutionnaire d'Arras devait cesser ses fonctions.
La réponse du Comité fut : non ; il les continua (1).
2° Il est si vrai que l'intention des législateurs n'était pas claire relativement au premier article de la loi du 27 germinal, que, dans le courant de floréal suivant, sur la proposition du Comité de Salut public, ils rendirent un décret portant suppression des tribunaux révolutionnaires des départemens, à l'exception de ceux que le Comité jugerait à propos de conserver. Or, si, par l'article premier de la loi du 27 germinal, vous aviez cru les tribunaux révolutionnaires des départemens supprimés au lieu de les supprimer par un décret positif en floréal, vous auriez tout simplement passé à l'ordre du jour motivé sur l'existence de ladite loi du 27.
D'où il suit que lors même que j'aurais continué le tribunal d'Arras dans ses fonctions postérieurement au 27 germinal, je ne serais point répréhensible aux termes du décret de ce jour, puisque la suppression des tribunaux révolutionnaires des déi)artemens n'a été prononcée que par la loi subséquente de floréal, loi inutile si la première eût été précise et obligatoire.
Mais il s'en faut que, dans le doute, j'aie pris sur moi la conservation du tribunal d'Arras. Le 29 germinal, dans la matinée, on m'apporte un journal extraordinaire, oui exlraord inaire par la promptitude avec laquelle il arrivait de Paris (2). J'y lis les dispositions sommaires de la loi du 27. Vite, jaloux de me mettre en règle, je consulte le comité par l'entremise de Lebas, comme je l'ai dit plus haut et le tribunal s'abstient de juger le décadi et le primidi suivans. jusqu'après le retour du courrier. Cette démarche est-elle celle d'un homme qui cherche à s'élever au-dessus des lois ?
(1) L'originaldclaréponseest aux Archives nationales: F '4773. Liasse E. N» 12.
(2) Les journaux orilinairos et le bullolin contenant la loi du 27 n'ont pu arriver à Arras que le 29 à dix ln'ures du soir, ou le 30 au matin (Note de Le Bon).
Ce n'est pas tout ; le 9 floréal, survient une circulaire du Comité de Salut public, portant suspension. Le tribunal s'arrête de nouveau, dépêche un second courrier, pour savoir si la circulaire détruit l'arrêté formel et particulier du 30 germinal. Non, la circulaire a été envoyée par erreur, elle est déclarée de nul effet et le tribunal se remet en activité (1).
Irréprochable sur ce chef, on m'attaque sur la prouocation que fai faite de la conservation du tribunal.
La première pièce à l'appui de cette accusation est l'arrêté même du Comité de Salut public, où on lit ces mots : Le Comité de Salut public, instruit par le représentant du peuple Le Bon, des circonstances importantes qui rendent nécessaires le tribunal établi à Arras, etc, etc,... Mais {pourquoi ne pas me produire ma propre lettre où j'instruisois si bien le Comité de Salut public ? Si elle a existé, elle doit se trouver. Il est bien étrange qu'elle soit soustraite plutôt que les autres.
Ah ! si elle pouvait paroître tout à coup, comme elle confondroit les fourbes gouvernans qui, en employant des hommes droits et sans défiance, calculoient dès lors tous les moyens de les perdre après s'en être servi (2) !
Vous n'y verriez, représentans du peuple, qu'une demande tendant à savoir si, par la loi du 27, le tribunal était implicitement supprimé ou s'il devoit continuer ses travaux.
Tant que cette lettre provocatrice de l'arrêté ne me sera point offerte, on ne peut m'opposer qu'une induction facile à détruire par une autre.
En effet, consultez dans la seconde censure de Guffroy ma lettre du 9 floréal au Comité de Salut public, où je rappelle celle du 29. « Le 29 germinal, lui dis-je, je vous dépêche un courrier pour vous demander si le tribunal révolutionnaire séant en cette commune doit cesser ses fonctions, en vertu de la loi du dit germinal ».
Cette lettre du 29 qui est égarée, n'était donc pas une provocation, une sollicilalion, mais une consultation pure et simple.
Il me semble que la dernière indication vaut bien la première. D'ailleurs n'est-il pas plus naturel et plus juste d'induire envers moi de mes propres actes que de ceux d'autrui ?
Songez encore que le Comité de Salut public n'avoit pas besoin d'être provoqué à la conservation du tribunal d'Arras. J'ai déjà retracé dans mon dixième numéro les tableaux qu'il m'adressoit à moi-même, de ma position ; les conseils énergiques, les encouragements qu'il me donnait. Le 25 floréal, lorsque non seulement on jugeait révolutionnairement à Arras mais encore à Cambrai, il m'appelle près de lui par une lettre citée dans Guffroy et ainsi conçue : « Cher Collègue, le Comité de Salut public a besoin de conférer avec toi sur des objets importans. Il rend justice à l'énergie avec laquelle tu as réprimé les ennemis de la révolution. Le résultat de notre conférence sera de la diriger d'une manière encore plus utile. Viens le plutôt (sic) qu'il te sera possible pour retourner promptement au poste où tu es actuellement » (3).
(1) La réponse du Comité se trouve : Archives nationales, F ' 4774 ^ (Comité de sûreté générale, Mission Le Bon). Liasse J. N" 172.
(2) Jamais Guffroy en effet n'a fourni cette lettre, que, probablement, il a fait disparaître.
(3) Guffroy, 2« censure républicaine, p. 99 et 100.
«J'accours — de quoi s'agil-il ? D'établir deux nouveaux tribunaux révolutionnaires, l'un à Saint-Quentin, l'autre à Héunionsur-Oise. « Gela n'est pas possible, répondis-je, je ne connais pas assez d'honunes probes et dévoués à ces fondions délicates et rigoureuses. De plus, il faudrait des renseignements certains sur les individus de ces deux communes et des environs, afin de ne pas exposer les juges à être circonvenus par l'intrigue et à frapper les patriotes pour les contre-révolutionnaires. Mais la raison sans réplique, c'est que je n'ai pas de monde pour composer les tribunaux que ^•ous désirez ».
Heureuse pénurie ! sans elle j'assumois encore très civiquemenl sur moi l'odieux, la responsabilité de deux institutions arbitraires ( 1 ) .
Il ne me serait pas même venu à l'esprit d'exiger une délibération écrite du comité. Quand je parlois à ces gens-là, je m'imaginois parler à la justice, à la droiture, à la loyauté, à toutes les vertus personnifiées (Que de choses contribuoient à me faire illusion dans le lointain).
S'ils disoient oui, je croyois qu'ils disoient oui ; s'ils disoient non, je croyois également qu'ils disoient non.
Sans cesse ils invoquoient l'amour de la patrie, je pensais qu'il brùloit dans leur cœur comme dans le mien, que les viles passions étaient muettes chez eux et qu'ils étoient dignes de la confiance dont vous les revêtiez chaque mois.
Savois-je les lellres de Suisse (2) et autres inventions semblables avec lesquelles on se débarrassoit de ses rivaux et dont j'étois destiné moi-même à être un jour la victime ?
Savois-je que les directeurs des destinées de la France, lorsqu'ils signoient, ne signoient pas, lorsqu'ils délibéroient, ne délibéroient pas, lorsqu'ils étaient l'î, n'étoient que trois ou quatre, lorsqu'ils se faisoient amitié, lorsqu'ils s'encensoient à la tribune, méditoient de se dévorer le lendemain.
O Dieu ! Mieux me vaut-il périr pour n'avoir pas deviné de pareilles horreurs, que d'avoir été incapable de les soupçonner !
Non, citoyens représentans, le Comité de Salut public n'avoit aucun besoin, je le répète, d'être provoqué à conserver le tribunal révolutionnaire d'Arras. II eût désiré, au contraire, multiplieil'action de mon zèle sans défiance, sauf à m'imrnolcr en temps et lieu (3;.
Mais, dit-on, si tu n'as point sollicité la conservation du tribunal <!'.\rras par ta lettre du 29, pourquoi, dans celle du 3 floréal au Comité de Salut public, le félicites-tu de F arrêté conservateur du 30 ?
C'est que dans l'intervalle qui s'écoula entre le départ et le
(1) J'appelle un chat un chat. Jamais je ne me suis dissimulé' que les mesures révolutionnaires étaient inséparables de l'arbitraire. Tout gouvernement qui repose sur la vertu des gouvernans n'est plus un gouvernement légal, mais ce gouvernement des gouvernans avait été solennellement et sciemment consacré, conime indispensable pour sauver la Pairie (Xote de Le Bon).
(2) C'est dans les prisons de Paris que j'ai été instruit de ces affreux mystères. C'est là que j'ai appris tous les détails d'une multitude de procès qui ont englouti d'extclkn-s répulilioains (Note de Le Bon).
(3) Quelque temps avant le 9 thermidor, je commençai à m'apercevoir de cette infernale politique. Les événements qui ont succédé l'ont mise entiéreinenl en é\id('nce (Note de Le 00»).
retour du courrier, les ennemis de la révolution encouragés par les discours de quelques intrigans, avoient affecté une joie extraordinaire qui auroit pu exciter une réaction. Or, devois-je présumer que cette réaction entrât dans les intentions de la Convention nationale qui venoit de frapper le modéranlisme en la personne de Camille Philippeaux... ?
Pardonnez représentans, si, à chaque ligne, je suis obligé de vous replonger dans des souvenirs désagréables ; la faute en est au seul homme qui a voulu me tuer par vous, et qui a espéré que vous me tueriez sur parole. Dès que vous avez résolu de m'entendre, vous m'avez autorisé par là même à ne pas mourir absolumenl indcfendu. Toutefois je pourrais vous adresser les paroles d'Hipjiolyte à son père :
D'un IrailciucnL cruel justement affecté, Je devrois dire ici toute la vérité, ... Mais je supprime un secret qui vous touche Approuvez le respect qui me ferme la bouch e ( 1 ).
N'est-il pas inconcevable qu'on me fasse un crime, à moi qui devais suivre vos décrets, vos impulsions, vos exemples, de les avoir suivis avec trop de fidélité et d'exactitude, d'avoir loué ce que vous louiez, d'avoir blâmé ce que vous blâmiez, de n'avoir pas été froid quand vous étiez brûlants, de n'avoir point agi, parlé, écrit comme vous agissez, parlez, écrivez aujourd'hui ? On va jusqu'à souligner des passages de mes lettres pour les ériger en accusations. Eh ! qu'y a-t-il donc dans ces passages qui n'ait été dit, applaudi, au temps où j'écrivais ?
Ouvrez les rapports de Saint- Just, envoyés par des courriers extraordinaires aux départements et aux armées, et insérés au bulletin, vous y trouverez une suite non interrompue de maxini?s que vous répandiez alors avec profusion, et que vous improuveriez dans les circonstances actuelles.
Ceux-là seuls, disait-il, entre autres choses, veulent briser les échafauds, qui ont peur d'y monter... La pitié qu'on témoigne pour les traîtres est un signe éclatant de trahison... ce qui constitue une république, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé... Ceux qui demandent la liberté des aristocrates ne veulent point la république et craignent pour eux... Soyez inflexibles, c'est l'indulgence qui est féroce puisqu'elle menace la Patrie (2).
Et vous approuviez, () mes Collègues ! Et vous frappiez ceux d'entre vous qui s'opposaient à ce système de rigueur, et vous ne m'eussiez pas épargné peut-être si je m'étais refusé à son exécution, si je ne l'eusse secondé de tous mes moyens.
A Paris, de l'Imprimerie nationale Messidor an III.
(1) Ces vers sont tirés de Phèdre de Racine : acte IV, scène II, vers 1087 à 1090. Le Bon les a transformés quelque peu, ils sont en effet :
D'un mensonge si noir justement irrlLc,
Je devrais faire ici parler la vérité,
Seigneur, mai je supprime un secret qui vous touche.
Approuvez le respect qui me ferme la bouche.
(2) Vell.w (Charles). Œuvres complètes de Sainl-Jml, t. II, p. 231-232. Les phrases citées par Le Bon sont extraites du discours du 8 ventôse
« Rapport sur les pe. sonnes incarcéréis ».
Lettre justificative No XII
Citoyens représent ans,
Si j'étois dans un cLat de prcvenlion ordinaire, je vous dirois : « Ne consacrez point à ni'entendre un temps précieux que le Salut public réclame, indiquez-moi un tribunal quelconque, et je vais y confondre la malveillance et la calomnie ».
Mais à quel tribunal subalterne Joseph Le Bon pourroit-il espérer d'obtenir justice, après l'horrible réputation de scélératesse que l'animosité inouïe d'un seul homme lui a faite ? N'avezvous pas déjà vu à votre barre des pétitionnaires de commande revendiquer ma tête pour tels et tels juges ?
Il n'appartient qu'à vous, représentans du peuple d'envisager ma cause sous tous ses points de vue, de vous reporter aux circonstances qui ont déterminé mes divers actes, d'apprécier mes intentions par les vôtres.
Je ne viens point vous faire l'éloge d'un gouvernement que vous avez proscrit, je ne viens point justifier en elles-mêmes les mesures provoquées, conseillées, ordonnées par les membres de ce gouvernement. Je me bornerai à observer que je ne suis pas plus monstre qu'un autre pour en avoir assuré l'exécution, que tous les patriotes ont été plus ou moins atteints de l'enthousiasme révolutionnaire ; que la Convention nationale en a vivement ressenti et communiqué les accès et que, si l'on me donne la mort de préférence, je ne dois pas être du moins criiellemenl privilégié dans la répartition du blâme ou de l'infamie.
L'accusation proposée à ma charge, est appuyée de deux sortes de pièces. Les unes sont des déclarations de témoins, les autres sont mon ouvrage.
Dans la discussion des premières, vous vous rappellerez, citoyens représentans, que des témoins aussi avoient alïirnié ïhistoire de la femme aux vingl-cinq livres, cette exécrable histoire produite en nivôse jusqu'à votre tribune, répandue de là dans toute l'Europe et envoyée par décret aux départements et aux armées.
\'ous vous défierez des allégations avancées contre un homme à qui l'on n'a pas rougi, pour le perdre, d'imputer yraluitemenl un semblable forfait, vous calculerez quelle impression ont pu faire sur les dcclarans mon arrestation subite et éclatanle, celle de ma femme, de mes enfans, de ma famille, de mes amis, de mes connoissances, les milliers de pamphlets qui m'ont déchiré tour à tour et (}ue des colporteurs de Paris alloient crier jusque dans le Pas-de-Calais et le Nord, les mascarades hideuses, les tableaux infâmes que des histrions étaient également chargés de promener, dans ces contrées, pour allumer davantage les ressentimens et les vengeances ; tableaux où l'on me représentoit les fers au col, aux mains et aux pieds, et dont on essaya d'offrir à mon épouse incar-
cérée et nourrice, le révoltant spectacle ; les démarches, les correspondances, le crédit de Guffroy tandis que j'étois privé de tous, rapports, de toute communication, enseveli par son influence à Pélagie ou abîmé par ses ordres, avec dix personnes, dans les latrines des cachots de Meaux, enfin, les annonces solennelles et multipliées de mon occision prochaine et inévitable.
Dans la discussion des secondes, la droiture de vos cœurs suppléera sans doute les trois paniers de papiers jusUficulifs qui m'ont été enlevés, en mon absence, sans procès-uerbal, sans inuenUiire, et dont mon accusateur s'est emparé. Oui, mon accusateur, car il est bon que la France le sache ; c'est après avoir fait disparaître toutes les traces des délits de ceux que j'ai été obligé de poursuivre, qu'il m'accuse de les avoir poursuivis sans motifs, c'est après m'avoir désarmé qu il me livre à vous, dans le coupable espoir que, secondant les vœux de sa haine, vous me livrerez en cet état, à des débats judiciaires.
Il n en sera pas ainsi, représentans du peuple, j'ose le croire. Vous n'eussiez point tardé si longtemps de terminer cette affaire, si, au milieu des horreurs agglomérées sur ma tète, l'acharnement non pareil de mon persécuteur ne vous eût inspiré une certaine défiance. Gombi.en elle doit être augmentée cette défiance salutaire, depuis le rapport de votre commission des vingt-et-un (1) ?
Les conclusions me sont défavorables à la vérité, mais les deux: ou trois révélations essentielles qu'il renferme sont pour moi d'un prix infini, puisque je leur dois le recouvrement de l'honneur et la faculté d'être entendu.
D'ailleurs ces conclusions défavorables pouvoient-elles ne pas l'être ? Une foible portion de cette assemblée avoit-elle le droit de m'absoudre sur les intentions, de compenser mes erreurs par mes services, d'infirmer des témoignages par la considération des intrigues employées pour se les procurer et pour m'ôter mes moyens de défense ?
Non, elle remplissoit les fonctions de directeur de juré ; elle a vu des pièces que je n'ai pu formellement détruire, elle m'a traduit devant le juré d'accusation, c'est-à-dire devant vous, elle a fait son devoir. \'ous feriez aussi le vôtre dans des temps ordinaires et dans toute autre cause, en abandonnant à un tribunal le soin de prononcer sur mon compte. Mais aujourd'hui, dans ma position étrange et sans exemple, m'accuser, c'est, en d'autres termes, me décréter de mort.
Ici, dans cette enceinte, est mon unique refuge, ceux-là seuls ont intérêt à me défendre, pour qui, avec qui j'ai combattu. Ils ont bien pris sur eux de tendre les bras à la Vendée, d'attribuer ses crimes à des instans d'égarement, de présenter l'olivier de la paix aux perfides chefs de la chouannerie, encore tout dégouttans du sang des patriotes. Ne se déclaroient-ils incompétens que loi-^qu'il s'agit de prononcer sur les intentions d'un de leurs compagnons d'armes, dont le zèle a été trop ardent peut-être, mais est toujours resté pur.
Ne vous y trompez pas, représentans du peuple, ce ne sont plus. Barère, Billaud. Gollot qui avoient eu en quelque sorte l'initiative du gouvernement arbitraire, c'est un homme qui, jusqu'au 31 mai^
(1) Voir plus haut la composition de cette commission, p. 45.
avoit été constamment lidèle aux principes et qui n'en aurait dévié Jamais si un exemple loiil puissant ne l'eût arraché à cette ancre sacrée, c'est un homme qui, maire d'Arras en septembre 179v*, à l'époque du siège de Lille, dans un moment où les lois n'éloient -guère connues et respectées qu'au sein de la représentation nationale, dans un moment où le massacre se prêchait tout haut, s'est <>xposé trois fois à la mort pour elle, et a mieux aimé risquer sa tète •que de voir couler illéyalement une seule goutte du sang de ses •concitoyens. Si depuis... Ah ! la faute en est... La postérité devinera facilement le reste.
Il est temps que je réponde en détail aux délits que l'on me repro- •clie. \'ous excuserez dans mes explications l'usage que je pourrai faire encore de plusieurs termes, de plusieurs dénominations sagement abolis. Je dis ce qui étoit et non ce que je désire exister de nouveau. A Dieu ne plaise que je cherche à réveiller des discordes, quand vous travaillez à les éteindre. Le jour ne paroit pas éloigné où tous les Français réunis à votre voix autour d'un même autel, se pardonneront leurs erreurs réciproques et les plaies mutuelles (Mi'ils se sont faites. Trop heureux, Joseph Le Bon, s'il est destiné S\ servir de victime à la réconciliation générale !
Lettre justificative : N^ XIII et dernier
Citoyens représentans,
Le motif du bien public s'est fait entendre, il réclame vos instans il veut que vous prononciez de suite sur mon compte.
C'est en ce moment que je dois justifier d'une manière solennelle r inconcevable dévouement dont je me suis dit animé pour ma patrie. Encore occupé de moi, je pourrais vous dire : Législateurs, songez à ma position étrange, aux persécutions que j'ai souffertes à la soustraction, à la disparition des pièces qui me sont nécessaires, à l'identité d'un décret d'accusation et d'un arrêt de mort, surtout si, comme des malveillans le demandent, je suis livré à un tribunal voisin des lieux où j'ai été obligé d'exercer des actes de rigueur (1).
Mais il ne s'agit plus ici de Joseph Le Bon, il s'agit de l'intérêt général. A cette invocation sublime, je m'imagine de nouveau être appelé à exposer ma vie sur les frontières menacées, ou pour l'exécution des mesures décrétées contre les ennemis intérieurs de la République. Mon courage se réveille, mon patriotisme se rallume et je vous dis uniquement : Législateurs, sauvez la patrie et que la misérable considération d'un individu ne vous arrête point ; exilezmoi, déportez-moi, ordonnez-moi de mourir, tout m'est égal pourvu que la liberté triomphe.
Je laisse un petit nombre d'écrits sur les principaux chefs d'accusation intentés à ma charge ; ils serviront un jour à me faire connoître. Je démens en masse les déclarations recueillies péniblement pour me noircir. Presque toutes portent le même caractère de fausseté que l'histoire du collier de diamans (2) et celle de la femme aux 25 livres. S'il en est quelques-unes qui approchent du vrai, il n'en est point d'absolument exactes.
On examinera dans des tems plus tranquilles, je l'espère, ce que l'intrigue, la peur, le ressentiment ont dicté contre moi ; aujourd'hui le Salut public ne vous permet pas cet examen.
La seule question que je vous invite à débattre (et ce débat ne peut être long) est celle de savoir s'il est de votre dignité de me traduire, sans mes papiers justificatifs (3), devant un tribunal subalterne. Prenez à mon égard, comme je vous l'ai dit plus haut, tel parti politique qu'il vous paroîtra convenable d'adopter, la déportation, le bannissement, la mort même comme mesure d'urgence et d'utilité générale, j'obéis avec transport à cette voix toute puissante à laquelle je regretterois d'avoir été jadis trop
(1) On proposait déjà en effet de le renvoyer devant le tribunal criminel de la Somme.
(2) Voir la lettre N» 7.
(3) Il les avait jusqu'alors réclamés vainement. Ils ne lui furent pas li\ rés davantage pour l'aider à se justifier devant le tribunal d'Amiens.
fidèle, si les sacrifices oflerls à la pairie i>oiiv()iciit jamais être un sujel de regrets.
Mais vouloir me faire traiter jmliciairemenl lorsque je ne suis plus moi loiil entier, lorsqu'on m'a enlevé la plupart de mes moyens de défense : c'est ce que je crois indigne de la Convention nationale. Et quel tribunal équitable oseroit prononcer sur le sort d'un accusé ainsi désarmé ?
Au reste, quelle que soit votre décision, citoyens représentans, elle me trouvera toujours le même homme, elle n'altérera en rien les vœux que je fais pour la République et sa représentation.
Oubliez les récriminations dont j'ai usé envers Gufïroy ; ces argumens répugnoient à mon cœur ; je ne les ai employés qu'<à la dernière extrémité. Je lui pardonne bien volontiers tout le mal qu'il m'a fait ainsi qu'à ma famille ; puisse-t-il, dans ses persécutions n'avoir eu en vue que moi seul.
Je vous recommande ma femme et mes enfans (1) à qui vous aviez promis il y a huit jours le recouvrement de leur liberté. J'ai été bon père, bon fils, bon époux, bon ami, mes mœurs sont restées pures, ma probité irréprochable. Un souvenir non moins doux me console encore : jusques dans les fers, j'ai chéri, j'ai servi mon pays (les membres de vos comités en ont la preuve) et mon dernier soupir sera pour sa gloire.
(1) Ils étaient alors encore détenus à Arras. Son fils Emile était né en prison. Le Bon ne l'a jamais vu.
LETTRE JUSTIFICATIVE ll5
Lettres justificatives JOSEPH LE BON A LA CONVENTION NATIONALE
Supplément aux lettres justificatives.
(Imprimé par ordre de la Convention nationale).
Ce n'est point se justifier que de récriminer ; je le sais : toutefois il est souvent utile à un accusé de faire connaître son accusateur. J'ai avancé quelque part que Guffroy avait été l'un des persécuteurs les plus ardents de la représentation nationale, le provocateur et le panégyriste le plus hardi des mesures révolutionnaires ; qu'il les jugeait même insuffisantes, je le prouve par les extraits suivans de son journal, dit Rougyfî, commencé en juillet 1793, immédiatement après la mort de Marat (1).
(1) Suivent quelques pages d'extraits du Rougyff.
Abraham (beau-frère de Le Bon), 43.
Ance, 67.
Ansart (ancien oratorien, agent national du district d'Arras), 51, 55, 85.
Arrachart (Mademoiselle, prisonnière à Arras), 86.
Arrighi (conventionnel, député de la Corse), 85.
Asselin (membre du Conseil du département du Pas-de- Calais), 85.
Autrichiens (les), 91, 101.
Bâchas (les), 29.
Bailly (maire de Paris), 66.
Barbaroux, 66, 78.
Barbier (collection des Archives départementales du Pasde-Calais), 19.
Barboton (citoyen du Gers), 91.
Barère (Bertrand), 11, 26, 50, 52, 57, 99, 101, 102, 103, 111. Barra, 49, 50.
Bataille (veuve, d'Arras), 83.
Bazire (conventionnel, député de la Côte-d'Or), 56. Bellanoy (de) (noble du Pas-de-Calais), 74. Béthune (de) (noble du Pas-de-Calais), 84, 86. Beugniet (président du tribunal révolutionnaire du Pasde-Calais), 55, 87.
Billaud (Varenne), 50, 52, 99, 102, 111. Billion (citoyen d'Arras), 51.
Bo (conventionnel, député de l'Aveyron), 92. Boniface (citoyen d'Arras), 83, 86.
Boudin (conventionnel, député de l'Indre), 22. Bourdon de l'Oise, 22.
Brissot, 26, 52, 53.
Buissart (citoyen d'Arras, ami de Robespierre), 54. Buzot, 78.
Caligula, 23, 34, 62.
Camille (Desmoulins), 56, 91, 109.
Capet, 54, 64.
Carchcr (pour Karcher, conventionnel, député de la Moselle), 45.
Carnot (Lazare), 99, 102, 103.
Caron (la barque de), 39.
Caron (ex-accusateur public près le tribunal révolutionnaire d'Arras), 105.
Carra (conventionnel, député de Saône-et-Loire), 66.
Carrier, 28.
César (camp de), 101, 104.
Chariot, 66.
Choudieu (conventionnel, député du Maine-et-Loire),. 104, 105.
Christiani (conventionnel, député du Bas-Rhin), 45.
Claveri (pour Clavery, conventionnel, député du Lot-et- Garonne), 45.
Cobourg, 73, 97.
Collot (d'Herbois), 50, 52, 71, 93, 111.
Corday (Charlotte), 39.
Cornille (citoyen d'Arras), 51, 97.
Courtois (conventionnel, député de l'Aube), 21, 23, 24, 33, 34, 35, 38, 62, 101.
Coutanceau (colonel), 65.
Couthon, 50, 51, 80.
Daillet (citoyen d'Arras, maire d'Arras, président du tribunal révolutionnaire de Cambrai, ami de Robespierre), 57.
Danton, 56, 57, 91.
Darthé (citoyen d'Arras, futur collaborateur de Babeuf), 57..
Dauchet (avocat à Arras), 83, 84, 85, 86, 87.
Débats (journal des), 12, 66, 77, 84, 91, 92, 101, 102.
Delaunay (conventionnel, député du Maine-et-Loire), 57.
Deleville (citoyen d'Arras), 51, 85.
Démuliez (ex-accusateur public du tribunal révolutionnaire d'Arras), 57, 87, 88.
Desmouhns (Camille), 57.
Dieu (contre-révolutionnaire, guillotine à Arras), 75.
INDEX DES NOMS DE PERSONNES ïlSf'
Dordas (pour Bordas, conventionnel, député de la Haute- Vienne), 45.
Dubois (M.) (ancien maire de Beaune, il y a quelques années), 29.
Dubusc (conventionnel, député suppléant de l'Eure, remplaça Condorcet qui opta pour l'Aisne), 45.
Duchâtelet (contre-révolutionnaire du Pas-de-Calais), 104.
Duhem (conventionnel, député du Nord), 28.
Dumont (André, conventionnel, député de la Somme), 35, 36.
Dumouriez, 52, 101, 105.
Duquesnoy (conventionnel, député du Pas-de-Calais), 80, 87, 104.
Duvielfort (noble du Pas-de-Calais, guillotiné à Arras), 64, 65.
Emile (T) (de Rousseau), 97.
Fabre d'Églantine, 57.
Faguet (habitant de Saint-Pol, Pas-de-Calais), 90.
Fandé (curé de Calais), 74.
Finot (auteur de la Défense nationale dans le Nord), 45,-
Francastel (général), 34.
Fréron, 20, 21, 24, 34, 35, 61, 62, 65, 68, 101. '
Girard (conventionnel, député de la Vendée), 45.
Girondins (les), 78.
Goudemand (greffier de juge de paix à Rœux, Pas-de- Calais), 72.
Grenier (citoyen d'Arras), 93.
Gressier (pour Grenier), 85.
Guadet, 66, 77.
Guffroy (conventionnel, député du Pas-de-Calais, ennemi de Le Bon), 11, 12, 15, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 49, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 62, 64, 65,. 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 75, 77, 80, 81, 82, 83, 85, 86, 87, 88, 89, 91, 93, 94, 96, 97,. 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 107, 111, 114. 115.
Hébert, 56.
Hentz (conventionnel, député de la Moselle), 104.
Hérault (de Séchelles), 56.
Hippolite (personnage de Racine), 109.
Isnard, 43.
Jaurand (pour Jorrand, député de la Creuse à la Convention), 45.
Jouenne (ex-procureur du roi en Artois), 73.
Kuscinski (auteur du dictionnaire des Conventionnels) 27, 45, 104.
Lacoste (Élie, conventionnel, député de la Dordogne), 38.
Lacroix (conventionnel, député de la Haute-Vienne), 57.
Laignelot (conventionnel, député de Paris), 66.
Lallart-Berlettes (noble du Pas-de-Calais), 84, 86.
Lambert (conventionnel, député de la Côte-d'Or), 45,
Lancel (concierge à Arras), 52.
Laurent (conventionnel, député du Bas-Rhin), 102.
Lebas (curé réfractaire de Neuville-Vitasse, Pas-de-Calais),
Lebas (pour Le Bas) (conventionnel, député du Pas-de- Calais), 35, 50, 51, 71, 80, 85, 88, 97, 105, 106.
Le Bas (le même que ci-dessus), 19, 78.
Leblond (membre du Comité de surveillance d' Arras), 57, 85, 86, 87.
Le Bon (Emile, fils de Joseph Le Bon), 17, 21, 22, 29.
Lefebvre (citoyen de Saint-Omer), 73, 74.
Lefetz (Célestin) (collaborateur de J. Le Bon, vice-président du district d'Arras), 49, 51, 57,75,82.
Lenglet (agent national du district d'Arras), 51.
Lenôtre (académicien), 14.
Lequinio (conventionnel, député de la Vendée), 66.
Leroy (membre du district d'Arras),51.
Leroy (C. J.) (membre également du district d'Arras), 51.
Le Tourneur (conventionnel, député de la Sarthe),45.
Lindet, 103.
Louis (cultivateur du Pas-de-Calais), 87.
Magniez (juge de paix de Rœux, Pas-de-Calais), 69, 70,
Magniez (conventionnel, député du Pas-de-Calais), 55. Marat, 53, 115.
Maret (citoyen de la Lozère), 92.
Marin (conventionnel, député du Mont-Blanc), 45. Martel (premier directeur de VOrateur du Peuple), 21, 34. Mathiez, 78.
Menon (Louis) (citoyen de la Marne), 92. Michaud (conventionnel, député du Doubs), 45. Millet (agent dénonciateur dans les prisons), 23, 24. Montgon (ex-comte de) (guillotiné à Arras), 66. Moreau (conventionnel, député de Saône-et-Loire), 45. Morel (aubergiste à Dunkerque), 103.
Nègre (citoyen du Gers), 91.
Néron, 23.
Norman (secrétaire du district d'Arras), 51.
Orateur du Peuple (journal, 1'), 20, 24.
Perron (Corentin) (citoyen du Finistère), 92.
Personne (conventionnel, député du Pas-de-Calais), 74.
Pétion, 78.
Phèdre (de Racine), 109.
Philippeaux (conventionnel, député de la Sarthe), 57, 109.
Pichard, 93.
Pitt, 97, 102.
Ouirot (convenlioimel, député du Doubs), 21, 27, 45, 100.
Racine, 109.
Ranguilly (comtesse de), 94.
Regnaud (citoyen d'Arras), 85.
Régnault (membre du district d'Arras), 51.
Régnier (Elisabeth, femme de Le Bon), 12, 13, 14, 15, 16, 17.
Regnis (pour Reguis, conventionnel, député des Basses- Alpes), 45.
Richard (ex-procureur général syndic du département de la Vendée), 91.
Richard (conventionnel, député de la Sarthe), 105.
Robespierre (Augustin), 51, 80.
Robespierre (Maximilien), 18, 19, 20, 25, 26, 28, 29, 33, 35, 37, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 78, 80, 105.
Roland, 52, 53.
Rougyfï (journal de Guffroy), 12, 16, 28, 37, 41, 64, 67, 78, 81, 87, 88, 93, 97, 103, 115.
Rousseau, 13, 53, 97, 105.
Roux (conventionnel, député de l'Aveyron), 45,
Saint-Just, 18, 19, 26, 35, 50, 51, 71, 78, 80, 85, 88, 91,
Saladin (conventionnel, député de la Somme), 22, 23, 43, 71i Salle (conventionnel, député de la Meurthe), 66, 78. Samson (bourreau), 39, 66.
Siblot (conventionnel, député de la Haute-Saône), 45. Simonis (citoyen de Calais), 85.
Soulignac (conventionnel, député de la Haute-Vienne), 44.
Taffin-Bruyant (collaborateur de Le Bon), 17. Tallien, 22.
Thabaud (conventionnel, député de l'Indre), 45, Thibault (conventionnel, député du Cantal), 23, Thieulaine (de) (noble d'Artois), 83, 84.
Thirion (conventionnel, député de la Moselle), 45,^47. Thomas (André) (citoyen du Finistère), 92. Thureau-Dangin, 15.
Toupin (Mathieu) (citoyen du Finistère), 92. Truyard (les frères) (contre-révolutionnaires du Pas-de- Calais), 104.
Vadier, 15, 76.
Vandamme (prisonnier à Meaux avec Le Bon), 44.
Varnier (ancien oratorien, collaborateur de Le Bon à
Arras), 50, 51.
Vellay (Charles), 26, 109.
Viala, 49, 50.
Wiart (membre du directoire du district d'Arras), 51.
Yorck (duc d'), 104.
Abbeville, 35.
Aire (Pas-de-Calais), 90.
Aisne (département de 1'), 35.
Amiens (Somme), 12, 17, 43, 113.
Angers, 105.
Angleterre, 104.
Ardèche (département de 1'), 92.
Ardres (Pas-de-Calais), 103.
Armentières (Nord), 102.
Aube (département de 1'), 33,
Autriche, 105.
Avion (Pas-de-Calais), 105.
Bapaume (Pas-de-Calais), 90.
Beaune (Côte-d'Or), 29.
Besançon, 27.
Béthune (Pas-de-Calais), 19, 64, 90.
Béziers, 39.
Bordeaux, 78.
Boulogne-sur-Mer, 19, 74, 90, 101, 103.
Bourbe (maison d'arrêt de la), 42, 105.
Bouvigny-Boyefïles (Pas-de-Calais), 85.
Bruxelles, 33.
Calais, 74, 85, 90, 103.
Calvados (département du), 53.
Cambrai (Nord), 11, 19, 26, 49, 50, 51, 57, 64, 67, 68, 69,
Cantal (département du), 92.
Coblentz, 65.
Conciergerie (prison de la), 47.
Conflans-Charenton, 43.
Douai (Nord), 102.
Doubs (département du), 27.
Dunkerque (Nord), 101, 102, 103, 104.
Émilion (Saint) (Gironde), 77.
Érié (lac), 104.
Europe, 110.
Fleurus (bataille de), 11.
Fontenay-le-Peuple (ci-devant Fontenay-le-Comte), 91
Gers (département du), 91.
Guines (Pas-de-Calais), 90.
Hardinghem (Pas-de-Calais), 90.
Haute-Saône (départem.ent de la), 27.
Hesdin (Pas-de-Calais), 90.
Honoré (rue) (ci-devant Saint-Honoré), 28.
Indre (département de 1'), 22.
Lens (Pas-de-Calais), 75.
Lille, 65, 101, 105, 112.
Loire-Inférieure (département de la), 53. Lozère (département de la), 92.
Maine-et-Loire (département de), 105.
Mantoche (Haute-Saône), 27.
Marne (département de la), 92.
Marquette (Nord), 105.
Maubeuge (Nord), 102.
Meaux, 11, 12, 23, 25, 26, 44, 45, 58, 62, 81, 111.
Menin (Nord), 65.
Montreuil (Pas-de-Calais), 103.
Neuville, 69, 71, 72.
Nice, 77.
Nord (département du), 65, 101, 102, 104, 105.
Noyelles (Pas-de-Calais), 87..
Oisemont (Somme), 35.
Orties (prison des) (à Paris), 47.
Ostende (Belgique), 101.
Paris, 11, 19, 20, 23, 24, 33, 34, 35, 36, 40, 43, 49, 50, 51, 52, 56, 65, 71, 73, 76, 82, 84, 85, 86, 90, 91, 102, 106, 109, 110.
Pélagie (prison de), 111.
Pernes (Pas-de-Calais), 104.
Plessis (prison du), 23, 24, 45, 46, 47, 62.
Port-Libre (maison d'arrêt de), 43.
Réunion-sur-Oise (ci-devant Guise), 65, 108.
Rochefort, 66.
Rœux (Pas-de-Calais), 69, 72.
Rouen, 91.
Saint-Émilion (Gironde), 78.
Saint-Omer (Pas-de-Calais), 73, 74, 90, 96, 101, 103.
Saint-Paul (Hôtel du Petit Saint) (à Arras), 61, 63.
Saint-Pol (Pas-de-Calais), 12, 17, 19, 50, 51, 88, 90, 104.
Saint-Quentin (Somme), 108.
Saint-Waast (Pont) (à Arras), 96.
Suisse, 108.
Thionville (Moselle), 104.
Tournai (Belgique), 65.
Troyes (Aube), 33.
Vendée (département de la), 91, 111.
Vendée (Petite Vendée) (soulèvement de la... dans le Pas-de-Calais), 104.
Wailly (Pas-de-Calais), 75, 96.
TABLE DES MATIÈRES
Bibliographie 7-8
Introduction 1 1-30