L IMPERATRICE
désaccord, selon le général Trochu, avec l'Empereur, au sujet de son retour à Paris. Madame, vous pouviez avoir en cela raison ou tort, la question n'est pas là. Mais à aucun prix, à cette heure-là, vous ne deviez vous opposer à une chose faite, et déjà réglée. Le temps pressait, il fallait un accord complet, il ne fallait pas faire d'opposition au général Trochu : tout au plus auriez- vous pu régler les conditions d'un pacte entre lui et le comte de Palikao, afin d'obtenir l'unité d'action si déplorablement compromise par la nomination d'un gouverneur indépendant du ministère de la guerre. Mais passons.
Si j'en crois un récit qui a paru dans le Figaro du 24 novembre 1870, récit qui a d'ailleurs tous les caractères de l'authenticité, vous. Madame, vous auriez défendu aux troupes de se servir de leurs armes, a Toutes les calamités, excepté la guerre civile. » Voilà les paroles qu'on vous attribue.
Eh bien , Madame, il y a des moments où il faut accepter la guerre civile pour sauver le pnys : c'est lorsque les ambitieux des rues tentent, sous un prétexte ou un autre, d'escalader le pouvoir. Alors, celui qui transige est pour le moins aussi coupable que celui qui s'insurge.
Nous l'avez- vous épargnée d'ailleurs la guerre civile? Non! — C'était à prévoir.
M. Thiers n'a pas hésité, lui, à l'accepter, et il a sauvé Paris.
On vous prête un autre mot, Madamv3; le voici : « Ne pensons à sauvegarder la dynastie qu'après avoir pensé au salut de la France. »
Mais, Madame, dans ce moment-là, le salut de Li France, c'était la dynastie, c'était l'absence de révolution en présence de l'ennemi 1 Malgré, ou plutôt à cause du désastre de Sedan, la dynastie et la France ne
DÉFENSE DU ^ATS. ^
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faisaient plus qtf un! La chute de Tune, c'était la clmte de Uautre, et INÉVITABLEMENT !
Je suppose qu'au lieu d'une capitulation, Sedan eût été une victoire , et que l'ennemi, battu à plate couture, eût eu delà peine à regagner sa frontière. Si, dans de telles circonstances, une révolirtion avait éclaté à Paris, je ne dis pas qu'elle eût été sage; mais certainement les intérêts dynastiques auraient été plus indépendants de ceux du pays, en ce sens que celui-cî serait resté autant maître de son sort après qu'avant.
Mais en présence d'une défaite écrasante, qui laissait à l'ennemi le chemin de la capitale complètement ouvert, il n'y avait pas à balancer : il fallait à toirfr jH'ix se cramponner à ce qui existait.
Ce n'était donc pas la guerre civile* Madame , mais la chute du trône qu'il fallait éviter.
Dans de certaines circonstances, Madame, l'économie de sang aboutit ordinairement à en faire verser davantage.
Si Louis-Philippe se fût défendu sans pitié, il nous eût épargné les journées de Juin.
Si, renonçant à votre douceur habituelle, Madame, vous vous étiez inspirée des sentiments d'une Elisabeth d'Angleterre, d'une Catherine II de Bussie, ou même de l'ex-reine de Naples, non-seulement au ft septemtee vous auriez versé peu de sang, ou point peut-être, pour soutenir la dynastie et pour sauver la France, mais vous auriez très-certainement épargné celui qui fut versé les 31 octobre et 22 janvier devant l'Hôtel de Ville; vous auriez fort probablement écarté la sortie meurtrière de Montretout; vous auriez peut-être (car j'en entrevois la possibilité) détourné tout-à-fait le siège de Paris.
Vous auriez enfin rendu impossible VeflFroyable tourmente sortie du 18 mars^!
LES GRANDS CORFSf WS L'^TAT. 51
Mais en agissant comme vous Tarez fait, Madame, vous avez déserté votre poste , vous ave^ lancé la France dans l'aventure qufi a abouti à sa ruine.
Et le Corps législatif? a-t-il eu plus que Tlmpératrice, plus que les Ministres, conscience de ses devoirs? II est triste de le dire, mais lui aussi s'est montré d'une faiblesse, d'une indécision qui doivent d'autant plus nous surprendre, qu'il comptait dans son sein une majorité compacte et homogène.
Lorsqu'il a vu que la salle pouvait d'un moment à Tautre être envahie (et c'était à prévoir), pourquoi n'at-il pas enjoint à ses questeurs d'accomplir rigoureusement le premier de leurs dievoirs, celui de défendre le local?
Au lieu de cela, c'est un des questeurs qui a donné l'ordre d'admettre la populace.
Car le peuple, le vrai peuple, je l'ai vu moi-même, se tenait tranquille sur la place de la Concorde, et ne témoignait que de la curiosité sur Tissue de l'affaire.
Loraqu'un député est venu déposer une proposition tendaat à proclamer la déchéance de la dynastie, en se fondant sur la « vacance de tous les pouvoirs » (l'Impératirice régente était encore aux Tuileries!), pourquoi la majiM?ité, s'inspirant de ses devoirs, n'a-t-elle pas riposté en prononçât la déchéance des députés qui avaient signé la proposition?
A midi et demi, une députation du Centre gauche arme fwi:s Tuiffe^e», et propos sans façons à l'Impératrice ê*ê^M^uer! Je eierche en vam da®s le comptereâda de 1» séance le vote (pd a^ait ia'vesti cette députation d'un» pareil nmndat.
Mais atf^moîns ^Impératrice reçut'^Ue un«^ contredéptitation de k majorité? B n'en est p»s question.
Quelques dévoués sont venus, au moment du départ, faire leurs adieux à la Régente.
Pendant ce temps , un gouvernement sans mandat, vu sans doute la « vacance de tous les pouvoirs », est allé s'installer à l'Hôtel de Ville.
Ah ! mon pauvre Corps législatif, pas plus que l'Empereur, pas plus que l'Impératrice, tu n'as été à la hauteur de ta mission»
Ce que je trouve déplus digne dans toute cette malheureuse journée de fous et d'aveugles, c'est la conduite du Sénat. Celui-là, au moins, bien que dépourvu de moyens d'action, CvSt resté à sa place jusqu'au bout, et c'est dans son sein qu'on a entendu les derniers cris de (( Vive l'Empereur! »
Ce cri était d'abord commandé par le serment, et ensuite c'était, au milieu du désastre, le seul qui pût sauver la France.
Quant aux députés qui ce jour-là se donnèrent le pouvoir, ils ont sans doute depuis lors éprouvé bien des remords; hommes consciencieux, croyant faire le bien, ils se sont depuis, je n'en doute pas, fait beaucoup de reproches, en se promettant bien de ne plus jouer avec le feu à l'avenir.
L'appréciation des événements postérieurs au 4 septembre serait déplacée ici : en la réservant , je me bornerai à dire avec Dante, sur les acteurs du drame :
Non ragioniam di lovy ma guarda e passa.
Il m'a paru à la fois curieux et instructif de rechercher si les choses auraient pu se passer autrement avec de meilleures chances de succès, et en supposant tout d'abord que le général Trochu, au lieu d'être nommé par l'Empereur pour être neutralisé ensuite, eût été envoyé à Paris à la demande expresse du comte de Palikao (qui,